L’esclavage en Somalie a existé depuis l’Antiquité. Les Somaliens avaient des esclaves pour les plantations agricoles, le pastoralisme (gardiennage du bétail) et comme concubines Les chrétiens éthiopiens était les esclaves les plus couramment échangées par les marchands somaliensBehnaz A. Mirzai. A History of Slavery and Emancipation in Iran, 1800–1929 (2017), p. 54.. Plus tard au XIXe siècle, des esclaves bantous commencèrent à être exportés depuis Zanzibar et furent vendus en grand nombre à des clients somaliens pour travailler dans des plantations agricoleCampbell, Gwyn (2003). The Structure of Slavery in Indian Ocean Africa and Asia. (1st ed.) London; Portland, OR (US): Routledge. p. ix .
Histoire vignette|Les ruines de l’ancienne cité d’Opone.
Antiquité Durant l’Antiquité, des esclaves étaient vendus aux cités-États somaliennes d’Opone et de Malao, où ils étaient achetés puis transportés par des marchands romains et grecs vers l’Égypte Romaine.
Selon l’historien antique Ptolémée :« Outre les aromates, des esclaves de qualité supérieure étaient exportés depuis Opone, principalement vers les marchés égyptiens. ».
Traite d'esclave abyssin durant le Moyen Âge vignette|230x230px|Les routes historiques de la traite d'esclaves éthiopiens. vignette|212x212px|Dessin d’une esclave abyssinienne. Durant le Moyen Âge, le port somalien de Zeila était le site d’un important marché aux esclaves où des marchands venus d’Arabie achetaient des esclaves abyssins, qui étaient ensuite transportés vers le Yémen et le Hedjaz pour servir comme esclaves domestiques, travailleurs agricoles, concubines, et soldats au sein des forces militaires locales. Le geographe arabe al-Idrisi est le premier auteur musulman à mentionner la traite des esclaves en Somalie, notant que les esclaves constituaient l’une des principales exportations du port somalien de Zeila. Ibn Sa'id al-Maghribi et Ibn Fadlallah al-Umari indiquent également que les esclaves capturés en Abyssinie étaient castrés avant d’être transportés vers Zeila. Selon al-Idrisi, les esclaves exportés depuis Zeila étaient ensuite acheminés vers un important dépôt d’esclaves à Zabid, au Yémen. La ville, selon l’historien yéménite moderne Huseyn al-Amri, comptait pendant de nombreux siècles une importante population d’esclaves abyssins. Les sources yéménites de la même période indiquent que la plupart de ces eunuques et concubines abyssins amenés au Yémen depuis Zeila appartenaient aux populations amharas et tigréennes. Selon l’historien éthiopien Taddesse Tamrat, les esclaves éthiopiens vendus à Zeila provenaient des régions non musulmanes d’Éthiopie, notamment le Tigré et l’Amhara. Certains des enfants du cheikh Isaaq ibn Ahmad, fondateur du clan Somalien Isaaq au 13e siècle, seraient nés en pays somali d’une femme abyssine décrite comme une esclave.
En l'an 1376, le sultan Haqq al-Din II de la dynastie des Walashma déclencha une guerre sainte contre la dynastie chrétienne salomonide. Le sultan fut constamment en conflit avec le roi chrétien, auquel il fit de nombreux captifs. Son successeur, le sultan Sa’d al-Din, mena des razzias jusqu’à la province éthiopienne de Hadiya, qu’il pilla. Durant le XVe siècle, sous le Bar Sa’d al-Din, également connu sous le nom de sultanat d’Adal, les razzias se poursuivirent. Dans les années 1420, un émir au service du sultan Jamal al-Din II captura un si grand nombre de captifs éthiopiens que les esclaves devinrent très abondants dans le royaume musulman. Les jeunes esclaves abyssiniennes étaient alors parfois vendues pour le prix d’une bague, et chaque fakir recevait également trois esclaves. Le sultan somalien Jamal ad-Din devint l’un des principaux acteurs du commerce des esclaves, exportant des captifs amhara vers diverses régions du monde musulman et au-delà, notamment vers la Grèce et l’Inde. Les sources indiquent par ailleurs que des Éthiopiens étaient présents en Russie, en Turquie et en Inde au cours des siècles suivants. Son successeur, le sultan Badlay, poursuivit la même politique et lança plusieurs expéditions militaires contre le royaume éthiopien. Selon Richard Pankhurst, il soumit plusieurs territoires chrétiens et incendia au moins six églises. Il fit exécuter de nombreux chefs chrétiens et réduisit leurs populations en esclavage. Le sultan devint rapidement extrêmement riche, accumulant de l’or, de l’argent, de riches vêtements, des armures et un grand nombre d’esclaves.
Dans la seconde moitié du XVe siècle, l’émir Mahfuz de Zeila lança des razzia annuelles contre le royaume chrétien pendant le Carême, tuant les hommes et réduisant les femmes et les enfants en esclavage. Selon René Basset, les incursions de Mahfuz atteignirent le fleuve Dukem, aux environs de Addis-Abeba. L'explorateur portugais. Francisco Alvares indique que Mahfuz ciblait les régions du Choa, de l’Amhara et le Fatagar lors de ses razzia. Alvares indique également que Mahfuz mena plus de vingt incursions annuelles dans l’intérieur du royaume chrétien, au cours desquelles il captura un nombre considérable d’esclaves. Le navigateur ottoman Salman Reis mentionne également ces incursions annuelles en Abyssinie. L’émir Mahfuz conclut des accords avec plusieurs souverains arabes, en vertu desquels ceux-ci lui fournissaient des chevaux, des armes et « tout ce qu’il désirait » en échange de la livraison annuelle de grandes quantités d’esclaves abyssins à La Mecque. Il aurait capturé environ 19 000 esclaves au cours d’une année, qu’il envoya ensuite à ses alliés et partisans en Arabie. Le voyageur italien Ludovico di Varthema, qui visita Zeila en 1503, fut surpris par le très grand nombre d’esclaves qui y étaient vendus, notant qu’ils avaient été capturés lors de razzias et étaient principalement expédiés vers La Mecque, le Yémen, l'Iran, Le Caire et l’Inde.
