, né le à Paris et mort le à Foggia, est roi de Sicile ou de Naples (1266-1285), roi d'Albanie (1272-1285), roi titulaire de Jérusalem (1277-1285), prince d'Achaïe ou de Morée (1278-1285), comte d'Anjou, du Maine et de Provence et de Forcalquier (1246-1285).
Dernier fils du roi et frère cadet du roi , il reçoit le comté de Provence par mariage, et les comtés d'Anjou et du Maine par apanage. Allié à la papauté, il s'empare du royaume de Sicile en 1266 en éliminant les derniers représentants de la maison de Hohenstaufen. Il étend son pouvoir dans les Balkans, en Albanie et en Achaïe, et devient également roi titulaire de Jérusalem en 1277. Tandis qu'il prépare une croisade contre l'Empire byzantin, la colère suscitée par la présence française déclenche les Vêpres siciliennes en 1282. Charles est chassé de la Sicile par une coalition des Siciliens avec , mais parvient à se maintenir dans la partie continentale du royaume. Il accompagne son frère à la croisade à deux reprises, lors de la septième croisade, en 1248, et de la huitième croisade, en 1270. Premier roi de Naples de la dynastie angevine, il est le créateur d'un éphémère empire méditerranéen.
Biographie Premières années Dernier des douze enfants de et de Blanche de Castille, Charles naît posthume à la fin du mois de Charles Cawley, A prosopography, Medieval Lands, (lire en ligne) https://fmg.ac/Projects/MedLands/CAPET.htm#LouisVIIIdied1226B . Le prénom de Charles, inhabituel chez les Capétiens, met en avant son ascendance carolingienne. Charles est d'abord destiné à une carrière ecclésiastique, selon la volonté de son père. En 1232, la mort sans descendance de ses frères Jean et Philippe Dagobert, font de lui l'héritier de vastes domaines dans le centre de la France.
En 1237, à dix ans, Charles est à la cour de son frère, Robert d'Artois. À treize ans, il possède une petite cour, un cheval pour la chasse, des serviteurs, un professeur et un prêtre. Il est formé à l'atmosphère de la cour de France, au milieu des tournois, de la poésie courtoise et des chansons. Contrairement à son frère aîné, , il n'est pas imprégné des sollicitations religieuses de ses premières années.. Il se passionne plutôt pour la poésie, la médecine et le droit. En 1242, Charles participe à sa première entreprise militaire : il accompagne son frère au cours de la guerre de Saintonge contre Hugues de Lusignan.
Comte de Provence, d'Anjou et du Maine vignette|Portrait de Charles d'Anjou par Henri de Caisne. Le , Charles épouse la comtesse Béatrice de Provence, fille du comte et de Béatrice de Savoie. Par ce mariage, Charles devient comte de Provence et de Forcalquier et s'attire l'hostilité de la couronne d'Aragon.. Bien que le comté fasse partie du royaume d'Arles, possession du Saint-Empire, Charles ne prête pas serment de fidélité à l'empereur.
En , Charles est élevé au rang de chevalier à Melun. Son frère le nomme trois mois plus tard comte d'Anjou et du Maine, créant de ce fait la seconde dynastie angevine. Charles se déplace très rarement dans ces deux comtés et met à leur tête des baillis pour les administrer.
Dès le début de son gouvernement, Charles doit faire face à un important parti anti-français. Les grandes villes, comme Arles, Avignon et Marseille, en plein essor économique, sont quasiment indépendantes, et cherchent à conserver leur autonomie. De son côté, Charles vise à renforcer l'administration. Son action est interrompue par la croisade de 1248.
