Le séisme de 2023 au Maroc ou séisme d'Al Haouz, survenu le à UTC (23 h 11 locale), est le plus important tremblement de terre enregistré par des stations sismiques de l'histoire du pays, avec une magnitude qui atteint Mw= 6,7 à 6,9selon les instituts sismologiques et les modes de calcul.

L'épicentre du séisme se trouve dans le Haut Atlas à au sud-ouest de Marrakech, dans la commune rurale d'Ighil, province d'Al Haouz, région de Marrakech-Safi. L'hypocentre est calculé à une profondeur de selon les modes de détermination. Ce premier séisme est suivi plus tard d’une importante réplique de .

Le bilan provisoire publié le par le ministère de l'Intérieur fait état de et , près de 90 % des victimes étant recensées dans les seules provinces d'Al Haouz et de Taroudant. Les secousses provoquent d'importants dégâts et l'effondrement de nombreux bâtiments, et sont ressenties dans plusieurs régions du Maroc ainsi qu'au sud de l'Espagne, au sud du Portugal, au nord de la Mauritanie et au sud-ouest de l'Algérie.

Contexte tectonique

Le Maroc se trouve à proximité des limites de plaques africaine et eurasienne, sur la faille transformante Açores-Gibraltar. Cette zone de décrochement dextre devient transpressive à son extrémité est, avec le développement de grandes failles inverses. À l'est du détroit de Gibraltar, dans la mer d'Alboran, la limite entre les plaques tectoniques est de type convergente. La sismicité au Maroc est majoritairement liée aux mouvements le long de cette limite. Le nord du pays, principalement dans le Rif, situé juste à la limite entre les deux plaques tectoniques, présente le plus grand risque sismique.. Le séisme de 2004 à Al Hoceïma de magnitude 6,3 a causé la mort de et fait . Le séisme de 1980 à El Asnam de magnitude 7,3 en Algérie en 1980 a tué ..

L'Atlas est une chaîne de montagnes qui s'étend du Maroc à la Tunisie sur , formée à partir de la collision au début du Cénozoïque (Tertiaire) et qui culmine à d'altitude à l'ouest, au Maroc (au djebel Toubkal).. La sismicité au Maroc est concentrée dans la région nord du pays et la mer d'Alboran. Au sud du Rif, l'activité sismique est rare, mais répartie à travers les montagnes du Moyen, du Haut et de l'Anti-Atlas. La sismicité dans l'Atlas saharien est limitée, et absente dans la région saharienne au sud de la ceinture ; elle est également moins active à l'est, en Algérie et Tunisie.

Les séismes dans l'Atlas présentent des mécanismes au foyer de décrochement, de chevauchement ou une combinaison des deux... Auparavant, le plus grand séisme enregistré dans l'Atlas était le séisme de 1960 à Agadir, de magnitude 5,9, qui a fait près de .

Caractéristiques du séisme Ce séisme est le plus important dans l'histoire du Maroc à avoir été enregistré par des instruments scientifiques. Il est dépassé uniquement par celui du (connu au Maroc comme le séisme de Meknès, il a également frappé Lisbonne.), avec une magnitude estimée de 8,5 à 8,7.

L'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS) indique un mécanisme au foyer de chevauchement oblique sous le Haut Atlas. L'Institut de physique du globe de Paris (IPGP) donne un mécanisme au foyer de (136, 37, 143)/(267, 69, 59) pour (azimut, pendage, rake). Les deux plans nodaux seraient donc une faille inverse à composante dextre, orientée SE-NW, et de pendage 37° SW, et une faille inverse, orientée WSW-ENE, avec une composante senestre, sur un plan à pendage de 69° NNW.. Les données satellitaires (Sentinel-1) indiquent qu'il s'agirait d'une faille inverse orientée NE-SW à fort pendage vers le nord.. appartenant au système de failles de Tizi N'Test. On estime également que la zone de rupture de la faille mesure environ par 20.

