Les Hittites sont un peuple ayant vécu en Anatolie dans l'Antiquité, au Ils doivent leur nom, qui leur a été donné à l'époque moderne, à la ville à partir de laquelle a été fondé leur royaume et qui a été leur capitale principale, HattusaPour les termes antiques, la lettre « u » a pour valeur le son de la voyelle [u] (généralement transcrit par ou en français). Les termes comportant un signe cunéiforme comportant la consonne chuintante [ʃ] (souvent transcrite par š ou sh voire ch) sont transcrits ici avec la lettre s, la présence d'une chuintante en hittite n'étant pas assurée. La consonne vélaire [x] (souvent transcrite ḫ ou kh comme pour l'arabe) est transcrite par simplification par la lettre h. Hattusa est donc préféré à Ḫattuša (ou Hattousha), Suppiluliuma à Šuppiluliuma ou Souppilouliouma, Purushanda à Purušḫanda Les termes attestés surtout dans les textes en akkadien, ougaritique, hourrite ou égyptien ne suivent pas tous ces principes., et au nom antique de la région dans laquelle elle se trouve, . C'est à compter de la seconde moitié du avant notre ère que le royaume devint l'un des plus puissants du Moyen-Orient, dominant l'Anatolie jusqu'aux alentours de Au avant notre ère, ils réussissent même à faire passer la majeure partie de la Syrie sous leur coupe, ce qui les met en rivalité avec d'autres puissants royaumes du Moyen-Orient : l'Égypte, le Mittani et l'Assyrie.
Les populations de langue indo-européenne ancêtres des Hittites s'installent en Anatolie au plus tard dans le courant du , et forment au début du un ensemble de petits royaumes se partageant l'Anatolie centrale. Les rois de Hattusa (1625-1600 ) et (1600-1590 ) construisent un royaume puissant (l'« Ancien royaume » hittite) à partir du cœur de l'Anatolie, le second parvenant à des victoires prestigieuses avec les prises d'Alep (1600) et de Babylone (1595) qui restent sans lendemain : en effet le royaume hittite décline ensuite dans des troubles internes et la Syrie passe sous la coupe du Mittani, grand rival du Hatti. La période suivante, phase médiane de l'histoire hittite, est de la même manière marquée par des phases d'expansion et de reflux du royaume hittite, qui reste néanmoins la principale puissance anatolienne et prend des aspects de plus en plus « impériaux » selon la terminologie moderne. Après une période de crise, l'avènement de (1350-1322 ) voit le début d'une phase d'affirmation sans précédent de l'empire des Hittites. Ce souverain défait le Mittani, ce qui lui permet de faire passer le Nord du Levant sous sa coupe, puis rentre en confrontation avec l'Égypte. Ses successeurs maintiennent le statut du royaume hittite durant le siècle suivant, malgré la rivalité égyptienne (qui culmine avec la bataille de Qadesh vers 1274 ) et assyrienne. Le royaume s'effondre vers 1200 , sans que l'on sache comment, dans un contexte de crise qui touche toute la Méditerranée orientale. Lui succèdent des royaumes dits « néo-hittites », florissants au début du , avant leur intégration dans l'empire assyrien au
L'histoire et la civilisation des Hittites ont été reconstituées par les chercheurs à partir de la fin du grâce aux fouilles de sites anatoliens, en premier lieu desquels Boğazköy, où se trouvent les ruines de Hattusa ; on y a mis au jour des milliers de tablettes cunéiformes documentant plusieurs aspects de la vie politique, religieuse et économique du royaume hittite. Ces sources ont été complétées par la fouille de nouveaux sites et les apports d'informations concernant des royaumes ayant été en contact avec les Hittites : Égypte, Assyrie, vassaux syriens comme Ugarit et Emar.
Les sources sur l'histoire hittite en ont révélé le caractère composite. La dénomination de civilisation hittite est trompeuse dans la mesure où l'Anatolie du est une mosaïque ethnique et culturelle dans laquelle coexistaient plusieurs peuples : certains parlant des langues indo-européennes comme les Hittites et les Louvites, d'autres étant locuteurs de langues non indo-européennes comme les Hattis et les Hourrites. Cette coexistence et les contacts qui en découlent, mêlés aux influences venues de Syrie et de Mésopotamie, ont construit la civilisation hittite.
vignette|Localisation des régions et principales villes de l'Anatolie hittite. vignette|Porte des lions à Hattusa.
