Les pieds-noirs sont les descendants des Français installés en Algérie installés en Afrique française du Nord jusqu'à l'indépendance, c'est-à-dire jusqu'en pour les protectorats français de Tunisie et du Maroc, jusqu'en pour l'Algérie française, et au-delà pour ceux qui y sont restés après l’indépendance des trois paysNi valise ni cercueil, les pieds-noirs restés en Algérie après l’indépendance, préface de Benjamin Stora, Arles, Actes Sud, janvier 2012 ...
Définitions de « pied-noir » Deux définitions qui s'opposent de « pied-noir » indiquent assez bien l'imprécision de ce terme.
D'après le Larousse, « pied-noir » (et « pieds-noirs ») est un nom et un adjectif qui signifie :
D'après le Grand Robert de la langue française, « pied-noir » est un nom masculin, dont le sens moderne, apparu vers 1955, est
Le seul groupe commun aux deux définitions est celui des Français d'Algérie descendants d'émigrants européens, et « rapatriés » dans les années 1960.
L'exclusion, par l'une ou l'autre définition, des rapatriés du Maroc et de Tunisie, ou des Juifs séfarades et des descendants d'autochtones de citoyenneté française « rapatriés » d'Algérie, reflète l'attitude d'acceptation ou de refus de l'expression « pied-noir » par les membres de ces groupes. Ainsi, selon Hubert Hannoun, écrivain,
D'autre part, les deux définitions n'ont pas la même extension temporelle : le Robert réserve l'appellation aux personnes contemporaines de la guerre et du départ d'Algérie, alors que Larousse semble lui donner une valeur rétroactive.
vignette|Vue de la colonie de La Calle, chef-lieu de la Compagnie royale d'Afrique sur la côte de la Barbarie, 1788.
Dès lors, selon la définition du Larousse, les colons installés dès 1560 dans les « possessions françaises sur la côte septentrionale de l'Afrique », telles que le Bastion de France et La Calle, sont considérés comme des pieds-noirs qui s'ignoraient.
L'origine de l'expression fait l'objet de plusieurs hypothèses.
Pour le Trésor de la langue française informatisé (TLFI) (consulté le )., le mot, composé de « pied » et de « noir », est un surnom attesté dès 1901 et désignant alors un . Ce surnom viendrait du fait que les chauffeurs des bateaux à vapeur avaient l'habitude de marcher pieds nus dans la à charbon du navire. Ces chauffeurs étant souvent algériens, « pied-noir » a ensuite désigné, par extension, un Algérien. Cet emploi est attesté en 1917. Son emploi actuel n'est attesté qu'en 1955. En effet le terme aurait été et Entrée , cit. .
D'autres hypothèses ont été avancées : les premiers Européens arrivés en nombre au début de la colonisation étaient des militaires portant des chaussures de marche noires. ; après une journée dans les marais, la couleur des pieds des premiers colons qui ont cherché à assécher les marais de la Mitidja pour en faire une terre cultivable ; la coloration des pieds des viticulteurs lors du foulage du raisin, sachant que de nombreux Français d'Algérie vivaient de la production de vin ; une bande de jeunes Français du Maroc, amateurs de cinéma américain, se seraient eux-mêmes baptisés « pieds-noirs » en référence aux tribus amérindiennes de la Confédération des Pieds-Noirs. L'expression aurait ensuite franchi la frontière algéro-marocaine vers 1955D'après un article de Daniel Lefeuvre dans le hors-série de Guerre & Histoire, Algérie 1954-1962, la dernière guerre des Français, mars 2012.. Dans le roman de l'écrivain provençal Henri Bosco L'Enfant et la Rivière, paru en 1945, l'enfant se fait traiter de « pied-noir » par sa tante à son retour d'une fugue. Le terme est employé au sens de va-nu-pieds, terme du vocabulaire rural provençal, en raison de la réputation de gens très pauvres qu'avaient les expatriés européens en Algérie.
