Le port de Bordeaux est un port de commerce maritime et fluvial. Situé à l'origine exclusivement dans la ville de Bordeaux, il dispose désormais de plusieurs terminaux en Gironde. Son activité et ses installations sont aujourd'hui gérés par l'établissement public du grand port maritime de Bordeaux.

Le port de Bordeaux a une histoire particulière. Sa prospérité dépendra beaucoup de la conjoncture politique et économique, ainsi que des communautés étrangères. Petit port d'estey à l'Antiquité, Bordeaux se transforme au Moyen Âge en port de la Lune, quand celui-ci investie le méandre que forme la Garonne en traversant la ville. À la fin du , grâce au commerce colonial et à la traite négrière, Bordeaux devient le deuxième port au monde après Londres. Puis, malgré un rebond au , il connaît un déclin continu depuis la seconde moitié du . Il est aujourd'hui le port français.

Description

Port d'estuaire Le port de Bordeaux est situé sur la Garonne, grand fleuve qui se jette dans l'estuaire de la Gironde. La marée, qui remonte la Garonne jusqu'à la ville de La Réole, fait de Bordeaux un port maritime d'estuaire. Dans la ville, le marnage varie entre 2 et , et le tirant d'eau atteint .

Cette influence marine sur la Garonne fait que ce fleuve fut souvent considéré comme une mer, raison pour laquelle la rive droite de Bordeaux, comprise entre Garonne et Dordogne, s'appelle l'Entre-deux-Mers.

À Bordeaux même, la Garonne a une importante largeur de . Elle était même encore plus large au Moyen Âge où elle en faisait 700. Ce bassin portuaire où mouillaient les navires est souvent appelé « rade de Bordeaux ». centré|vignette|La rade de Bordeaux, vers 1914.|523x523px

Trafics

Avec un trafic d'environ de tonnes par an, le port de Bordeaux est en 2022 le septième grand port maritime français.

Ce trafic se compose pour 2/3 d'importations et pour 1/3 d'exportations. Les hydrocarbures représentent 50 % du trafic.

Un autre gros poste est celui des céréales qui représente par an, « et le port a une capacité de stockage de ». Pour l’exportation de ces produits céréaliers, Bordeaux s’appuie à 95 % sur le bassin agricole de Nouvelle-Aquitaine, « avec une zone de chalandise de ».

Sept terminaux spécialisés

À l'origine, le port de Bordeaux ne désignait que les installations situées dans la ville. Puis, l'activité ayant progressivement migré en aval, le port va s'étendre. Il dispose aujourd'hui de sept terminauxUn terminal est une infrastructure portuaire spécifique à un type de produits ou de navires. Par exemple : terminal pétrolier, terminal conteneur... situés le long de la Garonne et de la Gironde : Bordeaux, Bassens, Grattequina (Parempuyre), Bec d'Ambès, Blaye, Pauillac, Le Verdon.

Bordeaux Site consacré aux escales de croisières maritimes, au tourisme fluvial et au port de plaisance.

Bassens Le terminal de Bassens est spécialisé dans le multivrac, les céréales, les conteneurs et les produits forestiers.

Grattequina

Ce terminal, situé sur la commune de Parempuyre, est dédié aux granulats et aux colis lourds.

Bec d'Ambès Le site portuaire de Bec d'Ambès est un important pôle pétrochimique.

Blaye

Le terminal de Blaye est dédié à la réception de vracs liquides et à l'exportation de céréales. Son trafic est d’environ par an.

Avec un tirant d'eau de , il peut accueillir des bateaux jusqu'à , notamment les petits caboteurs. Avec ce type de navires, le marché principal est l’Europe. Il concerne essentiellement, à l'export, du blé et du maïs, et à l'import, des bitumes pour le BTP.

Le terminal de Blaye est aussi équipé d’un quai hyper renforcé capable de supporter des charges de , utile pour la centrale nucléaire du Blayais.

Pauillac Le terminal de Pauillac est spécialisé dans les hydrocarbures.

Le Verdon-sur-Mer Le terminal du Verdon-sur-Mer est dédié aux conteneurs.

