L'histoire des Juifs à Turobin commence avec la venue de quelques Juifs à Turobin dans le courant du ou du siècles. Au début du , la communauté juive représentait 70 % de la population totale de la ville. Si ce pourcentage a légèrement diminué dans la première moitié du en raison d'une forte émigration vers les États-Unis, la communauté juive représentait encore plus de la moitié de la population au début de la Seconde Guerre mondiale. La communauté a été liquidée pendant la Shoah. Il n'y a actuellement plus de Juifs à Turobin.

Turobin est un village polonais de la gmina de Turobin dans le powiat de Biłgoraj de la voïvodie de Lublin dans l'est de la Pologne. Situé à 50 km au sud de Lublin, le village compte actuellement près de .

Histoire de la communauté juive Les débuts de la communauté Les premiers Juifs se sont installés à Turobin probablement aux environs de l'an 1420 ou, selon d'autres sources, plus tard, vers les années 1516-1530: Roman Tokarczyk: Turobin. Dzieje miejscowości (Turobin. Histoire du village); éditeur: Wydawnictwo Morpol; Lublin; 2002; page: 93; : Turobin; in: Encyclopaedia of Jewish Communities Poland; tome: 7: Lublin, Kielce districts; rédacteur: Abraham Wein; Jérusalem; 1999; page: 241. Selon des données datant de 1564, y vivent. Mais dès le dernier quart du , en raison de l'incorporation de Turobin à l'entail de la famille Zamoyski en 1600: M.S. Geshuri: History of the Jewish settlement in Turobin; traduction en anglais par: Meir Bulman; site: Jewishgen page: 25 et du développement économique rapide de la ville, l'implantation juive s'intensifie. La plupart des familles juives de Turobin vivent de l'artisanat et du commerce, dont, entre autres, le commerce de la fourrure et du cuir grâce auquel la ville acquiert une grande réputation.

En 1607, le représentant des Juifs de Turobin, Shimon, fils de David Oyerbach, participe pour la première fois à la réunion du Conseil des Quatre Pays: M.S. Geshuri: History of the Jewish settlement in Turobin; page: 27.

