La littérature surréaliste comprend l'ensemble des textes qui furent publiés par le mouvement surréaliste, actif officiellement de 1924 à 1969, mais qui irrigua une bonne partie de la littérature postérieure. Elle contient des poèmes, des récits, des pièces de théâtre, des essais, des pamphlets, et toutes sortes de manifestes. Si la forme livre avait été en partie rejetée par la littérature dada, les surréalistes l'utilisent plus régulièrement, mais se sont aussi et surtout organisés autour de revues, comme Minotaure ou La Révolution surréaliste.

La littérature surréaliste se caractérise par une rupture avec la tradition académique, et la revendication d'une sortie des règles esthétiques et morales. La versification (en poésie) comme la chronologie narrative (dans les récits) sont mises à mal. Les surréalistes ont également le goût de la provocation, en traitant régulièrement de sujets tabous. Les écrits surréalistes ont pour ligne commune la volonté de libérer l'imagination, mobilisant en particulier le thème du rêve. Ils ont également inauguré des techniques nouvelles, comme l'écriture automatique ou le cadavre exquis.

Le mouvement surréaliste se construit en France, pour l'essentiel à Paris, mais se développe de manière internationale et en plusieurs langues, tout d'abord à travers des auteurs séjournant ou habitant à Paris, puis en essaimant à travers le monde, par exemple à Prague avec le très actif groupe des surréalistes de Tchécoslovaquie. Après son déclin, initié dès la fin des années 30, le surréalisme conserve une influence importante sur la littérature produite durant la seconde partie du XXe siècle.

Précurseurs vignette|alt=Alfred Jarry, cheveux longs, petite moustache, dans la trentaine, sur un fond noir tirant vers le violet|Alfred Jarry (1873-1907) est considéré comme un des précurseurs de la littérature surréaliste, en particulier via ses ouvrages Ubu Roi et Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien.

Sources lointaines Parce qu'elle refuse les rapports de causalité issus de la pensée rationaliste, la littérature surréaliste renoue avec la magie et la pratique ésotérique, fait affirmé à plusieurs reprises par André Breton dans ses manifestesGérard Durozoi et Bernard Lecherbonnier, Le surréalisme : théories, thèmes, techniques, Paris, Larousse, 1972, p.11 à 14 lire en ligne.

Sources littéraires vignette|alt=Photographie en noir et blanc. Jeune homme d'une vingtaine d'années, cheveux courts, en costume et avec noeud papillon|Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, est la référence majeure des écrivains surréalistes. Dans la littérature française, les principales influences du surréalisme sont Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé, Guillaume Apollinaire, Gérard de Nerval, Alfred Jarry, LautréamontDaniel Bergez et al. « Le surréalisme », Daniel Bergez éd., Précis de littérature française, Armand Colin, 2023, pp. 376-377. lire en ligne.

Lautréamont est une source privilégiée, parce qu'il manie la parodie et l'inversion des normes traditionnelles (aussi bien dans Les Chants de Maldoror que dans les inversions de proverbes et aphorismes au sein de Poésie II, ce dernier ouvrage étant recopié en entier par André Breton dans un numéro de La Révolution surréaliste), qu'il pratique la fusion des contrairesLaurent Carrive, « La vie et la norme dans le mouvement surréaliste. Psychanalyse, science et poésie », Topique, vol. 119, no. 2, 2012, pp. 175-186, paragraphe 47, critique la raison savante et affirme l'unité du savoir sous une forme d'intuitionnismeLaurent Carrive, « La vie et la norme dans le mouvement surréaliste. Psychanalyse, science et poésie », Topique, vol. 119, no. 2, 2012, pp. 175-186, paragraphe 58 et suivants. Il est l'auteur le plus cité dans le Manifeste du surréalisme. André Breton déclarera : André Breton, Entretiens 1913-1952 avec André Parinaud, NRF, 1952, p.43. Il incarne en effet un principe de révolte complète : révolte sociale, révolte personnelle et révolte épistémologiqueOra Avni, "Breton et l'idéologie. Machine à coudre - parapluie", Littérature, n°51, 1983, Poésie, p. 15 lire en ligne.

