Le lycée climatique René-Billères d'Argelès-Gazost, situé non loin du parc thermal de la ville, est une cité scolaire des Hautes-Pyrénées qui accueille des élèves de la sixième à la terminale.

Cet établissement est aussi un des 139 monuments historiques de cette région depuis l’arrêté du . Les œuvres d'art qu'on y trouve, au titre du mécénat d'État, sont caractéristiques des courants artistiques qui traversent la France du milieu du .

Création Dans une France d’après-guerre qui se reconstruit et bâtit l’avenir, cet établissement dont la construction fut envisagée en ; elle a été officialisée en 1949. C'est le fruit de la volonté du maire de la commune, Marcel LemettreElu et réélu depuis mars 1947, il décédera dans l'exercice de son troisième mandat, le 2 février 1961., soucieux de revitaliser un territoire de moyenne montagne en proie à l’exode rural. Il sait compter sur l’appui de René Billères, député de la première circonscription des Hautes-Pyrénées depuis 1946, président la Commission de l'Éducation nationale de 1948 à 1954 puis ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports de la IVe République.

Au-delà de considérations sociales, politiques et économiques, M. Lemettre, souhaite que l’établissement soit « climatique », vues la tradition thermale du lieu et la vogue de l’héliothermisme sanitaire ; il aura donc un internat ouvert toute l’annéeIl n'y en a que trois alors en France.. En effet, cet établissement « climatique n’est pas uniquement réservé à des enfants chétifs ou momentanément déficients. Il est ouvert à tous les élèves désirant poursuivre leurs études jusqu’au baccalauréat » comme le rappellera René Billères lors de sa visite de l’établissement, en C'est rappelé dans l'article de Georges Parry« Grand air, Sport, Détente, Le lycée d'Argelès-Gazost » dans L'Éducation Nationale, revue hebdomadaire d'information pédagogique, n°787 en date du 21 avril 1966, pp.12-14.

Le chantier débute en sur huit hectares de terrains agricoles. Ce « lycée de Plein-Air » comme on l'appelle alors, sis aux abords du parc thermal de la ville, est inauguré en 1955 quoiqu’encore inachevé ; il deviendra une cité scolaire en 2005. Il aurait dû porter le nom du maréchal Foch ou celui de Pierre de Coubertin mais il ne fut jamais baptisé. C'est pour cela, que depuis son cinquantenaire, lui qui est situé avenue Marcel-Lemettre, porte le nom de René Billères, hommage conjoint aux hommes qui ont œuvré à son existence.

Un ensemble architectural entre tradition et modernité

La construction de l’établissement qui a contribué à répandre le « style international » en Bigorre est le fait de l’architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux, André Remondet. Il est ouvert aux idées du Bauhaus, comme tous ceux de sa génération, comme à celles du Corbusier, comme tous ceux de son temps. Il témoigne d’un esprit résolument novateur et optimiste propre à son époque : le projet a été jugé si représentatif de la modernité « à la française » que sa maquette fut présentée dans le pavillon de la France à l'Exposition internationale de Bruxelles en 1958 L'idée de s'inscrire au mieux dans l'espace Ce lycée des champs, aux couleurs vives, qui ouvre sur le paysage d'un cirque glaciaire à 360°, doit pour A. Remondet être un lieu de vie autant que de travail et doit s’intégrer dans le paysage. Aussi utilise-t-il des volumes plutôt que des masses, mettant en valeur la régularité plus que la symétrie et emploiera-t-il les matériaux universels du moment (c'est même le seul bâtiment de ce type au sein des Sept Vallées) mais d’autres plus traditionnels et régionaux comme la pierre de Batsurguère pour le soubassement et les pignons ou l’ardoise pour des sols extérieurs et les marches de certains bâtiments.

