Le convoi du , dit « convoi des et des », est un convoi de répression et de déportation parti de France, du quai aux bestiaux de Pantin, en direction du camp de concentration de Buchenwald pour les hommes, puis de celui de Ravensbrück pour les femmes.
La Fondation pour la mémoire de la déportation référence ce convoi comme le I.264.
Il est le dernier convoi de déportés politiques parti de la région parisienne avant la libération de Paris. Par ailleurs, il s'agit du plus important transport en nombre de détenus jamais constitué en France par l'occupant allemand.
Contexte L'historien français indique :
Il ajoute :
Chronologie Le matin du , les hommes commencent à arriver à la gare de marchandises de Pantin. Ils sont suivis dans l'après-midi par les femmes. Les prisonniers viennent de plusieurs lieux d'internement de la région parisienne : notamment des prisons de Fresnes et du Cherche Midi et du fort de Romainville. Les Waffen-SS, encadrant le transfert des femmes internées à Fresnes vers la gare de Pantin, ont dû menacer de leurs armes les chauffeurs de bus parisiens qui refusaient de leur obéir.
Le train comporte 32 wagons à bestiaux, un fourgon de tête pour le butin, deux wagons plats en tête et en queue de train pour les batteries anti-aériennes et les mitrailleuses, et quelques wagons de voyageurs pour les fuyards (collaborateurs français, femmes auxiliaires de la Gestapo).
En fin de matinée, à la demande du BCRA, le commandant Ely, adjoint du délégué militaire national Chaban-Delmas, étudie la possibilité de faire attaquer la gare par un commando de résistants. Devant la disproportion des forces il y renonce.
En début d'après-midi un commando spécial de six hommes de l'Abwehr et de la Gestapo arrive en gare de marchandises de Pantin. Ils font descendre du train cinq importants résistants gaullistes : le lieutenant-colonel André Rondenay, délégué militaire de zone nord, et ses camarades le colonel Alain Grout de Beaufort, Louis Lerouge, André Baude, et Roger Claie. Emmenés à Domont (Val-d’Oise), au lieu-dit Les Quatre Chênes, ils y sont immédiatement exécutés.
La Croix-Rouge, après d'ultimes tractations entre Raoul Nordling et Otto Abetz, en présence de Pierre Laval, peut se rendre à la gare de Pantin. Elle distribue des colis contenant des rations alimentaires et obtient la libération de : des malades et des femmes enceintes. Celles-ci sont emmenées à Fresnes ou dans des hôpitaux. Dans la confusion qui règne à ce moment, Madeleine Riffaud et une autre résistante parviennent à sauter sur le quai avant la fermeture complète des portes et à s'évader.
Le vers 23 h, le train quitte la gare de marchandises de Pantin (quai aux bestiaux) pour l'Allemagne avec près de 2200 résistant(e)s déporté(e)s. thumb|droite|Plaque de la voie de la Déportation à Pantin. thumb|droite|Voie de la Déportation à Pantin empruntée par les détenus politiques avant leur déportation ou leur exécution.
Le au petit matin, il s'arrête dans le tunnel de Luzancy puisque le pont ferroviaire enjambant la Marne a été détruit le par l'aviation britannique.
Les prisonniers, encadrés par des SS, parcourent alors à pied plusieurs kilomètres pour rejoindre un autre train dans la tranchée située à la sortie de la gare de Nanteuil-Saâcy, de l'autre côté de la Marne. Les déportés des premiers wagons traversent la Marne à Nanteuil. Un deuxième groupe traverse les villages de Méry-sur-Marne et Saacy-sur-Marne. Le troisième groupe de déportés contourne Saacy et parcourt plus de avant d'atteindre la gare de Nanteuil.
Le convoi repart à 2 h du matin dans la nuit du 16 au . A 3 h 30 du matin, le train se situe entre Château-Thierry et Mezy-Moulins. Alors que le train ralentit près de Mézy-Moulins, un aviateur américain servant dans la RCAF (Joel Matthew StevensonJoel Matthew Stevenson est pilote d'un Lancaster KB727 abattu le 4 juillet 1944) et deux résistants français parviennent à s’évader d’un wagon. Tous trois réussissent leur évasion. D'autres tentatives d'évasion ont lieu.
