La reprise du fort de Vaux par les troupes françaises à l'automne 1916 est un épisode de la bataille de Verdun, en plein cœur de la Première Guerre mondiale.
Le fort de Vaux est aux mains des troupes allemandes depuis le début du mois de , cet ouvrage français est un des points essentiels de la ceinture de fortification autour de Verdun.
Le contexte À la suite d'une série de victoires offensives allemandes (prise du fort de Douaumont, du fort de Vaux, batterie de Damloup) le général Mangin prend le commandement du groupement D puis DE (également nommé groupement Mangin) le .
Durant l'été, les combats ne cessent dans le secteur. Les troupes françaises et allemandes se battent durement pour chaque mètre de terrain. Le front bouge en permanence de quelques mètres voire centaines de mètres et le terrain conquis un jour par un camp est repris par l’adversaire le lendemain.
Par exemple, le , on observe l'avancée la plus prononcée des Allemands vers Verdun. Ils sont arrêtés à La Poudrière, donc à environ seulement des abords de la ville de Verdun ( du centre-ville).
À l'inverse, début août, certaines troupes françaises portent le combat aux bois Fumin, à seulement du fort.
L'exemple de ce terrain pris et repris inlassablement au prix de nombreuses vies qui revient le plus souvent est celui du village de Fleury-devant-Douaumont ; il change 16 fois de mains entre juin et , entre les troupes françaises et allemandes.
Aucun camp n'arrive à prendre réellement l'ascendant. Les Allemands dominent un grand nombre de points stratégiques, ce qui bloque toutes les tentatives de progression française vers le nord et nord-est (pour dégager Verdun). Le fort de Douaumont, le fort de Vaux, la batterie de Damloup, le petit dépôt, l'ouvrage de Thiaumont et de nombreuses batteries isolées (batteries des carrières, de la fausse côte) ainsi que beaucoup de crêtes sont aux mains des allemands. Les troupes françaises, qui avancent par les ravins, boyaux et espaces exposés sont systématiquement repoussées au prix de nombreuses vies. Cependant les troupes françaises arrivent à garder les forts de Souville et Tavannes, ce qui stoppe l'avancée des troupes allemandes vers Verdun.
Le , le lieutenant-colonel Viotte commandant du régiment d'infanterie déclare : Le manque de résultats probants des attaques isolées menées depuis juin, et sachant que les Allemands ont mobilisé une proportion non négligeable de leurs ressources sur le front de la Somme, pousse l'état-major à revoir sa stratégie.
Le , le général Mangin va faire une proposition (véritable point tournant de la suite de la bataille de Verdun sur ce front), une nouvelle stratégie avant l'hiver et avant un éventuel renfort de troupes allemandes venues d'autres batailles. Il est soutenu par son supérieur hiérarchique, le général Nivelle qui va l'encourager à toujours se dépasser.
La proposition du général Mangin Extrait de la note du général Mangin au général Nivelle commandant la armée :«Les opérations menées par le groupement D.E. ont eu pour résultats de constituer une barrière de plus, en avant de Verdun, sur le front: croupe 321, retranchement Z, bois de Vaux-Chapitre mais on ne peut pas affirmer que cette barrière ne sera pas enlevée, à la suite d'une grosse attaque ; il y a donc le plus grand intérêt à organiser devant elle une avant-ligne pour éloigner les Allemands de Verdun d'une part et les mettre dans l'impossibilité d'attaquer la barrière définie ci-dessus d'autre part. 1. L'étude du terrain fixe l'objectif de cette avant-ligne aux abords du fort de Vaux et du fort de Douaumont. On sera moins bien sur ce nouveau front car les Allemands verront tout du fort de Douaumont et les communications seront difficiles mais l'intérêt tactique prime sur tout autre considération.
2. On peut se demander si la méthode des offensives de détail qui a donné de bons résultats peut continuer à être employée. Il n'en est rien. En effet, si les succès obtenus sont dus en grande partie à l'ascendant que nos troupes ont pris sur l'adversaire, le terrain a aussi une certaine influence. La position allemande formait une poche dans nos lignes, cette poche était située dans un ravin dont nous tenions une grande partie des crêtes. L'ennemi pouvait par suite être très facilement isolé de ses arrières par les tirs d'artillerie et, en outre, les actions locales pouvaient se soutenir mutuellement en se prêtant un appui très sérieux. Pour porter notre ligne actuelle en avant, la même méthode n'est plus possible, et c'est par une action à grande envergure qu'il faut progresser.
