Wilfrid ou Wilfrith, né vers 633 et mort en 709 ou 710, est un religieux anglo-saxon.
Originaire de Northumbrie, Wilfrid bénéficie dans sa jeunesse du soutien de la reine Eanflæd et étudie à Lindisfarne et à Cantorbéry avant de se rendre sur le continent pour poursuivre sa formation à Lyon et à Rome. De retour en Angleterre, il joue un rôle important dans l'adoption de la méthode romaine du calcul de la date de Pâques lors du concile de Whitby en 664. Nommé évêque d'York la même année, il ne le devient effectivement qu'en 669 et fait preuve d'une grande activité dans son diocèse en fondant plusieurs églises et monastères. L'important pouvoir qu'il détient en tant que seul évêque du Nord de l'Angleterre suscite la méfiance du roi Ecgfrith et de l'archevêque Théodore de Tarse, qui le dépose en 678. Après avoir fait appel en vain au pape, Wilfrid s'exile dans le royaume du Sussex, où il entreprend la conversion des Saxons du Sud et fonde l'évêché de Selsey.
Wilfrid retrouve brièvement son siège d'York dans la deuxième moitié des années 680, mais il en est à nouveau chassé en 691 par le successeur d'Ecgfrith, Aldfrith. Il se rend alors en Mercie et apporte son soutien à l'effort missionnaire en direction de la Frise. En 702, un concile réuni afin de régulariser la situation de Wilfrid décide la confiscation de tous ses biens. Il tente une nouvelle fois de plaider sa cause à Rome, mais ses opposants profitent de son absence pour l'excommunier. Le pape intercède en sa faveur, et après la mort d'Aldfrith, un accord est conclu entre les différentes parties, laissant à Wilfrid les monastères de Hexham et Ripon. Il meurt quelques années plus tard, en 709 ou 710.
Peu après sa mort, Étienne de Ripon rédige une hagiographie de Wilfrid, la , qui constitue la principale source des historiens modernes à son sujet. Bède le Vénérable parle également beaucoup de lui dans ses écrits, de manière moins dithyrambique. Le portrait de Wilfrid que ces sources permettent de dessiner est contrasté : un prélat ambitieux au train de vie dispendieux qui se montre néanmoins tout dévoué à son Église, comme en témoignent ses efforts missionnaires et ses fondations. Il fait rapidement l'objet d'un culte, avec une fête le ou le .
Biographie
Jeunes années (vers 633 – vers 658)
Wilfrid naît en Northumbrie aux alentours de l'an 633. James Fraser propose qu'il soit issu d'une famille aristocratique du Deira, une région correspondant à la moitié sud du royaume de Northumbrie, car c'est là que vivent la plupart de ses premiers contacts. Aucune source n'indique explicitement qu'il est d'origine noble, mais les serviteurs du roi sont fréquemment invités chez son père, et lorsqu'il quitte le domicile familial, vers l'âge de 14 ans, c'est avec des habits et des montures dignes de la cour royale. Son départ est la conséquence d'une dispute avec sa belle-mère, et il n'a probablement pas demandé l'accord de son père.
Wilfrid se rend à la cour du roi Oswiu, où la reine Eanflæd le prend sous sa protection. Elle l'envoie étudier auprès de Cudda, un ancien serviteur de son mari devenu moine à Lindisfarne. Cette abbaye a été fondée peu de temps auparavant par Aidan, un personnage crucial dans la christianisation de la Northumbrie. Après avoir passé plusieurs années à Lindisfarne, Wilfrid se rend à la cour du Kent en 652. Il réside à Cantorbéry, auprès de parents de la reine Eanflæd qui lui a remis une lettre d'introduction pour le roi Eorcenberht. Il semble avoir passé une année environ dans le Kent, mais la chronologie exacte n'est pas établie avec certitude. Durant cette période, un cousin de la reine, le futur roi Hlothhere, apporte son soutien à Wilfrid. Ce dernier fait également la connaissance de plusieurs figures religieuses en visite à la cour du Kent, dont le missionnaire Benoît Biscop.
