Tara Polar Station, est un navire français hybride destiné à la recherche scientifique en Arctique. De conception unique, à mi-chemin entre un navire océanographique et une station polaire dérivante, Tara Polar Station est conçue pour s'installer sur la banquise arctique et accueillir une équipe scientifique pouvant compter jusqu'à dix-huit personnes.

Historique vignette|gauche|Expédition Tara Arctic, avec la goélette Tara, en septembre 2006. Les racines du projet remontent à l'expédition arctique de la goélette Tara, entre en . Le bateau s'est laissé enserrer par la banquise, s'est laissé dériver et s'en est libéré, après de dérive sur environ .

En , le chantier CMN de Cherbourg remporte l'appel d'offres de la Fondation Tara Océan.. Le , la construction est officiellement lancée lors d'une cérémonie en présence du prince Albert II de Monaco et d'Olivier Poivre d'Arvor, ambassadeur de France pour les pôles et les enjeux maritimes. Le puits central (moonpool) est exhibé sur la table de montage...

La construction de la coque est réalisée en deux étapes, la partie basse entre octobre et et l'assemblage de la superstructure et de la coque en . Le chantier initial s'achève par une mise à l'eau le dans le port de Cherbourg.

Le bâtiment a été baptisé le , à Lorient, son port d’attache., avec la créatrice de mode et mécène Agnès b. et Thomas Pesquet comme marraine et parrain.

Prévisionnel thumb|250px|right|Tara Polar Station dans le sillage du Polarstern Selon Chris Bowler, président du comité scientifique de la fondation Tara Océan, la station sera déployée dans les glaces arctiques pendant au moins vingt ans à partir de 2026, avec dix missions consécutives jusqu'., date à laquelle les scientifiques estiment qu'il ne devrait plus du tout subsister de banquise l'été.

Architecture vignette|Coupe de la station Comme sa grande sœur la goélette Tara, la station reprend l'idée du Fram de Nansen, premier navire d'exploration polaire à s'être volontairement laisser prendre par la banquise .

Comme son nom le laisse entendre, le navire est conçu pour passer la grande majorité de son existence stationnaire sur la banquise. Il est construit selon les normes Code polaire et marine marchande, et classé Ice Glass 1A Super (certification la plus élevée), « On y trouve tout ce qui existe sur n’importe quel cargo, avec quelques spécificités pour ce qui concerne la gestion de la glace, comme ce filtre conçu pour la détection des glaces installé sur l’un des deux radars, ou un système de dégivrage des radars, des vitrages, des portes, des grilles d’aspiration, de la prise eau de mer avant… » « pour s’assurer que l’on puisse toujours aspirer de l’eau à l’état liquide, pour les pompes à incendie ou l’osmoseur »

Ses caractéristiques sont très différentes d'un bateau classique, sans contrainte hydrodynamique même s'il dispose d'une capacité de propulsion propre qui impose une forme oblongue plutôt que parfaitement ronde qui partirait en vrille, selon Olivier Chavane, assistant à la maîtrise d’ouvrage chez Capgemini Engineering. Vue du haut, sa coque forme un ovale de de long sur de large, avec un profil très arrondi, qui lui permettra d'éviter de se retrouver prise dans les glaces. Elle est surmontée d'un espace d'habitation en forme de dôme polyédral, le tout conçu par l'architecte français Olivier Petit d'après le cahier des charges de la fondation Tara Océan.

Il doit supporter une température de et sa coque en aluminium de est conçue pour mieux y résister, contrairement à l'acier qui perd de sa souplesse et devient cassant par grand froid. Son poids est de à vide. Son moteur est alimenté en biocarburant, secondé par une éolienne et des panneaux solaires, mais du fait de son déplacement essentiellement par dérive ce bâtiment est en soi très économe. Son isolation a été soignée pour garantir le confort de l'équipage tout en permettant à la station d'économiser de l'énergie pour son chauffage.. Lors des essais, le navire atteint la vitesse de neuf nœuds.

Le bâtiment dispose de d'espace de vie et est organisé sur quatre niveaux : timonerie et bureau ; pont principal : l'entrée, l'infirmerie, le sauna, la cuisine et le carré ; niveau inférieur -1 : les douze cabines, les six laboratoires ; niveau inférieur -2 : le local auxiliaire (où sont stockés gazole et kérosène) et le local de production d'énergie et de propulsion..

Il est équipé de deux drones dont un drone sous-marin, d'une rosette de prélèvement et de capteurs atmosphériques ou sous-marins qui observeront en continu le milieu ambiant. En hiver, le bâtiment, complètement isolé, hébergera douze personnes, six membres d'équipage et six scientifiques, chacune disposant d'une cabine individuelle. L'été, le navire pourra en accueillir jusqu'à 18, grâce à des rotations et avitaillements. Il dispose d'un réservoir de kérosène pour ravitailler au besoin un hélicoptère de secours. vignette|Plongée dans le moonpool Le puits central (moonpool) de la station, est probablement l'élément le plus original du bâtiment. Ce cylindre en aluminium de de diamètre traversant les permettra la descente et la remontée de plongeurs et le déploiement de divers instruments (rosette, robot téléopéré, drone sous-marin…).

