Le pavillon coréen de l'Exposition universelle de 1900, est un emplacement dédié à la Corée dans l'Exposition universelle de Paris en 1900 sur le Champ de Mars. C'est la dernière présence de la nation coréenne unifiée et indépendante à une exposition internationale. C'est une initiative française et du gouvernement coréen, très nettement poussé par Victor Collin de Plancy, diplomate français en Corée à Séoul, qui a œuvré pour présenter les richesses culturelles, les réalisations, et les produits coréens.
Contexte
La tenue de l'exposition prend place 14 ans après la signature du traité franco-coréen de 1886 instaurant des relations diplomatiques officielles entre la Corée et la France.
Histoire Présence aux précédentes expositions L'exposition universelle de 1889 de Paris présentait un stand coréen, mais celui-ci été dû à l'initiative privée de l'amateur d'art et collectionneur français Émile Guimet et ne dura que du (alors que l'évènement commença le ) jusqu’à la clôture le .
La première participation de la Corée prend place à l'exposition de Chicago en 1893 mais sans la présence réelle d'un pavillon : elle y possédait un simple étal de marché. Cette exposition y présentait des porcelaines, des armures et des laques incrustées de nacre dans une maison au toit de tuiles.
La présence de la nation unifiée et indépendante de Corée à l'Exposition universelle de 1900 est donc la deuxième à laquelle elle prend part, mais est aussi la dernière en tant que pays souverain.
Premiers échanges C'est en 1893, à l’occasion de l'Exposition universelle de Chicago, que le diplomate français en poste en Corée, Hippolyte Frandin, a répondu aux demandes de Paris. Dans une lettre du , il rapporte que le roi Kojong lui aurait personnellement assuré de sa volonté de participer en lui promettant d'envoyer des objets et même un membre de sa famille en tant que commissaire.
Il complète en rapportant que le projet coréen à Paris surclassera celui de Chicago, qui a été, selon les termes de Kojong, été « organisée à la hâte et dans le désordre et n'a pas représenté un effort sérieux ». Enfin, Frandin ajoute que la Corée est un pays « plus riche en bonne volonté qu'en argent », et il souligne que tout réalisation coréenne devra être appuyé financièrement, sinon pris en charge, par les Français, comme cela avait été nécessaire à Chicago.
Le , une invitation officielle pour participer à l'Exposition universelle de 1900 est faite par le gouvernement français au gouvernement coréen, par l'intermédiaire de Georges Sébastien Lefèvre, chargé d'affaires de France en Corée.
Organisation de la participation de la Corée à l'évènement Ce sont avant tout des acteurs français qui dirigent le projet de 1900 : l'architecte et le financeur sont français, de même qu'une partie des propriétaires des œuvres exposées. L'événement est français et se déroule en France.
Les initiatives en faveur de la participation Victor Colin de Plancy revenu à son poste de diplomate à Séoul le , est moteur dans l'organisation de la participation de la Corée à l'Exposition universelle.
L'État coréen, tout comme les autres nations participantes, doit établir une organisation afin de planifier, décider et gérer ses intérêts en tenant compte de ses ressources pour participer à cet événement.
Sans représentation diplomatique en Europe, la Corée ne sait pas qui nommer pour le représenter à l'exposition. Alfred Picard, commissaire général de l'exploitation de l'exposition, soumet le nom de Édouard Mène, un Français qui s'intéresse aux sujets asiatiques, qui est connu comme collectionneur et connaisseur d'art japonais. Finalement, le , le gouvernement coréen nomme le général Min Yǒng-hwanAussi orthographié « Min Yeong-chan », ou « Min Young Chan », il prend le rôle de ministre plénipotentiaire auprès de six nations européennes (France, Allemagne, Angleterre, Autriche-Hongrie, Italie) dans le cadre des traités que la Corée a signés avec ces pays et en profite pour le charger de la participation de la Corée à l'Exposition universelle.
Min Yǒng-hwan ayant été nommé sans toutefois prendre ses fonctions en France, la Corée décide, en , de nommer Charles Roulina, un Français exerçant le métier de tailleur de diamants, consul général de Corée à Paris.
