vignette|Banque alimentaire de Fort Bragg , Fort Bragg, Californie Selon la définition dans la charte de la Fédération française des banques alimentaires, les « banques alimentaires collectent, gèrent et partagent des denrées alimentaires pour aider l'homme à se restaurer. Leur action se fonde sur la gratuité, le don, le partage, le bénévolat et le mécénat ».
En Amérique du Nord, en Europe, et plus largement dans tous les pays industrialisés, de telles associations sans but lucratif ont ainsi pour objectif la collecte d’aliments, de préférence non périssables, et leur mise à disposition gratuite ou quasi gratuite aux plus démunis – essentiellement par le biais d’autres associations intermédiaires dans le cadre d’accords de partenariat. La finalité est en fin de compte de répondre à l’urgence sociale par l’aide alimentaire et de lutter contre le gaspillage des produits alimentaires pour nourrir ceux qui ont faim et ceux qui sont dans le besoin.
Contexte général dans les sociétés industrialisées Contexte économique et social Selon la Fédération européenne des banques alimentaires, ce sont au total de repas qui ont été distribués en Europe en 2020, répondant ainsi aux besoins essentiels en produits de première nécessité de de personnes.. Selon la Fédération française des banques alimentaires, de personnes en France vivent de l’aide alimentaire distribuée par les grandes associations humanitaires (Secours populaire français Secours Populaire, Dossier de presse Pauvreté–Précarité, 2004, Banque alimentaire, Les Restaurants du Cœur, Croix-Rouge française). Parmi ces personnes, on compte personnes âgées, travailleurs pauvres, sans-abri, handicapés, femmes seules avec enfants (souvent en bas âge), et aussi de plus en plus souvent des jeunes. En 2005, les banques alimentaires américaines ont permis de fournir une aide alimentaire à plus de 25 millions de personnes défavorisées (parmi lesquelles 9 millions d’enfants et 3 millions de personnes âgées). Selon Second Harvest, plus de 38 millions d’Américains connaissent une précarité alimentaire, ont faim ou risquent d'avoir faim. l'inflation et la crise économique des années 2020 ont considérablement contraint les consommateurs à faibles revenus, et même certains à revenus moyens, à se procurer au moins une partie de leur nourriture.
Paradoxe des sociétés industrialisées, leur richesse croît globalement, elles produisent des biens en abondance, tandis que certains de leurs membres ont toutes les peines du monde à satisfaire un besoin pourtant de base, à savoir se nourrir convenablement. Voici quelques éléments qui permettent de comprendre ce paradoxe : Le creusement des inégalités, développement de la misère et des situations de pauvreté extrême. Il est avéré que la malnutrition est une des premières causes de dégradation physique et d’exclusion professionnelle. Manque de ressources, chômage, précarité et exclusion sont à l’origine de la malnutrition et de l’insuffisance alimentaire ; mais l’inverse est tout aussi vrai. L’exode rural et la concentration de la misère en milieu urbain rendent difficile tout repli sur des activités agricoles, et des moyens de subsistance traditionnels (jardins potagers). Les mécanismes de l’économie de marché aboutissent à des absurdités économiques et humanitaires. Des denrées sont gaspillées alors qu’elles pourraient être employées utilement. Les excédents agricoles, la surproduction des industries agroalimentaires, par crainte d’une chute des cours, aboutissent à retirer à la vente un nombre important de produits alimentaires pourtant tout à fait consommables. Des denrées disponibles sont donc interdites de fait à la consommation, dans la mesure où l’économie de marché ne dispense (par définition) les productions qu’aux consommateurs solvables. De fait, l'aide alimentaire des pays riches augmente lorsque les prix baissent : inversement, sous l'effet de la crise alimentaire mondiale de 2007-2008, elle a baissé, 8,3 millions de tonnes de graines ayant été expédiées au titre de l’aide alimentaire en 2005-06 ; 7,4 millions en 2006-2007 et environ 6 millions en 2007-2008 Dominique Baillard, Comment le marché mondial des céréales s’est emballé, Le Monde diplomatique, mai 2008 .
Fondements de l’intervention Partant du constat de ce dysfonctionnement, l’intervention humanitaire se fonde sur l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l'homme : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ».
La mobilisation des banques alimentaires s’appuie sur ce droit fondamental. Afin de se procurer les denrées nécessaires dans des conditions financièrement viables (et satisfaisantes du point de vue sanitaire), il est impossible de s’approvisionner sur les marchés traditionnels : ce financement doit donc contourner les circuits de distribution traditionnels. L’engagement de bénévoles est une condition importante, l’approvisionnement gratuit ou à des prix extrêmement bas ainsi que les subventions publiques en espèces ou en nature (ex : distribution d’une partie des quotas laitiers nationaux dans le cadre de la Politique agricole commune sous forme d’aide aux banques alimentaires) sont donc une nécessité vitale pour la réussite d’une telle entreprise.
Historique et acteurs de l’aide alimentaire Par certains aspects, certaines associations caritatives sont assimilables à des banques alimentaires. Leur activité a en effet comme dénominateur commun la collecte et le stockage des denrées alimentaires en vue d’une distribution aux personnes démunies. Dans ce paysage institutionnel, les banques alimentaires stricto sensu sont relativement récentes mais affichent néanmoins une spécificité certaine.
