La stratégie nationale pour l'intelligence artificielle (SNIA), préparée par le Gouvernement français à partir du puis lancée en par le Gouvernement, à la suite de la mission Villani, vise à placer la France parmi les leaders mondiaux des disciplines scientifiques et techniques basées sur le traitement de l'information, notamment : en créant un réseau cohérent de pôles d'excellence en intelligence artificielle (via la labellisation d'instituts interdisciplinaires en IA) ; en créant des chaires individuelles consacrées à l'IA ; en identifiant des centres d'excellence hors des instituts 3IA.

Ceci doit concourir à 3 objectifs principaux : Atteindre le plus haut niveau scientifique en matière d'IA, en formant et en attirant les talents mondiaux dans ce domaine. Diffuser l'intelligence artificielle (IA) dans l'économie et la société notamment grâce aux startups, aux partenariats public-privé et au partage des données. Doter l'IA d'un cadre éthique.

Dans un second temps (2022-2025), la SNIA a quatre axes jugés prioritaires pour la France et l'Europe : l'IA embarquée, l'IA frugale, l'IA de confiance et l'IA générative. Cette nouvelle étape s’articule autour de trois piliers stratégiques : le soutien à l’offre deep tech, la formation et l’attraction des talents, le rapprochement de l’offre et de la demande de solutions en IA.

Contexte et histoire En lien avec le « Plan France 2030 », en 2017, des chercheurs, entreprises, start-ups et acteurs institutionnels ont été réunis durant 2 mois, à la demande du Gouvernement, pour définir les grandes orientations de la France en matière d'intelligence artificielle. Dix thématiques majeures, définies en amont, ont été retravaillées par 10 groupes de travail.. France Stratégie et le Conseil national du numérique (CNNum) ont piloté le groupe sur les impacts économiques et sociaux de l'intelligence artificielle qui a rendu son rapport le .

Le rapport Villani (2018), « Donner un sens à l'intelligence artificielle ». Rapport Villani (PDF), après plus de 300 auditions d'experts du monde entier, a conclu au besoin d'encadrer le développement de l'IA avec un État moteur des transformations dans quatre champs stratégiques. : la santé, l'environnement, les transports et la mobilité, la défense et la sécurité.

Pour cela, le rapport recommande notamment de développer la recherche en IA, dont en créant des instituts interdisciplinaires d'intelligence artificielle (3IA) répartis dans le pays, pour rivaliser avec les moyens « quasi-illimités » des grands acteurs privés (GAFAM…) et pour anticiper les impacts de l'IA sur le travail et l'emploi dans de nombreux champs d'activité.

Par ailleurs, . :

La SNIA a été présentée par le président de la République, en présence d'Anja Karliczek (ministre allemande de la Recherche), de Carlos Moedas (Commissaire européen à l'Innovation et aux Sciences), de Cédric Villani auteur du rapport sur l'IA et de Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur de la Recherche et de l'Innovation lors du colloque « AI for Humanity »Remarque : l'expression « AI for Humanity » sera en février 2020 reprise par EDF, Thales et Total pour nommer leur premier laboratoire industriel conjoint de recherche en Intelligence Artificielle, installé dans le laboratoire EDF Lab à Saclay, et présenté comme devant développer une IA de confiance au service des systèmes critiques.Cf. . () au Collège de France, en insistant sur la recherche, l'ouverture des données et les enjeux éthiques ou sociétaux.

Les années 2020 ont, avec ChatGPT notamment, vu émerger l'intelligence artificielle générative, ce qui a justifié la création (installation par Elisabeth Borne le à Matignon) d'un Comité de l'intelligence artificielle générative, présidé par Philippe Aghion (économiste) et Anne Bouverot (présidente du CA de l'ENS). réunissant des acteurs de différents secteurs pour éclairer le gouvernement sur le sujet..

Coordination En , un « coordinateur national pour l'intelligence artificielle » (dit « COSNIA ») est nommé. Il s'agit de Guillaume AvrinDiplômé de CentraleSupélec et des Arts et Métiers, docteur en robotique et neurosciences., antérieurement responsable du secteur IA du Laboratoire national de métrologie et d'essais (LNE). Rattaché au directeur général des entreprises du ministère de l'Économie, des Finances, de la Souveraineté industrielle et numérique, en lien avec le secrétariat général pour l'investissement et en s'appuyant sur les administrations concernées et sur les centres et laboratoires de recherche dédiés à l'IA, il doit articuler et piloter la SNIA au niveau interministériel.

Objectifs (à horizon 2025) Compétences et talents. Former et financer au moins étudiants en DUT, licence, licence pro, étudiants en master, école d'ingénieurs et de commerce et 200 thèses supplémentaires par an en régime de croisière. Placer au minimum un établissement d'excellence dans les meilleurs rangs internationaux de la recherche et la formation en IA. Recruter 15 scientifiques étrangers d'envergure mondiale d'ici . IA embarquée, frugale et de confiance Capter de 10 à 15 % des parts du marché mondial de l'IA embarquée à horizon 2025 et faire de la France un leader mondial dans le domaine. Soutenir 10 projets d'IA de démonstrateurs ou de développement technologique d'IA frugale. Livrer 3 à 4 plateformes de développement, test et expérimentation d'envergure européenne, dans les domaines de l'IA embarquée ou décentralisée et de l'IA de confiance. Diffusion de l'IA Renforcer le transfert de la recherche à l'innovation par le passage à l'échelle de plusieurs accélérateurs, avec pour objectif de tripler le nombre de start-ups créées d'ici fin 2023. Accompagner 400 PME et ETI d'ici à 2025 dans l'adoption de solutions IA visant à accroître leur compétitivité. Développer les plateformes souveraines libres et leurs écosystèmes en data science, apprentissage machine et robotique.