La dispersion des bâtiments, homogènes en termes de volume, spécialisés par fonction (enseignement, administration, internat, etc.) est un trait de modernité qui n’oublie pas que nous sommes dans une région de séismes - d'où les contreforts extérieurs - qui connaît des hivers neigeux, ce qui explique des toits pas vraiment plats, des conduites et des câblages accessibles en souterrain, un chauffage par le sol,… De même, chaque unité de l’ensemble est une sorte de cocon, où tout s’organise autour d’un jeu de piliers, et donc offre des volumes intérieurs transformables à souhait.

À l’entrée, sont installés les bâtiments administratifs et les logements de fonction, auxquels font écho des internats (vert pour les garçons, bleu et rouge pour les filles) orientés d’est en ouest pour que l’on puisse profiter des levants comme des couchants. Leurs soixante fenêtres en façade, par étage, moins larges que hautes, témoignent de l’envie de faire entrer largement la lumière mais aussi de lutter contre les rigueurs de l’hiver. Le soleil et la lumière servent de fil rouge tant dans la conception des bâtiments que dans l’agencement du site.

L'envie de répondre à des besoins comme à des désirs L’externat (de couleur jaune), largement pourvu d’ouvertures, où se trouvent les salles de cours, est orienté plein sud pour une luminosité maximale. Un jeux d’ouvertures intérieures permet au soleil - et non à la chaleur - d’entrer jusque dans les couloirs et à l’air de circuler. Ce système d’éclairage et de ventilation naturels sont moins tangibles aujourd’hui, les normes de sécurité changeant et les rénovations successives nuisant à ces conceptions premières.vignette|240x240px|Les éléments du mobilier originel conservés dans la partie qui a constitué la première tranche des travaux de l'établissement (1952).|gaucheDans les salles de classe, qui combinent espace et lumière elles aussi, l’architecte a dessiné lui-même jusqu’au moindre détail (poignées de porte, commutateurs ou prises électriques,…). Il les a fait équiper de cloisons-placards à rideaux en lamelles de bois signées par la designer française Charlotte Perriand qui cherchait à rendre la modernité accessible au plus grand nombre.vignette|240x240px|Le mobilier de l'ancien foyer des lycéennes devenu salle de professeurs. Rien n’étant laissé au hasard, « le foyer des grandes filles » - les lycéennes d'alors - était équipé d’un mobilier contemporain original : des chaises métalliques moulées et les tables dessinées par l’architecte et designer américaine Florence Knoll côtoyaient un « meuble-cloison » signé… Charlotte Perriand dont il ne reste plus hélas, aujourd’hui, que la partie basse.

Des innovations très inspirées Parce qu'il a effectué de fréquents séjours aux États-Unis, A. Remondet a conçu un établissement qui rappelle les campus d'outre-Atlantique, idée novatrice pour l’époque. Il imagine donc un établissement sis au cœur d’un parc arboré, pensé comme un arboretum aux essences variées, locales ou exotiques, du moins pour l’époque (cèdres du Liban, palmiers de l'Atlas, arbres de Judée, Lilas des Indes,…). Rappelant l’importance de l’eau en montagne, en écho au parc thermal de la ville, un cours d’eau sillonne cet ensemble végétalisé, classé lui aussi. gauche|vignette|L'externat du lycée vu de son parc.|220x220px vignette|Les bancs en forme de mortier.|240x240px Autre allusion au monde anglo-saxon, devant les façades, on trouve des bancs/tables de béton rappelant le mortarboard qui se porte lors de la cérémonies de remise des diplômes… avant d’être jetés en l’air (hat throwing).

L’innovation pédagogique est aussi au cœur de préoccupations de l'architecte avec ses « cercles de pierres » extérieurs, véritables salles de classe de plein-air, à l’acoustique parfaite... grâce à la réverbération sur les façades des bâtimentsIls sont mis en scène roman graphique Le choix (Editions Steinkis, 2015, p. 17) de Désirée Frappier, ancienne élève de la cité scolaire.. Pour l’anecdote, ces cercles ne sont pas complets, rappelant qu'un heure de cours compte, en réalité, 55 minutes.

centré|vignette|800x800px|Les « cercles de pierre » d'André Remondet où comment faire cours dehors… aussi. vignette|320x320px|Le portique précédé par l'amphithéâtre en plein air. Il propose également deux autres alternatives à la salle de cours traditionnelle : un amphithéâtre extérieur et un portique, baptisé improprement "préau", rappel de l’école péripatéticienne athénienne.