Participation à la septième croisade vignette|gauche|Départ pour la septième croisade. Miniature du . BnF Fr. 22495. vignette|La bataille de Mansourah lors de la septième croisade (1250). Charles, et Alphonse de Poitiers sont faits prisonniers. Charles accepte l'invitation de son frère à la septième croisade, malgré la situation explosive du comté de Provence. Il embarque avec Louis et Robert d'Artois à Aigues-Mortes le , et débarque le à Chypre, où Béatrice donne naissance à un fils qui meurt peu après. En Égypte, Charles combat avec vaillance mais est fait prisonnier le à la bataille de Mansourah avec le reste des croisés. Il est libéré un mois plus tard moyennant le paiement d'une forte rançon. Affaibli par le paludisme, et inquiet des désordres qui ont lieu dans son comté, Charles propose de ramener l'armée en France. reste finalement en Terre Sainte mais autorise ses deux frères à retourner en France.
Retour dans le comté de Provence vignette|Statue de Charles d'Anjou, à Hyères. Charles débarque en Provence en . Il soumet Arles, puis Avignon, et assiège la ville de Marseille en . Charles obtient la soumission du chef de la rébellion, Barral des Baux, puis de la ville de Marseille en . Charles abolit les taxes locales, encourage la construction navale et le commerce des céréales. Il ordonne l'émission de nouvelles pièces de monnaie, appelées provençaux, pour promouvoir l'utilisation de la monnaie locale dans les petites transactions. Il instaure dans son comté le monopole du sel, aussi appelé « gabelle ». À la fin des années 1250, le commerce du sel constitue près de 50% des revenus du comté.
En Italie, le pape cherche à détacher la Sicile des ambitions de l'empereur . En 1252, un légat pontifical est envoyé en Angleterre auprès de Richard de Cornouailles afin de lui proposer la couronne de Sicile. Richard demande certaines garanties, et fait trainer les négociations jusqu'au printemps 1253. Le légat se tourne finalement vers Charles qui semble plus favorable. Cependant les négociations échouent, en raison des troubles en Provence, de la situation financière du prince angevin, et des succès de Conrad dans le sud de l'Italie.
Dans le même temps, Charles participe à la guerre de Succession de Flandre et du Hainaut en s'alliant avec Marguerite de Flandre et Guillaume de Dampierre, contre Guillaume de Hollande et Jean d'Avesnes. La lutte prend fin en . L'arbitrage de , au retour de Terre Sainte, oblige Charles à renoncer au comté de Hainaut.
Charles retourne en Provence, où il améliore sa position. En 1254, Béatrice donne naissance à un deuxième fils, le futur . En 1257, Charles renforce ses liens avec la ville de Marseille et rachète aux héritiers du prince Guillaume des Baux leurs droits sur la vice-royauté d'Arles. Il soumet le comté de Vintimille l'année suivante et étend sa domination à l'est du comté. En 1259, il s'ingère dans les affaires italiennes, et s'empare de plusieurs villes d'Italie, où il installe des garnisons françaises. Il voit ses ambitions arrêtées à l'est par le marquis de Gênes, un allié de Manfred, et par le marquis de Montferrat. Une nouvelle révolte éclate en Provence en 1262, dirigée par Boniface de Castellane. La révolte est soutenue en Aragon par et , qui a épousé la fille de Manfred. Un accord est signé avec le marquis de Gênes à Aix-en-Provence en , par lequel Charles cède les villes de Vintimille, Roquebrune et Monaco.
Conquête du royaume de Sicile En Italie, le nouveau pape veut chasser définitivement la maison de Hohenstaufen. En 1262, le pontife propose la couronne de Sicile à Charles d'Anjou. Il persuade le roi de France que ce royaume sera un instrument précieux en vue de la prochaine croisade que le monarque cherche à promouvoir. Toutefois, Charles souhaite d'abord consolider son autorité en Provence. C'est chose faite en , avec la reconquête de Castellane, grâce à la médiation de Jacques d'Aragon. Enfin, selon un nouvel accord, la ville de Marseille doit abattre ses fortifications et mettre sa garnison à la disposition du prince angevin.
