vignette|Masque ivoirien représentant un éléphant.|alt=Masque travaillé en bois L'éléphant en Côte d'Ivoire a une grande importance historique et culturelle, dans la mesure où cet animal en est l'un des symboles, à l'origine du nom même du pays. Le territoire de la Côte d'Ivoire hébergeait, à l'origine, une très importante population d'éléphants d'Afrique des deux espèces, mais ils ont été décimés par la chasse puis le braconnage, ainsi que par la destruction de leur habitat, une déforestation intense au profit de la culture du cocotier et du cacaoyer. De nombreux conflits éclatent entre la population humaine et ces pachydermes, qui en raison d'un manque d'espace et de sources de nourriture ou d'abreuvement, peuvent détruire des plantations et des véhicules. Il existe aussi des cas anecdotiques d'éléphants ivoiriens devenus célèbres grâce à leur proximité avec les humains.

Le commerce de l'ivoire représente historiquement une facette importante de l'économie de la Côte d'Ivoire. Malgré l'interdiction officielle de la chasse des éléphants en 1974 puis celle de la vente d'ivoire en 1997, le pays restait au début des années 2000 l'un des principaux actifs dans ce trafic, et ce, principalement dans sa capitale économique, Abidjan. Depuis, le gouvernement ivoirien a réalisé de grosses saisies d'ivoire et des arrestations de trafiquants, particulièrement en 2018.

Comme toutes les populations d'éléphants, celle de Côte d'Ivoire remplit un rôle écologique important en dispersant des graines, en limitant le réchauffement climatique par son action dans les forêts tropicales, et en attirant des invertébrés. L'effectif subsistant est cependant très réduit, avec 225 éléphants de forêt d'Afrique répartis dans le sud du pays en 2020. Ces éléphants vivent en particulier dans le parc national de Taï et dans la réserve naturelle de Bossématié. Les éléphants de savane vivent principalement dans le parc national de la Comoé.

Évolution des effectifs d'éléphants vignette|gauche|Groupe d'éléphants de forêt d'Afrique (Loxodonta cyclotis).|alt=Deux éléphants adultes et deux éléphanteaux dans un paysage de boue marron. La Côte d'Ivoire a, historiquement, abrité l'une des plus importantes populations d'éléphants d'Afrique dans l'ouest du continent. Leur nombre est difficile à estimer avant la colonisation européenne, mais sur la base de la structure de la végétation ivoirienne et des précipitations, il est , soit entre et selon Frauke Fischer.

Lors de la colonisation de la Côte d'Ivoire, le nombre d'éléphants était encore vraisemblablement très élevé, d'où le nom donné au pays par les colons français, Côte d'Ivoire, en référence à leur ivoire. Jusqu'au début des années 1960, l'éléphant semble présent partout dans le pays grâce à ses vastes étendues de forêt, à l'exception de la zone urbaine d'Abidjan. Il en a cependant été sévèrement chassé.

La Côte d'Ivoire est l'un des principaux pays actifs dans le commerce de l'ivoire avant le bannissement international de 1989. La chasse, les guerres coloniales et la destruction de la forêt tropicale entraînent un très important déclin des éléphants tout au long du , une situation qui se retrouve dans toute l'Afrique de l'Ouest.. L'éléphant de savane souffre davantage du commerce de l'ivoire, tandis que l'éléphant de forêt subit davantage la destruction de son habitat.

Des années 1960 aux années 1980 Dans les années 1960, il reste environ , toutes espèces d'éléphants confondues. Le développement de l'agriculture fragmente petit à petit les écosystèmes forestiers. Alors que les éléphants de savane étaient présents partout dans le nord du pays jusque dans les années 1950, ils sont peu à peu repoussés dans la seule région du fleuve Comoé.

Le , l'Ordre instaure une interdiction totale de chasse des animaux sauvages ivoiriens, à l'exception de l'abattage des éléphants problématiques pour les populations locales. Cette consigne est largement ignorée, les éléphants étant tués en grand nombre. Les éléphants de forêt ivoiriens sont souvent braconnés durant les années 1980, ce braconnage restant intense jusque vers 1990 dans la forêt de Bossématié..