En 1898, Victor Collin de Plancy, sans action de la part des Coréens depuis un long moment, les exhorta le , par le biais du , à nommer un commissaire sans quoi il aurait de grandes difficultés à assurer une place pour la Corée à l'évènement. Collin de Plancy leur propose de nommer Delort de Gléon comme délégué du gouvernement impérial, ce qui est aussi proposé par Charles Roulina. Delort de Gléon est disposé à prendre les frais à sa charge. Charles Roulina, Edouard Mène et Maurice Courant les assisteront dans ses fonctions.
Constitution de la commission Entre juillet et , les membres de la commission d'organisation de la participation coréenne à l'Exposition universelle sont nommés :
Commission de Séoul Min Pyeng-Syek, fonctionnaire, membre du Conseil d'ÉtatMin Pyeng Syek est ministre de l'Instruction publique en Corée, selon l'Annuaire diplomatique de 1899. Annuaire diplomatique et consulaire consulaire de la République française. Paris : Berger Levrault, 1899. p. 401. Lire en ligne https://bibliotheque-numerique.diplomatie.gouv.fr/ark:/12148/bpt6k5327224j/f453.item Min Yǒng-hwan, fonctionnaire, vice-ministre de la Justice Ko Yong-Keun, fonctionnaire, membre du bureau des fonctionnaires en disponibilité Youn Tok-Yong, fonctionnaire, directeur de bureau de Pong-San au ministère de la Cour Yi Ying-Yong, fonctionnaire, chef du bureau des traductions au ministère de la Guerre Yi Keun-Pai, fonctionnaire, membre du bureau des fonctionnaires en disponibilité Tcheung Yong-Tou, fonctionnaire
Commission de Paris Président : Charles Roulina Membre : Édouard Mène, Maurice Courant, Commandant Vidal Commissaire Général : Alphonse Delort de Gléon, Alphonse Trémoulet Secrétaire Général : Léon Beaup
Projet du Delort de Gléon thumb|Vue de l'ensemble de la « rue du Caire » de Delort de Gléon à l'Exposition de Paris de 1889, comprenant « les acteurs » ainsi que de nombreux Européens. C'est le baron Alphonse Leopold Marie Delort de Gléon qui est le financeur et l'organisateur chargé de concevoir le pavillon coréen. Delort de Gléon a fait forte impression quelques années auparavant avec la reconstitution de la rue du Caire pour l'exposition universelle de 1889.
thumb|Partie centrale du plan d'avant-projet de Delort de Gléon. Il propose un plan avec une structure à deux ailes, d'inspiration plutôt chinoise que coréenne, ainsi qu'une attraction pittoresque « un coin de rue de Chemulpo » le long de la Seine, avec des marchandises et spectacle de coréens pour l'animation de l'endroit. Avec le projet de « rue animé coréenne » il reprend le concept qui lui a assuré du succès avec la « rue du Caire » lors de l'exposition 1889. Delort de Gléon était prêt à investir la somme de francs dans le projet de pavillon et francs pour la reconstitution de la rue de Chemulpo. Il envoie un homme, Alphonse Trémoulet, a Séoul pour trouver des objets et des personnes à même de venir à Paris pour animer le projet de rue de Chemoulpo à l'exposition.
Durant l'été 1899, la construction commence sur les plans du baron Delort de Gléon, mais celui-ci décède subitement le et en ses héritiers décide d'abandonner le projet.
Projet de Mimerel avec l'architecte Eugène Ferret et changement au sein de la commission Par l'entremise de Charles Roulina, le ministère des Affaires étrangères de Corée nomme le comte Mimerel pour remplacer Delort de Gléon, assistés de Eugène Ferret (qui remplace Trémoulet) et Eugène Leblanc (qui remplace Léon Beaup). Le commandant Vidal démissionne et est remplacé par Charles Alévêque.
Le consul Roulina trouve un autre mécène avec Mimerel qui investit dans le projet coréen, avec l'arrière pensée d'obtenir des faveurs du roi de Corée Kojong et notamment d'avoir la concession d'une mine en Corée.
