Rudolf Vrba, né Walter Rosenberg le à Topoľčany, Slovaquie et mort le à Vancouver (Canada). Rescapé de la Shoah, il s’évade d’Auschwitz et est principalement connu pour son rapport sur le camp d'Auschwitz, rédigé avec son codétenu Alfred Wetzler. Il devient pharmacologue au canada.

Interné en , il est l’un des seuls Juifs à avoir réussi à s’évader du camp le , désillusionné par les possibilités de résistance interne après qu’il a été témoin de l'extermination en masse des Juifs de France et de Hollande à Auschwitz-Birkenau. Arrivé avec Alfred Wetzler en Slovaquie, les deux hommes témoignent auprès de dirigeants juifs locaux (Haut Conseil juif) du génocide en cours. Leur compte-rendu détaillé du mode opératoire des nazis à Auschwitz est connu sous le nom de Rapport Vrba-Wetzler. Ce document transmis en Occident en est rendu en partie public fin juin ; il contribue probablement à renforcer le mouvement international de protestation contre la déportation des Juifs de Hongrie. Engagé dans l'armée des partisans tchécoslovaques, en , Rudolf Vrba sera décoré pour sa bravoure.

Après la guerre, il poursuit une carrière de chercheur en neurochimie et d'enseignant en pharmacologie. En 1963, il publie un livre sur sa détention à Auschwitz (), et témoigne notamment dans le film Shoah de Claude Lanzmann.

Biographie Prisonnier à Auschwitz

Rudolf Vrba naît, sous le nom de Walter Rosenberg, le , à Topoľčany, en Tchécoslovaquie. Son père est propriétaire d’une scierie. Lorsque les lois anti-juives sont instaurées en Tchécoslovaquie, il est exclu, à l’âge de , de son lycéeRudolf Vrba, curriculum vitæ, University of British Columbia   . Il travaille alors comme ouvrier à Trnava, tout en poursuivant ses études chez lui. Il étudie ainsi l’anglais et le russe. À l'âge de 17 ans, en , il décide de rejoindre l’armée tchécoslovaque en Grande-Bretagne, en transitant par la Hongrie et la Yougoslavie Annette Wieviorka, Auschwitz, après,  Robert Laffont, Parsi, 2005, p. 196-215. À Budapest, il rebrousse chemin, et retourne vers la Slovaquie. Il est alors fait prisonnier et emmené au camp slovaque de Nováky. Il réussit à s’en évader mais est à nouveau arrêté, et est interné, le , au camp de Majdanek . De là, il est transféré, avec 400 Juifs slovaques, au camp d’Auschwitz. Il arrive dans le camp le 29 ou le  .

D' à , Rudolf Vrba est obligé de travailler dans l'unité de triage des bagages et des vêtements de victimes déportées. À l’été 1943, il est affecté, comme prisonnier, au poste de secrétaire du camp de mise en quarantaine pour hommes, à Auschwitz-Birkenau . Ce travail lui permet de collecter plus d'informations sur le génocide en cours, ainsi que sur les plans des nazis. Il observe qu'une nouvelle ligne de chemin de fer est mise en place pour préparer l'arrivée et l'extermination des Juifs de Hongrie. Cette nouvelle donnée l'engage à mettre à exécution son projet d'évasion : « J'avais une raison impérative de le faire. Ce n'était plus seulement pour faire rapport d'un crime, mais pour en éviter un ».

L'évasion

Les tentatives de s'échapper du camp d'Auschwitz sont relativement peu nombreuses et très risquées. Sur 802 essais d'évasions répertoriés pendant la guerre, seuls 144 ont réussi. Et sur 76 Juifs qui ont essayé de s'enfuir, cinq y sont parvenus. Avec un autre détenu, Alfred Wetzler, il met alors au point un plan d'évasion. Un nouveau secteur (B III), répondant au nom de Mexico, est alors en construction. Ce secteur est à l'extérieur du périmètre de fils barbelés qui entourent le camp d'Auschwitz-Birkenau, et n'est gardé que de jour Rudolf Vrba, avec Alan Bestic, Je me suis évadé d'Auschwitz, trad. éd. Ramsay, éd. J'ai lu, 2006, p. 300. Vrba et Wetzler utilisent une cachette aménagée par d'autres prisonniers sous une pile de bois. Ils y entreposent des vêtements civils pour la route. Le , Rudolf Vrba et Alfred Wetzler se dissimulent dans cet abri . .. D'autres prisonniers recouvrent la cavité de planches et répandent sur son pourtour du tabac russe, trempé dans de l'essence, pour tromper le flair des chiens. Lorsque leur disparition est constatée, des centaines de gardes et de chiens sont mobilisés pour les retrouver. Au bout de trois jours, les autorités du camp font cesser les recherches. Le soir du , Vrba et Wetzler sortent de leur cachette et s'enfoncent dans la nuit en direction de la Slovaquie. Cela faisait deux ans que Rudolf Vrba était détenu dans le camp .