Histoire

L'histoire du port de Bordeaux commence à l'Antiquité. Son évolution dépendra beaucoup de la situation politique et économique de sa région, ainsi que des apports des communautés étrangères qui s'installeront dans la ville.

Le port antique : port d'estey et emporium (du )

La localisation du port dépend d'abord de l'implantation humaine sur le site géographique de Bordeaux. Celui-ci, situé dans la partie convexe d'un méandre de la Garonne, représente le point de passage le plus aisé du fleuve, alors qu'au nord les marais s'étendaient jusqu'à l'embouchure de la Gironde.

Pendant le Haut-Empire, un port intérieur ouvert

Le premier site du port de Burdigala (Bordeaux antique), se trouve au niveau du petit delta de la Devèze. Cet esteyL'estey est un ruisseau ou une petite rivière soumis aux flots des marées., également alimenté par les eaux de la Caudéran et du Peugue, est un petit affluent de la Garonne. Bien que la Devèze soit elle aussi soumise aux marées, comme la Garonne, l'embouchure cet estey offre un refuge aux bateaux contre les courants les plus violents. Le bassin portuaire ainsi formé est appelé le .

Avec l'implantation par Rome, de la tribu celte des Bituriges Vivisques en 56 av. J.-C., Burdigala devient un emporium du monde romain, l’un des comptoirs commerciaux d’un vaste empire qui s'étendra bientôt de l’Angleterre à l’Égypte.

Les navires grecs, bretons, ibères ou celtes se côtoient alors dans le port de la ville. On y échange de l’étain, mais aussi des outils, de la céramique grecque, du cuivre d’Espagne, du blé, et des produits méditerranéens. Le vin quant à lui, commence rapidement à être produit sur place après l’adaptation d’un cépage importé d’Albanie, la « biturica ».

Au début du , les berges de la Devèze sont aménagées en quais constitués de planchers de bois et de caissons.

Pendant le Bas-Empire, un port fortifié vignette|Carte schématique de Bordeaux au , par Dom Devienne. Au , pour faire face aux guerres et aux invasions, la ville se protège derrière une première enceinte fortifiée, le castrum. L'embouchure de la Devèze est aussi partiellement fermée par un môle avec aménagement d'un chenal d’accès. C'est à l'emplacement de cette qu'a été retrouvé la statue d’Hercule en bronze conservée au musée d'Aquitaine. Le Peugue, quant à lui, est détourné pour alimenter les fossés au sud de la ville.

Ce port du Bas-Empire est alors de forme rectangulaire. Il serait aujourd’hui délimité par la rue du Parlement au nord, la rue du Cancéra au sud, la rue des Piliers de Tutelle à l’ouest et enfin par la rue des Bahutiers et la place Saint-Pierre à l’est. Cela représente une surface modeste d' à marée haute, et à marée basse, que le poète Ausone décrit ainsi : Ausone, Ordo urbium nobilium, XIX, v. 145-147.

Le port de la Lune (du )

À partir du , en raison du détournement du ruisseau du Peugue, le port intérieur est envasé par un important dépôt, composé d’argile et surtout de sable, forçant l'activité à se déplacer sur les berges de la Garonne, le long du méandre en forme de croissant de lune. Souffrant de l'instabilité politique pendant la première moitié du Moyen Âge, le port devra attendre la période anglaise pour se développer. À nouveau affecté par le retour dans le royaume de France, l'arrivée de marchands étrangers va progressivement redynamiser son trafic à partir du .

Activité réduite pendant le haut Moyen Âge Même s'il reste limité en volume en raison de l'instabilité politique, le commerce conserve une certaine importance à Bordeaux et, aux , des relations maritimes avec l’Espagne et l’Armorique sont mentionnées. Durant tout le haut Moyen Âge, la navigation tant fluviale que maritime reste primordiale, le réseau routier se détériorant.

