vignette|redresse|Mémorial à la mémoire des déportés du train fantôme devant la gare de Sorgues. Le train fantôme est le nom donné à l'un des derniers convois de déportation en France lors de la Seconde Guerre mondiale.

Le convoi part de Toulouse le pour une arrivée au camp de concentration de Dachau le , une durée exceptionnellement longue (deux mois au lieu de trois jours d'ordinaire) due à des détours, rebroussements, arrêts prolongés et changements de train dans une France en cours de libération. Il transporte au fil de ses étapes jusqu'à 724 prisonniers, des résistants et des opposants politiques, dont la moitié n'étaient pas français, principalement des républicains espagnols« juillet-août 1944, le Train Fantôme », France Inter, 11 décembre 2020., entassés à plus de 70 dans des wagons, manquant d'eau et de nourriture. Plusieurs ne survivent pas aux conditions du voyage. Environ 200 réussissent à s'échapper pendant le trajet, souvent aidés par la population ou les cheminots. Des 536 arrivés à Dachau, la moitié n'en revient pas.

Histoire Le train part le vers de la gare de Raynal, gare de marchandises et de triage de Toulouse. Plus de y sont entassées depuis la veille"Histoire:Sur les traces des déportés du train fantôme" par SD, La lettre du cheminot, 22 septembre 2018. : 402 détenus du camp pour étrangers du Vernet, qui a été évacué quelques jours plus tôt, et 150 résistants qui étaient internés à la prison Saint-Michel"Bordeaux et la Seconde Guerre mondiale : l’histoire du « train fantôme » qui a mis deux mois pour parvenir à Dachau" par Jean-Paul Vigneaud, Sud-Ouest, 4 juillet 2023.. L' Baümgartner est le responsable du convoi qui sera gardé tout au long de son parcours par des , la police militaire allemande.

Alors que le trajet ferroviaire plus direct pour rejoindre Dachau (situé à proximité de Munich, en Bavière, dans le sud-ouest de l'Allemagne) aurait été d'acheminer le train par la ligne de Limoges, le soulèvement résistant dans le Massif central après le débarquement de Normandie un mois plus tôt, a conduit Baümgartner à s'arrêter à Angoulème puis à repartir vers Bordeaux. Tout au long de son parcours, le convoi est soumis à plusieurs bombardements alliés et aux sabotages des voies ferrées par la Résistance lancés partout en France pour perturber le mouvement des troupes allemandes vers le front normand.

Arrivé à la gare de Bordeaux-Saint-Jean le , le train y reste bloqué pendant de nombreux jours. Il est d'abord stationné trois jours dans la gare de marchandises/triage située juste au sud de la gare de voyageurs puis le , les déportés sont transférés à pied dans la grande synagogue de Bordeaux alors désaffectée et qui sert d'annexe à la prison de la ville.. Un contingent local de la Wehrmacht et des hommes de la Gestapo renforcent les feldgendarmes pour ce transfert. Les femmes sont internées le lendemain à la caserne Boudet.

Le , dix déportés, sélectionnés par les Allemands, sont transférés au fort du Hâ, prison centrale de Bordeaux. Ils sont ensuite amenés avec 46 autres prisonniers bordelais au camp de Souge, à l'extérieur de la ville, où ils sont fusillés, sans doute en représailles des actions de la Résistance mais la chaîne de décision allemande ayant conduit à cette exécution reste encore aujourd'hui assez confuse. Les prisonniers sont ainsi amenés deux fois à Souge avant d'être finalement exécutés, un officier allemand ayant refusé de commander le peloton d'exécution car leur condamnation à mort n'avait pas suivi la procédure. C'est finalement l' et des feldgendarmes qui fusillent les résistants le .

Le , entre et du matin, les déportés sont ramenés à la gare et réembarqués dans les wagons. Des résistants, prisonniers au fort du Hâ, les y ont rejoints, puis le train repart en direction du nord, sur la ligne menant à Paris.