Quand ils s'échappent du camp, Vrba et Wetzler ne peuvent compter sur aucune aide préétablie pour faciliter leur fuite, en effet, après la campagne de Pologne, des Volksdeutsche ont remplacé la plupart des Polonais dans la région d'Auschwitz pour prévenir d'éventuelles évasions. Coupés du monde depuis des années, ils sont livrés à eux-mêmes dans la campagne polonaise. Ils reçoivent toutefois le soutien, à plusieurs reprises, de paysans polonais. Le , dix jours après leur évasion, ils franchissent la frontière avec la Slovaquie ..

Le Rapport Vrba-Wetzler Rédaction et transmission du rapport Le , Vrba et Wetzler arrivent à Žilina, où ils prennent contact avec les responsables du Conseil juif slovaque. Leur identité est vérifiée grâce aux listes de déportations, établies deux ans auparavantRaul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, tome III, Gallimard-Folio, 2006, .. Ils témoignent de l'extermination en cours. On leur demande alors de mettre par écrit toutes ces informations. Ils sont séparés, et rédigent, chacun de son côté, tout ce qu'ils savent sur les camps de Majdanek et d'Auschwitz-Birkenau. Les deux versions sont ensuite réunies pour former le document connu sous le nom de Rapport Vrba-Wetzler Le Rapport Vrba-Wetzler constitue une des trois parties du dossier qui sera appelé plus tard Auschwitz Protocols. Une autre partie consiste dans le rapport, écrit en août 1943, par un membre de la résistance polonaise évadé d'Auschwitz. La dernière partie est le compte-rendu du témoignage d’Arnošt Rosin et Czesław Mordowicz, deux Juifs évadés d'Auschwitz le 27 mai 1944. John Conway, The Significance of the Vrba-Wetzler Report on Auschwitz-Birkenau, in Rudolf Vrba, I escaped from Auschwitz, Appendix I, p. 292-3, note 3.. Le rapport, écrit en slovaque, est terminé le . Il est rapidement traduit en allemand et transmis à Geza Boos, membre dissident du ministère hongrois. Il est ensuite traduit en hongrois, dans la première semaine de mai, et distribué à différents responsables hongrois. Mais début , la déportation et l'extermination des Juifs de Hongrie a déjà commencé. En lançant l'alerte, Vrba espérait que les Juifs de Hongrie, connaissant le sort qui les attendaient, se révolteraient et échapperaient, en partie, à la déportation et à la mort dans les camps. Cette question restera par la suite controversée, Vrba estimant que les Juifs hongrois n'avaient pas été avertis assez rapidement par leurs responsables Rudolf Vrba, avec Alan Bestic, Je me suis évadé d'Auschwitz, trad. éd. Ramsay, éd. J'ai lu, 2006, ..

Après avoir recueilli les témoignages des deux évadés, les leaders du Conseil juif demandent à Vrba et Wetzler de se réfugier dans les Tatras, chaîne de montagne à la frontière de la Pologne et de la Slovaquie. Ils se rendent, sous une fausse identité, à Liptovsky Svaty Mikulas. Le , deux autres Juifs, Czeslaw Mordowicz et Arnost Rosin, s'enfuient à leur tour d'Auschwitz. Arrivés le à Bratislava, ils confirment au Conseil juif que l'extermination des Juifs de Hongrie a commencé à Auschwitz-Birkenau fin avril et s'est fortement accentuée à partir de la mi-mai avec l'arrivée en masse des déportés .

Le Rapport Vrba-Wetzler arrive en Suisse vers le et est remis à Jaromir Kopecki, représentant du gouvernement tchécoslovaque en exil. Il est enfin adressé à John W. Pehle, directeur exécutif du War Refugee Board, qui le reçoit le .