Elle plonge aussi ses racines dans la littérature fantastique, en particulier celle du romantisme allemand, avec des auteurs comme Ernst Theodor Amadeus Hoffmann ou Achim von Arnim, dont ils prolongent le goût de l'étrange. Cela poursuit plus largement la vogue du conte fantastique roman noir, également représenté par Edgar Allan PoeGérard Durozoi et Bernard Lecherbonnier, Le surréalisme : théories, thèmes, techniques, Paris, Larousse, 1972, p.17 lire en ligne. Parmi les sources du XIXe siècle, les surréalistes donnent leur préférence au romantisme allemand, largement préféré au romantisme français. Le système de pensée de Novalis est ainsi essentiel dans la structuration de leur propre pensée, et André Breton donnait sa préférence littéraire à Achim von ArnimGérard Durozoi et Bernard Lecherbonnier, Le surréalisme : théories, thèmes, techniques, Paris, Larousse, 1972, p.20-21 lire en ligne.

La poursuite des avant-gardes La littérature surréaliste s'inscrit également dans la lignée des avant-gardes, aussi bien de la littérature dada que du futurisme et de l'expressionnismeJean-Pierre Bertrand, Jacques Dubois, Pascal Durand, "Approche institutionnelle du premier surréalisme (1919-1924)", dans Pratiques : linguistique, littérature, didactiqueee, n°38, 1983, "Enseigner la littérature" lire en ligne.

Plusieurs des membres fondateurs du surréalisme ont en effet d'abord proches de dada. C'est le cas d'André Breton, de Louis Aragon et de Philippe Soupault. Ce dernier est présenté aux deux autres par Guillaume Apollinaire, qui est lui aussi une influence déterminante et le créateur du mot Pierre Chavot, L'ABCdaire du surréalisme, Paris, Flammarion 2001, p. 13. Parmi les poètes influents à l'époque de la formation du mouvement, les surréalistes restent proches de Pierre Reverdy, dont la poésie inspirée du cubisme, et la revue Sic, sont des références constantes des auteurs surréalistes. Parmi d'autres auteurs dont ils s'inspirent mais qui n'appartiendront pas au surréalisme, on peut citer Jacques Vaché, Max Jacob ou encore Saint-John PersePierre Chavot, L'ABCdaire du surréalisme, Paris, Flammarion 2001, p. 11 à 13.

L'influence de Sigmund Freud André Breton a eu connaissance des théories de Sigmund Freud à partir de 1916, car il était en poste dans un centre psychiatrique. Il rencontre l'inventeur de la psychanalyse dès 1921, mais Freud ne partage pas l'interprétation de son œuvre par les surréalistes ; par ailleurs, à l'époque, Freud n'est pas encore traduit en français. La Science des rêves, traduit en français en 1926, est néanmoins un livre déterminant pour le mouvement : de Freud, les surréalistes partagent l'intérêt pour le rêve et pour la sexualité. Il est très régulièrement cité comme référence par les écrivains surréalistesPierre Chavot, L'ABCdaire du surréalisme, Paris, Flammarion 2001, p. 18.

Histoire et géographie éditoriale De l'apparition du terme au Manifeste du surréalisme vignette|André Breton en 1924.|alt=Sur fond blanc, André Breton, en costume, dans la trentaine, des lunettes sur les yeux et les deux mains tenant les branches desdites lunettes. Le terme surréalisme apparaît à l'occasion de la publication du drame de Guillaume Apollinaire, Les Mamelles de Tirésias, en 1917Alexandre Gefen, « APOLLINAIRE, Guillaume. 1880-1918 », Carole Talon-Hugon éd., Les théoriciens de l'art. Presses Universitaires de France, 2017, pp. 19-20. lire en ligne.

André Breton considère que le premier texte authentiquement surréaliste est Les Champs magnétiques, qu'il écrivit en mai et avec Philippe Soupault. Même si les deux écrivains sont alors membres de dada, André Breton insiste a posteriori sur le fait qu'il s'agit déjà d'un texte surréalisteAndré Breton, Entretiens, 1952, Gallimard, collection Idées, chapitre IV, page 62. Le texte propose pour la première fois un exemple d'écriture automatique, qui devient une manière d'écrire typique du mouvementPierre Taminiaux, « I. Formes de la contradiction : de l’écriture automatique au vide », Esthétiques radicales. Actualité des avant-gardes, sous la direction de Taminiaux Pierre. Hermann, 2021, lire en ligne.