Conditions d'étude de la civilisation hittite Redécouverte d'une civilisation oubliée vignette|Bas-reliefs de Yazılıkaya dessinés par Charles Texier, Asie mineure : description géographique, historique et archéologique des provinces et des villes de la Chersonnèse d'Asie, Paris, 1862.
À la différence des royaumes contemporains de Babylone, d'Assyrie ou d'Égypte dont le souvenir a été conservé par les civilisations qui leur ont succédé, le royaume hittite fait partie des oubliés de l'histoire du Proche-Orient ancien (au même titre que Sumer, l'Élam ou l'Urartu) qui n'ont laissé quasiment aucune trace dans la mémoire des peuples ayant par la suite occupé leurs terres. Des bas-reliefs des Hittites ou de leurs vassaux, comme celui de la passe de Karabel, sont certes connus aux époques antique et médiévale, mais leur attribution reste problématique jusqu'aux dernières décennies du . Dans les années 1830, au moment où les explorateurs européens s'intéressent de plus en plus au passé antique du Moyen-Orient, le français Charles Texier repère et dessine plusieurs sites (surtout Yazılıkaya) et leurs inscriptions en hiéroglyphes, mais il n'a guère que les sources de l'Antiquité grecque et romaine à sa disposition pour les identifier, ce en quoi elles ne peuvent lui être d'un quelconque secours. En 1880, après la première vague de découvertes concernant l'Égypte et la Mésopotamie antique et le déchiffrement de leurs écritures, ainsi que de nouvelles trouvailles d'inscriptions hittites, l'universitaire bibliste anglais Archibald Henry Sayce est le premier à proposer de rechercher un royaume antique établi en Syrie qui aurait été dirigé par un peuple qu'il propose d'appeler « Hittites ». Il reprend ce terme de plusieurs passages de la Bible hébraïque mentionnant des ou des (« Fils de Heth ») qui pourraient être des références aux Hittites antiques, mais leur faible importance dans la Bible avait plutôt incité à les considérer auparavant comme une tribu mineure ; . Cette proposition s'appuie sur les mentions du Hatti dans les textes assyriens et égyptiens déchiffrés alors, et elle est renforcée après 1887 à la suite de la découverte des lettres d'Amarna, comprenant des missives envoyées par le roi hittite à et à Akhenaton, ainsi que les premiers textes en hittite connus, à savoir les deux lettres du roi d'Arzawa. C'est au tournant du que les premières fouilles régulières sur un site hittite sont entreprises à Boğazköy (aujourd'hui Boğazkale), l'antique Hattusa, capitale du grand royaume hittite. Une mission allemande commandée par Hugo Winckler en prend la direction après 1906 et met au jour des milliers de tablettes, à partir desquelles l'assyriologue tchèque Bedřich Hrozný parvient à traduire le hittite (sur la base de l'écriture cunéiforme) entre 1914 et 1917 : les Hittites sont sortis de l'oubli, reste maintenant à redécouvrir plus précisément leurs accomplissements.
Fouilles des sites hittites vignette|Dispositif défensif de Yerkapı à Boğazköy (Hattusa).
Les fouilles de Boğazköy s'interrompent après 1913 et la mort de Winckler pour reprendre en 1931 sous la direction de Kurt Bittel. Après une nouvelle interruption de 1939 à 1951, Bittel revient sur le site qui est, depuis, fouillé chaque année par une équipe allemande : Peter Neve (1978-1993), Jürgen Seeher (1994-2005) puis Andreas Schachner (depuis 2006) se transmettant la direction des fouilles. C'est le plus vaste site hittite mis au jour, et celui qui est le mieux connu : les fouilles ont dégagé la zone du palais royal, les murailles et plusieurs portes, le grand temple de la zone dite de la « Ville basse », puis un groupe de temples dans la « Ville haute », ainsi que différents autres points du site (greniers, résidences, bâtiments isolés) La même équipe procède aux fouilles sur les sites voisins de Yazılıkaya (sanctuaire rupestre) et d'Osmankayası (nécropole)Voir notamment J. Seeher, Hattuscha-Führer: Ein Tag in der hethitischen Hauptstadt, Istanbul 2006 (aussi disponible en turc et en anglais). Présentation du site par l'équipe de fouilles sur le site (en allemand, turc et anglais)..
