Les Suèves (Suevi ou Suebi en latin) sont un groupe de peuples germaniques mentionnés pour la première fois par César durant la Guerre des Gaules lors de ses affrontements avec Arioviste en 58 Ils participent aux grandes invasions de la fin de l'Empire romain et laissent de nombreuses empreintes géohistoriques, notamment dans la région d'Allemagne, qui aujourd'hui encore porte leur nom, la Souabe.
Généralités Tacite, dans sa Germanie, 39, témoigne que les Semnons passaient pour la souche du peuple suève : vetustissimi Sueborum.
Les études ethnonymiques, toponymiques et hydronymiques permettent aujourd'hui d'établir une présence vaste et diffuse en Europe centrale, en Europe de l'est et dans une moindre mesure en Europe de l'ouest, de l'ensemble des peuples suèves au cours de la période antique.
En latin, Suebi, Suabi ou Suevi fait référence à un groupe germanique établi dans le nord-est de la Magna Germania sur la mer Baltique, elle-même portant le nom homonyme de Mare Suebicum. Ptolémée (vers 100, † environ 175) dans sa Géographie, localise les rivières actuelles, la Dziwna (en allemand moderne Dievenow, en polonais Świna [ɕfiːna]) et le fleuve Suebos (grec Συήβος, Suevus en latin classique, Viadrus en néolatin, devenu Oddera ou Odera en latin médiéval, et aujourd'hui l'Oder). Ainsi, le nom tribal des Suebi peut se laisser interpréter comme provenant de la zone de peuplement d'origine en tant que « peuple de l'Oder » ou encore le nom de la rivière Suevus comme le nom du fleuve des Suèves.
L'étymologie de l'ethnonyme « Suèves » se forme sur la racine indo-européenne « *s(w)e-bh(o)- », qui est aussi à l'origine du mot germanique sibja « parenté de sang » , transcrit en anglais en sib et sibling.
Les sources antiques perdent leur trace au avant notre ère, avant que ne réapparaisse leur nom dans des sources plus tardives. Durant les invasions barbares, leur migration suit celle des Vandales, une partie d'entre eux traverse la Gaule jusqu'en Espagne et fonde un royaume suève dans l'actuelle Galice qui perdura de 410 à 584 avant d'être absorbé dans le royaume wisigoth.
Suèves selon César En 58 , dans une bataille sur le Rhin, César défait les Suèves, qui, conduits par Arioviste, avaient pénétré en Gaule. Dans ses rapports, il conçoit comme Suèves les peuples germaniques habitant à l'est des Ubiens et des Sicambres et indique qu'ils comptaient avec capables de combattre, mais qui se seraient retirés, lors de sa traversée du Rhin, vers la forêt de Bacenis (le massif d'Allemagne centrale, qui, selon César sépare les Suèves des Chérusques). Cette localisation est néanmoins considérée comme incertaine. En effet, ils n'auraient pas connu de résidence fixe, mais au contraire, se seraient déplacés chaque année, dans le cadre de campagnes armées. La taille de l'alliance tribale suève était probablement due, dans la majorité des cas, à l'intégration d'autres tribus attirées par la gloire des Suèves à la guerre.
Selon les sources archéologiques, on observe des colonies tout à fait permanentes au nord du Main, et le long de celui-ci. De même, les oppida celtiques ont été occupés dans la région, peu de temps après l'immigration germanique. Ces prétendus Suèves du Main, qui furent en 9/10 soumis par Drusus, seraient, d'après les fouilles archéologiques, un mélange de peuples germaniques du Rhin-Weser et de peuples germaniques de l'Elbe.
Suèves du Neckar vignette|350x350px|Statuette romaine représentant un homme suève trouvée à Apt, France. Selon des inscriptions trouvées, des Suèves Nicrenses (Suèves du Neckar) auraient vécu, sous la domination romaine, dans la région de Lopodunum (aujourd'hui Ladenburg) aux La Civitas Ulpia Sueborum Nicretum, qui se trouvait près de Ladenburg, devait son nom à ces peuples suèves. Il s'agit probablement de groupes demeurés sur place après l'expulsion de 58 , ou encore de colons, voire d'autres peuples déportés là. Dans une carte routière romaine de l'Antiquité tardive, la Tabula Peutingeriana, on trouve également, entre Alamannia et les Burcturi (= Bructères), le nom Suevia, qui est probablement lié aux Suèves du Neckar.
