L'aphasie est l'un des troubles du langage, complexe, qui peut prendre des formes variées dans lesquelles les facultés de verbaliser, lire, écrire (et parfois de calculer et/ou de comprendre) peuvent être différemment affectées, alors que la personne ne présente pas de déficit sensoriel ni de dysfonctionnement de l'appareil phonatoire. Elle se manifeste le plus souvent par une perte partielle ou totale de la capacité de communiquer par le langage oral, en raison d'une pathologie, acquise, du système nerveux central ou il peut s'agir de l'une des manifestations d'un stress post-traumatique ou d'une crise autistique aiguë de type meltdown ou shutdown (on parle alors généralement de mutisme sélectif). Certains patients ne montrent que des incertitudes légères, pour trouver leurs mots par exemple, alors que d'autres ont presque voire totalement perdu la faculté de s'exprimer par le langage, et/ou de comprendre ce qui leur est dit, de lire et/ou d'écrire. Sa cause est généralement une lésion des aires cérébrales contrôlant le langage. Selon la localisation et l'étendue de cette lésion, les manifestations de l'aphasie peuvent varier considérablement ; on distingue les aphasies de Broca, de Wernicke, globales ou anomique.

Histoire Le mot aphasie vient du grec a- (préfixe privatif) et phasis (« parole ») et signifie « sans parole ». Ce terme a été forgé en 1864 par Armand Trousseau pour décrire l'impossibilité de traduire la pensée par des mots malgré l'intégrité fonctionnelle du système phonatoire (langue / cordes vocales). Trousseau a introduit ce terme en opposition à « aphémie » (alors utilisé par Paul Broca pour décrire ce que l'on appelle aujourd'hui l'aphasie de Broca. Trousseau a proposé une définition plus large de l'aphasie, englobant une perte plus générale de la capacité à exprimer sa pensée par la parole, l'écriture et le geste, sans se limiter à un type spécifique de troubles articulatoires.

Le concept d'aphasie a des racines bien plus anciennes, jusque dans la philosophie grecque antique, notamment chez Pyrrhon d'Elis qui enseignait que l'essence des choses est indéterminable et indicible. L'aphasie est donc le fait de ne rien pouvoir dire sur les choses. Le fait que les jugements contraires ont exactement la même force conduit Pyrrhon à l'absence totale d'opinion et à l'absence de parole vraie. De plus, la conscience de l'indifférence absolue des choses provoque l'absence d'inclination et son corollaire, l'ataraxie, définie comme l'absence de troubles ou la tranquillité de l'âme. La notion d'ataraxie est commune aux différents courants de la philosophie hellénistique, les Stoïciens, les Épicuriens et les PyrrhoniensSite http://atelier.foyerdegrenelle.org/, page sur Pyrrhon d'Elis (consulté le 11 novembre 2019)..

Description Il est question d'aphasie lorsqu'un individu a perdu partiellement ou totalement la capacité de communiquer par le langage, c'est-à-dire de parler ou de comprendre ce qui lui est dit. Les orthophonistes (spécialistes du langage) font une différence entre l'articulation, la parole et le langage : si un individu éprouve des difficultés pour prononcer des sons (quelle que soit leur place dans le mot), un trouble de l'articulation est alors diagnostiqué ; s'il éprouve des difficultés à combiner les sons pour faire des mots (ajouts, substitutions, altérations, omissions de sons en fonction de leur place dans le mot), il s'agira d'un trouble de la parole ; s'il éprouve des difficultés à choisir ses mots, à les combiner pour faire des phrases ou même à comprendre leur sens, un problème de langage est plutôt diagnostiqué.

