La Direction générale des opérations psychologiques (en anglais, Morale Operations Branch, connue sous son abréviation MO) est une division de l'OSS (Office of Strategic Services), services secrets fédéraux des États-Unis créés au cours de la Seconde Guerre mondiale.
La division est spécialisée dans la guerre psychologique, en particulier dans la propagande sur les territoires ennemis et la contre-propagande sur le sol américain, en soutien aux objectifs politiques et militaires des forces alliées.
Origine Le colonel William Donovan, directeur de l'OSS, crée la Direction générale des opérations psychologiques le Central Intelligence Agency. (9 juillet 2010). « The office of strategic services: morale operations branch ». Donovan reconnaissait l'efficacité de la propagande nazie et voulait doter les États-unis du moyen de lancer des opérations similairesLaurie, C. (1996). The propaganda warriors: America's crusade against Nazi Germany. Lawrence, KS: University Press of Kansas.. Donovan est convaincu que la guerre doit être menée en prenant en compte l'effet psychologique sur les populations et sur les forces armées, et affirme que les considérations psychologiques sont aussi importantes dans l'élaboration d'une stratégie de guerre que les autres facteurs à prendre en compte dans la planification d'une campagne militaire.
Dans un discours, le colonel Donovan relève l'importance particulière de l'effet psychologique de l'action et de la communication pendant la guerre :
vignette|Notes personnelles du colonel Donovan sur la guerre psychologique, Dans son discours, le colonel Donovan cite Mein Kampf d'Adolf Hitler, pour montrer combien l'Allemagne nazie a porté d'attention aux aspects psychologiques de la guerre dans la préparation d'hostilités, à la fin des années 1930 :
Pour organiser la Direction générale des opérations psychologiques, le colonel Donovan prend pour modèle la Direction britannique de la guerre politique (PWE, Political Warfare Executive), service chargé de la guerre subversive créé par Winston Churchill.
Une divergence oppose néanmoins les services américains et britanniques au sujet de ce qu'on appelle alors la « propagande de la terreur » (« Terror Propaganda »). Le colonel Donovan avait vu comment Hitler enchaînait des menaces de violence absolue et des ultimatums à se rendre, et pensait qu'on pouvait employer cette tactique pour des ripostes ciblées. Il pensait comme Churchill que la « capitulation sans condition » était la seule option de l'Allemagne nazie après la victoire alliée. Dans un document décrivant l'objectif de l'OSS au président Roosevelt, Donovan écrit :
« L'espionnage n'est pas une belle chose, et les méthodes employées ne brillent pas par leur exemple. Les bombes ou les gaz mortels non plus. Mais notre pays est une belle chose et notre indépendance est incommensurable. Nous faisons face à un ennemi qui croit que l'une de ses meilleures armes, c'est le fait que personne ne va employer la terreur, sauf lui. Mais nous allons retourner la terreur contre lui – ou nous cesserons d'exister. »External link in |publisher= vignette|Mémorandum au sur l'usage de la « propagande de la terreur » contre le parti nazi,
Organisation La Direction générale des opérations psychologiques est composée de cinq sections :
celle des Communications spéciales, chargée de “lutter contre les opérations de propagande en coordination avec l'armée américaine en Europe” celle de la Radio, qui “réalise tous les programmes faux ou clandestins de radio” celle des Contacts spéciaux, chargée de “distribuer la propagande aux groupes de résistants” celle des Publications et des campagnes, qui “produit des tracts, des brochures, et des campagnes de rumeurs” celle pour l'étranger, qui "mène diverses activités de guerre psychologique à l'étranger".
La Direction générale des opérations psychologiques dispose de plusieurs avant-postes dans le monde, généralement proches du champ de bataille, ou intégrés dans les unités de renseignement de l'Armée. En 1945, elle dispose d'une station en Algérie, en Égypte, en France, en Grande-Bretagne, de deux en Suède, et de six en Italie. La plus grosse de ces stations est celle de Londres.
Relation avec d'autres agences d'information militaire
Relations avec les services britanniques du PWE Au début de son existence, la Direction générale des opérations psychologiques de l'OSS est grandement tributaire des informations de son homologue britannique, le PWE (Political Warfare Executive). Ces échanges se poursuivent pendant toute la durée de la guerre, et varient en intensité suivant les relations particulières tissées par les agents impliqués. Nombre de campagnes américaines s'inspirent des campagnes britanniques, en particulier celle visant la diffusion de rumeurs par la presse populaire des pays occupés ou des pays neutres.
Relations avec le Bureau de l'information militaire, l'OWI Le Bureau de l'information militaire (OWI, Office of War Information) est une agence résultant de la fusion de nombreux services de collecte et de diffusion de l'information gérés par le gouvernement américain pendant la guerre. La proximité de ses missions avec celles de l'OSS pose problème. En , l'OWI obtient les missions de diffusion radiophonique assurées jusque-là par le Bureau de coordination de l'information (OCI, Office of the Coordinator of Information), précurseur de l'OSS, tandis que la Direction générale des opérations psychologiques de l'OSS obtient les missions de diffusion clandestine et de renseignement; du côté de l'OWI, la propagande blanche, du côté de l'OSS, la propagande noire… ainsi que Robert E. Sherwood l'explique (Sherwood est conseiller dans les deux organisations, et contribue grandement aux plans de Donovan pour coordonner les efforts de la guerre psychologique contre les puissances de l'Axe). vignette|Memorandum à Robert Sherwood déplorant l'absence d'outils de propagande avant l'entrée en guerre des États-unis, 25 juillet 1941 De même, Archibald MacLeish, ancien directeur du Bureau des faits et chiffres (OFF, Office of Facts and Figures, précurseur de l'OWI), une autre sommité des médias américains, conseille à la fois la Direction générale des opérations psychologiques de l'OSS et l'OWI. Il est conseiller principal de l'OSS pour sa Direction de recherche et d'analyse, en particulier sur les questions relatives à la guerre psychologique.