Vers la mi-juin, une rencontre entre Rudolf Vrba, Czeslaw Mordowicz et Mario Martilotti, représentant de la nonciature apostolique en Suisse, est organisée dans un monastère à 30 km de Bratislava. Mario Martilotti lit le rapport sur Auschwitz. Les deux évadés insistent sur l'importance, pour les nazis, du secret dans le processus d'extermination. Ils demandent donc que leur témoignage soit largement rendu public et que l'Église catholique en Hongrie apporte, autant que possible, aide et assistance aux Juifs L’attitude de l’Église de Hongrie en faveur des Juifs fut contrastée. Le cardinal Jusztinián György Serédi, primat de Hongrie, ne fit pas de déclaration publique. Dans une lettre rédigée le 29 juin 1944, il estime que « certains Juifs ont exercé une influence pernicieuse et destructrice sur la vie morale, sociale et économique hongroise » et désire la disparition de ces « influences néfastes ». Il rappelle toutefois son souhait que personne ne soit traité injustement du fait de ses origines, que soit mis fin à la restriction illégale des droits civiques, dont les déportations. Le cardinal privilégiera, dans les négociations avec le gouvernement, la sauvegarde des Juifs convertis au catholicisme. ( Hilberg, La Destruction des Juifs d’Europe, Folio 2006, ). En revanche, Angelo Rotta, nonce apostolique, représentant du Saint-Siège, multiplie les protestations. Le 15 mai, jour du début des déportations en masse, il dénonce celles-ci auprès du ministère des Affaires étrangères. Il renouvellera ces messages d’indignation auprès du gouvernement ( Hilberg, La Destruction des Juifs d’Europe, Folio 2006, ). En octobre 1944, il donne à  Juifs des lettres dites « de protection », qui leur permettent, en grande partie, d’échapper aux commandos de la mort. En novembre, il organise, avec la Croix-Rouge, l’aide aux Juifs entraînés par les Allemands dans des marches forcées vers l’Autriche ( M.-A. Charguéraud, Les papes, Hitler et la Shoah, 2002, , et Pierre Blet, Pie XII et la Seconde Guerre mondiale, Perrin, 1997 et 2005, .).

Importance du rapport Ce témoignage sur les camps n'est pas le premier à parvenir aux alliés . D'autres documents, dont les Rapports Karski, rédigés par le résistant polonais Jan Karski, sur le Ghetto de Varsovie, les camps de Rawa Ruska, Majdanek, Treblinka et Auschwitz-Birkenau étaient déjà connus du gouvernement américain.

Un rapport sur Auschwitz, rédigé en par Witold Pilecki, capitaine de l'armée polonaise infiltré volontaire à Auschwitz durant 947 jours, de à , était ainsi arrivé, en , au quartier général de l'état-major polonais à Londres. Traduit en anglais, il fut remis à un attaché militaire américain le , et au siège de l'Office of Strategic Services à Washington vers le .

Le Rapport Vrba-Wetzler est également rédigé par des témoins oculaires directs. Il est plutôt cohérent, détaillé, contient des données chiffrées et des descriptions précises sur le camp et sur le processus d'extermination. Il donne ainsi corps et poids à toutes les informations déjà transmises sur le génocide en cours.

Interventions envisagées En mai-, des dirigeants juifs, alertés par le Rapport Vrba-Wetzler et le début de la déportation des Juifs de Hongrie, demandent aux alliés d'intervenir militairement pour arrêter le processus d'extermination. La question du sauvetage des Juifs est étudiée par les gouvernements américain et britannique, mais ne sera pas suivie d'actions ciblées. Les Alliés mettent tous les moyens dont ils disposent dans la poursuite de la guerre, la libération des camps étant une des conséquences de la victoire. Les historiens restent partagés sur l'efficacité réelle des actions envisagées, comme le bombardement d'Auschwitz ou des voies ferrées menant aux camps, pour freiner le génocide en Europe Centrale et de l'Est. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, tome III, Gallimard-Folio, 2006, p. 2071-2118. Annette Wieviorka, Auschwitz, après, éd. Robert Laffont, 2005, ch. 11, Bombarder Auschwitz ?, p. 196-226...

Influence sur la déportation des Juifs hongrois