La carte de France en pierres précieuses est une œuvre produite en Russie à la fin du et offerte par Nicolas II à la France. Elle est exposée à l'Exposition universelle de 1900, à Paris.

Histoire

Contexte En 1896, une carte de France en relief, émaillée avec noms en sténographie sur ivoire et qui ferait un mètre de côté, est présentée à l'Exposition nationale et coloniale de Rouen et obtient une médaille de vermeil du jury. La même année, le tsar Nicolas II et la tsarine Alix de Hesse-Darmstadt de Russie sont en voyage en France. C'est ainsi qu'en fin d'année, Alexandre Bessières (de Pinsaguel, membre de la Société de géographie, de l'Association toulousaine de Paris et de l'Institut sténographique de France) leur offre la carte en la présentant et transmettant à Arthur Pavlovitch de Mohrenheim, l'ambassadeur de l'Empire. Il l'accompagne d'un manuscrit richement orné renfermant l'alphabet et la avec l'explication des caractères écrits sur la carte. Du tsar et de la tsarine, il reçoit deux lettres officielles de remerciements datées du et du . La carte ayant été , il est donc probable que ce soit ce cadeau qui ait donné l'idée d'une nouvelle carte en retour. À propos de cette hypothèse, on peut noter un remerciement du tsar survenant après la réalisation de la carte russe : le , Bessières reçoit de sa part, par l'ambassade de Russie à Paris, un étui à cigarettes en or massif orné d'un aigle bicéphale en relief semé de brillants et avec une importante pierre précieuse sur le fermoir. La joaillerie de l'atelier lapidaire d'Iekaterinbourg reçoit par ailleurs des éloges à l'Exposition générale d'art et d'industrie de Stockholm, en 1897, ce succès semblant avoir contribué à la décision du tsar.

Fabrication vignette|Dessin de la carte exposée au musée de la Société de l'Oural des amateurs de sciences naturelles (actuellement, musée régional de culture locale de Sverdlovsk). Photographié en 1910 par Sergueï Prokoudine-Gorski. La production de la carte dans l'atelier lapidaire d'Iekaterinbourg en vue de l'Exposition universelle de 1900 est entamée le et est annoncée par voie de presse en . D'après les informations de en 1898, il s'agirait d'une commande du Gouvernement français ; elle semble toutefois émaner du cabinet de l'Empereur. C'est le spécialiste qui collecte les différents matériaux pour la fabrication de la carte, que la presse laisse entrevoir dès le mois d'. À ce moment déjà, on présage .

Le fabricant du jeu de pierres serait due à V. Lippine et la carte est fabriquée et assemblée par le maître principal de la fabrique Pavel Prokopievitch Milkov (né vers 1861). Le quotidien français Le Journal rapporte que, pendant la fabrication, . En ce qui concerne cette dernière procédure, il est généralement question de faire un lavement (c'est-à-dire introduire du liquide dans le côlon par l'anus), ce qui permet de restituer la pierre.

Deux années sont nécessaires à la confection de l'œuvre, dont les travaux sont décrits comme . En , la carte est globalement achevée : manque encore la finition des mers.

Cadeau diplomatique à l'Exposition universelle de 1900 Présentée comme cadeau de la part du tsar Nicolas II, la carte est d'abord exposée à l'atelier d'Iekaterinbourg, du au : près de viennent alors l'admirer. Elle est ensuite envoyée le à Saint-Pétersbourg (capitale de l'Empire), le directeur de l'atelier, Vassili Mostovenko, s'y rendant également. Parvenue à Paris, elle est ainsi remise le par le prince Lev Ouroussov, ambassadeur de Russie, à Émile Loubet, président de la République française qui s'y rend avec Alexandre Millerand et Théophile Delcassé. Le lendemain matin, elle est placée dans le pavillon russe de l'Exposition universelle de 1900 et dès le début, on la voit comme .

