La Commission interaméricaine des femmes ( ; ; ), souvent abrégée en CIM, est une organisation intergouvernementale rattachée à l'Organisation des États américains qui milite pour les droits des femmes dans les Amériques. Elle est créée en 1928 par la sixième conférence panaméricaine et est composée d'une représentante de chaque pays de l'Organisation. En 1938, la CIM devient un organisme permanent ayant pour objectif d'étudier et de résoudre les problèmes des femmes vivant dans les Amériques.

La CIM est la première organisation intergouvernementale conçue spécifiquement pour répondre aux besoins civils et politiques des femmes. En 1933, elle présente pour la première fois une résolution en faveur de leur droit de vote, qui n'est pas ratifiée, et soumet au vote un traité concernant les droits des femmes. Ce traité, la convention de 1933 sur la nationalité des femmes, établit que le mariage n'affecte pas la nationalité. En 1938, les membres de la CIM soumettent une résolution et obtiennent la première reconnaissance internationale des droits politiques et civiques des femmes. Elles rédigent également le tout premier traité sur la violence contre les femmes, approuvé sous le nom de Convention de Belém do Pará en 1994. En parallèle de la conclusion d'accords internationaux, les déléguées de la CIM font également pression sur leurs pays d'origine pour qu'ils se conforment à ces résolutions, et elles documentent la situation féminine dans leur pays d'origine.

Histoire Fondation alt=Photographie en noir et blanc d'une femme portant une écharpe politique blanche|vignette|La militante féministe et suffragette Doris Stevens en 1916. Lorsqu'elle apprend que l'un des trois sujets abordés lors de la réunion de la Société des Nations de 1930 sera celui de la nationalité et de la manière dont elle est codifiée dans le droit international, Doris Stevens, féministe bien connue aux États-Unis, estime que la priorité devrait être d'étudier comment la loi affecte la nationalité pour les femmes. À l'époque, une fois mariée, une Britannique perd par exemple sa citoyenneté britannique si elle épouse un Argentin, et devient du même coup apatride car la loi argentine ne confère pas la citoyenneté par le mariage. Doris Stevens travaille avec Alice Paul du des États-Unis pour examiner et préparer un rapport évaluant la manière dont les femmes sont affectées par diverses lois. Elles rédigent un rapport monumental, qui répertorie toutes les lois contrôlant la nationalité des femmes de chaque pays dans leur langue maternelle, puis traduisent chaque loi sur une page d'accompagnement.

Dans le contexte d'un monde occidental marqué par des échanges internationaux fournis entre les différentes initiatives féministes en faveur des droits des femmes, Doris Stevens passe trois mois en Europe à rencontrer des dirigeantes militantes et à compiler des informations. Elle rencontre la Luisa Baralt, originaire de La Havane, la Ellen Gleditsch d'Oslo, Chrystal Macmillan et Sybil Thomas, du Royaume-Uni, Maria Vérone, présidente de la Ligue des droits des femmes et la roumaine Hélène Vacaresco, ainsi que diverses dirigeantes de la . Elle participe à des réunions publiques pour discuter de la question de la nationalité à Genève, Londres et Paris, et assiste à une réunion de l'Assemblée de la Société des Nations pour obtenir l'approbation d'une résolution incitant les gouvernements devant participer à la prochaine conférence de la Hague en 1930 d'intégrer des femmes dans la sélection de leurs délégués, en raison des conséquences de cet aspect de nationalité sur leur statut. La résolution est soumise et adoptée à l'unanimité. En prévision d'une réunion de coopération entre Européennes et Américaines, une conférence se tient à l'Union panaméricaine pour mettre en avant le thème de la nationalité.

Sous la pression de mouvements féminins et féministes qui se saisissent de l'occasion pour tenter de faire avancer leurs revendications, l'organe directeur de l'Union panaméricaine crée la Commission interaméricaine des femmes lors de sa réunion à La Havane le . Les dispositions prévoient une commission composée de sept Américaines issues de différents pays. Ces représentantes doivent examiner les données et préparer des informations pour permettre à la septième conférence panaméricaine d'examiner l'égalité civile et politique dans la région. Les statuts appellent également à l'élargissement de la commission pour inclure à terme une déléguée pour chaque pays de l'Union panaméricaine. Stevens, à l'origine de la commission, est nommée présidente et les six autres pays sont sélectionnés par tirage au sort. Les premiers pays choisis sont l'Argentine, la Colombie, le Salvador, Haïti, le Panama et le Venezuela et les déléguées nommées sont le Ernestina A. López de Nelson, originaire d'Argentine, María Elena de Hinestrosa, de Colombie, María Alvárez de Guillén Rivas du Salvador, Alice Téligny Mathon d'Haïti, Clara González du Panama et Lucila Luciani de Pérez Díaz du Venezuela.

