Les religions open-source (open-source religions en anglais) s'inspirent des licences informatiques open-source appliquées à la conception et au partage des croyances religieuses. A l'inverse des religions traditionnelles qui utilisent des structures propriétaires, qui dépendent d'une autorité, qui sont hiérarchisées et résistantes au changement, les religions aux sources libres mettent l'accent sur le partage d'un bien culturel commun, la participation des membres, l'autodétermination, une gestion décentralisée et la possibilité d'évolution. Elles tentent d'appliquer les principes des logiciels libres à l'organisation de communautés religieuses. Ces religions développent leurs rituels et leurs systèmes de croyances de façon évolutive grâce au dialogue entre les participants. Les organisateurs et les membres se réclament du mouvement de la culture libre.

Origine En 1994, avec son essai, The Holy War : Mac vs. DOS, l'érudit et romancier Umberto Eco a popularisé l'utilisation de métaphores religieuses pour comparer la conception du système d'exploitation et l'expérience utilisateur. À la fin des années 1990, les termes anglais « open source religion » ont commencé à apparaître dans des magazines spécialisés américains par analogie avec le système d'exploitation open source Linux. L'idée était de mettre en évidence les différences philosophiques entre les partisans des logiciels open source et les autres. En 2001, le psychanalyste Daniel Kriegman a commencé à décrire une religion qu'il a inventée appelée Ozacua (plus tard Yoism) comme « la première religion open-source ». Le concept a ensuite été développé par le théoricien des médias, Douglas Rushkoff dans son livre, Nothing's Sacred: The Truth about Judaism (2003), où il a offert la description suivante comme introduction au judaïsme à source ouverte :

« Une religion open-source fonctionnerait de la même manière que le développement de logiciels open source : elle ne serait pas gardée secrète ni mystérieuse. Chacun contribuerait aux "codes" que nous utilisons pour comprendre notre place dans l'univers. Nous permettrions à cette religion d'évoluer sur la base de la participation active de ses membres... Une approche "open source" de la religion nous feraient en outre profiter des divers points de vue individuels des membres actifs ce qui nous permettraient de développer une vision plus juste du monde et de notre place en son sein ».

Discordianisme, gauche d'auteur et logiciels open-source Avant la création du terme open-source en 1998 ou même la naissance du mouvement du logiciel libre, le Principia Discordia, un texte religieux discordien écrit par Greg Hill et Kerry Wendell Thornley, incluait la clause de non-responsabilité suivante dans sa 4e édition (1970), « Ⓚ TOUS DROITS INVERSÉS – Réimprimez ce que vous aimez. » À l'été 1970, les implications de la clause de non-responsabilité étaient discutées dans d'autres publications clandestines.

« Les éditeurs ne sont pas susceptibles d'être intéressés par la publication du Principia en raison, au moins, de l'anti droit d'auteur qui s'applique à celui-ci. En effet, même si un éditeur parvenait à bien le vendre, n'importe quel autre éditeur pourrait l'imprimer à son tour sans avoir à demander la permission du premier. Par conséquent, la publication et la diffusion du manifeste ne peuvent se faire que spontanément, par le biais de la « clandestinité », au fur et à mesure que les cultures alternatives apprennent à répondre à leurs propres besoins et à fournir leurs propres services. Cette limitation anti commerciale du Principia n'est pas un hasard, elle permet d'ouvrir des possibilités dans d'autres domaines. Le Principia n'est pas simplement un manifeste, c'est une démonstration en soi ».

Au milieu des années 1970, porté par la contre-culture, le concept d'anti droit d'auteur influence toute une génération de Discordiens ainsi que des amateurs de la culture du hacking naissante. Le projet de création du langage informatique gratuit Tiny BASIC fut proposé par Bob Albrecht et Dennis Allison dans le magazine Dr. Dobb's Journal of Tiny BASIC Calisthenics & Orthodontia. Les premières lignes du code source du Tiny Basic publiées en 1976 par Li-Chen Wang annonçaient sa libre distribution par la clause '(ↄ) COPYLEFT ALL WRONGS RESERVED'. Quelques années plus tard, en 1984-1985, le programmeur Don Hopkins envoya à Richard Stallman une lettre intitulée Copyleft - all rights reversed que l'on pourrait traduire en français par « Gauche d'auteur - tous droits inversés ». Stallman choisit cette expression pour qualifier sa méthode de distribution de logiciels gratuits, qui impliquait que l'auteur renonce aux droits habituels de copyright et publie son travail sous des licences très permissives.

Le discordianisme et le « Kopyleft » entretiennent des relations étroites comme l'explique le Discordien Rev. Dr Jon Swabey dans son ouvrage Apocrypha Discordia. Il écrit :

« Le discordianisme et le concept de KopyLeft vont de pair. Bien qu'il ne s'agisse que d'une petite partie de la gestalt de la contre-culture, je pense que le Principia Discordia a probablement été l'une des premières expressions et un des plus fervents défenseur de cette idée, qui a vu depuis l'apparition du concept d'Open source, avec des développements comme le Système d'exploitation Linux ».