C'est dans le salon du tsar, la première pièce du palais russe, un environnement richement décoré de tapis et de tentures, qu'est exhibé cet objet d'art sous un dais de drapeaux entrelacés et sur un lit d'hermine ; elle s'inscrit au fond de la partie aux voûtes ogivales enluminées de dessins. Cette année, on l'estime à plus de quatre millions de francs , la seule émeraude représentant Marseille, par exemple, étant estimée à d'époque. Une autre source d'archive indique plutôt pour l'ensemble. Elle trône en tout cas au sein d'un espace d'exposition déjà particulièrement luxueux et proposant une grande collection de bijouterie : des .

Le , le président Loubet visite les pavillons étrangers : en s'arrêtant à la section russe, il est accueilli par le , l'occasion pour le chef d'État français de contempler une fois de plus la fameuse carte. À son tour, Serge Witte, ministre des Finances de l'Empire russe, en voyage officiel à Paris depuis le et qui visite l'Exposition le matin de son arrivée puis toute la journée du , y repasse dans la matinée du et, d'après Le Figaro, il s'est alors .

La carte reçoit un accueil très favorable de la presse française avec de multiples éloges. Elle fait partie de la classe 72, dite « Céramique », du douzième groupe, dit « Décoration et mobilier des édifices et habitations ». En outre, comme l'indique Le Figaro en 1901, les cadeaux reçu par Émile Loubet en sa qualité de président de la République, ; trois d'entre eux, s'en démarqueraient : les armes envoyées par l'empereur d'Éthiopie Menelik II, dix étalons par le sultan du Maroc Abdelaziz ben Hassan et cette carte de France en pierres précieuses par Nicolas II, décrit comme un entre guillemets.

Installations après l'Exposition universelle [

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] vignette|Photographie de la carte de France en pierres précieuses, dans la salle du Louvre où elle est installée pendant près de trente ans. Tel que publié dans le Strand Magazine.

En , on projette de donner la carte à la Ville de Paris pour être exposée à l'Hôtel de Ville ou au musée Galliera. Elle est finalement placée, vers la fin de l'année ou au début de 1901, au musée du Louvre comme ce qui a été prévu dès , au milieu d'une salle de la colonnade qui abrite le portrait de Louis XIII.

Après les révélations de l'assassinat du tsar à Iekaterinbourg, ville de production de la carte indiquée sur la plaque qui l'accompagne, ainsi qu'à la suite des accords de Locarno et la « détente » des relations entre l'Allemagne et la France, le musée du Louvre décide, à la recommandation du ministère des Affaires étrangères, que l'objet est trop controversée pour le public. La carte est retirée. Discrètement d'ailleurs, puisque de nombreuses lettres reçues par le musée dans les années 1920 et 1930 demandent des précisions sur son sort. Un correspondant se demande même si le gouvernement, à court d'argent, ne l'aurait pas secrètement revendu.

Après des discussions entre la direction du musée et le gouvernement, décision est prise : la carte est transférée le au château de Compiègne, sans que le public n'en ait été averti. Ainsi s'interrogeant sur le sort de la carte dans son numéro du , au moment de la fermeture de l'Exposition universelle de 1937, le journaliste Louis Piéchaud partage une rumeur, dans le quotidien L'Époque, selon laquelle elle aurait été rendue aux autorités soviétiques pour ajouter l'Alsace-Moselle (réintégrée à la République française après la Première Guerre mondiale). Cet élément est d'autant plus marquant que Jules Merley, directeur de l'Agence internationale de la presse, adresse dès 1900 une lettre ouverte au directeur de l'atelier lapidaire, Mostovenko. Se faisant l'écho des interrogations des visiteurs, il souligne que les lettres « A » et « G » du mot Allemagne sont gravées sur l'Alsace-Lorraine, en marbre noir, et demande que ce morceau, dont il souligne l'important, soit remplacé en suggèrant que ces deux lettres soient placées derrière la ligne du Rhin .