Avec ces changements, le projet est réduit à un seul petit pavillon à la place du grand pavillon à deux ailes et de la rue animé.
Membre de la Commission à l'ouverture Le , la liste des membres est la suivante :
Commission impériale Président d'honneur : prince Min-Young-Chan Président : Charles Roulina Vice-président : Édouard Mène Secrétaire : Maurice Courant Secrétaire : Saltarel
Commissariat général Commissaire général : Comte Armand Florimond Joseph Auguste Mimerel Commissaire général adjoint : Eugène Ferret Secrétaire général : E. Leblanc Inspecteur des travaux : R. Dubos
Pavillon Bâtiment thumb|200px|Carte du Champ de Mars à l'Exposition universelle de 1900, avec le pavillon coréen en haut à droite, le long de l'avenue de Suffren, entre les industries chimiques et le génie civil.
Le pavillon est situé sur le Champ de Mars le long de l'avenue de Suffren. L'inauguration officielle du pavillon à lieu le . Le pavillon s'installe sur une zone de , dont couvert et découvert.
Ferret conçoit un pavillon, inspiré de la salle d'audience royale du palais de Gyeongbok de Séoul. Le bâtiment est en bois avec des couleurs vives et un toit de forme typique des constructions de l'Extrême-Orient.
Ferret décrit l’intérieur du bâtiment comme suit : , il s'est inspiré pour l'intérieur aussi de l'une des salles d'audience royale du palais de Gyeongbok de Séoul.
La superficie de la concession pour le pavillon coréen est de 30 mètres de long, avec de chaque côtés des espaces de 5 m de long et 6 m de large.
L'exposition ferme ses portes le et le pavillon est détruit.
Collections présentées au pavillon Les objets présentés au pavillon sont de différentes provenances. Les objets sont apportés par le gouvernement coréen, mais aussi par la partie française, principalement de Victor Collin de Plancy mais aussi avec des objets du médecin, chercheur et collectionneur d'art Edouard Mène, de l'ingénieur Grille, du commandant Vidal, de Jeanne Adolphine Jus et de Arnold Vissière.
Le gouvernement coréen a créé certains objets spécifiquement, comme des céramiques, pour être exposés au pavillon.
Le gouvernement coréen présente des graines, semences, sucres, produits de confiserie, des cuirs et peaux, des monnaies anciennes, des chapeaux de rois et d'empereur, de l'orfèvrerie religieuse ancienne, des bronzes anciens, niellés et incrustés, des armes de guerre anciennes, etc. Victor Collin de Plancy a collecté de nombreuses objets et livres dont certains spécifiquement pour l'évènement qui ont été exposés. Il y présente des livres et albums, des monnaies, ses soies brodés, des meubles, des poteries, des armes, des peaux de panthère, etc. Grille y présente des albums, armoires, coffret de toilette, ornements et bijoux de femmes. Vidal, des coffres armoires et bahuts. Mène, un casque de fer incrusté et damasquiné, une masse d'arme en fer. Jus, des boites en métal incrustées d'argent. Vissière une grande armoire.
Il y avait une réplique du trône royal, des porcelaines, des objets laqués, des meubles, et des livres (Chikchi simgyŏng). Il y avait des vêtements, des accessoires, des meubles, du matériel agricole coréens, des gravures sur bois, d'autres écritures bouddhistes, des soieries colorées, des porcelaines, des travaux d’ébénisterie, des bijoux et costumes. Une bannière bouddhique provenant de Konbongsa (1755) est exposée.
Le livre Jikji, le plus ancien livre au monde imprimé au moyen de caractères métalliques mobiles, est exposé au pavillon.
À la fin de l'exposition, les collections privées sont rendues à leur propriétaire. Après sollicitation française, le gouvernement coréen concède une partie des objets qu'il a apportés à l'exposition à des établissements français, principalement au Musée National des Arts et Métiers et au Musée de la Musique. Le Musée Guimet bénéficie aussi de quelques dons du gouvernement coréen.
Réception et public au pavillon