La famille Zamoyski, en accordant de nombreux privilèges aux Juifs, tels que le droit d'acheter et de construire des maisons près de la place du marché, ainsi que le droit de faire du commerce dans la ville, encourage la population juive à s'installer dans tous les centres appartenant à l'entail. Le document de 1621 étend à Turobin et aux autres villes de la région les privilèges préalablement attribués aux Juifs de Zamość. Le texte ci-dessous est traduit du latin: Au nom du Tout Puissant. Pour la mémoire éternelle. Moi, Zamoyski de Zamość, gouverneur de Kiov, staroste de Knyszyn, Goniądz, etc., j'écris à qui de droit. Quand j'ai décidé il y a quelques années d'établir une nouvelle ville nommée Tomaszów, j'ai vu l'expansion quotidienne de la ville. Pour réussir à développer le commerce, j'ai décidé d'autoriser l'installation des Juifs dans les autres villes sous mon autorité. En tant que résidents et citoyens de cette ville, je leur permets de construire des maisons pour loger leurs familles. Ces Juifs devront s'acquitter de leurs tâches financières et payer les mêmes taxes et redevances que les résidents chrétiens de la ville. Je leur permets de jouir de tous les droits et libertés accordés aux résidents de ma juridiction, y compris la conduite des affaires, l'importation et d'autres professions honnêtes nécessaires pour vivre. Je suis également d'accord qu'ils aient des droits égaux dans l'achat et la vente de produits de toutes sortes, toujours, que ce soit pendant les jours de marché hebdomadaire ou les foires annuelles. En relation avec ce permis, les résidents juifs actuels et futurs doivent me payer, à moi ou à mon successeur après , une taxe payée par tous les juifs, deux florins par propriétaire et 1 florin pour les locataires, sans rapport avec les autres taxes civiles égales aux autres résidents chrétiens, à moi-même et mon successeur.De plus, les juifs seront autorisés à pratiquer la médecine de la même manière que les médecins chrétiens, et comme les médecins chrétiens, les médecins juifs me paieront chacun, à moi et à mon successeur, par an.Si un conflit ou des réclamations surviennent entre Chrétiens et Juifs, ils doivent assister à l'arbitrage par un rabbin juif. Si le chrétien se sent lésé par le verdict du rabbin, il a le droit de s'adresser à mon représentant et, si nécessaire, à mon tribunal et à moi. En dehors de cela, les juifs peuvent assigner des chrétiens en justice pour toutes les questions, mais uniquement devant un tribunal civil municipal.De plus, j'accorde aux Juifs susmentionnés le droit d'acheter des terrains à une certaine distance de l'église, dans le but d'y établir une synagogue, une résidence pour un rabbin, un chantre et un enseignant, et un abri pour les moins fortunés. Une fois ceux-ci construits, ils seront exonérés de diverses taxes et redevances imposées aux Juifs lors de la construction de leurs maisons. Cependant, je déclare qu'il est interdit aux Juifs d'acheter à des chrétiens ou de construire plus de sur la place du marché de la ville. Ce chiffre comprend les maisons existantes des Juifs. Quiconque enfreint cette instruction et construit une maison à cet endroit me paiera une amende. Les Juifs sont autorisés à construire autant de maisons qu'ils le souhaitent dans d'autres rues. De plus, je libère les Juifs du devoir de réparer les barrages construits près des faubourgs de la ville pour fortifier les lacs, ce que les résidents chrétiens sont obligés de faire. Les propriétaires juifs doivent payer 3 sous pour l'administration municipale et les loisirs.En guise de validation, j'ai demandé que ce document soit scellé à la cire. Écrit à Zamość le . Zamoyski: M.S. Geshuri: History of the Jewish settlement in Turobin; page: 30. Au début du , il existe ici une communauté juive indépendante et bien organisée, à laquelle est subordonnée, entre autres, la communauté juive de Żółkiewka jusqu'en 1775. Des représentants de la communauté de Turobin participent régulièrement aux sessions du Conseil des Quatre Pays, et les rabbins sont largement connus non seulement dans toute la république des Deux Nations, mais aussi à l'étranger. Au début du , Shimon Wolf Auerbach est le rabbin de Turobin et chef du tribunal rabbinique de la ville. Il représente la communauté juive de Turobin au Conseil des Quatre Pays de 1626/1627 (date hébraïque: 5387). Lui succèdent, entre autres, Shmuel Ber Naftali Kirsh (mort en 1632), Menachem Monisz Czajut, Yitzchok Ber Uri Shraga Fajwl (mort en 1673), Zechariah Mendel (mort en 1706) connu pour son livre Ba'er Hetev (Bien expliqué) sur les sections Yore Dea et Hoshen Mishpat du Choulhan Aroukh: M.S. Geshuri: History of the Jewish settlement in Turobin; traduit en anglais par Meir Bulman; page: 48, Natan Nute Shapira (mort en 1762), Eleazar Lando (mort en 1794), Arie Yehuda Leibush Igra, Noah Shmuel Lipszyc, le premier rabbin hassidique de Turobin, et Eliahu Lando, qui occupa la fonction jusqu'en 1910. À la fin du , Moshe Ben Pinkas, originaire de Turobin, est membre de la représentation juive à la Grande Diète polonaise qui s'est tenue de 1788 à 1792, participant aux délibérations sur la réforme des communautés juives en Pologne.

