Thibault Vermot, né le à Dijon, est un écrivain et traducteur français. Il vit en Normandie où il est également professeur agrégé dans l'enseignement secondaire. Il est le fils de Marie-Sophie Vermot.
Il est notamment l'auteur de Colorado Train, publié aux éditions Sarbacane, mention spéciale au Prix Vendredi 2017 et adapté en bande dessinée par Alex W. Inker, ainsi que du roman graphique Krimi.
Il est également bassiste et parolier dans le groupe de musique Silent Injury.
Biographie Formation et carrière Né à Dijon le , Thibault Vermot intègre pendant ses années d'étude les classes préparatoires littéraires du lycée Jeanne d'Arc de Rouen, puis l'Université de Rouen où il obtient un master de Lettres modernes.
Professeur agrégé, Thibault Vermot enseigne le français et les LCA dans l'enseignement secondaire. Il écrit en parallèle de son métier d'enseignant dès 2010. Colorado Train, roman de genre assimilé par la critique aux textes de Stephen King., est publié chez Sarbacane en 2017 et obtient dès sa sortie une mention spéciale au Prix Vendredi, ainsi qu'un succès de librairie qui s'inscrit dans le renouveau d'une vogue du genre horrifique, via la sortie du film Ça et de la série Stranger Things sur la plateforme de VOD Netflix.
Inscrit à l'Université de Rouen, il commence en 2015 une thèse de littérature comparée, intitulée « Vertige de la folie : construction et métamorphose d’un narrateur/personnage incertain dans la littérature fantastiqueThibault Vermot, dir. Ariane Ferry, May 11th, 2015, Vertige de la folie : construction et métamorphose d’un narrateur/personnage incertain dans la littérature fantastique, theses.fr, [retrieved January 21th, 2017] » et centrée autour d'un corpus d'œuvres rassemblant Nathaniel Hawthorne, Edgar Allan Poe, Ludwig Tieck, E.T.A. Hoffmann, Villiers de L'Isle-Adam et Guy de Maupassant. Il interrompt cette thèse en 2018 pour se consacrer en priorité à l'écriture.
Son second roman, Fraternidad, roman de cape et d'épée se déroulant en 2019, obtient également une mention spéciale au Prix Vendredi 2019. La Route froide paraît en parallèle, hommage à la littérature du Grand Nord de Jack London.
Dès 2020, Thibault Vermot renoue avec le genre horrifique en faisant paraître au sein de la collection « Hanté » chez Casterman deux novellas d'horreur : La Maison sans sommeil sous le pseudonyme de Benoît Malewicz, ainsi que Le Camping de la mort.
Dans le même temps, il publie de nouvelles traductions de textes anglais : L'Homme à la lèvre tordue, illustré par Anton Lomaev. ; puis Le Livre de la jungle illustré par Florian Pigé aux éditions Sarbacane.
En 2022 paraissent deux romans : La Course dans les nuages, centré sur un raid aérien à la mode des années 1930, menant une pilote et un journaliste de Paris à Puerto Montt. Le second, Yokai, à destination du jeune public et se déroulant dans le Japon de l'ère Meiji.
L'adaptation en bande dessinée de Colorado Train, réalisée par Alex W. Inker, obtient le prix « Coup de Cœur » du festival de bandes dessinées Quai des Bulles de Saint-Malo en ..
Dans la lignée du Livre de la Jungle qu'il avait adapté. et traduit, Thibault Vermot mène l'adaptation d'un texte de Jules Verne, Deux ans de vacances, qui est publié en aux éditions Sarbacane, illustré par Frédéric Pillot.
Le paraît aux éditions Casterman le premier tome de Mangaka, série en quatre volumes centrée autour du personnage d'Asuka, lycéenne voulant faire carrière dans le manga.. Mangaka est réédité en plusieurs tomes la même année, en (Le Vampire d'Osaka) et en novembre (Entre deux mondes). vignette|Vine Street, vers Hollywood Boulevard (Californie, carte postale datée des années 1930-45). En puis paraissent les deux tomes de Dark Glory aux éditions Sarbacane. Suite de Colorado Train, le roman reprend les personnages dix ans plus tard, dans l'Amérique des années 1950. Le roman suit Michael, jeune homme parti à Hollywood avec l'espoir de percer dans l'industrie du cinéma, tandis qu'à Durango, une nouvelle disparition d'enfant ravive les traumatismes du passé. La critique présente le roman comme un récit initiatique relevant du thriller, nourri de références au film noir, qui interroge les fractures du rêve américain et la persistance des blessures de l’enfance.
