Avant le séisme de 2011 du Tōhoku, le Japon produisait 30 % de son électricité à partir de 54 réacteurs nucléaires et prévoyait d'augmenter cette part à 50 %. L’énergie nucléaire était une priorité stratégique nationale au Japon.
En , sur les 54 réacteurs, il y avait 42 réacteurs opérationnels, mais seuls 9 réacteurs répartis dans 5 centrales produisaient de l'électricité. Au total, 24 réacteurs sont programmés pour être déclassés ou sont en cours de déclassement. D'autres sont en train d'être réactivés, ou subissent des modifications visant à améliorer la résilience face aux catastrophes naturelles. Les objectifs énergétiques du Japon pour 2030 prévoient qu'au moins 33 d'entre eux seront réactivés à une date ultérieure.
Historique Les premières années thumb|Réacteur de recherche en 1958. Les premières recherches sur la physique nucléaire datent des années 1930. Elles participaient à l'éphémère programme d'armement nucléaire japonais. La figure de proue du programme atomique japonais est le Yoshio Nishina, proche collaborateur de Niels Bohr et un contemporain d'Albert Einstein. L'institut RIKEN possédait notamment deux cyclotrons. Aucune tentative n'est faite pour construire une pile d'uranium, l'eau lourde étant indisponible. Quelques décennies plus tard, Le Japon fut un des premiers signataires du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.
En 1954, le Conseil de coordination des opérations du Conseil de sécurité nationale des États-Unis propose que le gouvernement américain entreprenne une « offensive vigoureuse » en faveur de l'énergie nucléaire pour le Japon afin de surmonter la réticence généralisée de la population japonaise à construire des réacteurs nucléaires dans le pays. Trente-deux millions de Japonais, soit un tiers de la population japonaise, ont signé une pétition appelant à l'interdiction de la bombe HL’invention du « nucléaire japonais ». Pendant plusieurs années, à partir de 1954, la CIA des États-Unis et d’autres agences gouvernementales américaines ont mené une guerre de propagande ciblant la population japonaise pour vaincre l’opposition du peuple japonais à l’énergie nucléaire.
Le , le gouvernement Shigeru Yoshida alloue 235 millions de yens pour l'énergie nucléaire, marquant le début de son programme nucléaire, à peu près simultanément à la polémique du Daigo Fukuryū Maru. En 1955, des gisements d'uranium sont découverts au col de Ningyo dans le district de Tomata. L' est promulguée le , et permet la création d'une organisation nationale portant sur la recherche et le développement de l'industrie nucléaire, en limitant ses activités à des fins uniquement pacifiques. Le premier réacteur de la centrale de Tōkai, du type graphite-gaz, a été construite par la compagnie britannique General Electric Company et mise en service en 1966.
Réacteurs à eau légère thumb|Tōkai-I et Tōkai-II. Dans les années 1970, les premiers réacteurs à eau légère ont été construits en coopération avec des entreprises américaines. Ces centrales ont été achetées à des fournisseurs américains tels que General Electric et Westinghouse avec des travaux contractuels effectués par des entreprises japonaises (Toshiba, Hitachi, Mitsubishi), qui obtiendraient plus tard elles-mêmes une licence pour construire des modèles de centrales similaires. Les développements de l’énergie nucléaire et l'import des technologies ont permis aux entreprises et des instituts de recherche japonais de rattraper leur retard et de se positionner au même niveau que celles des pays occidentaux.
