Mohamed Ghanem, dit Mohamed Ranem, né le 5 novembre 1925 à Alger et décédé dans la même ville le 11 décembre 2014, est un peintre, miniaturiste, ornemaniste, céramiste et professeur d’art algérien. Il est considéré comme l’une des figures les plus importantes ayant contribué à la préservation, au développement et à la transmission de l’art de la miniature et de l’enluminure algériennes aux générations suivantes. Dans son expérience, il associa la précision du savoir-faire traditionnel à la richesse de l’imagination plastique et transforma le patrimoine islamique et algérien, avec ses ornements, son architecture, ses écritures et ses scènes historiques, en un langage artistique qui conserva son authenticité tout en s’ouvrant à l’esprit de son époque.

Biographie Formation et apprentissage Il commença sa formation artistique dès son jeune âge à l’école de Frais-Vallon, annexe du Musée national des beaux-arts d'Alger, où il étudia sous la direction d’Omar Racim et fut influencé par le mouvement de renaissance de la miniature algérienne. Durant ses études, il reçut une formation variée comprenant la miniature, l’enluminure, le dessin, la sculpture, la reliure et la céramique, ce qui se refléta par la suite dans la diversité de ses techniques et de ses sujets artistiques.

Dès les années 1940, Ranem imposa sa présence sur la scène artistique algérienne en exposant ses œuvres dans les principaux salons et expositions, et obtint, au début de sa carrière, le Prix de la Ville d’Alger. Il figura également parmi les artistes algériens qui portèrent la singularité de l’art islamique algérien jusqu’à Paris, à une époque où la capitale française constituait l’une des principales capitales mondiales de l’art et une destination privilégiée pour les grands peintres et créateurs venus de différents pays. Dans cet environnement artistique particulièrement compétitif, Ranem organisa à plusieurs reprises des expositions personnelles et présenta ses œuvres dans des galeries et des institutions importantes, notamment la Galerie Bernheim-Jeune, la galerie de l’OFALAC et le Cercle de la France d’outre-mer, faisant découvrir au public européen la miniature et l’enluminure algériennes comme un art vivant, capable de s’affirmer au-delà de ses frontières culturelles d’origine. vignette|droite|Mohamed Ranem avec Houari Boumédiène.

À l’âge de quinze ans, Mohamed Ranem suit des cours d’art musulman algérien sous la direction d’Omar Racim à l’école de Frais-Vallon, annexe du Musée national des beaux-arts d'Alger. L’établissement, créé en 1931, dispense notamment un enseignement consacré aux arts traditionnels.vignette|Miniature de mohamed ranem|266x266pxRanem y étudie, le matin, la miniature et l’enluminure, puis, l’après-midi, la ronde-bosse, le dessin élémentaire et la reliure. Il se forme également à la céramique dans la classe de Mohamed Cherrad.

En 1940, il obtient un premier prix de reliure. En 1941, alors que l’école de Frais-Vallon vient d’être rattachée à l’École des beaux-arts de la rue d’Orléans, il obtient également un premier prix en enluminure et en céramique.

Débuts artistiques Dès 1942 et s’inscrivant ainsi d’emblée dans les mouvances artistiques reconnues, le jeune Ranem expose ses premières œuvres au salon des artistes algériens et orientalistes, un des salons les plus importants de cette époque, il est alors lauréat du prix de la ville d’Alger.

En 1943, peu après la fin de leurs études, Ranem organise à Alger une exposition avec son condisciple Ali Ali-Khodja. Elle se tient chez Baconnier, au 4, rue Abane-Ramdane.

Selon un témoignage ultérieur de Ranem, les deux artistes avaient alors achevé quatre années d’études et réussirent à vendre une partie des œuvres présentées. Il explique qu’ils interprétaient ces ventes comme un signe de réussite dans un contexte colonial où leurs ressources matérielles étaient limitées.