Peu après, la Résistance essaie, sans y parvenir, de stopper le convoi à Dormans. Le train continue son trajet en passant par Châlons-sur-Marne, Vitry-le-François et atteint Saint-Dizier le au matin.
Dans la nuit du 17 au , le train stationne à Bar-le-Duc. Une négociation permet au docteur Joyeux de la Croix-Rouge la libération d'un prêtre et de trois déportées malades.
Marie-Hélène Lefaucheux témoigne: « La dernière nuit et la dernière matinée [avant le passage de la frontière du Reich] furent marquées d’un espoir que partagèrent sans doute les familles restées à Paris. Une dépêche rédigée de façon assez confuse, émanant de la Croix-Rouge, signalait que le train de déportés devait stationner en France jusqu’à nouvel ordre par suite d’un accord entre le Consulat de Suède et les Allemands. J’étais dans la gare de Bar-le-Duc quand cette nouvelle arriva. Le chef de gare essaya de la communiquer au chef SS du convoi, qui le reçut avec des hurlements. Il était déjà fou de rage parce que les gares voisines se récusaient l’une après l’autre pour envoyer une machine de secours. Sa fureur venait de se traduire par un refus de faire ouvrir un wagon dans lequel des femmes s’étaient mises à crier. Cet énergumène voulait évidemment emmener son convoi coûte que coûte. »
Le à 8 h 50 le train est entre Toul et Nancy. A Lérouville puis à Avricourt, au passage de la frontière, la Croix-Rouge renouvelle infructueusement sa demande d'arrêt du convoi. Le même jour, lors d'une halte à Nancy, des membres du gouvernement Laval en route pour l'Allemagne demandent au préfet d'intervenir pour stopper le transport. Ces démarches échouent également.
Malgré l’accord signé à Paris le par le consul de Suède Raoul Nordling avec le Commandement militaire allemand, pour placer tous les prisonniers et déportés sous sa protection, le convoi entre dans le Reich et poursuit son trajet en passant par Sarrebruck, puis Francfort et Erfurt.
Le à minuit, le train arrive à Weimar.
Les hommes pénètrent le à Buchenwald, puis le train repart, et les femmes arrivent le à Ravensbrück après être passées par Halle le à 9 h, puis Berlin.
À leur arrivée, les déportés reçoivent pour la plupart un matricule de la série des « », et les déportées un matricule de la série des « ». droite|vignette|Plaque commémorative apposée sur la façade de la gare de Nanteuil-Saâcy.
Composition Le convoi comprend 75 % d'hommes () et 25 % de femmes (543). Une très grande proportion est française (85 %) ; viennent ensuite les contingents américain, britannique et canadien.
Il s'agit essentiellement de résistants français, avec notamment 9 compagnons de la Libération, mais aussi d'aviateurs alliés (au nombre de 168) dont les avions ont été abattus au-dessus de la France, des agents britanniques du SOE...
Issue D'après la Fondation pour la mémoire de la déportation, voici ce que sont devenus les 2197 détenus et détenues de ce convoi de déportation à l'issue de la Seconde Guerre mondiale : 838 rentrent vivants ; 5 sont libérés par les Allemands ; 6 s'évadent pendant le transport ; 903 décèdent dans les camps ; 143 disparaissent en déportation ; 302 ont une issue inconnue.