Tara Polar Station doit héberger : un laboratoire humide pour la manipulation des échantillons dont les carottes de glace, des laboratoires secs avec instrumentation, et des laboratoires dédiés à l'expérimentation sur place pour mener des expériences sur les organismes et les écosystèmes..

Budget Le budget prévisionnel du projet monte à d'euros (estimation 2024). pour la conception et la construction, auxquels il faut ajouter environ de frais de fonctionnement annuels. Il est financé à 60 % () par l'état français dans le cadre du plan France 2030 et de la stratégie polaire française Équilibrer les extrêmes... Le reste du financement est majoritairement assuré par un partenariat associant une trentaine de laboratoires de , mais fin 2024 la fondation fait également appel à un financement participatif pour récolter s, sur les initialement espérés..

D'après Romain Troublé, directeur général de la Fondation Tara Océan, il faut comparer ce montant aux d'euros de l'expédition MOSAiC qui a mobilisé pendant un an le Polarstern, brise-glace de recherche de l'institut allemand Alfred-Wegener..

Expéditions

Contrasts 2025 Tara Polar Station a subi sa première campagne de tests en glaces à l'été 2025 au cours de l'expédition Contrasts, accompagnée du brise-glace Polarstern.. Sous le commandement de Martin Hertau, précédemment capitaine de la goélette Tara, l'équipage comptait onze personnes, dont l'architecte du bâtiment Olivier Petit et l'artiste Nicolas Floc'h. La station a quitté Lorient le premier juin, puis Longyearbyen, au Svalbard, le et a rejoint les glaces du détroit de Fram séparant le Svalbard du Groenland. pour se laisser prendre par les glaces et dériver pendant 4 semaines. Polaris I 2026-2027 La première mission « Tara Polaris I » est partie en juillet 2026 pour environ , avec Martin Hertau comme capitaine., Clémentine Moulin comme coordinatrice de l’expédition, et Marcel Babin, directeur de recherche CNRS et directeur scientifique de l'expédition.

Parti de Lorient en juillet 2026, le navire doit relier Rotterdam, Tromsø et Kirkenes en Norvège avant d'être pris dans les glaces probablement en septembre 2026. Au programme, on trouve l'étude des migrations et l'adaptation des organismes marins boréaux vers l’Arctique, les interactions entre les nuages, la glace de mer et l’océan et l'impact du changement global sur le fonctionnement des écosystèmes lors d'une dérive de 18 mois, bien plus longue que les campagnes classiques qui durent généralement deux mois.

Science

Objectifs scientifiques L'objectif de Tara Polar Station est « de documenter et de comprendre la dynamique » du changement climatique en Arctique, d'« objectiver les données scientifiques et recenser la richesse de la biodiversité locale», « ces connaissances futures sont porteuses d'espoir pour mieux comprendre et ainsi préserver ce qui peut encore l'être en Arctique, mais aussi ailleurs » affirme la fondation Tara Océan.

La station est conçue pour abriter douze à dix-huit personnes et doit permettre de poursuivre plusieurs objectifs :

mieux comprendre l'impact du changement climatique en Arctique et sur le reste de la planète ; améliorer la connaissance de la biodiversité sur Terre en explorant des régions non accessibles aujourd'hui ; révéler les adaptations uniques qui ont évolué pour permettre la vie dans cet environnement extrême ; analyser les conséquences de la fonte de la glace de mer et la pollution sur ces écosystèmes uniques et fragiles ; observer les stocks de poissons de l'Arctique et l'impact de l'arrivée d'espèces plus tempérées ; découvrir de nouvelles molécules ou espèces ayant de nouvelles applications potentielles.

Parmi l'équipage on comptera des climatologues, biologistes, physiciens, glaciologues, océanographes, ingénieurs, artistes, médecins, journalistes..

Équipe scientifique La fondation Tara travaille avec le CNRS, le CEA, le laboratoire européen de biologie moléculaire (EMBL) et d’autres grands laboratoires de recherche internationaux, au total une trentaine de laboratoires de 12 pays. Elle est reconnue d’utilité publique depuis 2003 et dotée du statut d'observateur spécial à l'ONU.

, océanographe, Université du Maine ; Chris Bowler, biologiste, ENS / CNRS, co-directeur de la Mission Microbiomes et président du comité scientifique de la fondation Tara Océan ; Marcel Babin, océanographe, Université Laval / CNRS.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Expédition MOSAiC Polar Pod Station dérivante Exploration de l'Arctique

Liens externes Fondation Tara Océan : Tara Polar Station