Le Haut Atlas compte de nombreuses failles décrochantes, inverses et chevauchantes, orientées est-ouest ou nord-est/sud-ouest. Depuis 1900, aucun séisme de magnitude de 6 ou plus n'a été enregistré dans un rayon de de l'épicentre du séisme du , mais neuf événements de magnitude 5 ou plus se sont produits à l'est de cette zone.

Pertes humaines + Nombre de morts par province (bilan provisoire du ) Al Haouz Taroudant Chichaoua Ouarzazate Marrakech Azilal Grand-Casablanca Tinghir Youssoufia Total Le ministère de l'Intérieur signale et ()., principalement dans les régions proches de l'épicentre. La plupart des décès sont dus aux destructions des bâtiments. En effet, le séisme a causé d'importants dégâts matériels, détruisant des habitations et des villages, et endommagé le patrimoine architectural. Selon des estimations de l'USGS rapportées par le site Le Desk, les dommages pourraient représenter entre 1 et 9 milliards d'euros, soit jusqu'à 8 % du produit intérieur brut marocain en 2022..

se retrouvent sans-abri à la suite du séisme.

Destructions De manière générale, le tremblement de terre a causé des destructions extrêmement importantes., par exemple dans la région de Marrakech-Safi, qui regroupe notamment Marrakech, ainsi que les villes côtières de Safi et d'Essaouira. Les provinces les plus touchées sont celles d'Al-Haouz et Chichaoua, dans la région de Marrakech-Safi, mais aussi la province de Taroudant au sud, dans la région de Souss-Massa, ainsi que la province de Ouarzazate vers l'est, dans les régions de Drâa-Tafilalet, Béni Mellal-Khénifra et la province d'Azilal.

, décrit Touhami Abdelkhalek, professeur d'économie à la Faculté de gouvernance, sciences économiques et sociales de l'université Mohammed VI Polytechnique. ..

Des données de l'observatoire européen Copernicus permettent de constater l'étendue des dégâts dans huit communes du pays qui ont subi des dommages importants à la suite du séisme. Le , le service Copernicus de gestion des urgences (CEMS) comptait réparties dans les huit régions étudiées. C'est à Talat N'Yaaqoub et à Amizmiz que l’on compte le plus de résidences complètement détruites par le séisme, avec respectivement 208 et 121 maisons détruites.

sont à moins de de l'épicentre, et la destruction s'est propagée jusqu'à , touchant probablement jusqu'à . Le nombre annoncé de (nombre évoqué dans le programme de relogement du Maroc) pourrait même être dépassé..

Près de l'épicentre, dans le Haut Atlas, la chaîne de télévision publique Al Aoula rapporte que de nombreux bâtiments se sont effondrés et que la plupart des décès sont survenus dans des zones montagneuses difficiles d'accès. Les équipes de secours ont eu des difficultés à atteindre les zones les plus touchées, les routes y étant endommagées.. Le même scénario se produit un peu partout à travers le pays : des villages reculés affichent des besoins d’aide criants, mais les dégâts causés par le séisme compliquent considérablement l’accès à ces lieux.

Les secousses ont été ressenties dans plusieurs villes, dont Casablanca, Rabat et Fès. Les personnes qui ont ressenti le séisme ont quitté leurs maisons et rejoint la rue, dans la crainte d'un autre tremblement de terre..

Selon le ministère de l'Éducation, ont été endommagés.

Agadir Une partie de la kasbah d'Agadir, dont les murailles étaient déjà endommagées par le séisme de 1960 et récemment rénovées, s'est effondrée à la suite du tremblement de terre.

Amizmiz Dans les environs d’Amizmiz, c'est dans le petit village de que l'on dénombre le plus grand nombre de maisons détruites. Situé à une cinquantaine de kilomètres de l'épicentre, le village est presque entièrement détruit..

Ouarzazate Des fissures ont été remarquées sur le ksar d'Aït-ben-Haddou, dans la province de Ouarzazate, site inscrit sur la liste du patrimoine mondial. En particulier, le grenier collectif qui surplombe le village s’est partiellement effondré..

Taroudant Les murailles de Taroudant, ainsi que des monuments d'importance historique, dans leur proche environnement sont touchés.

