La condition des femmes en Côte d'Ivoire a fluctué au gré de l'histoire du pays. Il existe de multiples facteurs qui influent sur l'égalité des sexes en Côte d'Ivoire. Le poids du passé colonial en représente un, puisque la France a maintenu le respect des traditions coutumières concernant le droit matrimonial. L'un des plus importants est le manque d’éducation pour les femmes à partir de l’enseignement primaire jusqu’au niveau supérieur où les filles sont désavantagées par rapport aux garçons. Les mariages arrangés pour les filles qui ont souvent moins de et le manque de connaissances sur les lois et leurs droits favorisent également l'inégalité entre les sexes.
Durant la guerre civile ivoirienne entre 2002 et 2007, la violence sexiste augmente et continue d'augmenter après cette période. De nombreuses femmes ivoiriennes sont confrontées à des violences domestiques et des groupes de discussion ont été créés pour aborder ces problèmes et sensibiliser. En outre, de nombreuses campagnes ont été menées pour promouvoir la parité hommes-femmes en Côte d'Ivoire.
Contexte historique Selon Remi Clignet, l’histoire de la société ivoirienne a un impact énorme sur la façon dont les femmes sont perçues aujourd’hui. Le rapport à la France et au passé commun influence aussi la tradition ivoirienne.
Contexte colonial Jusqu'à l'indépendance de la Côte d'Ivoire, la France a conservé la législation coutumière en matière de droit de la famille, mis à part quelques exceptions : le décret Mandel de 1939 et le décret Jacquinot de 1951. Le premier exige le consentement de la future mariée et institue un âge minimum de pour les femmes mais ces dispositions sont en général peu appliquées sauf à Abidjan. L'arrivée des puissances coloniales et l'introduction du commerce européen a comme conséquence directe un accroissement de la valeur de la dot dans les sociétés traditionnelles. Le décret Jacquinot, lui, tente le de donner une solution en fixant un montant maximum pour la dot, mais sans succès.
Indépendance La législation sur le droit du mariage est mise à jour en 1964, la Côte d'Ivoire étant le troisième État à s'engager dans ce processus post colonial de modification de la loi sur le mariage après le Mali et la Guinée sur les d'Afrique francophones qui étaient sous domination coloniale. Le nouveau droit interdit la dot et la polygamie et restreint les possibilités le divorcer. Il institue aussi le mari comme chef de famille.
Ratification de traités internationaux La Côte d'Ivoire signe et ratifie le protocole de Maputo de l'Union africaine, amenant les États signataires à garantir les droits des femmes, notamment le droit de participer au processus politique, l'égalité sociale et politique avec les hommes, une autonomie améliorée dans leurs décisions en matière de santé et la fin des mutilations génitales féminines.
Économie vignette|Vanneuses d’attiéké. En 2021 la population de la Côte d’Ivoire est estimée à , dont 47,8% de femmes et 52,2% d’hommes. Le pays est classé sur selon le rapport de 2021 du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) sur l'Indice de développement humain et fait partie du groupe 5 des pays ayant un faible indice de développement du genre du PNUD. Seules 23,9% de femmes contre 32,2% d'hommes ont accès aux études secondaires. L'espérance de vie à la naissance est de pour les femmes et pour les hommes. La durée moyenne de scolarisation est de pour les femmes et pour les hommes. Le revenu national brut estimé par habitant en dollars en 2021 est de pour les femmes et de pour les hommes. La disparité dans l'instruction des filles et des garçons ainsi que la mortalité maternelle ( pour ), le chômage des jeunes et la malnutrition des enfants sont des enjeux cruciaux pour le développement du pays.vignette|Femme travaillant dans une plantation de canne à sucre à Borotou-Koro, Côte d'Ivoire, 2014.|gaucheLa Côte d'Ivoire est un grand producteur mondial de cacao, de noix de cajou et de l'hévéa et possède une économie basée sur l'agriculture de subsistance. Le secteur agricole représente en 2018 28% du PIB. Cependant, dans le cadre du , les femmes se voient souvent refuser l'accès à la propriété foncière ; selon un rapport de la Banque mondiale de 2013, les femmes ivoiriennes, en particulier dans les zones rurales, sont souvent . Environ les trois quarts des femmes vivant en zones rurales en Côte d'Ivoire vivent en dessous du seuil de pauvreté en 2013.