Romanisation et germanisation Il ne resterait rien du peuple suève si l'un des acteurs majeurs, la légion d'occupation, ne l'avait, par intérêt à long terme, protégé de la déportation massive, voire d'une mise en esclavage. L'armée romaine avait besoin d'auxiliaires, de serviteurs connaissant bien le terrain, de manière à faciliter son implantation au nord du Danube et de la Forêt-Noire (dans l'est de l'actuel Land du Bade-Wurtemberg).
Mieux, l'embryon de cadastre et les voies que l'armée romaine élabore, permettent de fixer les toponymes suèves. Les Suèves éleveurs sont tolérés dans les réserves forestières des vastes domaines romanisés. La culture suève ne conserve sur ses territoires d'origine qu'une dimension agropastorale, ce qui explique la profonde continuité de la délimitation de l'espace souabe.
La germanisation des abords du limes se renforce brusquement au début du . Les infiltrations se multiplient, et en particulier des bandes de Suèves nordiques visitent leurs anciennes terres ou parfois s'infiltrent plus loin vers le Sud et l'Ouest. Le pouvoir romain doit composer. Il prend les meilleurs éléments à son service et achète la paix au moyen de sommes d'argent, de biens matériels divers (vaisselle en bronze ou en or ; objets de culte importés), de promotions hiérarchiques et de prestige militaire, ainsi que par la promesse de recrutement massif auprès des pouvoirs d'assemblée germanique. Les troupes indisciplinées de Suèves doivent se plier à un recrutement militaire, à moins de se voir isolées et vaincues, les survivants, casés dans des contrées dépeuplées à l'état de lètes ou lœti. Des inscriptions épigraphiques Loeti gentiles Suevi en Belgica prima et secunda, mais aussi au Mans et à Clermont en Auvergne témoignent de cette dispersion.
L'Allemagne du Sud devient la terre des Alamans au moment où les cités bien vivantes se réinventent un passé suève ou celte pour affirmer une identité originale. vignette|Migrations suèves en Europe
Migrations germaniques et royaume suève
vignette|droite|Carte du royaume suève de Galice indiquant la localisation de Braga où il reste des vestiges archéologiques des Suèves. : limites de la province romaine : région ayant changé d'autorité : limites du royaume. Un fort contingent de Suèves suit le parti politique des Vandales qui franchissent le Rhin, gelé en 406, pour traverser la Gaule de part en part, vers les terres méditerranéennes. Les armées itinérantes sont refoulées dans la péninsule Ibérique. Elles se querellent pour la suprématie ; le parti suève est écrasé par les Vandales à Mérida en 428-429.
Les Suèves indésirables sont pourchassés et ils s'enfuient vers le nord-ouest de l'Espagne, trouvant des hôtes amicaux dans la forêt de Galice. Il semble que les Suèves, . Mieux, ils en deviennent indélogeables, et lancent des expéditions guerrières réussies en Lusitanie et en Bétique. Le roi suève Réchiaire adopte la religion chrétienne du peuple galicien vers 448. Son royaume stable est toléré par les souverains wisigoths, avant d'être annexé en 585. Il constitue le premier jalon du royaume de Vieille-Galice, à l'origine du Portugal.
À l'origine de la Souabe médiévale vignette|369x369px|Sveviae en Latin, la Souabe, pays des Suèves. La Souabe, en allemand Schwaben, désigne une région arrosée par le haut Danube et surtout un duché puis un cercle médiéval du Saint-Empire romain germanique ou Kreise, situés entre la Thuringe au nord et la Suisse alémanique au sud, entre la Forêt-Noire à l'ouest et la Bavière à l'est. Le toponyme dérive du moyen-haut-allemand swãben, datif locatif pluriel du nom ethnique.