Imgdal Dans la commune d'Imgdal, au cœur du Haut Atlas, plusieurs bâtiments n'ont pas résisté, la route principale menant vers le village a été bloquée par des éboulements.

Talat N'Yaaqoub La commune de Talat N'Yaaqoub est quasiment rasée. Outre les résidences détruites, la commune est aussi une de celles qui comptent le plus de dommages : 236 habitations sont endommagées et Copernicus en compte 74 autres « possiblement endommagées ».

Tinmel Construite au à la mémoire d'Ibn Toumert, fondateur des Almohades, la mosquée de Tinmel, un site historique situé dans le Haut Atlas, présélectionnée pour devenir patrimoine mondial Unesco, a été complètement détruite. Sans fournir aucune information, une source du ministère marocain de la Culture a déclaré à Reuters que le ministère a décidé de la restaurer et établira un budget pour cela.

Marrakech Sur les de la médina de Marrakech, les dommages sont par endroits impressionnants, avec des logements éventrés et, dans le lacis de ruelles, des monticules de gravats. Les remparts du qui entourent la cité impériale, fondée vers 1070 par la dynastie des Almoravides, sont en partie défigurés.. Des maisons dans les parties anciennes de la ville ainsi que des parties des remparts de la vieille ville sont effondrées.. Sur la place Jemaa el-Fna, un minaret et des parties des murs de la mosquée Kharbouch se sont effondrés, écrasant des véhicules en stationnement.. Des vidéos montrent des tas de débris, des murs effondrés et des nuages de poussière.. Plusieurs bâtiments anciens dans la médina, des sites du patrimoine mondial de l'UNESCO, se sont également effondrés. On a signalé également des perturbations de l'accès à Internet en raison de coupures de courant.. Le quartier le plus affecté est le Mellah (ancien quartier juif) où les destructions de maisons anciennes sont les plus spectaculaires.

Jamal Aboulhoda Abdel Mounaim, conservateur des monuments historiques de la ville de Marrakech indique que plusieurs autres minarets de la ville ont été endommagés, ceux des mosquées Benyousef, El Mansour de kasbah ou Saâdi. Les secousses ont provoqué d'importantes fissures sur ces minarets.

Les remparts de la vieille ville sont aussi abîmés, indique l'UNESCO, notamment au niveau des portes Bab Taghzout et Bab Agnaou, entièrement détruites. D'autres sites importants présentent des fissures : le palais de la Bahia, le palais El Badi, et les Tombeaux saadiens.

Reconstruction Une commission interministérielle a été mise en place par le royaume afin de coordonner les efforts de reconstruction sur le long terme.

Le roi Mohammed VI fait un don d'un milliard de dirhams via un fonds d'investissement privé marocain dont il est l'actionnaire principal.. Sa fortune personnelle est estimée à six milliards d'euros..

Le Mouvement des ingénieurs crée un comité d'architectes affiliés pour assister techniquement à la reconstruction des maisons endommagées en coordination avec toutes les parties concernées. Le mouvement appelle tous les ingénieurs et architectes du Maroc à s'engager dans cette initiative humanitaire et demande aux citoyens de contribuer en fonction de leurs talents et leurs compétences. Le quotidien Al Akhbar souligne que cet apport doit permettre de réduire les dépenses de la reconstruction.

Selon l'UNESCO, le Maroc dispose d'une expertise en la matière. Il est possible, en respectant les techniques traditionnelles, d'apporter des éléments de protection sismique. Il faudra entre cinq et dix ans pour que les effets architecturaux de la catastrophe aient disparu. Ces délais sont considérés comme incompressibles, notamment du fait du nombre insuffisant d'ouvriers qualifiés pour procéder à la reconstruction..

Elie Mouyal, architecte marocain spécialisé dans la construction traditionnelle en terre, propose une méthode intermédiaire, avec une approche participative des habitants et en utilisant des matériaux de récupération et une mousse isolante projetée pour créer des habitations durables. Cette démarche vise à préserver l'identité culturelle des communautés touchées et à éviter le déplacement de populations cherchant à se reloger dans les grands centres urbains.