Piéchaud, avec Eugène Dubois, secrétaire de la Société historique du Raincy, se lancent alors à sa recherche. Ce n'est qu'en que Piéchaud révèle la localisation nouvelle de l'œuvre, sans en connaître la raison de son déplacement : elle a été entreposée dans la galerie Natoire de Compiègne par le conservateur Édouard Sarradin. Piéchaud a recours à l'expertise de Jacques Robiquet qui lui partage quelques précisions. Alors que la carte n'est visible qu'en semaine à la sollicitation de gardiens, Piéchaud suggère à Robiquet de la placer davantage à la portée du public, ce dernier ayant justement l'intention de proposer à Bourguignon son installation dans l'une des salles alors en aménagement dans le musée annexe du Tourisme dans le même palais. Juridiquement, l'État fait don de la carte au château de Compiègne le : une lettre d'Eugène Dubois, président de la Société historique du Raincy et du pays d'Aulnoye, adressée à Albert Lebrun, président de la République, le est contenue dans le même dossier des Archives nationales de France.

Faisant depuis partie des collections du château, elle figure notamment à l'exposition « Un Tsar à Compiègne. Nicolas II, 1901 », organisée du au et regroupant de nombreux objets impériaux, un événement qui rencontre un certain succès.

Structure vignette|Carte avec son cadre au château de Compiègne, en . La carte, placée sur une plaque de marbre, se présente comme un carré d'un mètre de côté (soit environ dans le système russe d'unités). Elle est montée sous verre dans un massif panneau de chêne sculpté, mesurant de hauteur sur 1,8 de longueur. Deux plaques de cuivre l'accompagnent avec les inscriptions respectives : et . Dans la carte elle-même, chaque département est taillé dans un matériau particulier provenant de l'Oural (en jaspe et rhodonite) et les grandes villes sont figurées par des clous de pierres précieuses (106 au total).

La polychromie des départements contraste avec les pays frontaliers qui sont taillés dans une pierre grise monochromatique. On peut noter que la légende « Allemagne » est placée du côté de la rive droite du Rhin et l'Alsace-Lorraine est taillée à part : le tsar n'aurait pu non plus aller jusqu'à une confrontation diplomatique avec le voisin allemand en présentant cet espace sous une couleur différente comme le font les manuels scolaires français d'alors, mais la carte assume une ambigüité certaine faisant un clin d'œil aux velléités revanchistes. Parallèlement, des visiteurs expriment leur regret de ne pas voir des pierres supplémentaires pour certaines villes. Fondamentalement même, l'absence de la Corse sur la carte se fait remarquer, l'intention d'une telle omission faisant l'objet d'interrogations que l'on peut retrouver dès 1900 ; le quotidien Le Petit Bastiais aurait reçu comme réponse . L'Aurore relate quelques années plus tard, qu'.

+ Liste des matériaux et des éléments correspondants Matériau Éléments Références Rubis Paris Tourmaline (ou 35) dont Lyon Améthyste dont Angers, Grenoble, Rennes et Toulouse Saphir Rouen () Émeraude Marseille (), Le Havre Héliodore (béryl) Nantes Chrysobéryl Toulon () Alexandrite Cherbourg Quartz Hyacinthe Quelques villes dont Nice Phénacite Lille Péridot Reims Aigue-marine Bordeaux Jaspe rouge Ille-et-Vilaine, Seine Conglomérats Loire-Atlantique (Loire-Inférieure jusqu'en 1957), Mayenne et Sarthe Conglomérat calcaire Eure-et-Loir Roche détritique Seine-et-Oise Pegmatite graphique (probablement) Maine-et-Loire Marbre gris clair Mers Or Dénominations et anneaux sertissant chaque gemme Platine Fleuves

La plaque en bas à gauche de la carte, avec l'inscription « France, 1900. », l'indication d'échelle « » et la signature de l'atelier « Императорская Екатеринбургская гранильная фабрика », est faite d'une seule pièce en jaspe de Kokand.

Réception La carte reçoit une très grande attention à l'Exposition. Cela lui vaut même le surnom de « Miracle de l'art de la taille de pierre ».