Le monde alémanique s'assimile au monde franc au début du . Pendant plus de deux siècles, le duché d'Alémanie mérovingien s'étend, puis se divise et s'émancipe. Il s'étend de l'Alsace aux confins de la Bavière naissante, contrée véritablement marginale, touchée par un vigoureux processus de slavisation au . Pendant ce temps naît une culture paysanne sédentaire au sein des petits pays souabes. Ces pagi (singulier pagus) en latin ou Gaue(n) (singulier Gau) en langue germanique sont localisés à l'aide des principaux noms de rivières et de relief, accolés au génitif.
En 746, Pépin le Bref reprend en main l'Alémanie. Si quelques familles de dignitaires carolingiens exhument précocement le nom générique de Souabe, l'accolant à leur nom dynastique ou de responsable officiel de partie du duché, la Souabe n'émergera véritablement qu'au pour désigner une entité ducale quasi-autonome, au sein d'une Alémanie plus vaste, plus floue et surtout sans cohésion. La croissance démographique paysanne de l'ancienne Alémanie est vigoureuse. La mer souabe est dorénavant synonyme de lac de Constance.
Territoire originel et ethnogenèse selon les versions de la littérature antique
Dans La Germanie, Tacite place le territoire originel des Suèves entre Elbe et Oder : «... Les Suèves sont divisés en plusieurs nations dont chacune a conservé son nom, quoiqu'elles reçoivent toutes le nom commun de Suèves... Les Semnones se disent les plus anciens et les plus nobles... Les Lombards trouvent leur sûreté dans les combats et l'audace. Viennent ensuite les Reudignes, les Aviones, les Angles, les Marins, les Eudoses, les Suardones et les Nuithones, tous protégés par des fleuves ou des forêts. Leur usage commun à tous, c'est l'adoration d'Ertha, c'est-à-dire la Terre Mère...» Pour StrabonStrabon Géographie, VII, 1, 3, 5: « Il s'en faut de bien peu que ces montagnes de Germanie atteignent l'immense altitude des Alpes. C'est dans cette partie de la Germanie que s'étend la forêt hercynienne, et que se trouve répandue la nation des Suèves...». César décrit les Suèves comme un peuple de pasteurs guerriers se déplaçant dans de vastes forêts et possédant des forteresses, il écrit notamment que «...ce peuple se divisait en cent cantons dont chacun pouvait armer ...». Ptolémée ne regroupe sous la dénomination de Suèves que les Lombards, Semnones et Angles.
Différentes hypothèses ont été formulées pour tenter de concilier les informations collectées, telle que celle faisant porter l'ethnonyme sur l'ensemble des tribus germaniques non sédentarisées ou sur des Germains mêlés de Celtes et Slaves… Le texte de Strabon a proposé des rapprochements toponymiques faisant du Harz le territoire originel des Suèves.
La problématique concernant l'origine ethnique des tribus suèves se pose également par le biais de l'archéologie. On peut ainsi désigner certaines tribus suèves comme étant germaniques, d'autres celtes ou encore celto-germaniques. Il est notable que des fouilles archéologiques sur le territoire supposé suève, ont détecté et démontré que les rites funéraires (incinération et urne funéraire pour les germains; mise en terre pour les celtes) et les faciès archéologiques des Suèves sont indubitablement hétérogènes et divergents. De même, concernant l'armement et les boucliers (ovales pour les peuples celtes, ronds pour les peuples germains).
Il en résulte une grande zone d'ombre concernant l'étude de l'ethnogenèse des Suèves. Néanmoins on peut conclure avec certitude qu'ils n'étaient ni entièrement celtes, ni entièrement germainsCf. .
Migrations antiques des Suèves selon deux modèles historiques Poussés sans doute par d'autres peuples migrants, les Suèves quittent la rive orientale de l'Elbe au Menés par Arioviste, leur migration les conduit aux abords de la Gaule dont Jules César les éloigne en -58. Dès lors, c'est sur la rive orientale du Rhin qu'ils se fixent provisoirement, dans une région dont le toponyme est issu de leur ethnonyme : la Souabe.
Thèse « gauloise » :