À une date inconnue entre 653 et 658, Wilfrid quitte le Kent avec Benoît Biscop pour se rendre à Rome. Ils sont les premiers Anglo-Saxons connus à entreprendre ce pèlerinage. D'après Étienne de Ripon, Wilfrid et Benoît se séparent à Lyon, où Wilfrid reste auprès de l'archevêque Ennemond. Ce dernier souhaite lui faire épouser sa nièce et lui confier le gouvernement d'une province franque, mais Wilfrid refuse et poursuit sa route vers Rome. Il y apprend la méthode romaine du calcul de la date de Pâques et découvre la pratique consistant à recueillir les reliques de saints. Il rentre à Lyon après avoir été reçu en audience par le pape.
Étienne de Ripon rapporte que Wilfrid reste trois ans à Lyon, jusqu'au meurtre d'Ennemond, mais sa chronologie est erronée : Wilfrid rentre en Angleterre dès 658 environ, soit deux ans avant la mort de l'archevêque. Toujours d'après Étienne, Wilfrid est tonsuré par Ennemond, mais cela ne veut pas nécessairement dire qu'il est devenu moine à ce moment-là. Le statut exact de Wilfrid est incertain : il est vraisemblablement devenu moine durant son séjour à Rome, ou bien plus tard en Francie, mais Bède reste muet à ce sujet et certains historiens suggèrent qu'il ne l'a peut-être jamais été. Durant son séjour à Lyon, Wilfrid découvre les pratiques religieuses franques, en particulier dans les monastères fondés par Colomban qui suivent la règle de saint Benoît. L'influence franque se ressent dans la suite de la carrière de Wilfrid : il a recours à des maçons francs pour édifier ses églises et les consacre vraisemblablement lors de cérémonies calquées sur le rite franc.
Abbé de Ripon (vers 658 – 664)
thumb|left|La cathédrale de Ripon occupe l'emplacement du monastère de Wilfrid.|alt=Photo d'une grande cathédrale aux murs gris
Après son retour en Northumbrie, vers 658, Wilfrid est recommandé à Alhfrith, le fils d'Oswiu, par le roi de Wessex Cenwalh, qui le décrit comme un clerc versé dans la liturgie et les rites romains. Alhfrith règne alors sur le Deira sous l'autorité de son père, et le jeune âge de ses demi-frères fait de lui l'héritier le plus probable du trône de Northumbrie. Peu avant 664, Alhfrith confie à Wilfrid une abbaye qu'il vient de fonder à Ripon. Sa communauté est constituée de moines de l'abbaye de Melrose qui suivent les coutumes monastiques irlandaises.
Wilfrid chasse rapidement l'abbé Eata et l'obédientiaire Cuthbert, qui refusent d'adopter le rite romain. Il introduit la règle de saint Benoît à Ripon, qui devient le premier monastère anglais à la suivre, du moins d'après la , sans que l'on sache précisément de quelle forme de cette règle il s'agit. En 663, il est ordonné prêtre par l'évêque des Saxons de l'Ouest Agilbert, un de ses protecteurs.
Durant cette période, le moine Ceolfrith quitte l'abbaye de Gilling, décimée par une épidémie de peste, pour entrer à Ripon. Bède n'aborde quasiment pas ses relations avec Wilfrid, mais c'est lui qui ordonne prêtre Ceolfrith et c'est également lui qui l'autorise à se rendre à Wearmouth-Jarrow, dont Ceolfrith devient par la suite l'abbé.
