L'insurrection marxiste au Paraguay, également connue sous le nom d'insurrection de l'Armée du peuple paraguayen, est une insurrection armée en cours dans le nord-est du Paraguay. Elle oppose le gouvernement paraguayen, soutenu par les États-Unis et la Colombie contre des groupes de guérilla d'extrême gauche ayant pour objectif de prendre le pouvoir et instaurer un régime d'inspiration marxiste-léniniste.

L'insurrection a débuté en 2005, après que plusieurs membres du parti ont formé l'Armée du peuple paraguayen (APP). Le gouvernement du Paraguay soupçonne l'APP d'avoir des liens avec le groupe rebelle colombien des FARC. Deux groupes dissidents de l'APP, l' (APA) et l'Armée du maréchal López (AML), ont également lancé des campagnes armées distinctes contre le gouvernement.

Déroulement

Contexte Le Paraguay a été dirigé par la dictature d'Alfredo Stroessner de 1954 à 1989. La dictature a participé à l'opération condor ayant pour but de traquer et éliminer les opposants au régimes dictatoriaux sud américains et militants de gauche. La chute de la dictature en 1989 a entrainé le développement rapide de groupes politiques de gauche auparavant interdits. En 1990, l'actuel leader de l'APP, Oviedo Britez, s'est inscrit à la faculté de théologie de l'Université catholique d'Asunción.

Constitution de l'APP En 1992, Britez a été exclu de ses études de théologie, s'intéressant de plus en plus au changement politique à travers la lutte armée révolutionnaire. Britez, Juan Arrom Suhurt et la fiancée de Britez, Carmen Villalba, créèrent le noyau du , le précurseur de l'Armée du peuple paraguayen. Entre 1995 et 1996, Britez et Villalba auraient reçu une formation militaire du Front patriotique Manuel Rodríguez du Chili.

En 1997, le groupe a procédé à son premier acte de résistance en tentant sans succès de braquer une banque dans la ville de Choré. Les six braqueurs ont été arrêtés par une unité de police locale et ont ensuite été condamnés à une peine de trois ans. Après la libération de ses membres début 2000, le groupe a lancé une campagne de recrutement et a choisi les enlèvements comme principale source de financement.

Sa première action significative fut l'enlèvement en 2001 de María Edith Bordón de Debernardi. Son mari, l'homme d'affaires Antonio Debernardi, a payé 1 million de dollars pour sa libération. Le , la police a capturé Oviedo Britez et Carmen Villalba à Ñemby, dans la banlieue d'Asunción. Une perquisition au domicile du couple dans la ville de San Lorenzo a suivi l'arrestation; du matériel de renseignement et des manuels d’exploitation ont été saisis. Après l'arrestation de Britez et de Villalba, Osmar Martínez et Osvaldo Villalba sont devenus les nouveaux commandants de terrain du PL.

Actions majeures En 2004, le groupe a kidnappé , la fille de l'ancien président paraguayen Raúl Cubas. Malgré une rançon de 300 000 dollars, les ravisseurs l'ont tuée. Après le démantèlement du PL par les forces de sécurité en 2005, plusieurs membres ont décidé de séparer la branche armée, l'APP, pour poursuivre la lutte armée, adoptant son nom actuel en 2008.

L'idéologie de l'APP a été décrite pour la première fois dans un livre Francist 21st Century Revolution (« Révolution franciste du ») , écrit par Britez en prison. Le livre porte le nom de José Gaspar Rodriguez de Francia, dictateur qui a régné sur le Paraguay entre 1814 et 1841, et incorpore des éléments du bolivarisme et du marxisme-léninisme. La majorité des membres de l'APP appartiendraient à huit familles. Malgré sa taille limitée, l'APP bénéficie du soutien des populations locales dans les zones qu'il contrôle.

Développements ultérieurs Outre le recours aux enlèvements, l'APP s'est également livré à des vols de bétail, des extorsions, des vols et du trafic de drogue. Cette dernière a été facilitée avec l'aide des FARC ; bien que l'APP n'ait initialement extorqué que les producteurs de drogue, des rapports indiquent l'existence de propres plantations de marijuana. Un communiqué de l'APP a nié toute implication dans le trafic de drogue, accusant le gouvernement paraguayen de propagande.

