droite|vignette|upright=1.5|Évolution de l'incarcération aux États-Unis droite|vignette|upright=1.5| Incarcération aux États-Unis
L'expression complexe industriel carcéral, ou CIC, en anglais , ou industrie de la punition () ou privatisation carcérale, fait référence aux relations économiques et politiques entre les législateurs, les gouvernements et certains monopoles et lobbyiesVicky Pelaez, “The prison industry in the United States: big business or a new form of slavery?” Global Research, 3/10/08 (El Diario-La Prensa, New York) qui gèrent le secteur des prisons privées en agissant en tant que fournisseurs de biens et de services aux agences gouvernementales responsables du système pénitentiaire. Il n'existe pas de "prisons totalement privées" au sens strict (elles n'appartiennent pas à une personne privée, et leur finalité n'est jamais exclusivement privée. Elles sont « exploitées » par une entreprise privée pour le compte de l'État, via un contrat). Dans de nombreux pays, on observe néanmoins une tendance à la privatisation carcérale et à une gestion carcérale déléguée à des tiers privé par l'Etat régalien. La notion de complexe industriel carcéral sous-tend qu'il existe un lien d'intérêt entre la promotion de l'extension du nombre de places de prisons et l'explosion du nombre de prisonniers et un (avec notamment un nombre croissant de centres de détention pour immigrants, migrants, réfugiés alors que s'épanouit une industrie de la surveillance de masse, maintenant assistée par l'IA. Ce complexe industriel tire bénéfice de la construction et parfois de la gestion de l'infrastructure carcérale, et parfois du travail de dizaines de milliers de personnes criminalisées et emprisonnées (qualifiées de personnes punies parfois transformés en marchandises consommables à des fins de divertissement par Lynch en 2004 ou Loader en 2009 ), ou encore de "prisonniers du profit" par un titre du Huffington Post qui, après une enquête basée sur des , dénonce le manque de nourriture et de nourriture saine, les conditions de vie (bagarres quotidiennes, manque d'activités alternatives), les conditions sanitaires (parfois pas de papier-toilette, de protection hygiéniques, de soutien-gorge, d'accès aux soins médicaux...), les maltraitances, viols, violences et le non-respect des droits humains subis dans nombre de prisons privées pour mineurs, gérées pour maximaliser les profits financiers qu'en tirent des groupes comme le Correctional Services Corp., puis la Thompson Academy. société montée par de James F. Slattery, rebaptisée Youth Services International qui continuent à contractualiser avec l'Etat de Floride et dans 15 autres États, malgré les preuves croissantes d’abus graves et répétés de leur part depuis des décennies).
L'analyse critique de ce « complexe industriel » est notamment faite et/ou utilisée par les promoteurs de la justice transformatrice et de l'abolitionnisme carcéral voir 4ème de couverture : ou pénal.
En 2024, en France, plus de la moitié des détenus le sont dans des prisons où certaines missions ont été transmises au secteur privé, selon un modèle dit "intermédiaire".
Définition Les activités de surveillance, répression, prévention et de pénalisation sont sources de plus-value pour leurs opérateurs privés, mais l'étendue et la signification de ces plus-value sont débattues et de nombreuses études ont montré qu'elles . le concept de CIC (complexe industriel carcéral) peut être utilisé dans le champ de l'abolitionnisme, ou non : il est utilisé par des .
Au sens large, le « complexe industriel carcéral » regroupe toutes les entreprises et tous les prestataires de services qui profitent économiquement du système carcéral, et en particulier qui tirent profit du travail (Travaux forcés à certaines époques et/ou dans certains pays) des prisonniers, mais aussi des marchés de construction, d'entretien et de démolition des prisons et installations annexes, des marchés des technologies et moyens humains de surveillance, des marchés de services alimentaires, médicaux (services et installations médicales)Alex Friedmann . The Societal Impact of the Prison Industrial Complex, or Incarceration for Fun and Profit—Mostly Profit. Prison Legal News, 15 de janeiro de 2012., d'éducation et de formation des détenus, mais aussi de suivi et contrôle des prisonniers en liberté conditionnelle. On y associe aussi les avocats, cabinets d'avocats et certains groupes de défense censés représenter les prisonniers.
La promotion de la construction de prisons comme moyen de créer des emplois, et le recours au travail des prisonniers, sont également cités comme éléments du complexe pénitentiaire-industriel. L'« industrie de la punition » implique un réseau d'entreprises et d'acteurs motivés par le profit qu'ils tirent des partenariats public-privé et de l'intensification des emprisonnements. Le Rutherford Institute et l'American Civil Liberties Union (ACLU), par exemple, estiment que le désir de gain monétaire est ce qui a conduit à la croissance de l'industrie pénitentiaire et à la croissance explosive de la population carcérale aux États-Unis.
Selon Nicolas Carrier (sociologue à la Carleton University), et Justin Piché (Chercheur à l'Université d’Ottawa, cherchant à expliquer l'expansion des prison au Canada), il existe des processus contemporains d’intensification pénale et de l'emprisonnement. Ces processus témoignent du renforcement d'un capitalisme , en visant . Certains universitaires font aussi un lien entre l'abaissement de l'âge de la responsabilité pénale et la privatisation des prisons..