Les femmes constituent cependant une part importante de la main d'œuvre : 59,5% dans le secteur du commerce, 39,5% dans les services, 39,5% dans les services et 29,9% dans le secteur agricole.
Un rapport de 2017 de la Banque mondiale prévoit que l'adoption de politiques visant à lutter contre la discrimination fondée sur le sexe en Côte d'Ivoire pourrait conduire à une croissance économique supplémentaire à long terme comprise entre 6 et de dollars. Le rapport appelle à un meilleur accès à l'éducation pour les filles ; pour des politiques visant à réduire la discrimination entre les sexes dans l'économie (par exemple, en augmentant la participation des femmes dans la fonction publique et le secteur privé, en réduisant les disparités salariales et en augmentant l'accès aux soins de santé (en particulier et la planification familiale). Le rapport appelle à des politiques visant à : .vignette|Lydie Ekepke Lydie, opératrice d'usine de traitement minier dans la ville de Hire en Côte d'Ivoire (2017).En 2019 Agnès Kraidy remet au ministre de la Communication et des Médias, Sidi Tiémoko Touré, une charte pour une meilleure représentation des femmes dans les médias. Une étude réalisée dans les grands médias nationaux avec l'aide de l’Unesco et de l’institut Panos montre une sous représentation des femmes , évaluant cette représentation à 1,63%.
Égalité salariale entre hommes et femmes La Côte d’Ivoire ratifie le la Convention de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui adopte le principe d'une rémunération identique pour des travaux de même valeur. Le , elle ratifie également la Convention sur la discrimination en matière d’emploi et de profession.
Politique
En d'indépendance, la Côte d'Ivoire compte ministres de 1960 à 2017. Parmi elles : Kanda Camara, Raymonde Goudou Coffie, Kaba Nialé, Anne Désirée Ouloto et Mariatou Koné. Jeanne Gervais devient la première femme ministre de Côte d'Ivoire en 1976.
Marie-Thérèse Houphouët-Boigny fonde l'Association des femmes ivoiriennes en 1963.
L'entrée des femmes à l'Assemblée nationale ivoirienne a lieu en 1966 sous la première république ivoirienne, durant la législature.
Sur la décennie 2000 à 2010, Simone Ggbagbo a eu un impact politique indéniable, et durant la présidence de Alassane Ouattara un effort de recrutement de femmes politiques au gouvernement est fait.
En 2019, la loi 2019-870 a été votée pour favoriser la representation des femmes dans les assemblées élues.
Éducation vignette|Enfants dans une salle de classe dans une école primaire ivoirienne. Le désavantage des filles dans l'accès à l'éducation est présenté à travers les statistiques publiées en 2015 par l'Institut de statistique de l'UNESCO. 74,7% de filles et 83,7% de garçons sont inscrits dans les écoles primaires. Cependant, le taux brut de scolarisation pour les autres niveaux comme l'enseignement secondaire indique qu'il n'y a que 36,6% de filles contre 51% de garçons. Dans l'enseignement supérieur, les taux d'inscription chutent de 11,2 % des étudiants masculins inscrits contre seulement 7,3 % des femmes. Selon Grisay, les filles sont déjà désavantagées par rapport aux garçons dans l'enseignement primaire, par exemple pour apprendre et parler le français. Dans certaines cultures, l'éducation des filles n'est traditionnellement pas aussi importante que celle des garçons. C’est pour cette raison que les filles vont beaucoup moins à l’école que les garçons ou quittent l’école plus tôt. Les filles ont donc moins de possibilités d’apprendre des langues comme le français. Les étapes éducatives des filles sont également influencées par la situation de la famille elle-même. Beaucoup de filles quittent moins le cercle familial que les garçons, ce qui fait que les possibilités de parler et de pratiquer la langue diminuent automatiquement. Les pères ont également tendance à communiquer davantage avec leurs fils et à les entraîner à parler français.