En , les combattants de l'APP Albino Larrea et Alfredo Jara Larrea ont formé une faction dissidente, l' . L'effectif initial de l'APA s'élevait à 13 combattants, mais pas moins de cinq d'entre eux auraient été tués lors d'affrontements avec les forces de sécurité en . L'APA a disparu en 2016 après que le reste de ses militants ont été tués par le gouvernement en 2015. Une autre faction dissidente de l'APP s'est formée, l'armée du maréchal López (AML), dont certains membres ont ensuite reconstitué l'APA en 2017.

En 2015, l'ancien camarade des fondateurs de l'APP et ex-membre Cristóbal Olazar a critiqué le gouvernement paraguayen pour avoir utilisé le groupe et n'avoir pas honnêtement tenté de mettre fin à son existence. Il soutient que le gouvernement utilise son existence comme excuse pour accroître ses budget et que des fonctionnaires corrompus puissent participer au trafic de drogue de l'APP.

En 2018, l'APP a commencé à perpétrer des attaques contre des communautés mennonites situées dans des zones stratégiques pour le trafic de marijuana. Ces zones sont également contestées par les gangs brésiliens Comando Vermelho et Premier commando de la capitale.

Chronologie

2005 Le , deux policiers ont rencontré un groupe de l'APP dans la zone de Yasy Cañy, dans le département de Canindeyú. L'accrochage qui en a résulté a entraîné la mort d'un policier.

2006

2007

2008 Le , cinq combattants ont enlevé le propriétaire d'une ferme, Luis Alberto Lindstron ; l'incident a eu lieu dans la zone de Kuruzú de Hierro. Deux rebelles ont été blessés après un échange de tirs avec les forces de sécurité, alors que les ravisseurs se retiraient.

Le , Alberto Lindstron a été libéré après que ses proches aient payés une rançon de 120 000 dollars.

2009

Le , des insurgés ont enlevé Fidel Zavala, un éleveur de la région de Concepción. Avant de partir, les rebelles ont piégé le véhicule de Zavala; deux policiers ont été blessés alors qu'ils enquêtaient sur sa disparition.

2010 alt=|vignette| Oviedo Brítez en 2012, leader de l'APP. Début janvier, Fidel Zavala a été libéré à la suite du versement d'une rançon de 550 000 dollars. Trente bovins ont également été distribués aux communautés pauvres de Concepción.

Le , une fusillade entre des membres de l'APP et les forces de sécurité à Arroyito a fait un mort policier et trois gardes privés.

En mai, quatre agents de sécurité ont été tués par des combattants de l'APP après avoir accidentellement découvert un campement du groupe. À la suite de l'incident, l'état d'urgence de 30 jours a été déclaré dans cinq provinces, avec 3 000 soldats et policiers déployés pour combattre les rebelles.

En juillet, un combattants de l'APP a été tué dans une fusillade avec la police.

Le , à Hugua Ñandú, un assaillant armé a tiré sur un véhicule de patrouille de la police. L'attaque a endommagé les vitres du véhicule mais n'a fait aucune victime. Aucun groupe n'a revendiqué la responsabilité de l'attaque, mais les autorités soupçonnent l'APP d'en être responsable.

Le , Nimio Cardozo et Gabriel Zárate Cardozo, membres de haut rang de l'APP, ont été tués lors d'une opération de police.

2011

Durant le mois d'avril, un policier et trois employés d'un ranch ont été tués par des combattants de l'APP.

Le dans la ville de San Juan Nepomuceno, l'homme politique local Julio Rubén Pereira a été enlevé par des militants de l'APP. L'organisation a exigé un million de dollars à la famille de Pereira pour sa libération ou, comme alternative, a exigé que le gouvernement paraguayen libère Miguel López Perito, chef du Mouvement du 10 avril. Le , vers 4 heures du matin, Peira a réussi à s'échapper de sa captivité et est rentré chez lui. L'APP a revendiqué la responsabilité par courrier électronique.

En juillet, l'APP a revendiqué le sabotage de machines agricoles dans une ferme dans le département de Concepción.

