L'assassinat de Dominique Bernard, aussi appelé attentat d'Arras, est un attentat terroriste perpétré par un islamiste d'origine ingouche le vendredi au sein du groupe scolaire Gambetta-Carnot (qui regroupe lycée et collège d'enseignement secondaire) à Arras, chef-lieu du département du Pas-de-Calais, au sein de la région Hauts-de-France.

Dominique Bernard, professeur agrégé de lettres modernes de , est mortellement blessé à la gorge et au thorax par l'assaillant en tentant de protéger ses élèves... Trois autres membres du personnel de l'établissement sont blessés par l'assaillant : un professeur d'EPS touché au visage et un agent de sécurité atteint de plusieurs coups de couteau sont grièvement blessés ; un agent d'entretien est blessé légèrement à la joue.. L'attaque est en partie filmée.

Revendiquant son acte au nom de l'État islamique (ou Daech), Mohammed Mogouchkov, âgé de , est mis en examen pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste, tandis que son frère cadet, âgé de , est poursuivi pour association de malfaiteurs terroriste. Ils sont placés en détention provisoire dans l'attente de leur procès.. Leur grand frère avait déjà été condamné pour un projet terroriste.

Selon le témoignage de Martin-Roch Doussau, professeur de philosophie au lycée Gambetta, le terroriste cherchait , ce qui rappelle l'assassinat de Samuel Paty : trois ans auparavant à trois jours près, ce professeur d'histoire-géographie avait été assassiné puis décapité au couteau par un autre jeune adulte d'origine nakh..

Mogouchkov a ciblé le professeur en raison de sa haine des valeurs républicaines, notamment la laïcité, la liberté d'expression, le droit à l'avortement et les droits des personnes homosexuelles. Lors de ses auditions, il a expliqué aux juges d'instruction qu'il théorisait sa haine de « Marianne ». Cet acte s'inscrit dans une volonté de s'attaquer à l'institution scolaire, perçue comme un vecteur de valeurs contraires à son idéologie radicale.

Déroulement Peu de temps avant son passage à l'acte, Mohammed Mogouchkov réalise un enregistrement sonore dans lequel il prête allégeance au calife de l'État islamique, Abou Hafs al-Hachemi al-Qourachi et déclare sa haine de la France, des Français, de la démocratie et de l'Éducation nationale.. Le , une retranscription partielle de l'enregistrement sonore est rendue publique par Le Monde : .. Il précisera plus tard : « Dominique Bernard était prof de français. C’est l’une des matières où l’on transmet la passion, l’amour de la République, de la démocratie, des droits de l’homme, des droits français et mécréants. »Délinquance, psychopathie, fanatisme : ce que l’assassin de Samuel Paty partageait avec d’autres terroristes, theconversation.com, 20 décembre 2024.

Vers , Mohammed Mogouchkov arrive à pied à proximité du lycée armé de deux couteaux.. Devant l'entrée de l'établissement, il agresse Dominique Bernard à l'arme blanche et le poignarde mortellement à la gorge et au thorax.. L'enseignant d'EPS David Verhaeghe se dirige alors vers son collègue pour lui venir en aide mais est poignardé à son tour par Mohammed Mogouchkov, qui le blesse à la gorge et au visage.. L'assistant d'éducation Benjamin Laribi s'interpose entre les deux hommes, permettant à David Verhaeghe de se précipiter dans la cour de l'établissement et d'y donner l'alerte : .... Par la suite, l'alarme intrusion retentit dans l'établissement. Les élèves et professeurs sont confinés. Dans la cour de l'établissement, quelques hommes tentent de freiner Mohammed Mogouchkov avec les moyens du bord. Christian Berroyer, agent polyvalent d'entretien, se saisit d'une chaise avec laquelle il essaye de le repousser mais tombe par terre et est légèrement blessé.. Son collègue Jacques Davoli, employé de la région et responsable des agents de l'établissement, prend le relais mais tombe à son tour au sol et est alors lardé de coups de couteau dans le thorax par Mohammed Mogouchkov... C'est cette partie de l'attaque qui fait l'objet de vidéos prises par des élèves du lycée.. Il s'agit du premier attentat commis au nom de l'État islamique en Europe depuis près de trois ans. Le dernier en date, celui de Lugano, était également une attaque au couteau..

vignette|gauche|Plaque du square Dominique-Bernard (), anciennement square Jules-Ferry, renommé en son hommage.

