Le site préhistorique de Shanidar est situé sur les contreforts du Zagros septentrional (proche du mont Bradost), dans la province d'Erbil du Kurdistan irakien, dans le nord-est de l'Irak. Le site a notamment livré les restes de plusieurs Néandertaliens, dont certains sont présumés avoir été inhumés intentionnellement.

Il est connu pour sa « tombe aux fleurs », dite Shanidar IV, qui a contribué à renouveler la vision qu'ont les préhistoriens de la culture néandertalienne.

Situation La grotte de Shanidar se trouve à environ au nord-est du lac Dukan et à une quinzaine de km (à vol d'oiseau) au nord-ouest du sommet du Grotte de Sahnidar, vue satellite sur la carte de google.fr. Les distances routières entre deux points donnés sont calculées dans le panneau latéral à gauche (voir l'onglet en haut à gauche de la carte - cliquer sur "itinéraires"). La vue satellite montre le chemin menant à la grotte., au Kurdistan irakienL'autre grotte paléolithique connue au Kurdistan irakien est la .. La grotte est à d'altitude..

Description La grotte de Shanidar mesure 53 m de large sur 40 m de longueur(1968) , p. 80., avec un diverticule de 30 m. Son plafond atteint 13 m de hauteur(2000) , p. 291..

Probablement dans les années 2010, l'association amicale Kurdistan-Royaume Uni a aménagé l'accès à la grotte. Un chemin y mène, des abris ont été construits et une barrière a été installée devant l'entrée de la grotte - principalement pour empêcher les animaux d'y entrer.

Les fouilles vignette|Buste de Ralph Stefan Solecki, à Shanidar La grotte a été fouillée en quatre sessions entre 1951 et 1960 par Ralph Stefan Solecki(1999) . de la Smithsonian Institution, une équipe de la Columbia University et des ouvriers Kurdes.. Elles ont atteint 14 m de profondeur, mais ont dû cesser pour de longues années à cause de la guerre. Ces fouilles ont couvert 1/ de la surface de la grotte.

Un buste de Solecki se trouve le long du chemin menant à la grotte..

En 2011 le gouvernement régional du Kurdistan prend contact avec Graeme Barker pour une éventuelle reprise des fouilles. Les fouilles reprennent en 2014 sous la direction de Tim Reynolds; elles sont rapidement interrompues par le rapprochement de l'État islamique, mais reprennent en 2015.. Elles s'étendent sur une surface de 4 x 4 m, prolongeant vers l'est la tranchée de Solecki, se concentrant sur l'endroit où ce dernier a trouvé le plus de vestiges néandertaliens. Elles dégagent de nouveaux restes à proximité de Shanidar IV (la « tombe aux fleurs »)...

La séquence archéologique

La fouille de Shanidar a permis d'explorer une séquence de de profondeur comportant un certain nombre de couches ayant livré des industries allant du Paléolithique moyen au Néolithique ancien. La couche D a livré un outillage moustérien non-Levallois, réalisé sur des petits galets de rivière, riche en racloirs et en pointes moustériennes. La faune associée comprend des restes de chèvre, de sanglier, de tortue, de cerf et de chevreuil, ainsi que quelques carnivores (loup, renard, ours). Cette couche a également livré les restes de Néandertaliens. Elle est datée d'environ avant le présent. La couche C a livré une industrie lithique du Paléolithique supérieur ancien (Baradostien), datée d'environ avant le présent. La couche B1, datée de , a livré une industrie de type Zarzien (Épipaléolithique). La couche B2 correspond à une phase dite « proto-néolithique » (datée d'environ ), et a livré du matériel de mouture, des restes d'animaux, ainsi qu'un ensemble de sépultures.

Les restes de Néandertaliens

Le secteur fouillé a livré neuf squelettes fossiles de Néandertaliens, différents par l'âge, l'état de conservation et leur caractère plus ou moins complet. Les différents individus sont désignés par le nom du site suivi d'un nombre en chiffres romains : de à .