Les cours en Côte d'Ivoire sont essentiellement constitués de participations orales. Comme il est demandé aux filles de se retenir et d’essayer de ne pas se faire remarquer, les étudiantes ont développé une attitude passive au fil du temps et ont commencé à parler moins en classe. Cela a également contribué à la discrimination des femmes dans le système éducatif ivoirien.
Aspects juridiques vignette|Un couple en tenue traditionnelle Bété (Centre-Ouest de la Côte d'Ivoire). Deux tribus principales, les Dioula et les Bété, présentent des différences en ce qui concerne les connaissances des femmes en matière juridique. La majorité des femmes Dioula ne sont pas vraiment informées des droits existants pour les femmes en comparaison avec les femmes Bété qui sont plus conscientes et profitent donc des avantages quand c'est possible De multiples facteurs jouent un rôle dans les différences d'éducation en termes de religion, d'appartenance ethnique, d'engagement dans le monde du travail et de politique.
Entre 1964 et 1982, de nombreuses femmes ivoiriennes ne savent pas que la polygamie est illégale dans le pays. Les femmes Bété sont moins concernées par les engagements polygames que les femmes Dioula. Cela tient aussi au fait que les Bété connaissent mieux les lois, grâce à leurs contacts avec les missions catholiques. En raison du manOque d'éducation, les femmes Dioula ont moins recours aux lois de 1964 tandis que les femmes Bété semblent plus engagées dans le nouveau système de droit civil et en font davantage usage.
En 2023, un score calculé par l'OCDE, le Sigi (« Institutions sociales et égalités de genre ») qui juge de l'existence de lois visant à diminuer les discriminations au sein du foyer, les atteintes à l’intégrité physique, la restriction des libertés civile et à favoriser l’accès aux ressources financières, affiche une nette progression pour la Côte d'Ivoire, qui atteint le meilleur score en Afrique, grâce à des actions sur les violences conjugales et l'accès au financement. Toutefois, dans les faits, ces lois semblent rester lettre morte par méconnaissance de leur existence, notamment en ce qui concerne les violences faites aux femmes, dans un contexte où les féministes font état d'une montée d'un climat de sexisme.
Le mariage d'enfants Selon l'UNFPA, 48 % des femmes entre 20 et en Côte d'Ivoire ne reçoivent pas d'éducation et 27 % de celles qui ont eu accès à l'enseignement primaire étaient mariées ou en union à l'âge de , contre 9 % des femmes ayant fait des études secondaires ou supérieures.
Plus d’un tiers des filles ivoiriennes sont mariées de force avant l’âge de . La dot est une source de revenus importante, en particulier pour les ménages pauvres. De nouvelles initiatives ont récemment été lancées pour mettre fin au mariage des enfants, entre autres la campagne de l'Union africaine lancée par la Côte d'Ivoire le .
Violences La Côte d’Ivoire adopte la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDEF) le (la ratification a eu lieu ).
CDESi l'excision est officiellement interdite depuis 1998, 37 % des Ivoiriennes continuent pourtant de subir cette pratique note Le Monde en 2025..
Des guerres comme la guerre civile ivoirienne entre 2002 et 2007 ont accru la violence sexiste dans le pays. En période de guerre ou de crise sociale et politique, des actions plus violentes ont affecté les femmes. Ce sont principalement des formes de violence sexuelle, par exemple le viol, qui sont signalées à plusieurs reprises en temps de guerre.