vignette vignette|120x120px|Art et féminisme The Montreal Museum (alternativement intitulé Journal of Litterature and Arts dans le premier numéro) est une revue littéraire et artistique crée en 1833 par Mary Graddon Gosselin. Elle était publiée à Montréal au début du XIXe siècle. Parmi les textes se trouvant dans le journal, on y trouvait notamment de la poésie, des essais et des articles sur la littérature et les arts.

Description de la revue et dimensions féministes The Montreal Museum est une revue littéraire et artistique créée en 1832 et se terminant en 1834. Mary Graddon Gosselin, la créatrice de la revue, est la première femme à éditer un journal en Amérique. Parmi les textes se trouvant dans la revue, on y trouvait notamment de la poésie, des essais littéraires et des articles sur la littérature et les arts. La revue visait à promouvoir et soutenir les efforts culturels et intellectuels dans la région de Montréal. C'était un débouché culturel et littéraire important à son époque, offrant une plateforme permettant aux écrivains et aux artistes de partager leur travail et leurs idées.

Dans la revue, nous y retrouvons un peu plus de 30 textes écrits entre 1832 et 1834. Parmi ceux-ci, y trouvent des poèmes, des essais, des histoires et des critiques. En effet, la plupart des textes se retrouvant dans la revue sont écrits par des femmes, ce qui donne une dimension féministe à la revue. Plusieurs idées féministes se retrouvent dans les textes, plus particulièrement, des idéologies anti-patriarcales ainsi que l’encouragement de l’autonomie des femmes.

Contenu et résumé des numéros [Vol. 1, No 1 (décembre 1832)

Anonyme, « Introductions »

Le premier numéro présente la revue. La créatrice explique qu'aucun journal d'art et de littérature n'est disponible au Canada. Elle explique que le but de la création d'une telle revue est de convaincre les hommes haut placés que c'est important d'être instruit. Cependant, elles admettent qu'étant des femmes à cette époque, elles seront limitées à une perspective domestique et leur cercle social, ce qui limite les chances que le journal soit un succès. En effet, c'est au 19e siècle que l'idéologie des différences des sexes prend son essor. Effectivement, l'idéologie de cette époque stipule que la différence des sexes est naturelle au sens biologique du terme, il est donc normal que les femmes restent dans la sphère domestique . Les créatrices du journal poursuivent en disant qu'elles espèrent tout de même que leur ouvrage pourra piquer la curiosité des hommes qui s'intéressent à la littérature et les arts, tout en passant par-dessus leur privilège d'être un homme.

Anonyme, « Popular essays on science »

Dans ce texte, on nous explique les différentes étapes de l'évaporation. Bien que cet essai soit strictement scientifique, nous y retrouvons toutefois des passages représentant la différenciation des sexes. Premièrement, l'auteur de l'essai commence en nous affirmant que le processus d'évaporation est un processus de la nature tout comme les femmes et la sphère domestique. En effet, en faisant cette comparaison, l'auteur stipule que les femmes utilisent l'évaporation lorsqu'elles sèchent les vêtements. L'auteur fait référence au travail naturel domestique des femmes. De plus, chaque fois que l'homme fait référence à l'évaporation en guise de tâche ménagère, celui-ci utilise des mots comme « Washer-Woman» et « Laudry-Maid» . Les champs lexicaux "Washer-Woman" (laveuse) et "Laundry-Maid" (femme de ménage de blanchisserie) sont des termes qui ont été utilisés au XIXe siècle pour désigner des femmes qui travaillent dans le domaine de la lessive et du nettoyage. Ces termes sont réducteurs pour plusieurs raisons. Ces termes impliquent que le travail de blanchisserie et de nettoyage est principalement destiné aux femmes. Cela renforce les stéréotypes de genre en suggérant que ces emplois sont naturellement adaptés aux femmes, ce qui limite les opportunités professionnelles et perpétue des attentes traditionnelles quant aux rôles de genre. L'utilisation de ces termes indiquent que le travail effectué par ces femmes est moins important ou moins qualifié que d'autres emplois. Cela contribue à la dévalorisation de ces métiers et à la sous-estimation de leur contribution à la société. Ce texte est antiféministe, car il s’oppose à l’autonomie des femmes

Vol. 1, No 2 (Jan. 1833)

Anonyme, « Advice to young women »

Dans cet article, l'auteure reflète les normes et les attentes de l'époque quant au comportement des jeunes femmes au XIXe siècle. Il met l'accent sur des qualités morales et sociales telles que la piété, l'intégrité, la charité, et l'obéissance, qui étaient considérées comme importantes pour les femmes de l'époque.  À l'époque, les femmes étaient souvent encouragées à se conformer à des normes et à des attentes strictes en matière de comportement et de moralité. L'auteure poursuit en parlant de la religion. En effet, si ces attentes envers les femmes ne sont pas respectées, cela serait vu comme une «Religious Madness», et des conséquences seraient subies par ces femmes.