Certains individus ont été découverts dans des structures d'inhumation présumées intentionnelles(1977) .. Le site de Shanidar a contribué avec d'autres à soutenir l'existence de rites funéraires chez les Néandertaliens. L'utilisation de fleurs lors de cérémonies funéraires a également été avancée pour une sépulture d'environ (1975) .. Les traces pathologiques de certains individus ont également permis de supposer qu'ils devaient bénéficier de la solidarité des autres membres du groupe, car ils n'auraient pas pu assurer seuls leur propre survie.

Shanidar III se trouve au Musée national d'histoire naturelle des États-Unis, derrière un enclos de verre de haute sécurité. Les autres vestiges fossiles se trouveraient au Musée national d'Irak, qui avait été gravement pillé en 2003. Des moulages sont conservés à la Smithsonian Institution.

Shanidar I vignette|Crâne de Shanidar I

L'individu Shanidar I, surnommé par ses découvreurs, a été mis au jour en 1957Site internet Hominidés.com, Pour Néandertal, l'entraide c'est normal !, 28 octobre 2017, lire en ligne. Trouvé en haut de la séquence stratigraphique moustérienne et daté de avant le présent, c'est l'un des quatre squelettes relativement complets de la grotte. Il avait entre 40 et 50 ans à son décès, ce qui est un âge avancé pour un Néandertalien.

Il présentait de graves déformations liées à des traumatismes qui devaient le handicaper au point de rendre douloureuse sa vie quotidienne. Au cours de sa vie, il avait reçu un coup violent sur le côté gauche du visage, avec fracture et écrasement de l'orbite. Ce traumatisme avait dû le laisser borgne, en partie ou complètement. Son bras droit était atrophié et avait été fracturé en plusieurs points mais avait guéri, avec cependant perte de l'avant-bras et de la main. Ce dernier point est soit d'origine congénitale, soit le résultat d'une maladie d'enfance avec séquelles, soit le résultat d'une amputation. Le bras avait guéri mais sa blessure devait occasionner une sorte de paralysie dans les membres inférieurs de son côté droit, provoquant des difformités au bas des jambes et dans les pieds et il devait donc marcher péniblement et en boitant.

Toutes ces blessures dataient de longtemps avant la mort, et avaient eu le temps de guérir ; on en a déduit que les Néandertaliens prenaient soin des membres de leur groupe malades et âgés, ce qui montre leur esprit de solidarité. Shanidar I n'est pas le seul individu du site, ni d'ailleurs de l'ensemble des sites d'âge équivalent, à présenter à la fois blessure et guérison.

Shanidar II vignette|redresse=1.25|Restes de Shanidar II, Musée national d'Irak

Shanidar II est un adulte de sexe masculin dont le crâne et les os étaient écrasés, ce qui indiquerait d'après les inventeurs qu'il a été tué par un bloc de roche tombé à l'intérieur de la caverne.

Il semble que Shanidar II ait fait l'objet d'un rituel d'adieu : on a trouvé sur sa tombe une petite pile de pierres avec quelques pointes de pierre travaillées en chaille. Par ailleurs, un grand feu avait été allumé près de la tombe, avec à proximité un grand nombre d'os d'animaux fendus et cassés, ce qui fait penser à une cérémonie funèbre accompagnée par un repas. De l'alcool aurait également été produit et consommé : des graines retrouvées à proximité de la sépulture auraient été placées dans des cavités pour les faire fermenter et produire une boisson alcoolique rudimentaire.

Shanidar III

Shanidar III est un autre adulte de sexe masculin(2009) , p. 165.. Il a été trouvé en 1957 et son exhumation a été achevée en 1960. Il était dans la couche D1, près du haut de la séquence moustérienne, et légèrement en dessous d'échantillons datés au carbone 14 à 46 900 ± 1 500 ans et 50 600 ± 3 000 ans..

Son âge au moment du décès est estimé à 41 ou 42 ans, par des analyses histomorphométriques de l'os cortical. Il était couché entre de larges rochers, sur son côté droit, jambes repliées sur le torse. Les vertèbres et les côtes étaient plus ou moins en position anatomiquement correcte, avec quelques éléments post-crâniens dérangés vraisemblablement par des chutes de roches.