Entre 1978 et 1980, la densité d'éléphants dans la forêt de Taï est estimée à 0,23 par km².. C'est la région du pays comptant le plus d'éléphants, soit entre et en 1980. Le parc national d'Azagny compte entre 50 et 80 éléphants cette même année.

En 1984, une mission d'assistance technique allemande auprès du ministère ivoirien des Eaux et Forêts permet de dénombrer des éléphants dans 50 des 163 sous-préfectures ivoiriennes, soit 35 à 40 sous-populations isolées les unes des autres.. Le nombre d'éléphants de savane est inférieur ou égal à , et celui des éléphants de forêt est estimé à . Les auteurs estiment que chaque année, 90 éléphants sont abattus légalement et 300 illégalement, conduisant à une diminution rapide des effectifs.

Des années 1990 à nos jours En 1990, selon le ministère des Eaux et Forêts, seulement sont recensés à travers tout le pays. La population d'éléphants de la forêt de Bossématié, étudiée entre 1993 et 1994, fuit les activités humaines ainsi que les plantations de cacao et de coco..

En 1997, la Côte d'Ivoire bannit officiellement le commerce de l'ivoire via le décret , qui régule la vente, la circulation et le déplacement des stocks d'ivoire. L'année suivante, le pays fournit les chiffres suivants à l'occasion du recensement de son stock d'ivoire. Deux cent vingt-quatre (224) propriétaires d'ivoire sont recensés, dont quatre organismes publics, 174 propriétaires privés et 46 commerçants ; en ivoire sont enregistrés, pour un poids total de , dont 65 appartenant à des organismes publics, à des propriétaires privés et à des commerçants. Le coup d'État militaire de décembre 1999 entraîne une baisse de la fréquentation touristique et donc des ventes de l'ivoire, devenu illégal. Le décret 97-130 reste peu appliqué dans les faits en 2002, avec de sérieux soupçons de corruption des autorités de contrôle dans les aéroports.

Au début des années 2000, alors qu'il reste environ 500 éléphants dans tout le pays, le braconnage de ces espèces pour l'ivoire est devenu rare, bien qu'il persiste. Entre 2000 et 2020, le déclin des populations d'éléphants de forêt d'Afrique est estimé à 90 %. En corrélation, le taux de déforestation de la Côte d'Ivoire est le plus élevé de tous les pays d'Afrique subsaharienne ; entre 2000 et 2020, le pays a perdu plus de 80 % de sa couverture forestière. En forêt de Bossématié, ce sont essentiellement des facteurs anthropiques qui causent le déclin des éléphants :

vignette|centre|upright=3|Indices kilométriques d'abondance des facteurs susceptibles d'influencer la population d'éléphants de la forêt de Bossématié, 2021.|alt=Diagramme en camenbert

Typiquement, la déforestation a créé . En parallèle, plus de la moitié des aires protégées de la Côte d'Ivoire ont été converties en plantations ou en zones d'habitation..

Extinction de la population d'éléphants de la Marahoué vignette|gauche|Biotope des environs de Daloa.|alt=Végétation luxuriante et deux femmes vues de dos.

En 1978, le parc national de la Marahoué compte entre 100 et 150 éléphants, cependant menacés par .. La Marahoué a perdu 80 % de son couvert forestier entre les années 1980 et 2014, ce qui a poussé les éléphants à se réfugier près de Daloa. Six animaux sont relocalisés dans le parc national d'Azagny lors d'une opération de transfert coûteuse et risquée, à la demande du gouvernement ivoirien en janvier 2014.. Deux éléphants meurent durant ce processus, les quatre survivants ne restant pas longtemps dans ce parc.