Après le passage de Libourne, le train est longuement arrêté dans la petite gare de Parcoul - Médillac. Pendant cet arrêt il est repéré, vers , par cinq chasseurs de la Royal Air Force en route pour un bombardement un peu plus au sud. À leur retour, les avions mitraillent le train.. Des déportés agitent alors des tissus au travers de quelques rares ouvertures des wagons pour tenter de faire comprendre aux pilotes que leur train contient des prisonniers. Le mitraillage fait plusieurs morts et blessés, y compris parmi les Allemands. Le docteur Van Dick est extrait d'un des wagons pour s'occuper des blessés, plusieurs sont évacués du train sans que l'on sache ce qu'ils deviendront. Quatre déportés essayent de profiter de l'ouverture des portes pour s'enfuir mais ils sont rattrapés et aussitôt fusillés contre un mur de la gare. Le train, dont la locomotive a été endommagée par le mitraillage, reste immobilisé trois jours. Il repart ensuite, au ralenti, jusqu'à la gare d'Angoulême mais celle-ci ayant été dévastée par un précédent bombardement allié, le train est contraint d'y stationner longuement. Faute de pouvoir continuer vers le nord, finalement le convoi rebrousse chemin et revient à Bordeaux puis à Toulouse. Baümgartner ordonne alors que le train suive un itinéraire remontant vers l'Allemagne par la vallée du Rhône.

Après Montauban, Béziers et Nîmes le train stationne à nouveau trois jours à la gare de Rémoulins à partir du . Une voisine de la gare, Marie Damiani, résistante à Libération-Sud et dont le fils aîné combattant FTP a été déporté, aperçoit les déportés affamés et assoiffés, contacte le correspondant local de la Croix-Rouge afin qu'il essaie d’intervenir pour nourrir, soigner et abreuver les prisonniers. Celui-ci, pétainiste, refuse d’aider des « communistes et des terroristes ». Marie Damiani part alors à pied à Nîmes distante de pour essayer de faire intervenir la Croix-Rouge du Gard. Elle revient avec l'autorisation de puiser dans les stocks locaux de la société de secours, et elle ravitaille le train.

Le , le train repart puis s'arrête à Roquemaure dans le Gard, sur la rive droite du Rhône, car la Résistance a rendu un pont ferroviaire infranchissable. Les déportés sont alors forcés de marcher sous la chaleur, traversant Châteauneuf-du-Pape, jusqu'à la gare de Sorgues où un nouveau train est constitué. De nombreux habitants viennent à la gare ravitailler les déportés alors assis sur les voies. Avec leur aide et celle des cheminots, 32 déportés parviennent à s'enfuir sans que les Allemands s'en aperçoivent. Pour éviter un recomptage des détenus par leurs gardes, le sous-chef de gare crée une fausse alerte aérienne en déclenchant la sirène de la ville.

Les Allemands deviennent de plus en plus nerveux. Trois jours auparavant, le , les Alliés ont débarqué en Provence et leurs troupes progressent, surtout par les Alpes, menaçant de prendre à revers les troupes allemandes dans la vallée du Rhône. Les avions alliés sont aussi très actifs dans le ciel et le train est à nouveau mitraillé dès son départ de Sorgues causant encore des morts et des blessés.

Malgré les actions de résistants, les voies coupées, le trafic le convoi de cette déportation arrive toutefois à progresser. À Pierrelatte, un autre mitraillage de l'aviation alliée met la locomotive hors service mais cette gare est une gare relais disposant d'une locomotive en réserve dont s'emparent les hommes de Baümgartner.

À bord des wagons, des résistants, quelquefois avec un simple clou, arrivent après de longs efforts à aménager une ouverture dans des lames du plancher et à se laisser glisser la nuit sur la voie lorsque le train ne roule pas trop vite mais plusieurs finiront broyés par les roues. Toutefois, le , près de Livron, un peu au sud de Valence dans la Drôme, c'est de cette façon qu'un groupe d'une douzaine de prisonniers parvient à s'échapper puis à se cacher dans des fermes voisines. Mais les changements de train et les contrôles des wagons par les rendent la réussite de ces aléatoire.