Distinctions Usage Le terme « pied-noir » étant d'origine incertaine, son usage courant est donc générique et imprécis. Il convient par conséquent d'établir des distinctions pour en apprécier la portée. D'une part, certains membres de cette communauté considèrent l'appellation « pied-noir » comme péjorative, voire offensante, et lui préfèrent la dénomination, plus formelle, de « Français d'Algérie », beaucoup plus conforme à la réalité.
D'autre part, une partie des Juifs d'Algérie ne se considèrent pas comme « pieds-noirs »Voir les titres d'ouvrages sur le sujet dont à titre d'exemple celui de Benjamin Stora Les trois exils : Juifs d'Algérie, paru en 2008 ou celui de Léon Isnard Les 3 cuisines du Maghreb : 600 recettes arabes, juives et pied-noir publié en 2006.. Ainsi Patrick Bruel ou Éric Zemmour, par exemple, se définissent eux-mêmes comme et considèrent le terme pieds-noirs comme inexact en ce qui concerne leur famille présente en Algérie bien avant l'arrivée des Français et même de l'islamConversation avec Claude Askolovitch, Plon, 2011, Éric Zemmour, 7 janvier 2008, Radio Monte-Carlo, dans Les Grandes Gueules, paru 7 janvier 2008. (bien que, par la suite - en particulier durant la campagne présidentielle de 2022 - Éric Zemmour a pu désigner sa famille comme étant pied-noir, alors qu'elle a quitté l'Algérie avant 1962). Au contraire, en 1987 l'emblématique Enrico Macias affirme que « les pieds-noirs, c'est pas seulement les catholiques, c'est aussi les musulmans et les israélites », car, selon lui, « toutes ces communautés forment la communauté nord-africaine »Plateau Mamère, Villalonga, Macias 1 en direct de Nice, MIDI 2 - .. Plus généralement, d'autres considèrent qu'à la suite du rapatriement, . Toutefois, au fil des ans, le terme perd de ses adeptes, et au milieu de la décennie 2000, la désignation de« juif séfarade » lui est préférée par près de la moitié de personnes sondées, les tenants de « juif pied-noir » étant en déclin, avec 10 % des répondants.
Rapatriés d'Algérie et pieds-noirs L'historien Abderahmen Moumen distingue trois grands groupes sociaux constituant les rapatriés d'AlgérieEntre histoire et mémoire : les rapatriés d'Algérie : Dictionnaire bibliographique , Abderahmen Moumen, préface Jean-Jacques Jordi, Éditions Gandini, 2003 : les Européens rapatriés d'Algérie : communément appelés pieds-noirs, ils sont de loin les plus nombreux. En 1962, environ quittent l'Algérie dont entre les mois de mai et d'août ; les Juifs (berbères ou séfarades) rapatriés d'Algérie : souvent associés aux pieds-noirs, estimés à en 1962, environ s'installent en France en 1962 ; les Français musulmans rapatriés (FMR), aussi appelés FSNA (Français de souche nord-africaine) avant l'indépendance, puis souvent englobés sous le terme générique de « harkis », ils sont constitués de plusieurs groupes différents : anciens membres des forces supplétives (harkis, moghaznis, GMS), militaires engagés ou appelés au côté de l'armée française et élites francisées (hauts fonctionnaires, membres du « double collège », députés, sénateurs…). Ils sont au nombre de au recensement de 1968.
Dans l'usage courant « pied-noir » est un quasi-synonyme de « rapatrié d'Algérie ». « Rapatrié » fait référence à un statut administratif qui a concerné, à partir de 1962, les « Français d'Algérie » originaires des départements français d'Algérie et du Sahara au moment de l'indépendance de ces deux entités le . Il a été utilisé par le gouvernement de l'époque pour masquer un véritable exode. À ce titre les pieds-noirs peuvent être considérés comme des exilés, des déracinés ou des expatriés.