Phasage Phase I (2018-2022) Dotée de près de 1,5 milliard d'euros, la SNIA vise à renforcer les capacités de recherche en intelligence artificielle du pays, via notamment la création et le développement d'un réseau d'instituts interdisciplinaires d'intelligence artificielle, le soutien à des chaires d'excellence en intelligence artificielle, le financement de programmes doctoraux et l'investissement dans les capacités de calcul de la recherche publique..

Au sein de la stratégie, la Recherche a bénéficié d'un plan spécifique (le PNRIA, programme national de recherche en intelligence artificielle), coordonné par l'Inria. financé à hauteur de 45 % du budget de la SNIA et qui comprend les priorités suivantes (en 2024). : Promouvoir des programmes d'attractivité et de soutien aux talents. Développer la formation en IA (initiale et continue, et de tous niveaux, jusqu'au doctorat). Développer des infrastructures numériques de pointe. Soutenir la recherche en IA, via des appels à projets (gérés par l'ANR). Renforcer et encourager les stratégies conjointes de collaboration aux niveaux européen et international Stimuler les partenariats public-privé et accroître l'impact de la recherche en IA.

Un « programme Confiance.ai » réunit de grands acteurs académiques et industriels (français) des domaines critiques de l'énergie, la défense, des transports (autonomes notamment), de l'industrie 4.0. Pour créer une plateforme sûre, fiable et sécurisée d'outils logiciels, qui soit à la fois souveraine, ouverte, interopérable et pérenne dans les secteurs des produits et services critiques les plus concernés., ils y mutualisent leurs savoir-faire scientifiques et technologiques. ; il s'agit aussi de contribuer au cadre « technique » de la future proposition de réglementation européenne sur l'intelligence artificielle.

Phase II (2021-2025) La seconde phase vise à : augmenter le nombre de personnes formées dans ce domaine (en en formant plus et en attirant des talents), et à accélérer le potentiel de recherche et développement, au service de l'économie et du développement, de la compétitivité ou de la productivité dans tous les secteurs de l'économie (quatrième révolution industrielle) et des services publics. Il s'agit aussi de diffuser l'intelligence artificielle dans l'économie et la société via des startups, le partenariat public-privé et un meilleur partage des données ; produire un cadre éthique approprié aux spécificités de cette technologie, en trouvant un équilibre entre innovation et protection des droits fondamentaux.

En 2023 Un appel « IA-cluster » ambitionne de transformer 5 à 10 universités et écoles en leaders européens et mondiaux en IA pour, en lien avec l’Agence nationale de la recherche (ANR) et avec les pôles d’excellence existants (instituts 3IA…), accélérer l'usage de l'IA et attirer les meilleurs talents dans le monde. Sélectionnées par un jury international, elles bénéficieront d'un total de 500 millions d’euros. Les candidats devront présenter Objectifs : au moins 3 établissements français dans le Top 50 mondial des universités dans le champ de l’IA, ; doubler le nombre d'experts de haut niveau en IA (ingénieurs, docteurs…). Un appel à projets (porté par Bpifrance et doté de 40 millions d’euros) vise à créer des « communs numériques » utiles pour l’IA générative (IAg), comme par exemple des bases de données ouvertes d’apprentissage et de test pour entraîner de nouveaux modèles ; des giga-modèles d’IA pré-entraînés et rendus accessibles à tous peuvent aussi être financés, de même que Un dispositif IA Booster France 2030 (porté par Bpifrance, doté de 25 M€ dans le cadre de France 2030) est créé pour aider les PME et ETI françaises à utiliser l'IA, via notamment des modules de formation et de conseils individuels.. Le président de la République a annoncé en 2023

Évaluation 2023, premier rapport d'évaluation En 2023, la Cour des comptes a produit un premier rapport d'évaluation (in itinere) des volets « Recherche » et « Enseignement supérieur » de la SNIA (les deux postes majeurs en termes de financement). Selon ce bilan, bien que les mesures prévues aient été pour la plupart mises en oeuvre (avec in fine 554,6 M€ engagés sur la période 2018-2022 pour le volet Recherche),

Selon la Cour,

Il est nécessaire, en 2023, de : renforcer les synergies entre centres d'excellence : ceux-ci devraient mieux réciproquement valoriser leurs travaux respectifs, pour améliorer leur visibilité (y compris internationale), et améliorer l'image de de la France pour attirer des talents étrangers ; clarifier les missions des centres d'excellence 3IA et hors 3IA : ceci impliquerait notamment de revoir ; pérenniser les financements pour la formation de jeunes talents. Ceci est nécessaire pour entretenir la dynamique de mise en visibilité de ces formations ; adapter la gouvernance et le pilotage de la stratégie. Selon la Cour (2023), ceci « devient urgent » et pourrait être ; renforcer le volet formation. Selon la Cour, la phase I de la SNIA mais La cour suggère donc d'intégrer davantage la SNIA dans l'approche européenne via des programmes de soutien comme « Horizon Europe » et « pour une Europe numérique ».

2025, seconde évaluation En , lors d'une seconde évaluation, la cour décrit l'IA comme une « révolution technologique d'une magnitude rare dans l'histoire », et fait un bilan contrasté de la stratégie française : si la France a su structurer un écosystème d'excellence en recherche (passant de la treizième à la cinquième place du Global AI Index en un an, de 2024 à 2025, et atteignant le troisième rang mondial en matière de recherche et formation) de fortes lacunes persistent dans la diffusion de l'IA dans l'économie réelle, les services publics et les territoires.