3. Moyens nécessaires : Infanterie : front à attaquer environ , 1 bataillon pour soit 12 à 13 bataillons. Ennemi : ligne 13 bataillons, ligne 5 bataillons 1/2, ligne 2 bataillons 1/2 et au repos 25 bataillons plus 12 en cours de relève. Or, c'est celui des deux adversaires qui aura les dernières réserves disponibles qui sera maître du champ de bataille. C'est donc un total de 48 bataillons, soit 4 divisions qui sont nécessaires pour mener à bien l'opération. Compte tenu des relèves, c'est en réalité seulement de 2 qu'il faudra augmenter les 2 déjà mobilisées ( et ). Artillerie de campagne suffisante car augmentée de celles des 2 . Artillerie courte du groupement presque suffisante, sérieux avantages à augmenter le nombre de pièces à tir rapide et il faudrait une batterie de 370 approvisionnée à pour des tirs de destruction sur les forts de Vaux et Douaumont. Les deux mortiers de 270 et les deux mortiers de 280 ne suffisant pas. Artillerie lourde longue : 143 batteries allemandes, nous pouvons contrebattre 49 de ces batteries, il reste donc 94 à contrebattre». Le , le général Nivelle approuve le projet d’attaque et l'annexe .
Position des armées vignette| : positions des armées devant Verdun, Image HD. La armée, commandée par le général Nivelle, occupe le front de Chauvoncourt jusqu’à la frontière avec la Marne au niveau des Islettes, en contournant Verdun (sur la carte du encadré en violet il y a Verdun, encerclé de vert la armée et en pointillé vert le front autour des forts de Douaumont et de Vaux).
Le groupement DE est positionné du bord de la Meuse au niveau de Bras-Vacherauville à la route nationale (de 1916 entre le fort de Tavannes et Eix devenue la D603), avec au nord-ouest les groupements ABC et au sud-est le groupement F, soit environ .
Ce groupement est composé de sous-groupements, composés eux-mêmes de plusieurs divisions d'infanterie, elles-mêmes composées de diverses unités (brigades, artillerie, brancardiers, services de santé, génie, chasseurs, régiment d'infanterie, prévôté, communications).
Pour l'attaque du fort de Vaux du , le général Mangin, alignera la division d'infanterie sur un front d’environ .
Le plan d'engagement Extrait du plan du , armée, annexe . Le groupement DE disposera de 4 divisions d'infanterie en ligne et de 3 divisions d'infanterie en deuxième ligne. Objectif 1 : en 1 seul élan prendre les tranchées Nawé, Chomel, Multrier, Fulda, Clausewitz, le dépôt 2305, petit dépôt et pousser jusqu'à la résistance sérieuse de l'ennemi. Objectif 2 : tranchées Baleourier, Prusse, cote 374 et 4589, pentes ouest ravin du bois Fumin et s'il est possible s'emparer du fort de Douaumont. Modifications : enlèvement tranchée Baleourier et ravin de la Dame, réaffectation de et artillerie.
Les préparatifs Le , la brigade (colonel Challe) reçoit la mission d'établir les bases de départ et les communications pour l'opération. vignette|upright=0.8|Vue aérienne du fort de Vaux . vignette|upright=0.8|Carte publiée dans Le Pays de France. Le , instructions armée, annexe :
À J-6 on s'attaquera méthodiquement à toutes les batteries qui seront signalées comme faisant barrage dans la région de l'opération jusqu'à J-1 ; Douaumont, à J-1, le fort sera bombardé avec les gros mortiers de manière à en bouleverser les organisations ; le jour J, bombardement avec les projectiles les plus puissants. Vaux, même tirs mais moins nourris. Le , la division d'infanterie se prépare à l'attaque du fort de Vaux.