Extinction de la population d'éléphants du Haut-Sassandra

vignette|Groupe d'éléphants de forêt près de Sassandra, en Côte d'Ivoire, photographiés en 2014.|alt=Deux ou trois éléphants cachés dans de la végétation La forêt classée du Haut-Sassandra est une forêt équatoriale d'une superficie de en 2003. Elle héberge une population estimée à une trentaine d'éléphants vers 2002, source de conflits avec les humains.. Les migrations de cette population sont étudiées entre 1994 et 1996. Ces éléphants sont très souvent signalés en maraude dans le domaine rural près du nord de la forêt, pendant la saison sèche. Ils appartiennent à l'espèce de forêt.

D'après les témoignages oraux, ces éléphants migraient autrefois de la forêt du Haut-Sassandra vers la forêt classée de Séguéla, mais la création de plantations le long de leur route de migration les a empêchés d'atteindre Séguéla. Ils vivent alors en saison sèche dans le nord du Haut-Sassandra où ils bénéficient d'une abondance de fruits, et migrent en saison des pluies vers le sud. La destruction de leur habitat favorise l'abattage ou la fuite de ces animaux. Soulemane Ouattara relève des traces de braconnage dans toute la forêt (présence de douilles), et plus particulièrement autour des plantations ; il note également des preuves de siège des éléphants autour de leurs points d'eau. Par ailleurs, les éléphants ont abandonné la partie nord-est de la forêt, où les activités de coupe du bois et les bruits de moteurs dérangent la faune. L'exploitation des essences de bois commercialisables, corrélée à la destruction d'autres essences, a entraîné une réduction de leurs ressources alimentaires.

Les pachydermes sont vraisemblablement attirés par l'abondance des fruits à la fin de la saison sèche, et fuient la pression anthropique. L'exploitation de la forêt ne leur laisse plus assez de fruits pour se nourrir, expliquant leurs maraudes dans le domaine rural. La forêt classée du haut-Sassandra a perdu près de 80 % de sa superficie entre 2001 et 2013, devenant une mosaïque jachères-cultures.. Selon Charles Yao Sangne et son équipe, . En 2020, la population d'éléphants du Haut-Sassandra est considérée comme éteinte, après de derniers signalements de présence autour de Daloa.

Effectifs actuels d'éléphants ivoiriens Les éléphants ivoiriens sont désormais essentiellement confinés dans les parcs nationaux, aires protégées et forêts classées, à très faibles effectifs dispersés. L'espèce est localement en danger critique d'extinction (2020). Ils disparaissent sous l'effet conjugué du braconnage, de la destruction des forêts au profit des plantations, et de l'installation d'habitations humaines.

En 2021, le ministre ivoirien des Eaux et Forêts signale qu'il reste moins de dans le pays.. Ces animaux sont devenus très farouches envers l'être humain à cause du braconnage. Les éléphants (toutes espèces confondues) restent présents dans le parc national de Taï, le parc national du Mont Péko et la forêt de Bossématié, pour l'espèce de forêt, et dans le parc national de la Comoé pour l’éléphant de savane. Un inventaire faunique publié en 2023 permet de conclure que , mais sans permettre d'estimation des effectifs restants.

Les chercheurs ivoiriens de l'Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody qui ont étudié protégées de la Côte d'Ivoire entre 2011 et 2017 donnent un chiffre de subsistants dans les aires protégées du sud du pays en 2020... La survie des quatre populations d'éléphants de forêt d'Afrique attestées est incertaine, ces populations étant isolées les unes des autres. La création d'un corridor biologique, avec l'aide et la participation des populations locales, a été préconisée.

La présence de cette espèce est corrélée à la densité de la population humaine : plus la population humaine est importante et moins les éléphants de forêt sont présents. Une autre corrélation existe entre le niveau de protection de l'aire protégée et la présence de l'éléphant : plus la protection est importante, et plus l'espèce peut subsister. De toutes petites populations d'éléphants de forêt subsistent hors d'aires protégées, sans le couvert dense de la végétation. En 2022, trois éléphants sont découverts dans la forêt classée de la Davo..

Population d'éléphants du parc national de Taï