Des chercheurs et des groupes militants, souvent classés sous l'étiquette de l'abolitionnisme, tels que par exemple l'Organisation nationale (américaine) pour la réforme des lois sur la marijuana (NORML) soutiennent que le complexe carcéral-industriel perpétue la croyance erronée selon laquelle la prison est une solution efficace à des problèmes sociaux tels que le sans-abrisme, le chômage, la toxicomanie, la maladie mentale et l'analphabétisme.
Sémantique Cette formulation (« complexe industriel carcéral ») est dérivée du concept de l'expression complexe militaro-industriel, apparue dans les années 1950 ; Selon Carrier (2015), .
Histoire L'expression « complexe industriel carcéral » est apparue dans le contexte des études et analyses économiques, juridiques et sociologiques critiques. Elle trouve des racines dans les études montrant une forme de passage de l'esclavage au travail contraint en prison (y compris pour des enfants parfois), avec notamment le louage de prisonniers noirs aux États-Unis après l'abolition officielle de l'esclavage documenté et étudié par Angela Davis, puis, au XXème siècle, de certaines formes de privatisation du système carcéral, qui semblent avoir encouragé une croissance exponentielle de la population carcérale aux États-Unis et en Europe ces dernières années. Ce complexe industriel s'est épanoui dans le contexte du modèle néolibéral américain et thatchérien qui s'est étendu dans le monde (avec notamment la notion de "nouveau management public"). Cette expression évoque aussi l'influence politique des sociétés pénitentiaires privéesHarcourt, Bernard (2012). The Illusion of Free Markets: Punishment and the Myth of Natural Order. Harvard University Press, p. 236. , qui n'a pas réduit la violence aux Etats-Unis, qui permet d'abusivement emprisonner et exploiter certaines populations ostratisées (ouigour en Chine) et pourrait en partie expliquer la (sur) pénalisation des personnes étrangères et ostracisées (étrangers, pauvres, personnes racisées, sexisées et queer) selon M Coquet (2023).
Le modèle français est celui d'une gestion déléguée intermédiaire. On peut le situer entre la « délégation pénitentiaire » complète (modèle anglo-saxon), et le modèle d'une gestion entièrement prise en charge par le secteur public (comme en Italie ou Allemagne où le recours au privé, dans les années 2020 est encore exceptionnel et expérimental). En France le recours au privé s'est surtout fait à l'occasion des nouvelles constructions de prisons ou places pénitentiaires, .
En France Dans ce pays, selon la Direction de l'information légale et administrative (DILA, rattachée aux services du Premier ministre, qui gère aussi les sites Légifrance et Service-public.fr), et d'après le site Vie Publique (2024) : Vie Publique (2024) Prisons : origine et fonctionnement de la gestion carcérale privée |publié : 22 mars 2024 |consulté:26 mars 2024 | url=https://www.vie-publique.fr/eclairage/293141-prisons-origine-et-fonctionnement-de-la-gestion-carcerale-privee.
Depuis la révolution française et la prise de la bastille, la gestion pénitentiaire publique a rarement été entièrement publiqueAnaïs Henneguelle et Nathan Pivet, "Des prisons privées dans l'Hexagone ? La solution intermédiaire de la privatisation française", Gouvernement et action publique, 2023/2, p. 115-136). : Depuis 1789, les missions de greffe, de surveillance des détenus et de direction des établissements ont toujours été remplies par l'autorité publique, avec selon les époques, certains rôles délégués au privé. 1789-1898 : Régime de l'entreprise générale (hérité de l'Ancien régime) : l'État paie un prix de journée par personne incarcérée, en contrepartie, l'acteur privé assure la gestion courante (buanderie, chauffage, nourriture) et dispose de la force de travail (obligatoire jusqu'en 1945, voire 1987) des détenus. Au tournant du XXe siècle, ce régime est abandonné, d'abord pour les maisons centrales, puis pour les maisons d'arrêt : l'administration reprend en main toutes les missions pénitentiaires. 1898-1927 : Régime de l'entreprise générale et régie publique 1927-1987 : Régie publique 1987-2002 : Gestion déléguée et régie publique ; la loi de 1987 réintroduit le privé dans le monde carcéral. Désormais, la conception, la construction et une partie de la gestion peuvent être assurées pas le secteur privé sous forme de la gestion déléguée 2002-2017 : Gestion déléguée, partenariat public privé (PPP, qui sera abandonné en 2017) et régie publique 2017-.... : Gestion déléguée et régie publique.
Au début des années 1980, le parc pénitentiaire est en mauvais état ; vieillissant, parfois insalubre et souvent surpeuplé (début 1981, près de 37 000 détenus devaient se partager un peu plus de 27 000 placesdirection de l'administration pénitentiaire, Rapport général sur l'exercice de 1980, voir p. 96. Robert Badinter, alors garde des Sceaux et le gouvernement socialiste ne sont pas favorables à la construction de nouvelles prisons, leur préférant des mesures préventives et des alternatives à la prison. Le nombre de détenus continue à croître (ex : + 20% en 5 ans, de 1980 à 1985).
En 1986, : répression (avec durcissement des conditions de remise de peines) ; construction : ne plus réguler la hausse de la population carcérale par des amnisties et des grâces, mais par la construction de nouvelles places de prison, confiée à "d'autres personnes morales que l'État" ; modernisation du parc pénitentiaire, et amélioration des conditions de détention ; contrainte budgétaire : ne pas augmenter l'endettement public pour financer ces nouvelles prisons, mais confier cette tâche à des entreprises privées.