Le , le train est en Haute-Marne. Près de la gare de Merrey, la Résistance locale a fait sauter un pont quelques jours plus tôt. Sur cet ouvrage d'art sommairement réparé, le train est obligé de rouler à une très faible vitesse. Près de 70 prisonniers arrivent alors à s'échapper des wagons, toujours après avoir arraché des parties de planchers et là encore à trouver refuge dans des fermes voisines.

Le train traverse ensuite Nancy, Pont-à-Mousson, Metz et entre en Allemagne à SarrebruckCarte du trajet sur le site de l'association des déportés.Frontière actuelle car le Troisième Reich ayant de facto absorbé la Moselle, Metz se trouvait en territoire allemand.. Il va ensuite redescendre vers le sud-est et la Bavière et arrive le , au camp de concentration de Dachau où 536 déportés sont immatriculés dont (elles sont ensuite envoyées à Ravensbrück). Près de la moitié de ces déportés ne reviendra pas des camps.

Après guerre, on a perdu la trace de l' Baümgartner.

Les déportés du train fantôme vignette | redresse |Pierre Fournera (1916-1944), commissaire et résistant. vignette|gauche|Albert Lautman (1908-1944). gauche|vignette|146x146px|Conxita Grangé i Beleta (1925-2019). Luis Suarez Cueto (1893-1952), né à Oviedo, républicain espagnol, ancien commandant d'aviation Maestro Armero et chef de cabinet du Ministre des armées de la République espagnole, franc-maçon (loge militaire) et membre du Parti communiste espagnol. Il fonde dans le Lot, à Figeac, fin 1941, les premiers réseaux de Résistants du groupe Unión Nacional Española. Embauché comme ajusteur à l'usine Ratier à Figeac, il y fabrique clandestinement des armes. Il est arrêté avec sept autres camarades dans la ville de Figeac le par la police spéciale de Vichy au cours de la traque des résistants républicains espagnols, dénommée par Vichy l'« affaire Reconquista de España » ( dans le Lot et le Lot-et-Garonne). Il est torturé au commissariat et incarcéré à la prison Saint-Michel à Toulouse puis, transféré au camp de Noé, il est condamné le . par la section spéciale de la cour d'appel de Toulouse et envoyé au camp du Vernet (Ariège). Livré à la Gestapo par les autorités de Vichy avec plus de espagnols, il est expédié par le train fantôme au camp de concentration de Dachau. Interné le , il y retrouve son gendre don Augustin Soto-Sanchez (1916-2005) né à Carthagène (ancien militaire républicain espagnol combattant sur tous les fronts de 1936 à 1939), jeune résistant communiste, à Figeac membre de « la UNE », « Vino » dans la clandestinité au maquis Bessieres, des MUR, déclaré « indésirable » par le gouvernement français de Daladier, interné au camp de concentration d'Argelès-sur-Mer lors de la Retirada de 1939, engagé volontaire dans l'armée française (au centre expérimental d'artillerie de Bourges), puis démobilisé à Figeac où il est arrêté en mai 1944 par la division SS Das Reich. Celui-ci est torturé par le Sipo-SD d'Himmler à Paris et envoyé dans un wagon à bestiaux via Compiègne au camp de Dachau. Ils survivent tous les deux et font moins de à leur libération. Luis Suarez Cueto est signataire du Manifeste des intellectuels rescapés des camps de la mort pour la paix dans le monde. Très affaibli, il meurt en à Figeac, où il est enterré en présence de représentants du gouvernement de la République espagnole en exil venus du Mexique..... Deux plaques mémorielles ont été posées en hommage à leurs combats et sacrifices pour la liberté au 8, rue Tomfort et au 21, avenue de Toulouse à Figeac. Alice Bessou-Kokine (1923-1945), résistante à Toulouse où elle est secrétaire dans un commissariat de police. Elle est arrêtée le en même temps que son mari, Meyer Kokine, un Juif d'origine russe, lui aussi déporté dans le train fantôme, tous deux ignorant qu'ils sont dans le même train. Elle accouche le à Ravensbruck d'un garçon qui meurt dix jours plus tard. Elle-même meurt le , le jour de son ..