== Concept dopen source dans les traditions religieuses établies == Pour les traditions établies dont les œuvres canoniques, les enregistrements de discours et les œuvres d'art inspirées résident dans le domaine public, le fait de garder ces œuvres ouvertes et disponibles face aux intérêts de propriété a inspiré plusieurs initiatives open sources. Le libre accès aux ressources et la réutilisation adaptative des matériaux partagés sous licence libre fournissent une structure par laquelle les communautés peuvent innover de nouveaux systèmes religieux en collaboration sous l'égide de la loi sur le droit d'auteur. Pour certains mouvements religieux, cependant, l'accès et l'alphabétisation du public, ainsi que le potentiel de réutilisation adaptative offrent également une opportunité d'innovation et de réforme au sein des traditions établies. Dans une interview d'Alan Jacobs pour le magazine The Atlantic sur la religion open-source, Aharon Varady (directeur fondateur de l'Open Siddur Project) a expliqué que « les cultures respirent la créativité comme nous respirons l'oxygène » arguant que l'''open-source fournit une stratégie possible pour garder une tradition vivante tout en préservant les œuvres historiques comme non exclusives pendant une période de transition des médias analogiques aux médias numériques.

Judaïsme open source vignette| Logo du judaïsme open source Bien qu'il s'agisse plutôt d'une œuvre de contre-culture juive radicale des années 1960 que d'une œuvre vraiment religieuse, le recueil de chansons satiriques Listen to the Mocking Bird (Times Change Press, 1971) de Naphtali Kupferberg du groupe The Fugs contient la première mention explicite du copyleft dans une clause de non-responsabilité relative aux droits d'auteur. Des tentatives ultérieures de développer l'open source dans le judaïsme ont commencé à apparaître en 1988 avec le code du logiciel libre écrit pour calculer le calendrier hébraïque inclus dans Emacs. Après la popularisation du terme « open source » en 1998, des essais et des manifestes liant lopen source et le judaïsme ont commencé à apparaître en 2002 parmi des penseurs juifs familiers avec les tendances des nouveaux médias. En août 2002, Aharon Varady a proposé la création d'un « Open Siddur », un projet de contenu généré par les utilisateurs sous licence open source pour numériser des documents liturgiques et écrire le code nécessaire à la publication sur le web to print des Siddurim (livres de prières juives) and . Pendant ce temps, le théoricien des médias Douglas Rushkoff exprime ainsi sa compréhension de l’open source dans le judaïsme. « Le but du jeu, pour moi est de recontextualiser le judaïsme en tant que proposition entièrement open-source ».

Le terme « Judaïsme Open-Source » est apparu pour la première fois dans le livre de Douglas Rushkoff, Nothing Sacred : The Truth about Judaism (2003). Rushkoff a utilisé le terme « Open Source » pour décrire un modèle d'organisation démocratique permettant de collaborer sur une source commune : la Bible hébraïque ainsi que sur d'autres œuvres essentielles du judaïsme rabbinique. Rushkoff affirme qu'on peut penser le judaïsme comme une religion open-source, qu'il conçoit comme « l'affirmation selon laquelle la religion n'est pas une vérité préexistante mais un projet en cours. Elle peut être divinement inspirée, mais c'est une création d'êtres humains travaillant ensemble. Une collaboration. » Pour lui, l’open source offrait la promesse de générer des changements grâce à une nouvelle culture de collaboration et un meilleur accès aux sources. « Quiconque veut pratiquer le judaïsme devrait avoir accès au judaïsme. Le judaïsme n'est pas seulement quelque chose que vous pratiquez, c'est quelque chose que vous incarnez. Vous devez apprendre le code pour le modifier ». La publication en 2003 du livre de Rushkoff Nothing Sacred : The Truth about Judaism et un forum en ligne dédié au « Judaïsme Open Source » ont inspiré plusieurs projets de création d'applications Web pour générer des Haggadot sur mesure pour la Pâque juive. Cependant, le code de celles-ci n'a pas été partagé sous licence libre.

À partir du projet Open Siddur en 2009, les projets open-source du judaïsme ont commencé à partager publiquement leur code logiciel sous licences open source et leur contenu sous licences libres, conformément aux préconisations de la culture libre. Les objectifs explicites de ces projets ont également commencé à différer du « judaïsme open source » de Rushkoff. Plutôt que de chercher à réformer les pratiques ou doctrines religieuses, ces projets ont utilisé des licences libres pour permettre aux utilisateurs d'accéder et de créer leurs propres ressources à partir d'un stock commun de textes canoniques et de traductions. En 2012, les projets open source du judaïsme visaient principalement à faciliter le partage de ressources pour la transcription et la traduction d'œuvres existantes dans le domaine public, ainsi que l'adaptation et la diffusion d'œuvres partagées par les titulaires de droits d'auteur sous licences libres.

Yoga open-source À la suite des réclamations de certains instructeurs de yoga qui voulaient protéger des postures, la fondation Open Source Yoga Unity a été créée en 2003 pour revendiquer que les postures de yoga appartiennent au domaine public. L'organisation met en commun des ressources pour contrer légalement l'application d'un droit d'auteur qui pourrait s'appliquer sur certains style de yoga, garantissant ainsi : « sa pratique continue, naturelle et sans entrave, pour que tous puissent en profiter et se développer ». L'organisation explique que « bien que nous apprécions les enseignements des professeurs de yoga, nous ne pensons pas qu'ils aient le droit légal d'imposer un contrôle sur l'enseignement ou la pratique du yoga d'autrui ». Dans le litige d'''Open Source Yoga Unity contre Bikram Choudhury (2005), l'organisation est parvenue à un règlement à l'amiable. Elle a évité un procès devant un tribunal fédéral qui aurait eu à déterminer la légalité du droit d'auteur sur la séquence de 26 postures et deux exercices de respiration que Bikram Choudhury voulait protégerOpen Source Yoga Unity v. Bikram Choudhury (N.D. Cal., 4/1/05, No. C 03–3182 PJH).

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