Les associations caritatives classiques : avant tout, le contact et l’insertion Des associations humanitaires exercent des activités proches de celle des banques alimentaires, à savoir la collecte, le stockage et la redistribution de denrées aux plus démunis. En France, trois réseaux associatifs consacrent ainsi une part importante de leur activité à la collecte et à la redistribution de denrées alimentaires : le Secours populaire, Les Restaurants du Cœur et la Croix-Rouge.
Bien entendu, la vocation première de ces réseaux reste, au-delà des dons de nourriture, l’accompagnement et l’insertion sociale. Par leur aspect logistique et collecte, ces associations ont donc de fait un volet « banque alimentaire », mais une telle activité ne reste toutefois envisageable que pour les réseaux d’entraide les plus puissants.
Histoire des banques alimentaires Aux États-Unis : le réseau Second Harvest Les premières banques alimentaires se sont constituées aux États-Unis à la fin des années 1960. La première food bank ouvre à Phoenix (Arizona) en 1967. C’est à John van Hengel, bénévole dans une soupe populaire, que l’on doit la création de cette banque alimentaire. Apprenant que des commerces jetaient de la nourriture consommable à raison d'une péremption proche ou d’emballages endommagés, il persuada les commerçants de faire don de ces aliments à des fins humanitaires. Van Hengel parvint à collecter tellement de dons d'aliments que l’association dans laquelle il œuvrait ne pouvait plus gérer toutes ces marchandises. Il décida alors de créer un entrepôt central pour stocker ces denrées et auprès duquel les autres associations humanitaires de Phoenix pourraient venir s’approvisionner gratuitement. Cette toute première banque alimentaire est toujours connue sous le nom de St. Mary’s Food Bank.
Ce modèle fut exporté un peu partout : au début des années 1970, plusieurs autres banques alimentaires furent instituées dans plusieurs grandes villes. En 1976, le gouvernement fédéral accorda une aide à la banque alimentaire créée par Van Hengel dans le but de lui permettre d’étendre le modèle à tout le pays. La même année, une réforme fiscale donna un coup de pouce décisif aux banques alimentaires en rendant plus avantageux le don par les entreprises de leurs produits. Depuis 1979, le mouvement américain des banques alimentaires est juridiquement constitué sous le nom de America’s Second Harvest.
Van Hengel voyagea également au Canada et en Europe pour contribuer à la création de nouvelles banques alimentaires, et fonda International Food Banking Services, une société de conseil pour le développement de banques alimentaires.
En 1982 l’aide fédérale cessa, et le réseau Second Harvest diversifia ses sources de financement. Depuis, l’organisation continue de croître aussi bien en termes de banques alimentaires adhérentes qu’en termes de volume de denrées distribué. Depuis 1984, le bureau national de l’organisation se tient à Chicago (Illinois).
En Europe L’apparition des banques alimentaires en Europe est plus tardive : sur le modèle américain, la première banque alimentaire y ouvre en France en 1984 à Arcueil, à partir de la réunion de plusieurs associations caritatives. Des banques se sont développées par la suite dans d’autres pays d’Europe. Toutes ces fédérations nationales sont regroupées au sein de la Fédération européenne des banques alimentaires, qui fut créée en 1986. En Afrique et Moyen-Orient La Banque alimentaire égyptienne a été créée au Caire en 2006 et, moins de dix ans plus tard, des banques alimentaires fonctionnant selon des principes similaires se sont répandues dans d’autres pays arabes d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
En Afrique subsaharienne, il existe des banques alimentaires gérées par des organismes caritatifs qui fonctionnent selon un système semi-commercial, différent des modèles plus courants de « stockage » et de « première ligne ». Dans certains pays ruraux les moins avancés comme le Malawi, la nourriture est souvent relativement bon marché et abondante pendant les premiers mois suivant la récolte, mais elle devient ensuite de plus en plus chère. Dans ces régions, les banques alimentaires peuvent acheter de grandes quantités de nourriture peu après la récolte, puis, lorsque les prix des denrées alimentaires commencent à augmenter, elles les revendent aux populations locales tout au long de l'année à des prix bien inférieurs à ceux du marché. Ces banques alimentaires servent parfois également de centres pour fournir aux petits exploitants et aux agriculteurs de subsistance diverses formes de soutien. Avec plus de 30 millions de Nigérians confrontés à une faim aiguë, selon les Nations unies, les banques alimentaires, auparavant rares au Nigeria, sont devenues un moyen de survie.
La banque alimentaire sud africaine "hefs with Compassion", basée à Johannesburg, recycles les aliments utilisables pour éviter que soit jetés les aliments. Ils redistribuent ces aliments autour d'un réseau d'abris, de soupes populaires et de programmes d'alimentation. Plus de 16 millions de personnes sont en nécessité alimentaire, en Afrique du Sud.
La spécificité des banques alimentaires : des spécialistes de la logistique au cœur d’une chaîne de solidarité Dans la mesure où d’autres associations caritatives peuvent être amenées à remplir des fonctions similaires, la question de la spécificité des banques alimentaires se pose donc.
Les banques alimentaires diffèrent : des soupes populaires, dans la mesure où ce sont des denrées qui sont distribuées, pas des repas préparés (certaines banques alimentaires, cela dit, organisent exceptionnellement des soupes populaires). ainsi que des associations caritatives « classiques » : les banques alimentaires se concentrent sur les tâches logistiques et la collecte de vivres. Si les banques alimentaires soutiennent les actions de réinsertion menées par leurs associations partenaires, elles laissent à ces dernières le soin de mener de telles actions et de distribuer les denrées alimentaires aux personnes dans le besoin.