Alerté par téléphone, le service de police urbaine d'Arras envoie un équipage qui est présent sur les lieux et les policiers procèdent à l'interpellation de Mohammed Mogouchkov à en utilisant leur pistolet à impulsion électrique à deux reprises...

Tandis que des rumeurs sur d'autres attaques se propagent et sèment encore plus de panique, le frère cadet de Mohammed Mogouchkov est interpellé à près du lycée Savary. Il est à bicyclette et n'est porteur d'aucune arme. À , une unité d'assaut pénètre dans l'appartement de l'assaillant, situé voie Châteaubriand.

À , un homme ayant tenté de forcer l'entrée du lycée Robespierre avec deux valises à roulettes, un sac à dos et une sacoche est interpelé... Ses bagages sont détruits à l'explosif par les démineurs. Il sera finalement mis hors de cause et relâché.

À , le bilan est de quatre victimes directes : un mort, un blessé grave, deux blessés légers et soixante dix-neuf personnes victimes d'un choc psychologique. À la suite de l'attaque, une cellule psychologique a été ouverte pour les élèves. Tous les établissements alentour ont également été confinés..

Victimes

Né en 1966, Dominique Bernard est agrégé de lettres modernes. (hors classe depuis 1999) et enseignant de français au collège. Il a poursuivi ses études supérieures de lettres modernes au sein de l'université Lille-III et a réussi le concours de professeur agrégé en 1990.

En 2012, il est professeur principal d'une classe de au sein du collège faisant partie du groupe scolaire Gambetta-Carnot à Arras. Il est le cofondateur de l'université populaire d'Arras, aujourd'hui fermée, où il anime des conférences de littérature, de philosophie, de cinéma et de musique. Il est le père de trois filles et son épouse est professeure d'anglais.. Il est, par sa mère, un neveu du journaliste Henri Tincq.. À titre posthume, il est devenu par décret du président de la République daté du , au vu de ses de service et de son assassinat, chevalier de la Légion d'honneur.

Trois autres personnes sont blessées par l'assaillant : le professeur d'EPS David Verhaeghe, au niveau du visage, est pris en charge par le SAMU en situation d'urgence et opéré à Arras. Le chef des équipes d'entretien du lycée, Jacques Davoli, a un et souffre d'. Il est pris en charge dans une situation d', avec un pronostic vital engagé, et est transféré de l'hôpital d'Arras au service de réanimation du CHU de Lille, qu'il quitte le .. La troisième victime est un agent d'entretien blessé légèrement à la joue..

Accusés

L'auteur des faits s'appelle Mohammed Mogouchkov (en ), de citoyenneté russe.. Né en 2003 à Malgobek, il est arrivé en France avec sa famille ingoucheAttentat d’Arras : Mogouchkov est un “Russe” entre guillemets, selon la presse de Moscou, courrierinternational.com, 23 octobre 2023 en .. D'après son ancien professeur d'EPS, Fabien Dufay, Mohammed était un élève réservé et calme..