Anonyme, « Personal beauty »

Dans ce texte, un homme donne des conseils sur la manière dont les femmes devraient se comporter et prendre soin de leur apparence sur des sujets comme la beauté, la tempérance, l'ingéniosité et la bonne humeur, ce qui était conforme aux attentes de l'époque pour les femmes. Ce texte présente les normes de l'époque quant au comportement des femmes et à leur apparence physique. Ces normes étaient fortement influencées par les attentes traditionnelles concernant le rôle des femmes dans la société, leur apparence et leur comportement. Dans son texte, l'auteur impose aux femmes des rôles strictement définis ainsi que des attentes en matière de comportement et d'apparence. Ce texte démontre clairement l'idéologie du XIXe siècle concernant le travail naturel des femmes. Les femmes étant considérées naturellement compétentes pour faire des tâches ménagères et sont très fortement invitées à rester au foyer et s'occuper des tâches ménagères. Le texte est non seulement misogyne, mais antiféministe, car il s’oppose à l’autonomie des femmes prendre soin de leur apparence comme elles le veulent.

Anonyme, « A Literary Wife »

Ce texte parle d'aspects féministes et antiféministes. En effet, il est rare à cette époque de considérer une femme intelligente et compétente pour autre chose que des tâches ménagères ou son rôle de mère. Toutefois, dans le texte, nous retrouvons plusieurs passages faisant référence à une femme qui semble apporter à son mari plusieurs apports intellectuels. Le texte reconnaît la valeur de l'esprit cultivé des femmes et souligne le plaisir et l'enrichissement mutuels que peuvent apporter les femmes dans la sphère intellectuelle de leur partenaire masculin. Cependant, le texte suppose aussi que le rôle principal d'une femme est de soutenir intellectuellement son mari et de participer à ses études. Bien que cela puisse être considéré comme une forme de reconnaissance de l'intelligence des femmes, cela réduit également les femmes à un rôle de soutien dans la vie intellectuelle de leur mari, au lieu de les considérer indépendantes de leur mari. De plus, le texte met en avant l'idée d'un partenariat intellectuel où les deux conjoints partagent une passion pour la littérature et collaborent dans leurs études. Cela suggère une certaine égalité intellectuelle entre les deux partenaires. Malgré les passages pouvant être interprétés comme des avancées féministes, on y retrouve toujours l'idéologie du XIXe siècle du rôle naturel des femmes. Dans ce texte, on met l'accent sur le rôle maternel des femmes. Le texte mentionne que la femme a élevé onze enfants tout en participant aux études de son mari. Bien que cela puisse être loué comme une réalisation, cela sous-entend que l'une des principales responsabilités des femmes est la maternité, ce qui peut être réducteur car cela ne reconnaît pas pleinement la diversité des rôles et des aspirations des femmes comme celles des hommes.

Vol. 1, No 3 (Feb. 1833)

Mrs. Childs, « Education of daughters »

Ce texte, écrit par Mrs. Childs, parle majoritairement de la mauvaise éducation des jeunes filles. En effet, l'auteure nous dit que la façon dont on éduque les jeunes filles à l'époque est basée sur le bien-être de la société et non leur propre bonheur individuel. En voici un passage: « There is no subject so much connected with individual happiness and national prosperity as the education of daughters. It is a true, and therefore an old remark, that the situation and prospects of a country may be estimated by the character of its women; and weall know it is hard to engraft upon a woman's character, habits and principles to which shewas unaccustomed in her youthful days. It is always extremely difficult, and sometimesutterly impossible . Is the present education of young ladies likely to contribute to their ownultimate happiness, or to the welfare of the country? There are many honorable exception; but we do think the general tone of female education is bad. The greatest and most universal erroris teaching girls to exaggerate the importance of getting married: and of course to place an undue importance upon the polite attention of gentlemen» Effectivement, ce passage reflète l'importance de l'éducation des filles et comment elles sont étroitement liées au bonheur individuel et à la prospérité nationale. Il met en avant l'idée selon laquelle la situation et l'avenir d'un pays peuvent être jugés à l'aune du caractère et de l'éducation de ses femmes. Ce passage critique l'idée répandue selon laquelle le but premier des femmes est de se marier et de rechercher l'attention des hommes. Cela reflète un aspect du féminisme qui vise à remettre en question les rôles et les stéréotypes traditionnels de genre, en plaidant pour que les femmes aient le pouvoir de façonner leur vie et de définir leurs propres aspirations.

Anonyme, « Conversatoin between a married couples »

Ce texte présente une conversation entre Adèle et Charles, un couple marié. En voici un extrait: « Adele, very much dressed, entering her husband's apartment. I am come to scold you, Sir.

Charles-Me?

A.-Yes, you. How is this, Charles, it is two o'clock, and you have not been to see me...

C.- My dear Adèle, I have had business to transact; I was obliged to go out this morning; and it is not more than then minutes since I returned, but what are your projects for today?

A.- Projects, Sir, I have none.

C-. I have never seen you so brilliant before

A.- Do you think i look well?

C.-Charming, adorable (he kissed her hand)

A.- And you love me?

C.- Can you doubt it?

A.- Yes, Sir, I do, very much

C.- You are unjust

A.- I am not unjust at all; for some time past, you are quite altered, you are absent, you answer with difficulty...Charles, can it be that you have sorrows?

[...]

C.- There are things...details, concerning pecuniary and other matters which a woman should not know.

A.- You are mistaken; nothing can dispense with mutual confidence, that alone can procure happiness. From the moment that a married pair have secrets between them, the first charm of their union is vanished, and the garlands of flowers are changed to heavy chains.

C.- Your sex is born for happiness and pleasure; man should reserve himself for the labour.»