Parmi les rapatriés d'Algérie, qui étaient tous de nationalité française, sont englobés la majorité des « Européens » et des Juifs séfarades et un nombre limité de « musulmans » (arabes et berbères), plus souvent désignés par le terme générique de harkis, c'est-à-dire ceux des militaires, anciens supplétifs de l'armée française, et leurs familles qui ont pu trouver asile en métropole. La différence de statut civique entre « Européen » et « harki » fait que le second n'est que supplétif de l'armée française (contractuel) et non membre à part entière de l'armée française. Il est à noter que quelques milliers de musulmans étaient citoyens de droit commun et ont donc conservé automatiquement leur nationalité française en 1962 (essentiellement des militaires, des caïds comme la famille du recteur (1992-2020) de la mosquée de Paris Dalil Boubakeur ou les parents de Yazid Sabeg, commissaire français à la diversité). La majorité des musulmans, citoyens de droit local, ont perdu leur nationalité française en 1962.
Les « Européens » rapatriés sont d'origine française (en provenance de toutes les régions de la métropole mais en particulier d'Alsace-LorraineD'après la thèse de Fabienne Fischer, Alsaciens et Lorrains en Algérie : histoire d'une migration, 1830-1914, l'immigration des Alsaciens et Lorrains aurait représenté entre un cinquième et un quart de la population française d'Algérie de 1845 à 1860, et le cinquième après cette période. En chiffre absolu, ils auraient été environ de 1830 au début du , dont à après 1870 ( de 1870 à 1874). In .) ou étrangère (principalement d'Espagne, d'Italie et de Malte). La proportion d'étrangers monte en 1886 à 49 % des Européens d'Algérie, pour décroître après la loi sur les naturalisations du . En 1884, on recense un peu plus de 48 % d'étrangers parmi les , avec des différences notables selon les départements : 40 % dans le département d'Alger ( et ), plus de 59 % dans le département d'Oran ( et — la proportion monte à 68 % pour la seule ville d'Oran), 43 % dans celui de Constantine ( et )d'après le Tableau général des communes de l'Algérie — 1884 — lire en ligne (principalement d’Espagne mais aussi de Malte, d’Italie, d’Allemagne, de Suisse et d'Angleterre). Les motifs d'installation en Algérie des colons sont variés, attrait pour les concessions, incitation et facilité d'installation par les autorités françaises (en particulier Alsaciens-Lorrains, Allemands et Suisses), élévation du niveau de vie et fuite de la colonisation anglaise (Maltais), fuite de la guerre civile (guerres de succession d'Espagne 1833-1840 — à laquelle la France prend part — 1846-1849, 1872-1876, guerre d'Espagne 1936-1939), déportation des résistants au coup d'État du 2 décembre 1851 sous Napoléon III) ou annexion du territoire (Anglo-Maltais, Alsaciens et Lorrains à la suite de la guerre franco-prussienne de 1870). La politique d'assimilation de la France en Algérie se traduit par la naturalisation des étrangers à la suite du décret Crémieux de 1870 et de la loi sur la nationalité du 26 juin 1889. Les colons détenaient 90 % des meilleures terres agricoles (région d'Alger, Tiaret, Oran) ; dans l’arrondissement d’Aïn Temouchent, par exemple, les Européens, soit 15 % de la population, possédaient plus de 65 % de l'ensemble des terres agricolesMichel Launay, Paysans algériens, Paris, le Seuil, 1962, , ..
Différences de statut entre les départements français d'Algérie-Sahara et protectorats de Tunisie-Maroc La fin du protectorat français de Tunisie (1881-1956) et du protectorat français au Maroc (1912-1956) a entraîné en 1956 le rapatriement des Français de souche européenne. Ces deux pays étaient placés sous protectorat et ne relevaient pas du statut de colonie, alors que l'Algérie fait, de 1848 à 1962, partie intégrante du territoire national français.
Durant l'intervalle compris entre 1830 et 1848, la conquête de l'Algérie — ou plus exactement du protectorat ottoman nommé régence d'Alger — se poursuit et les nouveaux espaces conquis sont appelés « possessions françaises » : on parle alors de « colonies » et de « provinces » (1848). Après la création des départements français d'Algérie, cette France d'outre-mer avant la lettre disposait d'un statut plus proche d'un territoire tel que la Corse, sous statut métropolitain et acquis de la république de Gênes par la France en 1769, que d'une colonie.