Au cours de l'année 2025 paraissent successivement Krimi, bande dessinée scénarisée par Vermot aux côtés d'Alex W. Inker, Frissons à Oléron, roman mêlant aventure et acceptation des différences sociales, Le Dernier des Mohicans, traduit et adapté d'après le roman de Fenimore Cooper et illustré par Frédéric Pillot, Café de la Gare, bande dessinée retraçant l'histoire « plus que réelle, mais moins que véridique » des débuts de la bande de Coluche et Dewaere.
En paraît également Underwatch, roman dystopique young adult publié chez Casterman, qui met en scène quatre adolescentes enquêtant sur la disparition d’un camarade de classe, dans une société caractérisée par la surveillance systématique des citoyens et la manipulation du récit historique.
Krimi vignette|Peter Lorre, photogramme tiré du film de Fritz Lang M le Maudit (1931). Krimi, roman graphique scénarisé par Vermot et dessiné par Alex W. Inker, est publié le aux éditions Sarbacane. L'œuvre plonge le lecteur dans le Berlin des années 1930, une période marquée par l'essor du nazisme et une criminalité galopante, et explore la genèse du film M le Maudit de Fritz Lang, en imaginant les circonstances qui auraient pu inspirer le réalisateur. Le récit mêle réalité historique et fiction, en confrontant Lang à des événements et personnages qui l'amènent à concevoir ce chef-d'œuvre du cinéma. La bande dessinée aborde des thèmes tels que la fascination pour le mal, la montée du totalitarisme, et la frontière entre l'art et la réalité.
À travers la figure de l’inspecteur Lohmann, qui propose à Lang de s’inspirer du tueur en série Peter Kürten, dit le « Vampire de Düsseldorf », le récit explore la croyance selon laquelle l’art, en particulier le cinéma, pourrait agir comme catalyseur social et prévenir la violence. Cette idée, relayée plus tard par l'appareil de propagande nazi, est ici présentée comme un espoir tragiquement démenti par l'Histoire. vignette|Photographie de Peter Kürten, prise par un photographe de la police allemande vers 1931. Le roman graphique entremêle documentation historique et dimensions plus fantasmatiques, pénétrant la psyché de Fritz Lang plutôt que de retracer une biographie strictement fidèle. Thibault Vermot souligne ainsi l’effondrement progressif de la République de Weimar après le krach boursier de 1929, dans un contexte où l’essor du nazisme rend illusoires les espoirs de réforme sociale par l’art. L'album met en scène ce renversement historique en confrontant l'utopie de Lohmann à la réalité politique de l'époque. vignette|Silhouettes tirées du film Les Aventures du Prince Achmed (1923-26), de Lotte Reiniger. Sur le plan esthétique, Alex W. Inker adopte un graphisme en noir et blanc inspiré de l’expressionnisme allemand et du cinéma de Lotte Reiniger, avec une attention particulière portée à la représentation de la violence. Refusant toute esthétisation morbide, Inker fragmente notamment les scènes de crime pour créer un effet de distance, évitant ainsi une vision crue ou complaisante.