Deux autres textes annoncent le Manifeste de 1924 : tout d'abord Introduction sur le peu de réalité d'André Breton, dans lequel il propose déjà des idées qui seront reprises et développées dans le manifeste ; ensuite Une Vague de rêves de Louis Aragon, qui donne une première définition du Gérard Durozoi et Bernard Lecherbonnier, Le surréalisme : théories, thèmes, techniques, Paris, Larousse, 1972, p.37 lire en ligne.

André Breton publie en 1924 le premier Manifeste du surréalisme, qui fournit un cadre théorique aux expérimentations littéraires futures. Il s'agissait, dans son premier projet, d'une préface à son propre recueil Poisson solubleAndré Breton, Œuvres complètes, t. I, Éditions Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1988, p. 1332..

L'effusion : 1924-1929 vignette|alt=Peinture avec fond rouge. Au premier plan, assis sur un fauteuil, un jeune homme en costume, avec cravate bouffante|René Crevel, ici peint par Jacques-Emile Blanche en 1928, est un des principaux animateurs du groupe surréaliste. Plusieurs œuvres majeures du surréalisme sont publiées ou écrites dans la foulée de la publication du Manifeste d'André Breton. Louis Aragon publie Le Libertinage puis Le Paysan de Paris (1926), Antonin Artaud publie L'Ombilic des limbes, André Breton Les Pas perdus et Poisson soluble, Paul Eluard Mourir de ne pas mourir, Benjamin Péret Immortelle maladieGérard Durozoi et Bernard Lecherbonnier, Le surréalisme : théories, thèmes, techniques, Paris, Larousse, 1972, p.39 lire en ligne.

L'année 1925 est elle aussi une année faste, avec des publications de René Crevel, Antonin Artaud, Michel Leiris et de nombreux autres. Les surréalistes sont alors pris entre d'un côté l'impression de , devenir un mouvement littéraire, et la volonté de demeurer révolutionnaires. C'est aussi l'année où les questions politiques deviennent centrales dans le mouvement, particulièrement sous l'impulsion d'André Breton, qui lit alors les oeuvres de Marx, d'Engels, de Lénine et de TrotskiGérard Durozoi et Bernard Lecherbonnier, Le surréalisme : théories, thèmes, techniques, Paris, Larousse, 1972, p.42-43 lire en ligne.

Durant cette même année, les membres se réunissent tantôt chez André Breton, tantôt rue du Château, derrière Montparnasse, où cohabitent Marcel Duhamel, Jacques Prévert et Yves Tanguy, qui viennent de rejoindre le mouvement. C'est lors d'une de ces réunions de la rue du Château qu'est inventée la pratique du cadavre exquisPierre Chavot, L'ABCdaire du surréalisme, Paris, Flammarion 2001, p. 20.

Bien que le rythme des publications se poursuive pour les membres du surréaliste, ceux-ci se disputent rapidement autour des questions politiques. Si plusieurs adhèrent au Parti Communiste en 1927, ils ne parviennent pas à imposer leur ligne culturelle dans ce mouvement, que certains abandonnent rapidement (André Breton et Benjamin Péret, ainsi que Paul Eluard qui y adhèrera à nouveau lors de son entrée dans la Résistance). Des membres jugés sont exclus en 1929, dont certains fondent Le Grand Jeu : René Daumal, Roger Gilbert-Lecomte notammentGérard Durozoi et Bernard Lecherbonnier, Le surréalisme : théories, thèmes, techniques, Paris, Larousse, 1972, p.46 lire en ligne. Les exclus répondent avec le pamphlet Un Cadavre (reprenant le titre du pamphlet surréaliste de 1924 contre Anatole France), qui accuse violemment André Breton de dérive sectaire et autoritairePierre Chavot, L'ABCdaire du surréalisme, Paris, Flammarion 2001, p. 21.

André Breton publie en 1929 le Second manifeste du surréalisme, dans le but de réaffirmer les principes initiaux et de réunir les membres, mais la désunion se poursuit, avec de nombreux pamphlets interposés. Robert Desnos est lui aussi exclu.