La toponymie de Montpellier a fait l'objet de nombreuses recherches et travaux, et la question de l'étymologie de la ville n'est pas encore complètement résolueJacques Bres, Philippe Martel (Dir.). Les noms de Montpellier. Presses universitaires de la Méditerranée, 256 p., 2001, Le fil du discours, 2-84269-430-9. ⟨hal-03274736⟩.
La première mention connue du nom de Montpellier figure dans un document conservé aux archives municipales de cette ville. Il s’agit de l'acte de donation, daté de 985, d'un mont situé entre Lez et Mosson, par le comte et la comtesse de Mauguio, à . À cette date, quelques mas de cultivateurs sommairement implantés y formaient déjà une manse. Le nom du mont y apparaît sous la forme latinisée de Monte pestellarioErnest Nègre, Toponymie Générale de la France, Droz, Genève, , 1991, , ... On en relève par la suite d'autres attestations, sous les formes latinisées ou romanes : Montempestellarium vers 1076, Montpestlier, de Montepessulano en 1090, de Montepislerio au , Montpestler en 1103, etc. ; la première apparition de la graphie actuelle Montpellier date de 1370 environ. On ne mentionnera que pour mémoire certaines formes latinisées fantaisistes telles que Mons Pistillarius « mont des épices », ou encore Mons Puellarum « mont des pucelles »., qui n'apportent rien d'un point de vue historique.
Le premier spécialiste à avoir proposé une interprétation plausible du toponyme de la ville est Hermann Gröhler, qui y a vu l'appellatif mont suivi d'un adjectif qualificatif en -ier, latinisé dans les textes en -arius ou -arium. Les divergences de vues entre les nombreux spécialistes qui se sont penchés sur la question reposent sur l'analyse de ce second terme.
Hermann Gröhler lui-même y voit le produit du latin °pestellum, variante phonétique non attestée et simplement postulée du mot pastellum « guède, pastel » (Isatis tinctoria)Hermann Gröhler, Über Ursprung und Bedeutung der französischen Ortsnamen, Calr Winter's Universitätsbuchhandlung, Heidelberg, 2. Teil (Romanische, germanische Namen. Der Niederschlag der Lehnverfassung. Der Einfluss des Christentums. Namen verschiedenen Ursprungs), 1933.. Selon cette analyse, le mons pestellarius serait donc « le mont où pousse le pastel ». Cette interprétation sera par la suite adoptée par Albert Dauzat et Charles Rostaing, qui la préfèrent à la suivanteAlbert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Larousse, Paris, 1963, p. 468a..
Auguste Vincent l'identifie à l'ancien français pestiel, pestel « pilon », et y voit donc une métaphore d'après la forme, « le mont en forme de pilon »Auguste Vincent, Toponymie de la France, Bruxelles, 1937, p. 196a, .. Cette vision des choses n'est pas vraiment confirmée par la topographie des lieux.
Charles Camproux a une tout autre approche en 1974, et voit dans l'élément -pellier un dérivé gallo-romain en -arius > -ier d'une racine pré-indo-européenne °pel- « colline »Charles Camproux, « Histoire d'un toponyme : Montpellier », dans Mélanges Charles Rostaing, 1974, .. Cette interprétation se fait en contradiction avec les formes les plus anciennes du nom, qui sont toutes en pest(e)l- et non en °pel(l)-. Malgré tout, Charles Rostaing, confrère et disciple d'Albert Dauzat, adopte ce nouveau point de vue dans le Supplément qu'il a apporté au Dictionnaire de ce dernierAlbert Dauzat et Charles Rostaing, op. cit., réédition Guénégaud, s.d. (vers 1979), Supplément de Charles Rostaing, p. XV.. Cette analyse est également reprise en quelques mots par Bénédicte et Jean-Jacques Fénié en 1997., qui l'abandonnent pour adopter l’explication de Dauzat et Rostaing en 2002..
La dernière tentative d'explication est celle d'Ernest Nègre, qui identifie comme Auguste Vincent le radical au mot pestel, mais avec le sens que ce terme a eu en ancien occitan, à savoir « loquet, verrou », ou encore à celui de verbe pestelar « verrouiller ». Il propose alors le sens global de « mont qui peut être fermé au verrou » (où il faut sans doute comprendre « forteresse sur un mont »). Mais peut-être, dans cette optique, peut-on simplement considérer le sens de « mont-verrou », « mont qui verrouille », comme c'est le cas pour Montfermeil (Seine-Saint-Denis), le fermeil ou fermail étant le « fermoir », c'est-à-dire le château ou la forteresse qui verrouille un domaineAlbert Dauzat et Charles Rostaing, op. cit., p. 467b.. Avec un sens similaire, on peut également citer Montgradail (Aude), dont le nom est formé sur garde « forteresse ».
Le nom occitan de la ville est Montpelhièr, mais elle est localement surnommée Clapas ou Lo Clapàs, « l'amoncellement rocheux », qui est également à l'origine du nom de la commune voisine de Clapiers. C'est pourquoi les Montpelliérains sont parfois appelés Clapassiencs ou Clapassièrs. À noter que ce surnom est à l'origine du nom du chaos de Montpellier-le-Vieux, dont le nom occitan est lo Clapàs Vièlh (littéralement, le vieil amoncellement rocheux, ce qui correspond à l'aspect du lieu).
Dans son récent article, Christine Marichy (docteure ès Sciences du Langage spécialisée en microtoponymie), article intitulé "la monte pestelario", publié dans la Nouvelle Revue d'onomastique n° 68 de septembre 2026 par la Société française d'onomastique, suggère une réinterprétation de la composition morphologique de cette attestation de 985. En s'appuyant sur des relevés diachroniques et une analyse toponymique approfondie, son étude dégage "l'étymologie véritable" du nom de la ville de Montpellier, qui ne découle pas d'une forme suffixée en -ariu, comme l'ont cherché tous ses prédécesseurs. En rectifiant la structure morphologique de pestelario, la chercheuse écarte le flou des hypothèses traditionnelles, au profit d'une évolution phonétique rigoureuse. Ses recherches dans le Liber instrumentorum memorialium (recensant les biens des Guilhem, seigneurs de Montpellier, rédigé au début du XIIIème siècle) lui permettent de relever l'occurrence "in parrochia Sct Ylarii de centrairanicis", dont l'église est localisée au sud du monticule encore nommé "puech Saint-Hilaire" au XVIIIème siècle. La structure morphologique de monte pestelario est donc la suivante : monte + pe/i + (sct >) st + Ylario, évoluant en "montpestilario/montpestelario" puis "montpeylier" (l'évolution de la terminaison de Ylario étant alignée sur celle du suffixe) et enfin Montpellier, signifiant "mont (près du) puech Saint-Hilaire".
Références
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