La Direction générale des opérations psychologiques de l'OSS et l'OWI coordonnent leurs activités dès l'origine au point que l'OWI autorise parfois que du contenu subversif soit “injecté” dans ses canaux de diffusion ouverts pour renforcer l'effet d'activités clandestines de l'OSS à l'étranger. vignette|Memorandum sur les missions respectives de l'OWI (Office of War Information) et de l'OSS en matière de propagande,
Relations avec le Commandement en chef des forces expéditionnaires alliées La Direction générale des opérations psychologiques de l'OSS entretient des rapports étroits avec la Division de guerre psychologique du Commandement en chef des forces expéditionnaires alliées (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force / Psychological Warfare Division, SHAEF/PWD). Les personnels tactiques sont utilisés dans les commandos de combat, dans les commandos d'occupation et les commandos de base. vignette|Memorandum de l'OSS pour le Commandement en chef des forces expéditionnaires alliées,
Exemples de campagne de propagande
Campagne de tracts
Opération “Cinq minutes” La campagne des tracts "Cinq minutes” (Fünf Minuten en allemand) vise à faire sentir aux Allemands, civils comme militaires, l'inutilité de la lutte contre la suprématie industrielle et économique des alliés. Par exemple, un tract diffusé au-dessus des lignes ennemies montre le nombre d'avions produits toutes les cinq minutes aux États-unis; cela devait conduire les Allemands à la conclusion que le nombre d'avions abattus par la Luftwaffe n'avait pas d'importance puisqu'il y en avait des dizaines d'autres en fabrication. L'objectif de ce tract est double, à la fois démoraliser l'armée allemande en la confrontant à des faits qui ne peuvent être surmontés, et à la fois induire un sentiment d'infériorité chez les ouvriers allemands. vignette|Un tract "Cinq minutes": « In Amerika alle fünf Minuten ein neues Flugzeug » (« En Amérique un nouvel avion toutes les cinq minutes ») vignette|« Vos camarades sont OK » (« Your Comrades are Okay! »), tract en anglais
Opération “Combien de temps encore ?” La campagne “Combien de temps encore ?” est la première grande campagne de propagande noire à base de tracts. Seize tracts ont été produits. Chacun d'eux présente un dessin évocateur d'une situation grave, assorti d'un texte demandant aux citoyens allemands combien de temps ils toléreraient le drame. Ces tracts sont distribués dans toute l'Italie, le Sud de la France, et dans les Balkans.”
Opération “Scorpion d'ouest” L'opération “Scorpion d'ouest” est une autre campagne de diffusion de tracts. Après la défaite allemande en Normandie, la propagande nazie située en France diffuse au-dessus des lignes allemandes des tracts optimistes pour stimuler le moral des troupes.
La Direction générale des opérations psychologiques de l'OSS se procure des copies de ces tracts et en tire aussitôt des copies légèrement modifiées. Les Nazis les confondent avec les originaux et les distribuent en même temps. L'un de ces tracts modifiés dit que le Haut commandement allemand ne pense plus pouvoir tenir les positions et "encourage les soldats à déserter avant de mourir dans un dernier baroud du National socialisme.” Un autre tract appelle tout soldat à abattre son officier qui tenterait de se rendre ou de faire retraite. Un dernier tract ordonne aux soldats d'évacuer les populations civiles par la force (la Direction générale des opérations psychologiques espérait que cela créerait des embouteillages et que cela désorganiserait la chaîne d'approvisionnement).
En fin de compte, les Nazis dénoncent tous les tracts de la campagne “Scorpion d'ouest”, ainsi que les tracts de la propagande allemande elle-même, et ordonnent aux troupes d'ignorer les messages.
Campagne par lettre anonyme
Opération “Hemlock” L'opération “Hemlock” est une campagne de lettres anonymes envoyées à des officiers de la Gestapo où des soldats ou des officiers allemands sont dénoncés pour comportement pro-Alliés. L'une de ces lettres révèle ainsi que la Gestapo a tué le Général-major Franz Krech parce qu'il a voulu faire défection et rejoindre les Alliés (en réalité, Krech est tombé dans une embuscade des résistants grecs et a été tué.)
Envoi d'avis de décès Des lettres nécrologiques sont envoyées aux familles de soldats allemands. La lettre indique que le soldat a dû être euthanasié par un médecin allemand. D'autres modèles de lettre affirment que les officiers nazis ont volé les objets de valeur du mort.
Opération “Lichtenau” Dans l'opération “Lichtenau”, une lettre est envoyée au maire de la ville de Lichtenau, sous la forme d'une carte de vœux. À première vue, elle semble propre à nourrir l'optimisme des soldats nazis, mais des détails laissent entendre que l'Allemagne affronte de graves difficultés : les civils sont enrôlés arbitrairement dans l'armée, des adolescents deviennent pilotes après quelques semaines de formation seulement, des soldats de retour sacrifient leur santé pour soutenir la cause nazie.
Campagne par la presse
Opération “Das Neue Deutschland”