Shanidar III souffrait lui aussi d'une maladie dégénérative des articulations au niveau du pied droit (articulation talo-crurale et talocalcanéale), ce qui devait le gêner dans ses déplacements et les rendre douloureux. Il portait une blessure pénétrante importante à la côte gauche, partiellement guérie, et une marque correspondante à la côte gauche (probablement par frottement de l'objet ayant provoqué la blessure sur la côte voisine). Cette blessure a pour le moins incisé la plèvre pariétale et le récessus costo-diaphragmatique. Il n'y a pas de signe d'infection sur l'individu, et il a pu survivre à sa blessure, si la plèvre n'a pas été ponctionnée (avec poumon collapsé à la clé). Mais au vu du stade de développement du cal osseux, on sait qu'il est mort 2 mois après avoir été blessé environ.

A ce jour, il n'y a aucune certitude sur la cause de sa mort, qu'il ait été tué par la chute d'une roche dans la caverne ou des suites de cette blessure au thorax, ni aucune certitude sur une inhumation intentionnelle ou non. Cinquante ans plus tard en 2009, le débat restait ouvert.

Shanidar IV, la « tombe aux fleurs »

Shanidar IV a été trouvé en 1960 par Ralph Solecki 15 m à l'intérieur de la grotte et, comme Shanidar VI avec lequel ses os étaient mélangés, à de profondeur, c'est-à-dire environ 2 m plus bas que les Néandertaliens I, III et V. Il est donc plus ancien que les trois premiers fossiles. Sa datation est moins précise, mais il a probablement plus de ..

Ce squelette d'un homme adulte âgé entre 30 et 45 ans reposait sur le côté gauche, en position fléchie. Sa ou côte droite porte la trace d'une cassure..

Parmi tous les squelettes fossiles trouvés dans la grotte, Shanidar IV est celui qui soutient le mieux l'existence d'un rituel d'enterrement chez les Néandertaliens.

Pour rechercher d'éventuelles traces de pollens et essayer de reconstituer le paléoclimat et l'histoire de la végétation dans le site, des échantillons de sol ont été prélevés autour du corps lors de sa découverte. C'est la paléopalynologue Arlette Leroi-Gourhan, qui a déjà analysé les premiers échantillons des fouilles en 1961., qui se penche en 1968 sur les échantillons prélevés autour de Shanidar IV. Trois des échantillons, tous trois prélevés directement sous le squelette, se révèlent hors du commun, dont deux particulièrement riches. Il lui apparait d'emblée que les pollens ne sont pas arrivés à leur place de façon dispersée mais y ont été introduits ensemble et plus précisément à l'état de fleurs entières : ils sont rassemblés en concentrations de plusieurs dizaines à plusieurs centaines, cas unique sur l'ensemble du site, et totalisent plus de de pollen ; quelques anthères se retrouvent dans les échantillons. Au moins huit espèces différentes se retrouvent dans ce groupe d'échantillons. Or, l'espacement entre les deux échantillons les plus riches en pollen étant de , il a fallu plusieurs exemplaires de certaines de ces plantes pour accumuler autant de matériel.

Pour elle, il n'est pas imaginable que des oiseaux ou des rongeurs aient pu produire ce résultat, et il ne reste qu'une interprétation possible : les fleurs ont été transportées jusque là par des humains... De plus, pour Arlette Leroi-Gourhan et d'autres chercheurs, l'organisation de cette cueillette et le choix des plantes implique aussi que ces Néandertaliens avaient un langage plus développé que ce qu'on supposait auparavant. On relève également que la plupart de ces plantes présentent des vertus médicinales ; leurs pouvoirs curatifs sont connus depuis longtemps comme diurétiques, stimulants, astringents aussi bien que leurs propriétés anti-inflammatoires. Et les éventuels pouvoirs chamaniques de l'individu enseveli sont également évoqués par certains auteurs..