Le , deux policiers ont été tués dans une attaque de l'APP d'un avant-poste près d'Horqueta avec des explosifs et des armes automatiques. Les insurgés auraient volé des armes et des munitions dans le campement avant de s'enfuir.

2012 En septembre, un policier a été tué et un autre grièvement blessé après une attaque de l'APP dans la ville d'Azotey.

Le , un engin explosif a explosé sur la propriété d'Arturo Urbieta, un maire local près d'Horqueta. L'appareil visait une tour de transport d'électricité de l' dans la région. Aucune victime n’a été reporté. L'APP a revendiqué l'attaque.

Le , les autorités paraguayennes ont arrêté trois membres de la branche logistique de l'APP dans la région de Tacuatí.

2013 Le , des hommes armés ont ouvert le feu sur Benjamin Lezcano, leader du Comité des travailleurs ruraux devant son domicile à Concepción. Lezcano a été tué dans l'attaque. L'APP a revendiqué la responsabilité de l'attaque.

Le , une bombe artisanale a explosé près d'une patrouille de police à Azotey. Un officier a été tué et trois autres ont été blessés lors de l'attaque.

Des assaillants armés ont attaqué un commissariat du département de Concepción. Un assaillant a été tué et deux policiers ont été blessés dans l'échange de tirs qui a suivi. L'attaque a été commise en réponse au meurtre d'un dirigeant paysan local.

Le , l'ancien maire de Tacuatí, Luis Alberto Lindstron, a été assassiné.

En juin, un éleveur a été tué par des membres de l'APP.

En août, cinq personnes ont été tuées par des militants présumés de l'APP près de San Pedro de Ycuamandiyú.

Le , le nouveau président du Paraguay, Horacio Cartes, a annoncé une offensive contre l'APP, déployant 400 soldats dans le nord du pays.

Le , des assaillants ont enlevé six personnes dans un élevage de bétail à Tacuatí. Les assaillants ont tué cinq des personnes enlevées, mais l'une d'elles s'est échappée ou a été relâchée et a signalé l'incident à la police. Les assaillants ont ensuite tendu une embuscade à la police lorsque les policiers ont riposté, blessant un policier. L'APP a revendiqué cet incident.

Le , des assaillants ont fait exploser un engin piégé et ouvert le feu sur un véhicule transportant des formateurs en droits humains près de Tacuatí. Au moins un policier a été tué et sept autres personnes ont été blessées lors de l'attaque.

Le , des assaillants ont fait exploser des engins explosifs et ouvert le feu sur des véhicules de police à Horqueta. Le chef de la police, Manuel Escurra, a été tué et deux autres policiers ont été blessés lors de l'attaque. Lors d'un autre incident, des militants ont tenté d'enlever un éleveur à Horqueta. L'issue de la tentative d'enlèvement est inconnue.

Le , des combattants de l'APP ont tué un éleveur et un sergent de l'armée de l'air paraguayenne lors de deux attaques distinctes.

2014 Le , deux combattants de l'APP et un soldat paraguayen ont été tués après une attaque contre une propriété brésilienne dans le département de Concepción. L'un des deux membres de l'APP tué était le troisième commandant du groupe. Les insurgés ont réussi à kidnapper le fils d'agriculteurs de 16 ans lors de leur fuite.

Le , des insurgés ont braquaient une camionnette transportant du matériel tactique de police à Horqueta. Aucune victime n'a été signalée; cependant, les assaillants ont volé des téléphones portables, de l'argent liquide et du matériel de police.

Le , des insurgés ont incendié le domaine de Yaguarate Hu à Tacuatí. Aucune victime n'a été signalée; cependant, le bâtiment a été endommagé lors de l'attaque.

Le 4 et , un policier a été enlevé dans le nord du pays, un jour après une attaque à la bombe contre un pylône électrique près de Wye, dans le département de Concepción. L'attaque a perturbé l'approvisionnement en électricité d'environ 90 000 habitants, pour la plupart à Pedro Juan Caballero, dans le département voisin d'Amambay. Les dommages ont été estimés à plus d'un million de dollars au total.