Années 1980 et 1990 L'industrie nucléaire japonaise n'a pas été aussi durement touchée par les conséquences de l'accident de Three Mile Island ou celle de Tchernobyl comparativement à d'autres pays. La construction de nouvelles usines s'est poursuivie à un rythme soutenu tout au long des années 1980 et 1990. Mais l'éclatement de la bulle spéculative japonaise au début des années 1990 met fin au miracle économique et fait place à la décennie perdue. Une série de projets sont ainsi abandonnés : la centrale nucléaire de Hōhoku à Hōhoku, Yamaguchi – 1994 la centrale nucléaire de Kushima à Kushima, Miyazaki – 1997 la centrale nucléaire d'Ashihama à Ashihama, Mie – 2000 la centrale nucléaire de Maki à Maki, Niigata (Kambara) – 2003 la centrale nucléaire de Suzu à Suzu, Ishikawa – 2003
Conjointement à partir du milieu des années 1990, plusieurs accidents et dissimulations liés au nucléaire se sont produits au Japon qui ont érodé la perception du public à l'égard de l'industrie, entraînant des protestations et une résistance aux nouvelles centrales. Ces accidents comprenaient les accidents de Tokaimura, l'explosion de vapeur de Mihama, les dissimulations après un accident au réacteur de Monju, entre autres, plus récemment les conséquences du séisme de 2007 de Chūetsu-oki.
Années 2000 Le , le Japon et les États-Unis ont signé le Plan d'action conjoint États-Unis-Japon sur l'énergie nucléaire, visant à mettre en place un cadre pour la recherche et le développement conjoints de la technologie de l'énergie nucléaire. Chaque pays mènera des recherches sur la technologie des réacteurs à neutrons rapides, la technologie du cycle du combustible, la simulation et la modélisation informatiques avancées, les petits et moyens réacteurs, les garanties et la protection physique ; et la gestion des déchets nucléaires.
En , la Compagnie d'électricité de Tokyo annoncé que la mise en service de quatre nouveaux réacteurs nucléaires serait reportée d'un an en raison de l'intégration de nouvelles évaluations de résistance aux séismes. Les tranches 7 et 8 de la centrale de Fukushima Daiichi entreront désormais en exploitation commerciale respectivement en et . L'unité 1 de la centrale de Higashidori devrait désormais entrer en service en , tandis que l'unité 2 démarrera au plus tôt en 2018. En , les ministères et agences japonais cherchaient à augmenter le budget 2009 de 6 %. Le total demandé s'élève à 491,4 milliards de yens japonais, et les axes de recherche sont le développement du cycle des réacteurs surgénérateurs rapides, les réacteurs à eau légère de nouvelle génération, le projet ITER et la sécurité sismique.
Catastrophe nucléaire de Fukushima
Le , un séisme de magnitude 9 déclenche un tsunami qui dévaste la côte Pacifique du Tōhoku au Japon et provoque l'accident nucléaire de Fukushima : la centrale nucléaire est endommagée, provoquant un défaut de refroidissement, des fusions de cœur dans plusieurs réacteurs puis des ruptures de confinement et d'importants rejets radioactifs.
Cet événement entraîne des conséquences sur les installations de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, quatre des réacteurs sont définitivement arrêtés en , mais aussi sur toute l'industrie nucléaire au Japon : tous les réacteurs nucléaires sont progressivement mis à l’arrêtLe Nouvel Observateur - 06/05/2012 : Après l'arrêt du nucléaire, pénuries en vue au Japon cet été.
Impact à court terme de la catastrophe nucléaire de Fukushima
thumb|Carte montrant l'épicentre du tremblement de terre et la position des centrales nucléaires.
L'État japonais décide en de geler toute nouvelle construction de centrale nucléaire avant prise en compte de mesures complémentaires à la suite de l’analyse complète de l’accidentLe Japon gèle la construction de nouvelles centrales nucléaires du 19/04/2011.
Le , le Premier ministre japonais Naoto Kan a demandé à l’exploitant Chubu Electric Power de suspendre le fonctionnement de tous les réacteurs de la centrale nucléaire de Hamaoka. Il y a en effet une probabilité de 87 % qu'un séisme de magnitude 8,0 frappe la région de Tōkai, dans les 30 ans. Des mesures complémentaires doivent donc être prises pour résister aux effets d’un tsunami consécutif à un tel séisme.. Le , à la suite de la catastrophe, le premier ministre annonce une nouvelle orientation du programme nucléaire japonais, abandonnant son objectif de 50 % de d’énergie nucléaire pour réaliser ..
