La Grande Sure est un sommet du département français de l'Isère s'élevant à d'altitude dans le massif de la Chartreuse, dans les Alpes, et dominant le Pays voironnais. Situé en bordure occidentale du massif, il est constitué de calcaires du Fontanil. Il peut être gravi par le versant oriental depuis le col de la Charmette en passant par le col de la Grande Vache ou depuis le col de la Placette par le versant occidental, qui présente cependant plus de dénivelé et des passages plus difficiles. La montagne fait partie du parc naturel régional de Chartreuse et d'une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique. Le chamois est notamment présent dans les parties abruptes de l'étage alpin.
Toponymie Sure, comme Suretta, signifierait « montagne, monceau, tas ». On retrouve cette forme dans l'ombrien surum. L'origine serait commune avec thur et thura, dont le th est une consonne fricative plutôt qu'occlusive, avec turraz, tuglia ou encore tauernLe Globe: bulletin de la Société de géographie de Genève, Vol. 66-68, 1927, pages 139-140.. Dans le cas de ce dernier, comme dans Hohe Tauern ou Niedere Tauern, taur signifierait « montagne » mais aussi « col de montagne » et serait issu des langues slaves où tur désigne une hauteur, une colline Heinz-Dieter Pohl, Kärnten - deutsche und slowenische Namen, 16 mai 2010. Heinz-Dieter Pohl, Die Bergnamen der Hohen Tauern, OeAV-Dokumente, Band 6. Österreichischer Alpenverein, Fachabteilung Raumplanung-Naturschutz, Innsbrück, 2009.. Si les cols de la Grande et de la Petite Vache, ou encore la combe des Veaux, pourraient indiquer une présence de longue date de l'élevage sur la montagneReinhard Scholl, Préalpes Isère et Savoies: Bauges, Aravis, Giffre, Chartreuse, Belledonne. Les 52 plus belles randonnées, Bergverlag Rother GmbH, 2007 , pages 146-147., l'explication selon laquelle Sure dériverait de chtiure ou stiure, régionalisme pour « chèvre » Roland Gaude, Essai sur la toponymie de la commune de Saint Pierre de Chartreuse, association « À la découverte du patrimoine de Chartreuse », , juin 1995, page 4. paraît donc plus improbable.
Les pâturages de la Grande Vache et la vallée de la Petite Vache sont indiqués sur la carte de Cassini mais il faut attendre les cartes d'État-Major du pour que les rochers de la Sure soient mentionnés, avec une altitude de . Le Breton Antonin Macé, devenu professeur d'histoire à la faculté de Grenoble, publie une série d'articles, notamment dans le Bulletin officiel des chemins de fer, et fait mention en 1860 de la Grande SureAntonin Macé, Les chemins de fer du Dauphiné, Maisonville et Jourdan, 1860, page 340..
Géographie Situation vignette|gauche|alt=Carte topographique.|Carte topographique de la Grande Sure.
La Grande Sure est située dans le Sud-Est de la France, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes et le département de l'Isère, sur le territoire de la commune de La Sure en Chartreuse (anciennement Saint-Julien-de-Ratz). L'extrémité septentrionale de la montagne appartient à la commune de Saint-Joseph-de-Rivière tandis que l'extrémité méridionale est sur le territoire de Pommiers-la-Placette. Elle se trouve à une dizaine de kilomètres à l'est-sud-est de Voiron, environ au nord de Grenoble et plus de au sud-est de Lyon. Elle fait partie du massif préalpin de la Chartreuse.
Elle est prolongée au sud, sur la crête occidentale du massif, par le rocher de Lorzier () puis par les rochers de Chalves () ; au-delà de la crête d'Hurtières à l'est s'élève le Charmant Som (). À l'ouest, la Grande Sure domine le plateau jurassienLa montagne de Ratz, geol-alp.com. du Grand-Ratz ( à son point culminant).