En 1648, Turobin subit l'invasion des cosaques dirigés par Bogdan Khmelnitski, qui brûlent la ville et assassinent une grande partie de ses habitants juifs. Le livre Yeven Mezulah, publié à Venise en 1653, de l'historien Nathan ben Moses Hannover, témoin des massacres, fait état des nombreuses victimes à Turobin et dans les villes et villages alentour: M.S. Geshuri: History of the Jewish settlement in Turobin - Chapter 4: Turobin During the 1648 Massacre; traduit en anglais par: Meir Bulman; pages: 38-39: Khmelnitski le terrible se déplaça avec son armée, beaucoup d'hommes comme le sable du rivage. Ils ont assiégé la ville de Zamość, une ville forte avec une enceinte double entourée d'un fossé rempli d'eau. Dès que les ennemis sont arrivés, les habitants ont incendié les maisons près de la muraille, afin que les ennemis ne puissent pas s'y cacher. L'ennemi a été empêché de s'approcher de la ville et des deux kilomètres aux alentours, et donc, pendant ce temps, ils ont ravagé toutes les villes environnantes et ont tué des centaines de Juifs à Tomaszów, Szczebrzeszyn, Turobin, Rybczewice, Tarnogród, Biłgoraj, Goraj, et Kraśnik. Meir ben Samuel of Shcherbreshin raconte les évènements dans son récit en prose Ẓok ha-Ittim (Souffrances du temps) publié à Cracovie en 1649: Pendant ce temps, environ deux mille soldats hostiles se sont rendus dans les communautés de Szczebrzeszyn et de Turobin. Des milliers de personnes ont été tuées à Szczebrzeszyn, un nombre indescriptible de notables juifs, martyrisés pour Dieu. Ils ont souillé des femmes et des jeunes filles qui ont crié à l'aide mais en vain. Leurs actes prouvent leurs intentions inchangées. Après les avoir molestées et n'étant plus excités par elles, ils ont jeté dehors leurs corps nus. Les rebelles ont atteint la synagogue et ont vu un homme juif qui s'y cachait. Ils l'ont pendu avec le talit et les tephillin qu'il portait. Ils ont recherché des survivants qui se cachaient et les ont assassinés en les torturant. Les chiens ont léché le sang des victimes, les morts ont été jetés en tas branlant. Des centaines de nourrissons ont été noyés dans du ciment. Des rouleaux et des livres saints ont été jetés dans les rues, déchirés en morceaux et traînés dans la boue, transformés en lieu de repos pour les porcs. Les fenêtres ont été réduites en miettes, les fours brisés. Ils l'ont fait à Turobin. Ils ont atteint Lublin et détruit une région de qualité.

Cependant, la communauté se restaure assez rapidement en raison de sa proximité de la grande communauté juive de Lublin. Une synagogue est probablement construite vers 1657. En 1764, le gouvernement organise un recensement des Juifs, qui durera jusque dans les premiers mois de 1765. Le recensement est effectué au sujet de l'impôt individuel que les Juifs doivent payer, par opposition à la somme forfaitaire payée par la communauté auparavant. Les enfants de moins d'un an sont exonérés de la taxe et ne sont donc pas comptés. En 1765, la communauté Turobin et ses environs comptent officiellement : Turobin; in: Jewish Encyclopedia; rédacteur: Yehuda Leib Katsnelson; éditeur: Brookhouse–Iparon; Saint-Pétersbourg; volume 15; . Turobin est alors une ville du district de Chelm. Cependant, le nombre réel de Juifs dans de nombreux endroits est supérieur à ce que le recensement donne. Comme le but du recensement est d'augmenter les impôts sur les Juifs, ceux-ci se sont s'efforcer dans la mesure du possible d'omettre certains membres de leur famille, surtout les enfants, plus faciles à dissimuler. On ne sait pas combien de non-juifs résident à Turobin à l'époque car la population non juive n'a pas été comptée. Les sources de l'époque, comme les mémoires du Ber de Bolechów (1723-1805), confirment la sous-déclaration des individus aux autorités municipales et nationales, notamment le nombre d'enfants: The Memoirs of Ber of Bolechow (1723-1805); rédacteur: M. Vishnitzer; Berlin; 1922; page 116; réédité par Arno; 1973.

À la fin du , les Juifs de Turobin sont principalement engagés dans le petit commerce, louent des moulins, des brasseries, des auberges et des étangs, et fournissent des services financiers aux paysans et aux citadins.

En 1795, lors du troisième partage de la Pologne, la province de Lublin est annexée par l'Autriche. La vie des Juifs est changée, le gouvernement autrichien limitant le commerce des Juifs et imposant d'autres restrictions. Les Juifs ont l'obligation d'ajouter un nom polonais à leur nom juif.

Pendant la période napoléonienne, la province de Lublin, incluant Turobin, est conquise en 1809 par le prince Joseph-Antoine Poniatowski et incorporée au duché de Varsovie.

la communauté sous la domination russe