Le commandant militaire somalien Ahmad ibn Ibrahim al-Ghazi aurait été élevé par une esclave appartenant à sa famille, qu’il affranchit par la suite. En 1525, l’imam Ahmad lança son invasion de l’Éthiopie à la tête d’une armée somalienne. Au cours de certaines de ses campagnes, ses soldats accumulèrent un tel nombre de captifs et de butin qu’il aurait été contraint de leur ordonner de l’abandonner, celui-ci ralentissant leur progression. L’imam Ahmad ibn Ibrahim al-Ghazi aurait déclaré à ses troupes :« Si vous rencontrez des ennemis, combattez-les, prenez leurs biens, réduisez leurs femmes en esclavage et tuez les hommes. »Par Zeila, ainsi que par Berbera, transitait l’essentiel des esclaves capturés dans l’arrière-pays éthiopien. Les jeunes esclaves éthiopiennes étaient très recherchées sur les marchés du monde musulman, mais l’approvisionnement en jeunes esclaves masculins éthiopiens était encore plus important pour les souverains arabes, dont le pouvoir reposait sur des armées composées en grande partie d’esclaves éthiopiens.Des fouilles archéologiques ont exhumé des enclos à esclaves construits en pierre dans les ruines de la ville médiévale d’Amud, dans la region Awdal en Somalie.
Traite d'esclave malgache durant le Moyen Âge Au XIVe siècle, le voyageur musulman Ibn Battuta fut servi à Mogadiscio par un eunuque appartenant au souverain de la ville. Des sources chinoises de la dynastie Ming datant de 1423 mentionnent que le sultan de Mogadiscio possédait plusieurs concubines. Un manuscrit datant de 1573 mentionne une femme de Mogadiscio affranchissant son esclave. L’acte d’affranchissement de l’esclave porte les signatures d’un khatib et d’un faqih. Selon les sources, des marchands d'esclaves somaliens de Barawa et de Mogadiscio importaient environ 3 500 esclaves par an de l’île de Madagascar. Comme l’indique l’historien français Thomas Vernet, des récits portugais mentionnent également des marchands de Barawa et de Mogadiscio se rendant à Madagascar pour y acquérir des esclaves malgaches, cette traite est attestée par des chroniqueurs portugais dès 1506Thomas Vernet. Slave trade and slavery on the Swahili coast (1500-1750). Slavery, Islam and Diaspora, Africa World Press, 2009, p. 49... Les esclaves originaires de Madagascar étaient également envoyés vers les îles Comores, d’où ils étaient ensuite expédiés vers Mogadiscio. Selon l’historien Jeremy Black, les esclaves originaires de Madagascar étaient transportés par bateau vers les ports d’Afrique de l’Est, et ceux importés à Mogadiscio depuis Madagascar étaient ensuite réexportés vers l’Inde.
Traite d'esclave Oromo durant l'époque contemporaine Selon l'historien Thomas Vernet, les femmes oromo capturées par les marchands d'esclaves somaliens auraient pu être vendues en Somalie dès le XVIIe siècle. Au XIXe siècle, les marchands d’esclaves somaliens menaient des razzias contre des tribus oromo, tuant la plupart des hommes et réduisant les femmes et les enfants en esclavage. Les femmes oromo, particulièrement recherchées pour leur beauté, étaient gardées comme concubines, employées comme servantes domestiques ou mariées à d’autres esclaves. vignette|252x252px|Une razzia somalienne. Au XIXe siècle, les sud somaliens détenaient un nombre important d’esclaves, ces esclaves étaient principalement d’origine oromoThe Journal of Oromo Studies, Volume 17, Number 1 March 2010, pp. 13.. Les femmes capturées lors de razzias pouvaient être réduites en esclavage aussi bien dans le nord que dans le sud de la Somalie. En l'an 1908, l’italien Giacinto Vicinanza nota que les esclaves en Somalie étaient de deux types; les oromo et les bantous swahilis. Selon Catherine Besteman, les somaliens dominaient militairement au XIXe siècle, conquérant et réduisant en esclavage les oromo, qui constituaient la principale source d’esclaves en Somalie. vignette|291x291px|Jeunes esclaves Oromo secourues d’un navire dans le golfe d'Aden. vignette|236x236px|Esclave Oromo en Égypte. Dans les années 1870, le nombre d’esclaves oromo capturés et envoyés à Kismayo était estimé à environ 10 000 par an. Les récits contemporains décrivent les marchands d’esclaves somaliens comme particulièrement redoutés, au point que de simples rumeurs de leur arrivée pouvaient pousser des villages entiers à fuir ou à tenter de négocier avec eux. Un marchand d’esclaves ogaden durant le 19e siècle relata une série de batailles ayant abouti à la capture de 30 000 têtes de bétail ainsi que de 8 000 femmes et enfants oromo. L’importance du commerce des esclaves oromo conduisit un historien à qualifier cette période d’« âge d’or » pour les marchands d’esclaves somaliens. Selon un rapport britannique de 1894 portant sur les ogaden vivant dans le Jubaland, les ogaden étaient environ 5 000 et possédaient 2 000 esclaves d’origine oromo.