La découverte du site de Kültepe, l'ancienne Kanesh/Nesha, est une autre découverte majeure concernant l'histoire de l'Anatolie du Elle est d'abord le fait de fouilleurs clandestins, puis de fouilles autorisées à partir de 1925. Des milliers de tablettes de la correspondance de marchands assyriens, qui s'y étaient établis au , ont été dégagées, ainsi que leurs résidences et un palais royal. Les fouilles se poursuivent depuis sous la direction d'équipes d'archéologues turcs.
vignette|Ruines du Temple 1 de Kuşaklı, l'antique Sarissa.
D'autres sites hittites ou de leurs vassaux sont mis au jour dans les années 1930 : Alacahöyük, Jerablus (Karkemish), Tell Açana (l'antique Alalakh), Ras Shamra (Ugarit). L'intérêt des archéologues pour les sites de l'Anatolie hittite ne décline pas après 1945, avec la fouille des sites d'Alişar, Gâvurkalesı, Sirkeli, Eflatun Pınar ou plus récemment Zeyve Höyük et Kayalıpınar, et surtout Maşat Höyük (Tappika), Ortaköy (Sapinuwa) et Kuşaklı (Sarissa), trois sites provinciaux où ont été dégagées des constructions (palais et temples) et des tablettes permettant d'offrir un complément appréciable aux résultats des fouilles de Boğazköy pour la connaissance du royaume hittite H. Genz et D. P. Mielke, « », dans présente les principaux sites hittites fouillés..
Étude de la documentation écrite vignette|gauche|Fragment de tablette rituelle contenant la description d'un festival pour la déesse Teteshkhapi. , Hattusa. Musée de l'Institut oriental de Chicago.
La traduction de la langue hittite à partir de sa transcription en cunéiforme progresse rapidement après les découvertes décisives de Hrozný, et des chercheurs allemands publient les principaux textes mis au jour à cette période dans les années 1930. La connaissance de l'autre écriture employée par les rois hittites, les « hiéroglyphes hittites » (qui transcrivent en fait du louvite), progresse bien plus lentement, car peu de textes sont connus et ils sont souvent courts. La découverte de nouveaux textes relance les travaux dans les années 1960-1970, ce qui permet de faire progresser considérablement la compréhension de ce système d'écriture.
Les spécialistes de ces textes, parfois désignés comme « hittitologues » (quand ils ne se considèrent pas plus largement comme assyriologues, terme qui désigne les spécialistes des textes du Proche-Orient ancien en général), disposent d'une masse documentaire importante à étudier : des dizaines de milliers de textes provenant de Boğazköy et de quelques autres sites anatoliens (Kültepe, Maşat Höyük, Ortaköy, Kuşaklı et plus récemment Kayalıpınar), ainsi que d'autres sites contemporains, principalement localisés en Syrie (surtout Ras Shamra/Ugarit et Meskene/Emar), et rédigés dans plusieurs langues (akkadien, hittite, louvite, ougaritique) et écritures (syllabaire cunéiforme, hiéroglyphes hittites et égyptiens, alphabet cunéiforme d'Ugarit) H. Genz et D. P. Mielke dans ; T. P. J. van den Hout, « The Written Legacy of the Hittites », dans . Ils permettent d'éclairer avant tout l'histoire et l'organisation politiques ainsi que l'histoire religieuse et juridique, mais beaucoup moins l'histoire économique et sociale, à la différence de la documentation disponible pour les régions de la Syrie et de la Mésopotamie antiques).
G. Beckman a identifié cinq axes de recherche principaux qui se présentent aux hittitologues :