Le , la division d'infanterie, section génie, se juxtapose à celle de la division d'infanterie pour aménager le terrain. Exemple de tirs sur le secteur du fort de Vaux par l'artillerie de la division d'infanterie en .Canon de 75Canon 155CCanon de 220 coups736 coups346 coups coups417 coups7 coups Le régiment d'infanterie commence les exercices en vue de la grande attaque. Les tirs de harcèlement sont quotidiens des 2 côtés.
Dès le , l'état-major étudie une offensive sur le fort de Vaux, avec un rapport pour l'emploi d'un obusier de 400 mm sur la proposition du chef d'escadron Martin, commandant par intérim le groupement d'artillerie lourde à grande puissance (ALGP) du groupe d'armées du Centre : Objectif : fort de Vaux à environ de distance. Emplacement : à trouver à l'ouest du chemin de fer entre Dugny et Ancemont, à environ au sud-est de Dugny. Matériel : obusier de 400 à prendre sur la batterie près de Baleycourt. Allouer pour le tir de 96 coups de 400. Dix jours de travaux prévus (construction chemin de fer). Proposition approuvée par le général Franiatte le .
À partir du , les différentes unités se préparent.
Le , le régiment d'infanterie se mobilise sur le secteur.
La date initiale du pour lancer l'offensive est repoussée car le mauvais temps des jours précédents n'a pas permis la préparation d'artillerie. Le régiment d'infanterie reçoit l'ordre général d'opération de la armée du . Ce plan d'engagement à une action offensive d'ensemble, lui affecte le rôle de s'emparer des tranchées Heinmetz, Werder et Von Kluck.
Le , le régiment d'infanterie commence la reconnaissance et instruction, en réserve, en vue de l'offensive de Verdun.
Le , la préparation s'intensifie progressivement pour la division d'infanterie (vent violent, 0°C) et l'artillerie de la exécute ses réglages par avions sur les points remarquables du secteur.
Le général Mangin va donc aligner les bataillons suivants pour prendre ce secteur du front, pour l'attaque, principalement la division d'infanterie, composées de la brigade ( , , et ) du colonel Giralt et la brigade ( et ) du colonel Challe, 3 groupes d'artillerie et 2 compagnies du génie.
Voir ci-dessous le tableau des effectifs engagés ainsi que les cartes de la prévision d'attaque du fort de Vaux le et du plan d'attaque du fort de Vaux le par le BCP.
+Effectifs engagés BCP838 BCP RI RI RI RI494 RI704 RI552 RITotal
Ces effectifs sont compris avec les bataillons de réserves et les relèves. Environ soldats sont engagés pour les de front lors de l’assaut.
La glorieuse tâche d'attaquer le fort de Vaux est pour le .
Exemple d'équipement d'un soldat du régiment d'infanterie :
150 cartouches par homme armé d'un fusil ; 2 grenades ; 2 sacs à terre ; 4 jours de vivres de réserve (en plus des vivres du jour) ; 2 bidons de 2 litres (remplis d'eau et de vin) ; 1 outil portatif ; 1 panneau de toile.
Le plan de mission de l’attaque du fort vignette|270x270px|Extrait du plan d'engagement du pour l'attaque du fort de Vaux ().
Le , le chef de bataillon Imbert, commandant le BCP, reçoit le plan de mission suivant de la division d'infanterie, armée.
: opération d'ensemble dont le but est de rejeter l'ennemi au-delà du fort de Douaumont. Front 1: renforcé par une compagnie du génie s’empare du boyau Fulda à l'heure H ; Front 2: gagner le point b inclus et la batterie 4591 exclus à H+3 ; Front 3: attaque du fort de Vaux à H+3.
Pour la compagnie du : entre et +3 transport sur le front ; À +3 enlèvement du front ; Après +3 ravitaillement des fronts 2 et 3, nettoyage du fort. Pour les et compagnie du : à +3 attaque du fort, occupation, nettoyage. Pour la compagnie de mitrailleuses : à position dans Bluzet.
Pour le peloton de pionniers et équipe de grenadiers (lieutenant Blaise) avec la , mission spéciale pour attaque du fort de Vaux sur Front 3.
Pour le génie : renfort des compagnies.