Le Front d'action nouvelle contre l'indépendance et l'autonomie, connu sous l'acronyme FRANCIA, est une organisation secrète active en Corse à la fin des années et au début des années . Elle s'oppose alors par des distributions de tracts et par la violence aux revendications et aux actions du FLNC ou de partis légaux comme l'UPC.

Contexte Dès , plusieurs groupuscules apparaissent en Corse pour s'opposer aux revendications autonomistes ou indépendantistes : Ghjustizia e Libertà, Ghjustizia Morandina, Ghjustizia di Sampieru ou encore le Front de Balagne anti-italien. Ces organisations se livrent à des plasticages contre les locaux des mouvements autonomistes et indépendantistes ainsi que contre les domiciles de leurs militants.

En , Ghjustizia paolina (GP) et le Fronte Paisanu Corsu di Liberazione (FPCL), deux groupuscules indépendantistes, fusionnent pour former le Front de libération nationale corse (FLNC). Jusqu'à ses différentes scissions à la fins des années et au début des années , le FLNC est la seule organisation clandestine du nationalisme corse. D'autres organisations, comme la Consulte des comités nationalistes, continuent d'exister et servent alors de vitrines légales aux revendications du FLNC.

Selon l'historienne Jenny Raflik, FRANCIA fait partie . Elle traite des actions de FRANCIA en Corse conjointement à celles des bataillons basques espagnols (BBE) et des groupes antirerroristes de libération (GAL), deux organisations espagnoles anti-indépendantistes qui agissent sur le territoire français entre et .

Idéologie et revendication politique Auditionné par une commission d'enquête parlementaire sur les activités du SAC, Christian Bonnet, ministre de l'Intérieur de à , déclare :.

Pour Jenny Raflik, la position de FRANCIA, comme celle des groupuscules qui l'ont précédé, est de défendre l'État français et son intégrité territoriale.

Les membres du groupe sont décrits comme .

Mode d'action FRANCIA et ses prédécesseurs se livrent à des attentats à l'explosif. L'affaire Bastelica-Fesch, et surtout son procès, livre de . Jenny Raflik cite en exemple les propos de Lucien Aimé-Blanc, ancien directeur de l'Office central pour la répression du banditisme, qui rapporte des surveillances téléphoniques, des filatures, l'existence d'une cellule spéciale des renseignements généraux parisiens ayant exécuté des attentats attribués au FLNC ou encore la préparation d'enlèvement ou d'exécution.

Histoire

Création Le , FRANCIA officialise sa naissance en envoyant un communiqué à l'AFP qui annonce la fusion des groupuscules opposés aux indépendantistes et aux autonomistes. Son objectif reste de s'opposer aux revendications indépendantistes comme autonomistes. Ses quelques membres connus sont des adhérents ou des proches du RPR et du Service d'action civique (SAC). Jenny Raflik rapporte dans son ouvrage les liens présumés, d'après les autonomistes et les indépendantistes, entre les membres de FRANCIA et la préfecture de Corse, tout en précisant que les sources manquent souvent pour établir la vérité. Gilles Ferragu établit lui aussi un lien entre SAC et FRANCIA. En , l'organisation a reçu le soutien du secrétariat général du comité pour l'indépendance et l'unité de la France présidé par Michel Debré.

Louis Odru, rapporteur de la commission d'enquête sur le SAC, constate l'absence du SAC dans les départements de Haute-Corse et de Corse-du-Sud. Il attribue cette absence, étrange dans un territoire avec une forte composante gaulliste, à la présence du mouvement FRANCIA, substitut régional du SAC.

Les liens entre le SAC et FRANCIA ont été niés par Pierre Bertolini, l'un des chefs reconnus de FRANCIA, tout comme par Pierre Debizet, l'un des dirigeants du SAC. Néanmoins, sur les trois membres de FRANCIA pris en otage par des militants nationalistes corses en , deux, Pierre Bertolini et Alain Oliel, sont membres du SAC. Les responsables du SAC, lors d'une réunion le en présence de Jacques Foccart, décident d'ailleurs la création d'un comité de soutien à Pierre Bertolini.

Toujours selon le même rapport, FRANCIA s'est fait officiellement connaître en , mais existait auparavant sous le nom de « Justice et Liberté ».

D'après François Audigier, Jacques Massié, assassiné avec sa famille lors de la tuerie d'Auriol, .

Principales actions connues et attribuées Entre et , FRANCIA commet une quarantaine d'attentats par an, dont le plasticage du domicile d'Edmond Simeoni et du siège de l'Unione di u Populu Corsu ou encore la destruction, sur l'île d'Elbe, de l'émetteur de Radio Corse Internationale. Edmond Simeoni dénombre 62 actions en quatre ans. Selon un article du Monde, FRANCIA aurait .

Plasticage et incendie de l'imprimerie du journal Arriti Dans la nuit du -, l'imprimerie de l'hebdomadaire nationaliste Arriti est détruite par un plasticage suivi d'un incendie. L'attentat est alors revendiqué par FRANCIA. L'année suivante, en guise de représailles, le capitaine Pierre Bertolini est la cible d'un attentat du FLNC dans lequel il perd une jambe.

Attentats contre les membres de la famille Simeoni et les locaux de l'Unione di u Populu Corsu Dans Les Mémoires d'Edmond Simeoni, Anne Chabanon rapporte en un attentat contre le siège de l'Unione di u Populu Corsu (UPC) fondée par Max Simeoni et plusieurs attentats contre des membres de la famille Simeoni : Edmond, Max, leur frère Roland et leur mère. Ces attentats non revendiqués sont attribués, avec d'autres, au mouvement FRANCIA par les observateurs et la presse au moment même des faits. Des attentats contre la famille d'autres militants nationalistes se produisent à la même époque.