L'aphasie est un trouble du langage auquel s'ajoutent souvent des difficultés de parole ; elle entraîne des perturbations tant de l'expression que de la compréhension du langage. Plusieurs formes du langage peuvent être touchées : la conversation, la lecture, l'écriture Souvent l'aphasique n'arrive plus à nommer des objets, ne retrouve plus le nom des personnes qu'il connaît surtout lorsqu'il a la volonté de s'en souvenir (alors que ces mots ou ces noms peuvent réapparaître par automatisme au cours du discours Principe de Baillarger-Jackson) ; il se peut même qu'il ne puisse répondre clairement par oui ou non.

L'aphasie est un trouble du langage acquis, c'est-à-dire qu'elle survient chez un individu qui avait auparavant un langage normal et se distingue donc des problèmes pouvant apparaître lors du développement du langage chez l'enfant (par exemple, une dyslexie développementale ou un bégaiement). Elle est susceptible d'affecter autant les femmes que les hommes ; cependant, une étude de 1982 sur la récupération fonctionnelle à la suite d'une lésion cérébrale est publiée et conclut à une meilleure récupération chez les sujets féminins que chez les sujets masculinsS. Clarke, J. Buttet Sovilla, A. Bellmann et M. Adriani, Revue Médicale Suisse , Hommes et femmes : la même organisation cérébrale ?, Différences liées au sexe dans la récupération suite aux lésions cérébrales..

Manifestations Principales dimensions du langage pouvant être affectées par l'aphasie : expression orale : difficultés à trouver les mots (anomie), à former des phrases (agrammatisme), à articuler correctement, ou à parler de manière fluide ; compréhension orale : difficultés à comprendre ce qui est dit, surtout les phrases longues ou complexes ; expression écrite (agraphie) : incapacité ou difficulté à écrire, à former des lettres, des mots ou des phrases ; compréhension écrite (alexie) : incapacité ou difficulté à lire et à comprendre le sens des mots écrits.

Causes vignette|Régions de l'hémisphère gauche pouvant provoquer l'aphasie lorsqu'elles sont endommagées. Le cerveau se compose de deux parties, appelées hémisphères cérébraux. Chaque hémisphère contrôle diverses activités. Pour certaines d’entre elles, la participation des deux hémisphères est importante. Le contrôle du mouvement par le cerveau se fait de manière croisée (c'est la latéralisation), c’est ainsi que l'hémisphère gauche du cerveau contrôle l'hémicorps droit tandis que l'hémisphère droit du cerveau contrôle l'hémicorps gauche. L’hémisphère gauche, dans la majorité de la population, est aussi responsable du langage (expression, compréhension, lecture et écriture). Dans environ 90 à 95 % des cas de troubles du langage post-lésionnels (aphasies), le dommage est localisé dans l'hémisphère cérébral gauche. Les atteintes de l'hémisphère droit sont responsables des 5 à 10 % restants des cas d'aphasie.

Les causes de l'aphasie peuvent impliquer un accident vasculaire cérébral (« attaque cérébrale ») : soit un vaisseau saigne et provoque une hémorragie, soit il se bouche et il s'agit alors d'une ischémie ; un traumatisme craniocérébral (lors d’accident de la route, d’une chute) ; un processus expansif (une tumeur cérébrale, par exemple) un processus dégénératif (maladie d'Alzheimer, dégénérescence lobaire frontotemporale, par exemple) ; une dysplasie du cortex cérébral (anomalie du développement du cortex cérébral) ou une infection (encéphalite).

Types Différents types d'aphasie résultent d'atteintes localisées dans des régions particulières du cerveau. Les types d’aphasies classiques les plus connus touchent approximativement la moitié des patients aphasiques.

Aphasies corticales Aires corticales de la parole et du langage Des lésions situées dans la région frontale antérieure, appelées aire de Broca, interfèrent avec la production de la parole ; des dommages dans une aire du cortex temporopariétal, dite aire de Wernicke, affectent la compréhension du langage ; des lésions dans la circonvolution supramarginale perturbent la répétition des paroles entendues. Chez la plupart des individus, ces régions fonctionnelles ne se trouvent que dans l'hémisphère cérébral dominant, c'est-à-dire le gauche chez les droitiers.

