vignette|232x232px|Graveurs en taille-douce, Abraham Bosse, 1643 La gravure française au est marquée par l’épanouissement des techniques de gravure comme l’eau-forte et le burin et l’invention de nouvelles techniques telles que la manière noire.. Dans la première moitié du siècle, la France connait un développement de ces techniques., notamment avec l'invention du vernis dur par Jacques Callot. Le foyer lorrain est alors très actif et produit beaucoup d'estampes religieuses comme pittoresques. Malgré l'essor de la France, ce sont les Pays-Bas qui dominent le monde européen de la gravure. La seconde moitié du siècle est marquée par un grand interventionnisme du pouvoir royal dans le monde de l'estampe. En 1660, la profession est organisée par un arrêt Conseil d’État de Saint Jean de Luz et trois ans plus tard, les premiers graveurs entrent à l'Académie royale de peinture et de sculpture. Sous l'impulsion de Louis XIV et Jean-Baptiste Colbert, la gravure devient un vecteur de diffusion du pouvoir royal. Par ailleurs, à cette époque, le phénomène de collection d'estampes prend de l'ampleur, à l'image de la considérable collection de l'abbé Michel de Marolles.
Les techniques
La gravure sur bois vignette|184x184px|Exemple de mazarinade, Gravure sur bois, Durant le , la gravure sur bois (ou xylographie) est concurrencée de façon de plus en plus féroce par la gravure au burin, qui permet une plus grande finesse de trait. Dès le début du siècle, elle se raréfie dans le monde de l'édition, tout d'abord pour les livres de science (dès le début du siècle) puis dans les beaux-livres (vers 1630 pour Paris, vers 1650 pour Lyon). Même si la technique connaît un regain de popularité à la fin du siècle dans des productions à grand tirage, les bois utilisés sont souvent des réemplois du . On peut néanmoins souligner le projet éditorial de Guillaume Desprez, un imprimeur proche de Port-Royal. Celui-ci commande un ensemble de bois gravés spécifiquement pour son édition de l’Ancien Testament qui paraît entre 1683 et 1708..
Cette technique continue également d'être utilisée pour produire des estampes populaires, à l'image des mazarinades, produites de façon massives durant la Fronde. En effet, la xylographie étant une technique de gravure en taille d'épargne, elle permet un tirage plus important et plus rapide que les gravures en taille douce.
Le burin vignette|198x198px|La sainte face, Claude Mellan, 1649, gravure au burin, Bibliothèque nationale de France. La gravure au burin est apparue en Allemagne du Sud vers 1470. et connaît un important développement tout au long du . Cependant, dans la première moitié du , celle-ci est surtout considérée comme particulièrement appropriée à reproduction de peinture.. Cette gravure d'imitation est parfois produite directement dans l'atelier du peintre. C'est par exemple le cas de Jacques Stella, dont les nièces, Antoinette et Claudine Bouzonnet-Stella ainsi son neveu Antoine Bouzonnet-Stella travaillent dans son atelier au Louvre et gravent les œuvres de leur oncle, tout en ayant eux-mêmes une activité de peintre et dessinateurs.. La particularité de cette organisation familiale est qu'elle permet à deux graveuses d'avoir une production reconnue, ce qui est encore rare au .
Pour autant, la gravure d'invention au burin continue d'exister, comme le montre l’œuvre de Claude Mellan. Ce graveur, fils de chaudronnier et formé à Rome, se distingue par une très grande technicité dans la maîtrise du burin. Ainsi, il réalise la Sainte Face à partir d'une spirale dont la variation de l'épaisseur du trait crée le dessin.