Topographie Le sommet s'élève à d'altitude. À son pied se trouvent la plaine du Guiers (environ ) au nord et le col de la Placette () à l'ouest qu'il domine donc de près de de déniveléLa Grande Sure, geol-alp.com. ; le col de la Charmette () est situé au sud-est. À l'est se trouvent les cols de la Sure () et de la Grande Vache (), au nord-est ceux de la Petite Vache () et de la Charmille ().
Depuis le Pays voironnais, d'où elle est particulièrement visible, la Grande Sure a la forme d'une molaire qui serait légèrement penchée vers l'est en raison de l'inflexion aux extrémités de sa crête sommitale. Depuis l'est, son aspect est plus acéré. Ses parois dominent des prairies d'altitude sillonnées d'éboulis et situées au-dessus de la limite des arbres entre et d'altitude. Plusieurs torrents s'écoulent sur le versant occidental de la montagne : le ruisseau de Chorolant au nord, le ruisseau du Grand Moulin d'où jaillit la cascade de la Pisserotte, le Petit Ruisseau aussi nommé ruisseau des Bouzes, et le ruisseau de Grépy aussi nommé ruisseau de l'Hérétang au sud.
thumb|center|upright=2.5|Vue de la Grande Sure depuis le plateau du Grand-Ratz.
Géologie La Grande Sure est composée de calcaires du Fontanil correspondant à l'étage du Valanginien formés par sédimentation marine dans la Téthys alpine au cours du Crétacé inférieur. L'étage supérieur du Hauterivien constitue le talus occidental de la crête d'Hurtières, à l'est. L'Urgonien, caractéristique des autres sommets principaux de la Chartreuse, est ici présent uniquement sur le versant oriental de la crête d'HurtièresLes traces d'un ancien aplanissement, geol-alp.com.. Dans la direction opposée par rapport au sommet, le versant occidental de la Grande Sure est composé de calcaires et roches marno-calcaires du Berriasien. Ils dominent à l'ouest les calcaires du Tithonien correspondant au Jurassique supérieur et les molasses du Miocène.
La Grande Sure est constituée par le versant occidental du vaste synclinal de Proveysieux, centré sur le col de la Charmette. Les promontoires rocheux à l'ouest du sommet, au niveau de Pierre Taillée et des Trois Fontaines, forment un anticlinal qui vient chevaucher le synclinal de Voreppe. Le découvrement de roches inférieures à l'Urgonien dans la région de la Grande Sure s'explique par une ou deux périodes de pénéplanation, dont la plus récente remonterait au Villafranchien (fin du Pliocène-début du Pléistocène), alors que le plissement alpin était encore en cours. Les traces de cet aplanissement sont visiblement au sommet de la Grande Sure et le long du versant oriental de la crête d'Hurtières. Le plissement tectonique tardif du chevauchement de Voreppe, suivi d'une érosion différentielle, au Quaternaire, ont achevé de mettre les roches plus anciennes au jour. Les vallons au nord et au sud du col de la Sure mettent en évidence la présence d'anciens glaciers sur le versant oriental de la montagne A. Tanitte, Réflexions sur le glaciaire cartusien autochtone, Revue de géographie alpine, vol. 57, , 1969, pages 515-528..
Climat thumb|alt=Photographie en noir et blanc d'un vallon enneigé parsemé d'arbres et, en arrière-plan, une montagne avec un versant incliné.|Vue de la Grande Sure en hiver, sous la neige.
Le massif de la Chartreuse est soumis à un climat océanique montagnard. Il agit comme une barrière face aux vents dominants d'ouest venant de l'océan Atlantique et reçoit ainsi une grande quantité de précipitations, avec un pic au début du printemps et un autre au début de l'automne. Un tiers de ces précipitations se produit sous forme de neige. De ce fait, l'épaisseur du manteau neigeux au col de Porte () avoisine un mètre fin février, mais a atteint des hauteurs record de 200 à pour la même période en 1979, 1982 et 1985. Toutefois, l'enneigement moyen, qui a diminué de moitié depuis cinquante ansL'eau entre mémoire et devenir - Hydrographie et pluviométrie en Chartreuse - Un massif arrosé toute l’année, Amis des parcs naturels régionaux du Sud-Est., est mesuré à cinquante centimètres en moyenne depuis dix ans au cours de l'hiver. Ainsi, depuis les années 2000, la neige se maintient en moyenne par an au col de Porte, soit trente jours de moins que dans les années 1960 ; la présence d'un manteau neigeux supérieur à un mètre a reculé de quinze jours tous les dix ans en moyenne sur la même période. Cette observation coïncide avec une hausse des températures de depuis un demi-siècle sur une période du au Hivers au Col de Porte, Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie..