En , le pape envoie l'archevêque de Cosenza en France et en Angleterre pour obtenir, si nécessaire avec de l'argent, le consentement des rois. En Angleterre, , en lutte avec les barons, renonce aux revendications de son fils Edmond de Lancastre. En France, la reine Marguerite de Provence oblige son fils, le futur , à ne pas former d'alliance avec son oncle. autorise finalement le pape à entamer des négociations avec son frère. a décidé de ne pas sous-estimer l'expansion de Charles d'Anjou, et cherche à lui donner des conditions strictes. Le prince ne doit pas influencer les affaires ecclésiastiques dans le royaume. Enfin, l'union de la Sicile à l'Empire est formellement interdite.
Dans la ville de Rome, dans le cadre de la lutte entre guelfes et gibelins, un soulèvement populaire expulse la noblesse gibeline, et Charles d'Anjou est élu sénateur à perpétuité. Cette élection est l'œuvre personnelle du cardinal Riccardo Annibaldi, un homme entièrement dévoué au prince angevin ; .. Le pape, surpris par la nouvelle, décide de ne pas s'opposer à l'élection. meurt en et Charles met à profit ce retard pour s'assurer un passage en Italie du Nord. Au début de l'année 1265, il reçoit le soutien de plusieurs villes du nord de l'Italie. En , l'élection du pape renforce la position de Charles d'Anjou.
Afin de secourir rapidement le parti angevin à Rome, Charles embarque avec quarante navires et le . Il débarque sans encombre à Ostie le , malgré une tentative de blocus par les forces de Manfred. Le comte de Provence est reçu avec les honneurs à Saint-Paul-hors-les-Murs, et est accompagné jusqu'au palais de Saint-Pierre. L'armée de Charles traverse les Alpes sans grande difficulté en , et fait sa jonction avec le prince à Rome.
vignette|Le couronnement de Charles d'Anjou à Rome. vignette|La bataille de Bénévent (1266). Charles est couronné roi de Sicile à Rome, au palais du Latran, le . Il met aussitôt son armée en marche afin de s'emparer de son nouveau royaume. Manfred abandonne la ville de Capoue afin de se retirer en Apulie, mais sa retraite est coupée par les forces angevines près de la ville de Bénévent. Au cours de la bataille de Bénévent, le , l'armée allemande est vaincue après une bataille disputée, et Manfred trouve la mort.
Charles fait une entrée triomphale dans Naples avec sa femme Béatrice. Le comte Philippe II de Montfort est envoyé en Sicile pour prendre le contrôle de l'île. Charles se charge de rétablir l'ordre dans son royaume et de distribuer des emplois à ses chevaliers. Il augmente les charges publiques, donne à des seigneurs français les fiefs confisqués au seigneur du pays, et s'attire le mécontentement de ses sujets. La reine Béatrice de Provence meurt à Nocera en 1267. En , Charles expulse le parti gibelin de Florence, obtient du pape le titre de vicaire général en Toscane, et fait son entrée dans la ville. Dans le nord de l'Italie, des députés gibelins font appel à un prince de seize ans, Conradin, le neveu de Manfred.
vignette|La bataille de Tagliacozzo (1268).Miniature tirée des Grandes Chroniques de France, . Le jeune Conradin quitte la Bavière en . L'année suivante, il se rend à Pavie accompagné de d'armes, puis traverse la Lombardie et la Toscane sans rencontrer de résistance. Au même moment, une révolte éclate dans le royaume de Sicile. Charles part combattre la rébellion et effectue le siège de Lucera en Apulie. Malgré l'excommunication du pape, Conradin entre à Rome en triomphateur. Le jeune prince quitte aussitôt la ville à la tête de d'armes afin de rencontrer Charles d'Anjou. Le , au cours de la bataille de Tagliacozzo, une charge de la réserve angevine provoque la déroute de l'armée allemande, et Conradin prend la fuite en direction de la Sicile.
vignette|L'exécution de Conradin, dernier représentant de la maison de Hohenstaufen.