Premières expositions et reconnaissance En 1944, pendant la Seconde Guerre mondiale, Mohammed Racim réunit de jeunes peintres et miniaturistes algériens dans le cadre d’une exposition organisée au Centre franco-musulman. Selon les informations rapportées dans les notices consacrées à Ranem, douze jeunes artistes y présentent environ quatre-vingt-quinze œuvres. vignette|Trois bateaux dans un port Le Centre franco-musulman est alors dirigé par Tocqueville et aurait été créé en février 1944 à proximité de l’ancienne place d’Armes, actuelle place des Martyrs.

La manifestation est présentée dans certaines sources comme l’une des premières expositions collectives consacrées spécifiquement à de jeunes peintres et miniaturistes musulmans d’Algérie. Parmi les artistes associés à cette exposition figurent notamment Ali Ali-Khodja, Abdelhalim Hemche, Mohamed Temmam, Bachir Yellès, Mohamed Zmirli et Mohamed Ranem.

Parmi les personnalités présentes au vernissage sont mentionnés le directeur de l’École nationale des beaux-arts d’Alger, le peintre Alfred Loth et plusieurs pensionnaires de la Villa Abd-el-Tif.

La presse est unanime sur l’intérêt présenté par cette exposition et la «dépêche algérienne», l’ «Echo d’Alger», «Alger républicain», la revue Tam, ne tarissent pas d’éloges, Georges Marçais préface le catalogue. Mohamed Ranem, comme ses pairs qu’il soit miniaturiste ou plasticien, vit ce moment comme une véritable reconnaissance. En septembre 1945, Ranem se rend pour la première fois à Paris, où il expose à la foire de l’artisanat algérien, des enluminures et des miniatures. Deux années plus tard, en 1947, Ranem organise une exposition particulière à la maison de l’artisanat (rue d’Isly). L’historien Georges Marçais, qui lui préface son catalogue, écrit: «c’est un de ces disciples de Mohamed et Omar Racim, un élève du second, qui expose ses œuvres aujourd’hui: Mohamed Ranem fait le plus grand honneur à son maitre et l’on peut lui prédire une belle carrière».

vignette|Une miniature de mohamed ranem En février 1948, un rapport consacré aux artistes algériens, rédigé en vue de futures nominations à l’École nationale des beaux-arts d’Alger, présente Mohammed Racim comme une figure majeure du renouveau de la miniature algérienne. Ali Ali-Khodja et Mohamed Ranem y sont cités comme comptant parmi ses élèves les plus remarquables et les plus distingués.

Un an plus tard, c’est toujours en compagnie de son ami Ali-khodja que Mohamed Ranem organise une nouvelle exposition au Cercle franco-musulman. Leurs œuvres y sont présentées aux côtés de celles d’André Casabonne (1922-1950) et de Lavoue-Barrière.

En avril 1950, Mohamed Ranem est invité à exposer une nouvelle fois à la Maison de l’artisanat d’Alger. La manifestation réunit notamment des œuvres de Sauveur Galliéro, Duvalet, Christiane Bertéa, Braun, Bruno Massa, Andréani, Chartron et André Acquart, ainsi que celles d’artistes algériens parmi lesquels Ali Ali-Khodja, Baya, Mohamed Ranem et Bachir Yellès. Elle a lieu à l’occasion de la publication du numéro 2 de la revue littérature « Soleil », créée la même année par l’écrivain Jean Sénac.

Au printemps de la même année, Mohamed Ranem, Ali Ali-Khodja et Bachir Yellès participent au 47e Salon de la Société des artistes algériens et orientalistes.

Carrière parisienne et rayonnement international En septembre 1945, Mohamed Ranem effectue son premier séjour artistique connu à Paris. Il y présente des enluminures et des miniatures à l’occasion d’une foire consacrée à l’artisanat algérien.

En 1950, il expose à la Galerie Bernheim-Jeune, à Paris.

En juin 1953, Ranem expose à la galerie de l’Office algérien d’action économique et touristique du Gouvernement général de l’Algérie (OFALAC), située au 28, avenue de l’Opéra, à Paris.

vignette|droite|Ranem dans une expositionCette manifestation est présentée comme sa première exposition personnelle parisienne. Il y reçoit notamment la visite du peintre Miloud Boukerche, ancien élève d’Étienne Dinet, de l’écrivain Gabriel Audisio et du compositeur Mohamed Iguerbouchène.Durant cette période, Ranem reçoit également une commande pour la réalisation d’une fresque destinée à l’intérieur du restaurant oriental Le Hoggar, situé dans le Quartier latin.