L'ouvrage a été salué dès sa sortie pour sa richesse narrative et sa qualité graphique. Le site BoDoï décrit Krimi comme une « bande dessinée rare et exigeante, tout en restant accessible », soulignant son noir et blanc expressif et son scénario complexe qui entremêle enquête policière, histoire du cinéma et contexte politique. Lucie Servin (France Culture) souligne le caractère « magistral » de l’ouvrage, saluant un travail graphique « éblouissant » mêlant encre et fusain avec une grande précision. Elle met en avant la capacité du livre à réinterroger le pouvoir de l’art et à raviver les thématiques du mal déjà au cœur du film M le Maudit, tout en rendant hommage à l'esthétique argentique et fumée de Fritz Lang. Antoine Guillot (France Culture) considère pour sa part Krimi comme « le grand livre de bande dessinée » du début d'année 2025, évoquant une œuvre « phénoménale » et « d'une intelligence totale ». Il insiste sur la manière dont Vermot et Inker plongent dans la psyché de Fritz Lang, mêlant rigueur documentaire et part de fantasme, et salue un graphisme saisissant, nourri par l’expressionnisme allemand, le film noir et la Nouvelle Objectivité.
Traductions Les œuvres de Thibault Vermot connaissent plusieurs traductions en langue étrangère. La Route froide est parue en italien en 2020 chez Einaudi Ragazzi sous le nom de La Strada Fredda, ainsi que La Maison sans sommeil (La Casa senza sonno) chez Gallucci en 2022. La bande dessinée d'Alex W. Inker tirée de Colorado Train paraît en polonais et en brésilien en 2023.
Analyse de l'œuvre Thèmes Le fantastique vignette|Franz Kafka, auteur du Château, portrait de 1923. Le fantastique est récurrent dans les romans de Thibault Vermot. Colorado Train, La Maison sans sommeil ou Le Camping de la mort mettent en scène des personnages d'abord ancrés dans un monde concret et réaliste., et peu à peu menés à la frontière du réel.. Le type de fantastique exploré par Thibault Vermot est surtout celui psychique : né de visions, d'épisodes de folie, d'obsessions personnelles ou d'extra-lucidité de ses personnages, pourtant plongés dans un univers plutôt réaliste. « Quant à moi, affirme-t-il, je suis fasciné par le phénomène d’ostranénie, qu’on retrouve immédiatement chez quelqu’un comme Kafka, dans les premières pages du Château par exemple, où la contemplation réitérée d’un univers excessivement rationnel, logique, entraîne le sentiment d’inquiétude.»
Vermot se décrit comme un enfant sensible, en proie facilement aux cauchemars et tâchant de se forger le caractère en côtoyant des œuvres sombres ou inquiétantes. Cette prédilection pour le fantastique en littérature se retrouve par la suite dans ses articles universitaires, écrits dans le cadre d'une thèse de littérature comparée et précédant ses romans. Par effet de retour, les préoccupations liées au fantastique soulevées dans l'un de ses articles trouvent leur réalisation concrète dans Colorado Train, La Route froide, La Maison sans sommeil ou Le Camping de la mort : « l’esthétique du secret ; les avatars de l’instabilité ; la figure du solitaire, le double, une tendance à exploiter stylistiquement le point de vue inouï ; la nuit ; le doute, le subjectif, la peur de la folie (...).»
La Route froide aborde le départ d'une famille de startuppers californiens saturés de travail et décidant de quitter la Californie pour le Yukon. Alors que le héros, Jonah, décide de se promener dans la neige tandis qu'une tempête est annoncée, la vanité humaine apparaît opposée à la permanence de la nature. Ce texte, démarré comme un pastiche de la nouvelle de Jack London Construire un feu, se déroule à l'époque contemporaine et questionne certaines tendances humaines à s'installer dans un endroit pour se l'approprier et en pervertir le fonctionnement d'origine.. La terreur comme objet littéraire et thème, « état inhérent à l'enfance» écrit Vermot, est à nouveau au centre de la promenade solitaire du personnage de Jonah, confronté à lui-même au cœur de la tempête. Là encore, la solitude engendre des visions chez le personnage, et alimente sa sensibilité à une série d'événements proches du paranormal.
Cette confrontation à la peur, présente dans nombre de romans de Thibault Vermot, est, envisage-t-il, une « condition sine qua non» du passage de l'enfance à l'âge adulte. De fait, les textes de l'auteur se rattachent souvent au roman d'apprentissage, tout en cultivant l'idée d'une résistance nécessaire contre « la vie d'adulte rangée et serrée».
L'enfance et la dimension d'apprentissage