Une famille menacée d'expulsion Le , à , la famille Mogouchkov, déboutée du droit d'asile, est arrêtée par la police aux frontières dans un foyer de La Guerche-de-Bretagne (où elle était assignée à résidence depuis .) avant d'être emmenée à l'aéroport de Rennes pour y être expulsée vers Moscou, via Paris. À Paris, les parents de Mohammed Mogouchkov refusent de monter dans le vol pour Moscou et la famille est donc placée dans un centre de rétention administrative au Mesnil-Amelot. Vers , la procédure de rétention administrative est annulée par le cabinet de Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, après que le Parti communiste français, le Mrap, la Cimade, RESF 35, le collectif de soutien aux personnes sans-papiers et d'autres associations se sont mobilisés en faveur de la famille Mogouchkov.... La procédure d'expulsion est abandonnée dans la foulée.. En 2018, le père, Iakub Mogouchkov, est finalement expulsé, seul, selon Le Parisien.. Il vit en Géorgie lors de l'attentat, puis est expulsé en Arménie.. Interrogé par BFM TV, il dit condamner l'assassinat mais juge « la politique française contre l’islam » comme une « cause essentielle » de l'attentatAttentat d'Arras: le père de l'assaillant condamne l'acte de son fils et se dit à la disposition de la justice sur bfmtv.com, le 27 octobre 2023.

La mère et la sœur de l'assaillant dénoncent l'assassinat et décrivent Mohammed Mogouchkov comme un « monstre » exerçant des violences physiques et psychologiques au sein de sa famille. La mère estime le père responsable de l'endoctrinement de ses fils, tandis que celui-ci gardait une forte influence sur eux malgré son expulsion du territoire français en 2018.. Depuis cette date, les garçons se sont retrouvés en « situation de surpuissance » selon un travailleur social qui suit la famille. Movsar et Mohammed violentent leur mère à chaque écart, quittent leur club de boxe et s'isolent socialement..

Un frère cadet accusé de complicité Le frère cadet de l'assassin est mis en examen et placé en détention provisoire pour , soupçonné d'avoir eu connaissance du projet de son grand frère et de lui avoir appris à manier son couteau quelques semaines avant les faits. Également proche des idées djihadistes, il consulte par ailleurs fréquemment des vidéos de massacres de Daech. Âgé de seize ans en 2023, il est mineur et son prénom ne peut donc pas être révélé. S'il reconnaît en partie ces accusations, il dément avoir eu une connaissance précise du projet. Il contacte par ailleurs son cousin pour lui faire part d'un projet violent de son frère, et celui-ci sera à son tour mis en examen pour .. Lors de son expertise psychiatrique, il exprime son rejet des valeurs françaises, notamment la laïcité, l'égalité des sexes (serrer la main à une femme ) ou encore le vivre ensemble (). Il dénonce toutefois les actes de son frère ainsi que les autres attentats ayant eu lieu en France. Ayant , il décrit une vie familiale précaire, rythmée par la pauvreté, les menaces d'expulsion et nombreux changements de domicile. L'experte psychiatre décrit un garçon qui fait preuve d'une , et qui souhaite par ailleurs rentrer dans son pays d'origine dès que possible...

Le 16 avril 2026, il est libéré et placé sous contrôle judiciaire dans l'attente du procès, sur décision des juges d'instruction et contre l'avis du parquet. Il est cependant immédiatement arrêté et placé en centre de rétention administrative en vue de son expulsion du territoire français, sans attendre la tenue du procès. La Cour d'appel de Paris suspend l'expulsion jusqu'à la tenue du procèsLe frère du terroriste d'Arras en voie d'expulsion vers la Russie, sans avoir été jugé sur rtl.fr, le 24 avril 2026"J'y comprends rien du tout" : libéré, le petit frère du terroriste d'Arras a été arrêté à nouveau et est en voie d'expulsion vers la Russie avant son procès sur rtl.fr, le 11 mai 2026Attentat d’Arras : la justice empêche l’expulsion de Souleiman Mogouchkov vers la Russie sur horizonactu.fr, le 23 juin 2026. Le 23 juin, le parquet requiert un procès pour « participation à une association de malfaiteurs à caractère terroriste » mais abandonne la complicité d'assassinatAssassinat de Dominique Bernard : procès requis contre l’assaillant Mohammed Mogouchkov, son frère cadet et son cousin sur Le Monde, le 29 juin 2026.

Un frère aîné condamné pour terrorisme