Sous l'Ancien Régime, le droit de havage ou droit de havéeDictionaire de l'Ancien Régime et des abus féodaux, de Paul D*** de P*** et Jean-Joseph Regnault-WarinSynonymie Larousse (de l'ancien français havée : ancienne mesure de grains correspondant à une poignée prise à deux mainsDictionnaire Larousse) était le droit de prélèvement réservé aux exécuteurs de la haute justice, autrement dit les bourreaux, qui donnait la possibilité de prendre les grains et denrées qui se vendent au marché (céréales, fruits, œufs, légumes, etc.) et autant que la main pouvait en contenir.
Le havage vient de l'ancien mot havir, qui signifie prendre.
Historique
Généralités Le droit de prendre ce que la main peut contenir est un droit seigneurial abandonné par le Haut-Justicier aux exécuteurs des hautes-œuvres. Le droit de havage est donc étroitement lié à la fonction de bourreau : en effet, celui-ci suscitait une telle horreur qu'il vivait reclus et que les gens fuyaient son contact ; ses enfants étaient refusés dans les écoles, et les marchands rechignaient à lui vendre leurs marchandises.
Le bourreau percevait ses émoluments, le droit de havage, sur une grande quantité en nature des marchands des halles : cela lui permettait de prélever des légumes, de la viande, du poisson dans les paniers sur lesquels il étendait la main ; un valet marquait alors à la craie le dos des marchands visités afin de prendre les denrées.
Ce droit à prendre avec la main est par la suite remplacé par le droit de prendre avec une cuillère en fer... qui grandissait toujours. Devant ces abus grandissants (il y avait alors un bourreau dans chaque bailliage), le mode de rémunération fut modifié : profitant de la libéralisation du commerce des grains, initiée par Turgot, de la hausse des prix des grains et donc du pain à la suite des mauvaises récoltes des étés 1773-1774, et de l'impopularité grandissante du « bourreau profiteur », le parlement, soucieux de ne pas étendre la guerre des farines, remplaça, le , le droit de havage par une perception fixe.
À Paris À Paris, la place du pilori et de l'échafaud est aussi celle des Halles. Le bourreau loue à des marchands forains les petites échoppes autour de cette place. Pour salaire, il a le droit de havage qui lui donne la possibilité de prendre toutes sortes de marchandises vendues aux Halles : des grains, des fruits, du poisson, du gibier, des œufs, de la laine, etc. autant que sa main peut en prendre. Les commerçants ainsi ponctionnés étaient marqués, dans le dos, d'une croix à la craie.
Au , le bourreau de Paris touchait, en plus du droit de havage, une somme fixe de 15 sols parisis pour chaque exécution. Au , il eut également le droit d'avoir la tête de tous les cochons qui divaguaient dans les rues.
Voici quelques exemples de rémunération du bourreau de Paris à partir au Historique des rues de Paris, volume 1, Jacques Hillairet, page 143. : Pour la question : 20 livres Pour amende honorable : Une torche de cire jaune du poids de 2 livres : 10 livres Deux écriteaux : 6 livres Une chemise : 2 livres Pour une tête tranchée : 100 livres. Si la lame s'ébrèche, la réparation est facturée 24 livres. Pour une personne brûlée : 50 livres Pour une personne rouée : 50 livres Pour une personne pendue : 25 livres. Si la corde casse, le remplacement de chaque corde est facturé 6 livres. Pour porter le cadavre au lieu de sépulture après l'exécution : 30 livres.
À Étampes À Étampes, un arrêt du indique la perception des droits de havageCollection de décisions nouvelles et de notions relatives à la jurisprudence de Maître Jean-Baptiste Denisart. :
Bailliage de Rouen Voici quelques exemples de rémunération de Geoffroy Thérage, bourreau du bailliage de Rouen de 1407 à 1432 et bourreau de Jeanne d'ArcUn exécuteur de la haute justice du roy au Moyen Âge. : : 15 sols pour une mise au pilori. : 20 sols pour un traînage sur une claie et une pendaison. : 20 sols pour une décapitation. : 4 livres tournois et 8 sols pour avoir trainé, coupé un poing, décapité, écartelé, pendu le corps et les 4 membres de Pierre Le Bigourdais et mis sa tête au bout d'une lanceGeoffroy Thérage, le bourreau de Jehanne.. : 60 sols pour une pendaison. : 6 livres tournois pour 4 décapitations. : 46 sols pour 4 pendaisons.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Bourreau Capeluche Famille Sanson Geoffroy Thérage Liste des piloris en France Liste des gibets en France
Lien externe Histoire des bourreaux
Catégorie:Impôt seigneurial institué au Moyen Âge