Faune et flore La Grande Sure est un refuge du chamois Montagne de la Grande Sure (Identifiant national : 820032131), Inventaire des zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique, 2014.. Le Mouflon corse est introduit en 1970 et compte une centaine d'individus se déplaçant du Charmant Som en été aux environs de la Grande Sure en hiver Nicolas Paour, La réintroduction du bouquetin en Chartreuse, 2014.. Parmi les espèces d'oiseaux inventoriées figurent l'Aigle royal et le Tétras lyre, protégées au titre de la Directive oiseaux, ainsi que le Chocard à bec jaune et la Bécasse des bois.
Le Sabot de Vénus est protégé au titre de la Directive habitats. Comme cette espèce, la Primevère oreille d'ours et la Saxifrage variable sont protégées sur l'ensemble du territoire métropolitain. On trouve également l'Œillet de Montpellier, le Millepertuis à sous (ou Vulnéraire du Dauphiné), la Potentille luisante, le Daphné des Alpes, l'Épipactis à labelle étroit, la Lunaire vivace, l'Orobanche du sermontain et une espèce de fougère, le Polystic à aiguillons.
Histoire thumb|left|alt=Carte postale en noir et blanc avec des gorges surplombées, en arrière-plan, par une montagne enneigée.|Carte postale datée de 1935 représentant les gorges de Crossey et la Grande Sure.
Au milieu du est évoquée l'existence de chalets, désormais disparus, à la Grande et à la Petite Vache. Les pâturages de la Grande Sure sont exploitésRichard, Guide du voyageur en France, coll. des Guides Joanne, L. Hachette et Cie., , 1861, page 255.. En 1882, Émile Viallet consacre dans Le Dauphiné un article à la montagne, qui est ensuite publié dans un ouvrage de seize pages intitulé Ascension de la Grande Sure (massif de la Chartreuse) par Voreppe, Pommiers et le Pas de la Miséricorde, avec indications de divers itinérairesÉmile Viallet, Ascension de la Grande Sure (massif de la Chartreuse) par Voreppe, Pommiers et le Pas de la Miséricorde, avec indications de divers itinéraires, coll. Bibliothèque du Touriste en Dauphiné, Xavier Drevet, 1882..
thumb|alt=Photographie en noir en blanc d'une croix sommitale en bois et d'un cairn avec un ciel nuageux.|Vue de la croix sommitale et d'un cairn à la Grande Sure.
En , la croix sommitale de la Grande Sure est la première d'une longue série à être vandalisée dans le massif de la ChartreuseJean-Louis Ruchon, Qui en veut aux croix de la Chartreuse ?, site du Parisien, 29 juillet 2000.. L'année suivante, deux nouvelles croix sont préparées pour ce sommet. Le , la plus grande, faite en lamellé-collé, est installée afin qu'elle soit visible depuis le Voironnais. Elle est de nouveau abattue une dizaine de jours plus tard, alors qu'un nuage recouvre le sommet. Le , elle est redressée mais a perdu de hauteur. La seconde croix, plus ouvragée, est finalement posée sur Chamechaude, qui avait perdu la sienne depuis plusieurs annéesNicolas GAMBY, photos de montagne, d'ici et d'ailleurs - La Chartreuse y croix..
Activités Randonnée thumb|alt=Crête montagneuse dépassant de la limite des arbres.|Vue du versant oriental de la Grande Sure depuis le sommet du Charmant Som.