Affaire Bastelica-Fesch Le , le capitaine Bertolini, commandant de la sécurité civile de Corse-du-Sud et chef de FRANCIA, Alain Oliel, armurier à Ajaccio et membre du SAC, et Yannick Leonelli, militant autonomiste qui a infiltré FRANCIA pour le compte du FLNC, quittent Ajaccio dans une voiture avec des armes pour une action contre Marcel Lorenzoni, militant nationaliste de l'UPC. Avertis par Leonelli, une trentaine de militants armés de l'UPC interceptent ce trio à Bastelica. Il les prennent en otages et les conduisent dans une bergerie dans les gorges du Prunelli. Passés à tabac, Bertolini et Oliel reconnaissent appartenir à FRANCIA et au SAC. Deux heures plus tard, ils sont conduits dans une annexe de la mairie du village où ils sont placés sous la responsabilité du "Collectif nationaliste de Bastelica", branche dure de l'UPC. Une centaine de militants autonomistes affluent pour monter la garde la nuit contre la centaine de gardes mobiles qui encerclent le village. Lorenzoni et une trentaine de ses hommes parviennent à s'échapper en coupant à travers le maquis et se retranchent dans l'hôtel Fesch à Ajaccio, où ils prennent en otage des clients. Cette diversion permet l'exfiltration de Bertolini loin du village. Dans la nuit du , Jean-Charles Thomas, évêque de Corse, propose sa médiation et se rend dans l'hôtel. Lorsqu'il témoigne au procès de , il décrit le climat qui règne dans l'hôtel comme calme et non insurrectionnel, une , au contraire de l'effervescence et de l'agitation de la préfecture. La nuit du 9 au se passe sous haute tension : dans d'autres secteurs de la ville, un CRS est tué à bout portant lors du siège de l'hôtel ; deux habitants, sans aucun lien avec le mouvement nationaliste, sont tués par la police, une troisième est grièvement blessée. Christian Bonnet, ministre de l'Intérieur, oppose un refus de négocier aux propositions de médiations faites par diverses mouvements autonomistes, par les syndicats, par l’évêché de Corse ou encore par Charles Ornano, maire d'Ajaccio. Le , au journal télévisé de 13h, Thomas demande au ministre de penser d'abord aux vies humaines et de négocier ; Christian Bonnet oppose un nouveau refus et déclare : . Le groupe retranché dans l'hôtel se rend aux forces de l'ordre le .

Le , François Alfonsi, porte-parole de l'UPC, dénonce la diffusion de tracts signés par le Comité de défense de l'unité française qu'il présente comme .

Le , s'ouvre le procès devant la Cour de sûreté de l'État des 17 autonomistes corses répondant des événements de Bastelica et de l'occupation de l'hôtel Fesch, accusés de « constitution de bandes armées contre l'État et de prise d'otage ». Le , le verdict est rendu : les principaux accusés (Marcel Lorenzoni, Dominique Bianchi et Paul Cortinchi) sont condamnés à quatre ans d'emprisonnement. Le soir même, les autonomistes répliquent par une « nuit bleue » en réalisant une quarantaine d'attentats par explosifs. Un an plus tard, Marcel Lorenzoni, Dominique Bianchi et Paul Cortinchi bénéficient de l'amnistie accordée par le président François Mitterrand pour toutes les infractions relatives à des évènements d'ordre politique et social survenus en Corse, et sont libérés. De leur côté, Pierre Bertolini et Alain Oliel sont condamnés à deux mois de prison pour port d'armes prohibé.

Interrogé en à la suite de la diffusion d'un épisode de l'émission Affaires sensibles sur France Inter, Alain Oliel confirme être un des passagers de la voiture, mais refuse de s'exprimer davantage car .

L'historien Gilles Ferragu qualifie les événements de Bastelica-Fesch de .

Attentat du 16 avril 1981 à l'aéroport d'Ajaccio

Le , alors que Valéry Giscard d'Estaing est présent dans l'aéroport dans le cadre d'un déplacement de campagne pour l'élection présidentielle de 1981, un attentat à la bombe fait un mort et huit blessés. En Roger Colombani, alors rédacteur en chef-adjoint au Matin de Paris, se fait l'écho d'une implication supposée du SAC marseillais dans cet attentat. En , François Santoni et Jean-Michel Rossi attribuent la responsabilité de cet attentat au FLNC et jugent comme fortuite la présence sur les lieux de membres du SAC impliqués dans la tuerie d'Auriol. Cette version est contestée, notamment par Pierre Poggioli qui voit dans cette action l'œuvre de dissidents nationalistes ou d'éléments issus de la droite dans le contexte de l'élection présidentielle. Pour Lucien Aimé-Blanc, l'attentat serait bien le fait des nationalistes corses, mais les services de police, avertis en amont, se seraient contentés de modifier l'itinéraire du cortège présidentiel et n'auraient pas empêcher l'explosion.

Dissolution Le SAC, dont FRANCIA dépend, est dissous par le décret du . Néanmoins, les membres de FRANCIA poursuivent leurs activités au moins jusqu'en . Des actions terroristes sont même revendiquées jusqu'en .

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Filmographie

Cinéma

2024 : À son image de Thierry de Peretti.

Télévision

Documentaire

2002 :

2025 :

Articles connexes FLNC Guy Orsoni Marcel Lorenzoni Service d'action civique (SAC)

Liens externes

« Bastelica-Fesch, quand les Corses dénoncent les barbouzes », Affaires sensibles, France Inter, .

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