L'eau-forte vignette|188x188px|L'Envie, feuille de la série "Les sept péchés capitaux", Jacques Callot, 1617-1620 Bien qu'introduite en France dès les années 1540 par le biais de l’École de Fontainebleau, l'eau-forte connait un succès inédit durant le . Celui-ci s'explique par une meilleure maîtrise des techniques de morsure, l'introduction des plaques en cuivre mais surtout par la découverte du vernis dur. C'est à Jacques Callot qu'est attribué la création de cette substance plus résistante à l'acide et qui a l'avantage de ne pas s'écailler ou de couler dans les creux, ce qui permet d'obtenir un tracé plus net et précis.
De plus, il introduit l'usage de « l'échoppe », un outil proche du burin qui permet de varier les épaisseurs de trait.
Enfin, les progrès sur la maîtrise de la morsure permettent le développement des demi-tons. Le développement de cette technique permet à des artistes de graver, dans la mesure où la difficile maîtrise du burin n'est pas requise pour pratiquer l'eau-forte. C'est par exemple le cas de Claude Lorrain, qui en plus d'une importante production de dessins et de tableaux produit plus d'une quarantaine d'eaux-fortes.
Les métiers de l'estampe Pour réaliser une estampe, plusieurs corps de métier entrent en jeu : dessinateur, graveur, imprimeur, éditeur, marchand… Souvent, plusieurs rôles peuvent être tenus par la même personne (le graveur peut être le dessinateur). Parfois, cela varie également en fonction du projet. Il n'est ainsi pas rare de voir des graveurs également éditeurs et marchand. Au , ces professions étant relativement nouvelles, certains artistes pratiquent également la peinture ou encore l'orfèvrerie en parallèle de la gravure, .
Graveur Le graveur est la personne qui crée la matrice servant à l'impression des estampes (planche de bois gravée, plaque de métal incisée ou mordue). Il peut avoir dessiné lui-même le motif ou reprendre celui d'un autre artiste. Au , les notions d'invention ou de reproduction d'un motif n'ont pas encore la même valeur qu'aujourd'hui (depuis le , l'acte de création est plus valorisé que l'acte d'exécution). À cette époque, l'acte reproducteur était d'ailleurs considéré comme un acte d'interprétation. Pour savoir si un artiste est l'inventeur ou le graveur d'un motif, il faut se référer à sa signature (lorsqu'il y en a une). S'il est l'inventeur du motif, son nom sera suivi du terme “invenit” (inventa), “pinxit” (peignit) ou encore “delineavit” (dessina). S'il est le graveur (reproduction, interprétation) du motif, son nom sera suivi du terme : “sculpsit" (sculpta) ou “incidit” (incisa). Enfin, le terme de "fecit" (fit) pose problème car il est ambiguë et ne permet pas de trancher sur le rôle de l'auteur, . Il est également à souligner que l'étude de l'Inventaire du fonds français montre que beaucoup de graveurs n'ont que peu d'estampes qui leur sont attribuées. Cela s'explique par le fait que la gravure est pour beaucoup uniquement une activité secondaire. C'est par exemple le cas d'orfèvres qui ne gravent que pour un projet précis, des amateurs qui pratiquent la gravure uniquement par intérêt personnel, pour diffuser une idée ou dans le cadre de leur formation, ou encore des artistes ou des architectes qui s'essayent sporadiquement à la gravure comme Charles Le Brun..
Organisation de la profession Sous le règne de Louis XIV, on assiste à un véritable développement de l’estampe et du métier de graveur. La question se pose donc de savoir comment organiser la profession.
Au , les métiers d’artisanats et d’arts étaient généralement organisés en corporations. Ces dernières régulaient les professions en fixant un numerus clausus, en délivrant une maitrise obligatoire pour exercer en tant que professionnel (obtenue après une formation) et en demandant une redevance à ses membres. Ainsi, une corporation des graveurs aurait permis de protéger leur savoir-faire mais n'aurait pas encouragé la liberté de création. De plus, ce genre de système rattachait la gravure à l'artisanat alors que certains graveurs revendiquaient leur qualité d'artistes (suivant ainsi la même logique que le débat sur le statut des peintres et des sculpteurs qui agita la Renaissance). Aussi, si l'architecte François Mansart et le graveur Robert Nanteuil souhaitaient la mise en place de la corporation, Louis XIV s'éleva contre, favorisation le dynamisme de la liberté de création.