Prospérité de l'époque anglo-gasconne vignette|244x244px|Premières armoiries de Bordeaux datant de Richard d'Angleterre. Le port de la Lune est représenté en pointe de l'écu par un croissant dans la Garonne. Le second mariage d'Aliénor d'Aquitaine, en 1152 avec Henri II Plantagenet, rattache l’Aquitaine gasconne au royaume d’Angleterre pour trois siècle. Des relations maritimes étroites voient alors le jour avec les îles britanniques et les pays nordiques : on exporte des vins depuis Bordeaux et on importe d'Angleterre des draps, du blé et des albâtres.

En 1224, le port de La Rochelle, jusqu'alors au mains des Anglais, est pris par les Français, faisant ainsi de Bordeaux le seul port atlantique pour la commercialisation des vins vers l'Angleterre et les pays flamands, très demandeurs.

En 1303-1304, 982 bateaux partent de Bordeaux : 40 % sont anglais, 22 % bretons, 10 % normands, 9 % basques, 5 % cantabres, 3 % oléronais, et seulement 0,50 % bordelais.

En 1308-1309, ce sont , soit , qui partent de Bordeaux, essentiellement vers l'Angleterre. Outre le vin, sont exportés draps, orfèvrerie et surtout armes et armures. En échange, la Saintonge fournit du sel, le Pays basque des métaux, le Portugal de l'huile et du sucre, l'Angleterre des tissus, des métaux et des produits alimentaires.

Parfois, les épidémies de peste affectent durement la ville. Par exemple lors de la crise de 1348, les exportations de vins passent de 16.577 tonneaux en 1336, à 5.923 tonneaux.

Cette période de prospérité s'achève pour Bordeaux et son port au milieu du , avec la fin de la guerre de Cent Ans remportée par les Français contre l'alliance des Anglais et des Bordelais.

Retour dans le royaume de France

Reprise progressive au La conquête française affaiblit dans un premier temps le port et le commerce des vins. Puis, une nouvelle période de stabilité permet au port de se redévelopper. Après les Bretons, ce sont les Flamands et les Allemands qui arrivent en nombre à Bordeaux. De nouvelles activités s'ajoutent au négoce traditionnel. À partir de 1506, poivre, sucre, bois brésil apparaissent sur les quais de la ville. Puis en 1516, ce sont les morutiers et baleiniers, toujours étrangers à Bordeaux, qui vont jusqu'à Terre-Neuve. Au pied du château Trompette, forteresse qui surveille la ville et son port, un nouvel espace est réservé aux bateaux étrangers, près du couvent des Chartreux. Il est à l'origine du quartier des Chartrons.

Au même moment se développe la batellerie, le transport fluvial sur la Garonne et ses affluents. Ainsi, peuvent arriver à Bordeaux les produits du Languedoc, du Quercy ou du Rouergue.

Pendant la première partie du , le port est en relation avec toute l'Europe occidentale, des Flandres à l'Espagne. Il exporte des céréales, du vin et du pastel.

En 1568, le poète Pierre de Brach décrit dans son Hymne à Bordeaux sa fascination pour le spectacle qu'offre le port :

Le : siècle hollandais centré|vignette|699x699px|Bordeaux en 1644, par Matthäus Merian. Après les troubles des guerres de religion entre catholiques et protestants, puis la participation de Bordeaux à la Fronde, la situation revient au calme par la force, permettant au commerce de reprendre.

Avec la chute définitive de La Rochelle protestante, de nombreux marchands hollandais, grands amateurs de vins, s'établissent à Bordeaux. Certains s'installent dans le quartier des Chartrons où ils forment une importante colonie. En témoignent les maisons flamandes de Bordeaux, et les dessins réalisés par Herman van der Hem. Ce sont également les Hollandais qui importent l'ajout de soufre dans le processus de fabrication du vin, lui permettant de vieillir, et facilitant son transport. Le traditionnel claret bordelais fait alors place au vin noir (vin rouge actuel) pour répondre à la demande.

Vers 1650 les navires des Provinces-Unies représentent le quart des navires fréquentant le port de Bordeaux et 70% des tonnages. À la fin du , ils assurent plus des 2/3 des exportations de vin, grâce à la supériorité de leurs navires plus grands et plus économiques. centré|vignette|700x700px|Le quai des Chartrons au milieu du , par le dessinateur hollandais Herman van der Hem.