En octobre 1954, il expose au Cercle de la France d’outre-mer, à Paris.

Du 2 au 15 novembre 1955, il présente une nouvelle exposition au Cercle de la France d’outre-mer. Cette manifestation correspond à l’une de ses expositions personnelles parisiennes des années 1950.

L’année suivante, la galerie Leleu organise une exposition consacrée à plusieurs peintres algériens. Benaboura, Boid, Kader Ben Abdel-Kader, Mohamed Ranem et Haminoumna figurent parmi les artistes mentionnés.

À partir du 15 novembre 1959, Ranem expose pour la troisième fois à la galerie de l’OFALAC, la même année, il se présente au Grand prix artistique de l’Algérie avec trois œuvres, deux enluminures «Sourate du caillot de sang» et «sourate de saturne», ainsi qu’une miniature «fête algéroise». Benaboura l’avait obtenu l’année précédente et plusieurs algériens avaient été stimulés par cette réussite.

Du 13 au 31 décembre 1968, Mohamed Ranem expose de nouveau à la Galerie Bernheim-Jeune, à Paris.

Enseignement et carrière après l'indépendance En 1960, il intégra le corps enseignant de l’École des Beaux-Arts d’Alger, où il succéda à son maître Omar Racim et prit en charge l’enseignement de la miniature et de l’enluminure. Il associa ainsi la pratique artistique au travail pédagogique et joua un rôle important dans la continuité de cet art au sein des institutions académiques algériennes.

Après l’indépendance de l’Algérie, Mohamed Ranem participa également à la structuration de la vie artistique nationale. Il fut associé à la création de l’Union nationale des arts plastiques (UNAP), fondée en 1963, aux côtés d’autres artistes algériens. Cette organisation avait pour objectif de rassembler les artistes plasticiens algériens, de promouvoir la création artistique nationale et de soutenir la préservation des différentes expressions de l’art algérien, notamment la miniature et l’enluminure auxquelles Ranem consacra une grande partie de sa carrière. Les œuvres de Ranem se distinguent par la diversité de leurs techniques et de leurs sujets. Il pratiqua la miniature, l’enluminure, la peinture, la céramique et la reliure, et s’inspira des scènes de la Casbah, des navires, des assemblées, des festivités et de l’architecture algérienne, ainsi que des pages coraniques richement décorées. Parmi ses œuvres documentées les plus importantes figurent les «Deux pages du Coran», conservées dans la collection d’art algérien du Musée national des Beaux-Arts d’Alger. Ses œuvres sont également représentées dans les collections du Musée national de l’enluminure, de la miniature et de la calligraphie. La presse algérienne l’a décrit comme l’un des doyens des artistes plasticiens et comme «le digne héritier de l’art de la famille Racim», une qualification qui résume sa position en tant que maillon essentiel entre la génération fondatrice de la miniature algérienne moderne et les générations qui poursuivirent cet art après l’indépendance.

vignette|Page de Coran enluminée La Sourate Al-Balad Miniature|330x330pxCette nomination le ramène, comme enseignant, dans l’établissement où il avait commencé sa formation artistique environ vingt et un ans auparavant.

Cependant, malgré un parcours artistique jalonné de succès, lors de l’exposition du 1 novembre 1963, organisée à la salle Ibn Khaldoun sous l’égide du Musée national des beaux-arts d'Alger, alors dirigé par Jean de Maisonseul, Mohammed Racim est le seul artiste à représenter la miniature algérienne.

Cette période correspond à une transformation du champ artistique algérien après l’indépendance. La peinture moderne et les débats relatifs au renouvellement des formes artistiques prennent progressivement une place accrue, parfois au détriment des techniques traditionnelles de la miniature et de l’enluminure.