En réponse, l'exploitant Chubu Electric Power annonce le qu'il va construire un mur anti-tsunami de de haut et de de long qui permettra de faire face à un séisme similaire à celui du , la centrale n'étant actuellement protégée que par des dunes de sable de 10 à de haut. Le coût de cette infrastructure serait de de yens ( d'euros)..
Le , après que l’ancien premier Ministre, Naoto Kan, ait pour la première fois évoqué la possibilité à terme d’un abandon total du nucléaire sur le sol nipponOverseas Promotion of Nuclear Power Generation after the Fukushima Nuclear Accident, son successeur Yoshihiko Noda nuance cette position, en visant Le Gouvernement japonais approuve le Libre Blanc sur la politique énergétique/. Il annonce le retour à l’exploitation des centrales existantes qui auront passé les tests de sécurité, précisé que la construction de nouvelles usines et que le sort des usines prévues ou en construction serait à envisager au cas par casRemarques et vision du gouvernement Noda sur l’énergie et l’énergie nucléaire, MAJ 14-09-2011. À l’inverse, les autorités et représentants de l'industrie nucléaire affirment leur volonté de continuer les constructions à l’exportJAIF-Overseas Promotion of Nuclear Power Generation after the Fukushima Nuclear Accident.
En , 16 des 54 réacteurs du Japon sont encore en activité« Japon : réticence locale à relancer trois réacteurs, même après les tests », Romandie News, 26 juillet 2011.. Le le METI (ministère de l’Économie et de l’industrie japonais) autorise le redémarrage d'un réacteur de la centrale nucléaire de TomariPour la première fois depuis Fukushima, un réacteur nucléaire autorisé à redémarrer au Japon - RFI le 17/07/2011. Ce réacteur est arrêté en .
Afin de renforcer son dispositif sécuritaire et durcir les normes nucléaires dans le pays, le Japon entreprend une révision de l’administration nucléaire et va notamment créer une nouvelle entité de contrôle de la sûreté nucléaire indépendante du ministère de l’industrieLe gouvernement japonais prépare un nouvel organisme de contrôle nucléaire - 04 août 2011Le Japon va créer une deuxième entité de contrôle de la sûreté nucléaire - enerzine. Concrètement, en raison des défaillances de l'Agence japonaise de sûreté nucléaire avant et pendant l'accident nucléaire de Fukushima, son directeur a été remercié en , et l'agence elle-même va être entièrement refondue..
Un livre blanc sur l'énergie, approuvé par le Cabinet japonais en , affirme que « la confiance du public dans la sécurité de l'énergie nucléaire a été grandement endommagée » par la catastrophe de Fukushima et appelle à une réduction de la dépendance du pays à l'énergie nucléaire
Le , Yūhei Satō, gouverneur de la Préfecture de Fukushima, informe l'exploitant Tepco de son intention de déclasser toutes les centrales nucléaires situées dans la préfecture..
Fin , seulement cinq des 54 réacteurs restent en activité. Les autorités locales hésitent en effet à autoriser le redémarrage des unités à l'arrêt pour maintenance devant les réticences de la population. Pour faire face à la demande en électricité, des centrales thermiques ont dû être remises en exploitation par les différents opérateurs.. Le dernier réacteur en activité, Tomari 1 sur l'île de Hokkaido, ferme pour inspection le Régis Arnaud, « Le Japon arrête son dernier réacteur nucléaire », Le Figaro, le 5 mai 2012.
Au , le Japon ne comptait qu'un seul réacteur nucléaire sur 54 en fonctionnement ; le Tomari-3, après l'arrêt du Kashiwazaki-Kariwa 6. Le Tomari-3 a été arrêté pour maintenance le , laissant le Japon sans électricité d'origine nucléaire pour la première fois depuis 1970, lorsque les deux seuls réacteurs du pays à l'époque ont été mis hors service pendant cinq jours pour maintenance.