Réunion de La Havane en 1930 Le siège du CIM doit initialement être situé à Washington, dans les bureaux de l'Union panaméricaine, mais elle ne dispose pas de personnel dédié et seules quelques représentantes bénéficient du soutien ou de la reconnaissance de leur gouvernement pour aller à Washington. La plupart sont choisies parmi les organisations féminines de leur pays. Pour favoriser une unité et une continuité de leurs travaux, les déléguées décident de se réunir tous les deux ans, en plus des conférences panaméricaines prévues. À ce titre, la première réunion a lieu à La Havane en 1930. Les membres sont Flora de Oliveira Lima (Brésil), Aída Parada (Chili), Lydia Fernández (Costa Rica), Elena Mederos Cabaña (Cuba), Gloria Moya de Jiménez (République dominicaine), Irene de Peyré (Guatemala), Margarita Robles de Mendoza (Mexique), Juanita Molina de Fromen (Nicaragua), Clara González (Panama), Teresa Obregoso de Prevost (Pérou) et Doris Stevens (États-Unis). Comme leurs gouvernements ne financent pas les frais liés à leur participation, en particulier les frais de voyage, seules les représentantes de Cuba, de la République dominicaine, du Nicaragua, du Panama, des États-Unis, les déléguées Alicia Ricode de Herrera (Colombie) et Fernand Dennis (Haïti), la déléguée mandataire du Salvador et Cecilia Herrera de Olavarría (Venezuela) y assistent. Un groupe de psychiatres, qui ont demandé s'ils pouvaient assister à la réunion pour étudier ce qu'il estiment être , intimident les représentantes par leur présence et leur interdisent toute spontanéité. D'autre part, des tensions émergent entre les déléguées cubaines, qui ont mobilisé plusieurs milliers de manifestantes pour le droit de vote, et Doris Stevens, plus autocratique et ayant comme principal objectif l'obtention d'un traité sur l'égalité des droits. Finalement, les résultats politiques obtenus sont maigres.

Conférence de 1933 Lors de la septième conférence panaméricaine, tenue à Montevideo (Uruguay) en 1933, les représentantes de l'organisation présentent leur analyse du statut juridique féminin dans chacun des vingt et un pays de l'Union panaméricaine. Il s'agit du premier rapport consacré à une étude détaillée des droits civiques et politiques féminins ; il est de plus rédigé uniquement par des femmes. La conférence examine et rejette le projet de traité sur l'égalité des droits, bien qu'il ait été signé par quatre pays : Cuba, l'Équateur, le Paraguay et l'Uruguay. Trois de ces États leur avaient déjà accordé le droit de vote, mais aucun d'entre eux ne ratifie le traité après la conférence. Cependant, les déléguées y présentent la première résolution internationale en faveur du droit de vote des femmes.

Les documents qu'elles ont préparés montrent la disparité entre les droits des hommes et ceux des femmes. Dans seize pays américains, elles ne peuvent pas voter ; dans deux pays elles peuvent voter avec des restrictions et dans trois pays seulement, elles bénéficient du droit de vote à égalité avec les hommes. Dans dix-neuf pays américains, elles n'ont pas la garde égale de leurs enfants et seulement deux pays accordent à l'épouse une autorité conjointe à celle de son époux sur leurs propres enfants. Tous les pays d'Amérique latine et vingt-sept États des États-Unis au total interdisent aux femmes de faire partie d'un jury criminel. Le traitement des divorces dans quatorze pays et vingt-huit États américains se fait sur des bases inégales ; l'accès à une profession est limitée dans plusieurs pays. Enfin, dans treize pays et deux États américains, une femme ne peut pas administrer ses propres biens.

La conférence examine les données et approuve le premier accord international concernant les droits des femmes : la Convention sur la nationalité des femmes, rassemblant de nombreux juristes. Le texte prévoit, contrairement à la situation d'alors, qu'après s'être marié à un homme d'une nationalité différente, la citoyenneté d'origine de l'épouse peut tout de même être conservée, selon la formule suivante : . En outre, ni le mariage ni le divorce ne peuvent désormais affecter la nationalité des membres d'une famille, ce qui étend également la protection de la citoyenneté aux enfants. L'administration Roosevelt estime que le travail des déléguées est couronné de succès. Plutôt que de voter pour le maintien de la CIM, la Conférence vote à une large majorité, à l'exception de l'Argentine, contre la poursuite de ses travaux.

Statut permanent de 1938 Lors de la Conférence des États panaméricains de 1938, qui se tient à Lima, au Pérou, la délégation américaine présente deux résolutions. La première, qui vise, sans le dire, à retirer le contrôle de la CIM à Doris Stevens, propose de réorganiser la Commission interaméricaine des femmes en la rendant permanente et en donnant à chaque gouvernement les moyens de nommer sa propre représentante officielle. Sans tenir compte du manque de soutien des autres déléguées, l'administration Roosevelt affirme que Stevens n'est pas une représentante officielle des États-Unis puisqu'elle a été nommée par l'Union panaméricaine. Le président américain nomme Mary Nelson Winslow, du Bureau des femmes du Département américain du Travail au poste de nouvelle déléguée. Finalement, l'initiative américaine est adoptée et la CIM est entièrement réorganisée entre 1938 et 1940, et devient une commission subsidiaire de l'Union panaméricaine. Elle perd son autonomie et devient une entité intergouvernementale officielle, soumise aux objectifs des États. En contrepartie, elle obtient un financement et un soutien officiels.

L'autre résolution vise à approuver une législation protectrice pour les femmes. , la principale organisation militant pour le droit de vote féminin au Pérou, adopte publiquement une position similaire à celle des États-Unis et se désolidarise de la position officielle de Stevens et de la CIM pour soutenir le Traité sur l'égalité des droits. Les représentantes péruviennes formulent leur plaidoyer pour le droit de vote en faisant référence à la protection des valeurs traditionnelles de l'Église, de la famille, de la charité et de l'honneur. En leur accordant le droit de vote afin qu'elles puissent contribuer à protéger ces objectifs fondamentaux de la nation, la Déclaration de Lima en faveur des droits des femmes propose que ces droits incluent . La résolution est approuvée et constitue la première reconnaissance internationale de leurs droits politiques et civiques, ouvrant la voie aux revendications d'autres organisations internationales.

Pendant la guerre et les années 1940