Ainsi, malgré plusieurs tentatives pour soumettre les graveurs au système corporatif., ils obtinrent officiellement la liberté de leur profession avec l’arrêt du Conseil d’État de Saint Jean de Luz, le . Cet acte établit la gravure en tant qu’art libéral et garantit aux graveurs leur indépendance de tout système corporatif. Cet arrêt fut respecté durant tout le règne de Louis XIV par les graveurs et les marchands d’estampes. Seuls les imprimeurs en taille douce s’organisent en communauté durant l’année 1677.
Certains graveurs, imprimeurs et marchands parisiens se regroupèrent cependant dans la confrérie de Saint-Jean. Cela leur permis de s'entraider sans passer par le système du compagnonnage. Ils pouvaient ainsi former un syndic, aider les orphelins de graveurs ou désigner une personne chargée des budgets de la communauté, . On compte d'ailleurs beaucoup de mariages entre familles de graveurs, imprimeurs et éditeurs. Les femmes participaient d'ailleurs activement dans les ateliers de gravure.
Académie Pour la première fois en 1663, un graveur intègre l'Académie royale de peinture et de sculpture en sa qualité de graveur (et non de professeur de perspective comme Abraham Bosse en 1650 par exemple). Sous le ministère de Colbert, dix-sept graveurs rejoignent les rangs des académiciens, notamment : François Chauveau, Gilles Rousselet, Grégoire Huret, Pierre Louis Van Schuppen, Guillaume Chasteau, Étienne Picard, Guillaume Valet, etc. Parmi les premiers à accéder à ce statut, on retrouve des proches de Charles Le Brun, premier peintre du roi et directeur de la manufacture des Gobelins. Ce dernier était particulièrement sensible à cet art, son frère (Gabriel Le Brun) et son beau-frère étant graveurs. Il s'entoure donc rapidement de graveurs d'interprétation c'est-à-dire interprétant en gravure ses œuvres, tels Gilles Rousselet, et les installe avec lui dans la manufacture des Gobelins.
Cette intégration est importante car elle permettant aux graveurs de légitimer leur statut d'artiste et non d'artisan. Certains enfin, sont même nommés graveurs ordinaires du roi (Étienne Baudet, Claude Mellan, Sébastien Leclerc, Robert Nanteuil...).
Cependant, cette légitimation du statut artistique des graveurs ne se fait pas sans heurts. En 1686, le peintre Van der Meulen exige que les peintres et les sculpteurs soient assis au premier rang dans la classe des conseillers tandis que les graveurs, artiste de second ordre, prennent place au second rang. De plus, après la mort de Colbert, le nouveau ministre Louvois encourage beaucoup moins l'insertion des graveurs dans l'académie. Les seuls qui y seront admis, le seront dans le cadre du remplacement d'un graveur décédé. Il faudra attendre 1699 pour qu'une nouvelle place consacrée à cet art voie le jour.
Les mobilités internationales La gravure française du début du se trouve à l'intersection entre la gravure flamande ou hollandaise et celle italienne. Entre 1598 et 1639, on dénombre douze graveurs hollandais et trente graveurs flamands établis dans la capitale française.. Certains de ces artistes font une halte à Paris sur la route reliant l'Italie et l'Europe du Nord. C'est par exemple le cas de Charles de Mallery, un graveur anversois, qui après un séjour à Rome, se trouve à Paris à l'aube au , où il produit des images de dévotions et des portraits, avant de rentrer dans sa ville natale à une date qui nous est inconnue. Pour les graveurs flamands, du fait des troubles politiques qui agitent leur région, beaucoup s'établissent de façon définitive à Paris.