Dans son ouvrage Ravensbrück, Germaine Tillion détaille la dispersion des 606 Françaises déportées par le train du 15 août 1944 :
Août 1944 : 52 femmes restent à Ravensbrück ; 20 mortes identifiées. Parmi elles, 4 jeunes parachutistes françaises qui seront exécutées. Septembre 1944 : 28 femmes partent pour Leipzig, pas de décès. 2 femmes enceintes et une malade reviendront à Ravensbrück (2 survivantes, 1 disparue). Une femme part comme infirmière à Neubrandenburg, où elle mourra. 500 femmes partent pour Torgau (2 y mourront). Octobre 1944 : 249 femmes repartent de Torgau (sauf une, libérée) pour Abteroda, et d'Abteroda repartent en février 1945 pour Markkleeberg (trois mourront pendant l'évacuation). 247 femmes partent de Torgau et sont renvoyées à Ravensbrück. Deux femmes s'évadent en cours de route, qui survivront. De Ravensbrück, 203 femmes sur les 247 renvoyées (+ 4 restées à Ravensbrück) partent pour Königsberg (12 à 14 y mourront) et 27 restent à Ravensbrück où 19 mourront. On perd la trace des autres. Novembre 1944 : 15 malades sont ramenées de Königsberg-in-der-Neumark à Ravensbrück (12 y mourront). Janvier 1945 : 3 jeunes parachutistes anglaises sont ramenées de Königsberg à Ravensbrück, où elles sont exécutées. Trois femmes sont également renvoyées pour "punition" dont Lily de Rothschild (qui y meurt) et Taube Rabinovici (qui disparaît). Février 1945 : évacuation d'environ 135 femmes du camp de Königsberg sur Ravensbrück dans le contexte de l'avancée des Russes. 42 malades abandonnées sont libérées par les Russes. Plusieurs assassinats et décès. Parmi ces femmes revenues de Königsberg, 15 à 20 partent pour Brederech (entre 11 et 16 d'entre elles sont ramenées à Ravensbrück, les autres vont à Drammen puis à Mauthausen ; une est gazée à Ravensbrück), 9 femmes partent pour Leitmeritz, 3 pour Flossenbürg en mars, 2 pour Neurohlau en mars, 3 pour Salzwedel, 8 vers Bergen-Belsen (5 mourront), 1 pour Holleischen, 1 américaine part avec Geneviève de Gaulle à Liebenau pour y être libérée le 21 avril, 35 partent pour Rechlin. Mars 45 : à Rechlin, où les conditions de vie sont effroyables, la mortalité sera importante. Une sélection de malades et d'épuisées est renvoyée à Ravensbrück, où les unes sont gazées à l'arrivée et les autres placées en attente derrière des barbelés. De là, certaines sont sélectionnées pour Uckermark et une dizaine sont renvoyées en usine à Halburg-Oxensoll. Une femme libérée à Rechlin est acheminée en France. Avril 45 : retour à Ravensbrück des Françaises qui vivaient encore à Rechlin. 7 femmes sont libérées à Ravensbrück par la Croix-Rouge internationale et 11 par la Croix-Rouge suédoise. 3 sont libérées à Mauthausen. par la Croix-Rouge internationale. Le 30 avril, quand le camp de Ravensbrück est libéré par les Russes, il reste 11 françaises du groupe initial des 600. Mai 45 : libération de Rechlin par les Russes, où il reste encore trois femmes du convoi, malades.
Mémoire
Une plaque commémorative a été posée sur la façade de la gare de Nanteuil-Saâcy le ; chaque année le une cérémonie rend hommage à ces déportés ; Le Mémorial du dernier convoi de la déportation a été inauguré le à Saâcy-sur-Marne. Par ailleurs, les grilles du mémorial accueillent depuis le une exposition permanente de 28 portraits de déportés du convoi ; Une stèle en mémoire du convoi du a été inaugurée en sur le quai aux bestiaux de Pantin..
Liste des déportés
La liste ci-dessous (non exhaustive, donc à compléter) repose sur le recensement effectué par la Fondation pour la mémoire de la déportation (1 654 déportés hommes) :
A Hommes
Abel Abadie (1910-1963), né le à Toulon (83, Var), alias Le Bel, ingénieur, résistant engagé au Bureau des opérations aériennes pour le repérage de zones de parachutages ou de dépôt d’agents en France occupée. Il sert au contact du colonel Rondenay, alias Jarry, Délégué Militaire de la Zone Nord depuis avril 1944. Matricule 76971 (Bu). Arrêté le à Lorris, incarcéré à Orléans, Fresnes,. Déporté à Buchenwald, transféré au camp de Dora, puis aux kommando de Leipzig et Wansleben (pièces pour les avions Heinkel). Médaillé de la Résistance française, rentré. Jean-Baptiste Ache (1905-1983), né le à Paris (75). Matricule 77660 (Bu). Résistant dans le réseau Béarn des Forces Françaises Combattantes transféré à Dora, puis Allach où il est libéré le ou le , médaillé de la Résistance française, rentré.