Whitby (664)
thumb|Les ruines de l'abbaye de Whitby.|alt=photo de ruines imposantes dans une prairie
En 664, le roi Oswiu organise un synode à l'abbaye de Whitby pour trancher la controverse sur le calcul de la date de Pâques. En effet, le clergé autochtone, ou « celtique », utilise une méthode différente pour déterminer le jour de la fête de Pâques du clergé arrivé avec la mission grégorienne. En Northumbrie, c'est traditionnellement la méthode celtique qui est utilisée, mais la reine Eanflæd et le prince Alhfrith suivent le calendrier romain. Par conséquent, une partie de la cour célèbre cette fête alors qu'une autre observe encore le Carême. Outre son désir de mettre un terme à cette disparité, Oswiu semble avoir eu des raisons politiques d'organiser un synode pour trancher la question, au premier rang desquels la crainte de voir l'Église northumbrienne déchirée selon des lignes de fracture qui reflètent en partie l'ancienne division du pays entre la Bernicie au nord, où le clergé favorise la date celtique, et le Deira, où c'est la date romaine qui prédomine. Richard Abels suggère d'autres facteurs possibles : un conflit générationnel entre le roi et son fils Alhfrith, la mort de l'archevêque Deusdedit de Cantorbéry, et le déclin de l'influence politique de la Northumbrie sur les autres royaumes anglo-saxons au profit de la Mercie.
Wilfrid assiste au concile parmi le groupe des partisans de la méthode romaine, aux côtés d'Agilbert, Alhfrith et Jacques le Diacre. Dans le camp adverse se trouvent le roi Oswiu, l'abbesse Hilda de Whitby et les évêques Cedd et Colman. Wilfrid est choisi comme porte-parole par son camp et sert également d'interprète à Agilbert. D'après le récit qu'en fait Bède, le discours de Wilfrid joue un rôle crucial dans la victoire du parti romain, en assimilant le calcul celtique de la date de Pâques à un péché. Les membres du clergé qui refusent la décision du synode quittent la Northumbrie pour l'Irlande ou Iona, où le calendrier celtique continue à être suivi pendant plusieurs décennies.
Évêque des Northumbriens (664-678)
Après le concile de Whitby, le retrait des partisans du calcul celtique et l'impact du discours de Wilfrid font de lui le membre le plus en vue du clergé northumbrien. Il est élu évêque dans l'année qui suit le concile. D'après la , il est nommé évêque par Oswiu et Alhfrith avec le statut de métropolitain et son siège se trouve à York, mais la ville ne devient métropole qu'en 735. En revanche, d'après Bède, Wilfrid est nommé par le seul Alhfrith, tandis qu'Oswiu propose ensuite un autre candidat. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer cette contradiction entre les deux sources.
Considérant qu'il ne se trouve aucun évêque en Grande-Bretagne qui représente la succession apostolique depuis la mort de l'archevêque Deusdedit, Wilfrid se rend à Compiègne pour être sacré par Agilbert, qui est entre-temps devenu évêque de Paris. Durant ce nouveau séjour sur le continent, Wilfrid découvre des cérémonies bien plus élaborées que celles pratiquées en Angleterre : il est notamment transporté sur un trône porté par neuf évêques au cours de son sacre. Il s'attarde en Francie pour des raisons mal élucidées. Eric John et Richard Abels proposent de situer la rébellion d'Alhfrith contre son père Oswiu durant cette période : le roi aurait empêché le retour de Wilfrid, le soupçonnant d'être en ligue avec ses adversaires.
Durant son voyage de retour, le navire de Wilfrid s'échoue sur le littoral du Sussex, dont les habitants sont encore païens. Les naufragés sont attaqués par les autochtones, mais ils parviennent à tuer leur prêtre avant de remettre à flot leur embarcation pour reprendre la mer. Il est possible que Wilfrid ait ensuite fait escale dans le Kent pour participer aux négociations entourant la nomination de Wighard comme archevêque de Cantorbéry. De retour en Northumbrie, il découvre Chad, le frère de Cedd, installé comme évêque à sa place. Privé de son siège épiscopal, Wilfrid passe le plus clair des années 665-668 dans son monastère de Ripon, à exercer ses charges abbatiales. Il lui arrive de servir ponctuellement comme évêque en Mercie ou dans le Kent, mais jamais au nord du Humber. C'est peut-être durant cette période qu'il fonde plusieurs monastères en Mercie sur des terres cédées par le roi Wulfhere.