Selon les types de difficultés d'expression et/ou de compréhension (orales ou écrites), on distingue : Aphasie de Broca

Cette aphasie se manifeste principalement par des difficultés d'expression orale (parole lente et laborieuse), mais avec une compréhension relativement préservée. L'écriture est souvent affectée. Elle a été mise en évidence par Paul Broca, un chirurgien français, en 1861. Cette pathologie fait suite à des lésions dans l'aire de Broca, l'aire cérébrale chargée de la mise en place des schémas corporels moteurs du langage. Cette aire est située sur l'hémisphère gauche du cerveau chez un droitier, dans le lobe frontal gauche (au pied de la frontale, dit pied de F3) (gyrus frontal inférieur gauche). On parle aussi d'aphasie expressive car le sujet a des difficultés à formuler oralement ses idées, alors que celles-ci sont intactes dans son esprit. La compréhension est peu touchée, mais l'expression est diminuée de différentes façons : le débit est ralenti ; le rythme de parole est haché ; son vocabulaire est réduit ; l'articulation est difficile ; et le sujet emprunte un style « télégraphique », la syntaxe et la grammaire peuvent perdre en qualité. Par exemple, le sujet établit une conjugaison non adaptée au contexte : s'il veut dire , il dira . Les contraintes sémantiques ont alors pris le pas sur les contraintes syntaxiques dans les énoncés.

Si la lésion est grave, la pathologie peut évoluer jusqu'au mutisme. L'aphasie de Broca peut être associée à une hémiplégie, du côté droit si c'est l'hémisphère gauche du cerveau qui est lésé. Si l'aphasie est associée à une hémiplégie, elle touchera en général la main droite des droitiers ; pour les gauchers la corrélation est moins systématique.

Le patient est conscient du trouble, il est dans la communication et dans le désir de se faire comprendre, ce qui n'est pas toujours possible et qui, dans le pire des cas, peut entraîner une dépression.

Aphasie de Wernicke

L'aire de Wernicke (du nom du neurologue allemand qui l'a décrite, Carl Wernicke) se situe également dans l'hémisphère gauche du cerveau, dans le lobe temporal (moitié postérieure de la temporale, en arrière et en dessous du cortex auditif gauche). C'est le siège de la compréhension des différents signes du langage. C'est une aire associative qui reçoit des informations d'autres aires cérébrales, comme les aires auditive et visuelle primaires. La personne a des difficultés majeures de compréhension (langage parlé et écrit), avec une parole alors souvent fluide, mais incohérente.

Plus précisément, les symptômes de cette pathologie s'opposent presque point par point à l'aphasie de Broca : la syntaxe et la grammaire ne sont que très peu touchées ; le débit est rapide, à la limite incontrôlable ; problème de logorrhée (fluence incontrôlable du patient) ; le vocabulaire ne perd pas en richesse ; l'articulation ne pose aucun problème ; mais le discours peut devenir difficilement compréhensible car des mots ou des propositions s’enchaînent sans suite logique ; jargonaphasie, paraphasie, dyssyntaxie, anosognosie et néologismes ; le patient n'a aucune conscience de son trouble (cf. anosognosie plus haut).

L'aphasie de Wernicke peut être distinguée en deux grands types : À prédominance phonémique, qui se caractérise par des mots déformés (paraphasies phonémiques) ou des néologismes (enchaînement de syllabes formant un mot impossible à rattacher à un mot existant) ; À prédominance sémantique, qui se caractérise par une substitution de mots déterminés par une parenté de sens (paraphasies verbales sémantiques).

La parole spontanée comporte des oublis de vocabulaire, des stéréotypies, du jargon, ou des paraphasies. La parole répétée comporte elle, des paraphasies ou est impossible. La compréhension écrite ou orale est perturbée. L'écriture spontanée est également perturbée alors que l'écriture copiée est normale. Il en est de même pour le calcul.

Aphasie de conduction