Il est vrai qu'à l'image d'Athènes à la période classique, les salles de cours du lycée sont à quelques enjambées du gymnase, sis à l'intérieur même de l'enceinte de l'établissement. De plus, ce dernier offre, dès sa conception, les équipements favorisant la pratique de tous les sports, individuels et collectifs, notamment extérieurs, chose rare encoreC'est pour cela qu'il fut envisagé un temps de le baptiser « Pierre de Coubertin » et que l'association sportive de l'établissement porte ce nom. ; un fronton de pelote basque y avait même été prévu.

Un lieu d'ouverture à l'art contemporain Chaque construction publique depuis 1951 doit associer la création d’œuvres contemporaines. Il sera, ici, employé pour promouvoir non pas un créateur mais des artistes qui, entre abstraction et figuratif, rendent souvent hommage à la montagne et à la nature. En effet, ce n’est pas une mais dix œuvres d’art que le lycée comptera ; une par bâtiment… ou presqueOn ne trouve plus trace d’un diptyque de mosaïques abstraites baptisé « Poissons & oiseaux » (auteur inconnu), destiné au réfectoire des maîtres d’internat et pourtant prévu dans le projet initial comme le signale André Nogaro (Argelès-Gazost, Construction du Lycée climatique in Lavedan & Pays Toy n°36, SESV, Argelès-Gazost, 2005, p. 135). Il aurait « disparu » lors de travaux antérieurs au classement de l’établissement., ce qui a contribué à son classement aux Monuments Historiques.

La plupart des plasticiens qui travailleront, entre 1954 et 1960, à embellir le site viennent de tous les horizons géographiques et artistiques. Ce sont surtout des « familiers » de l’architecte et sont de la même génération que lui. De même, ils sont, pour l’essentiel, issus de la Nouvelle École de Paris et partagent sa vision d’une d'intégration la plus complète possible des œuvres d'art à l'architecture.

Des décors muraux monumentaux

Le Belge Gustave Singier a composé, pour l’entrée, deux mosaïques murales, en pâte de verre, aux tons assez sombres, mêlant figuratif et non-figuratif qui se font écho l'une l'autre : « Soleil couchant » & « Reflets » [2 x (248 x 561 cm)]. Leur répond, dans des tons plus clairs, sur le mur dit du « préau », un lointain « Horizon de montagne » (2130 x 250 cm), très abîmé aujourd’hui. L'artiste, habitué du mécénat d'État, n’achève qu’en 1960 ce triptyque monumental et jouera à nouveau des tesselles pour le lycée de garçons - aujourd’hui Auguste-Pavie - de Guingamp dont l’architecte n’est autre qu'André Remondet puis pour la Maison de la Radio à Paris en 1964 conçue par Henry Bernard.

L’anglaise Alma Slocombe (1914-2002), épouse de l’architecte, habilla le porche d’entrée de l’externat (1043 x 348 cm) d’un décor de céramiques aux teintes vives de 36 m2 qui, dans la ligné de l'abstraction géométrique, évoque la lumière et l’eau. Une autre œuvre, de même facture et sans doute d'une nature identique, rappelant aussi la faïence des stations du métro parisien. mais de taille plus réduite, dans l’ancien internat des « collégiennes », s'est aujourd’hui faite plus discrète. C’était la première fois que les époux Remondet travaillaient ensemble et ils ne renouvelleront qu'une seule fois cette expérience, en 1987, à Strasbourg, pour… un établissement scolaire.

Des sculptures pour tous les goûts gauche|vignette|La fontaine disparue à son bel âge.