La tentative de meurtre contre Jacques Tillier est une affaire criminelle qui a, un moment, engagé le pronostic vital d'un jeune journaliste français en , Jacques Tillier, ex-commando de marine puis contractuel à la DST, enquêteur depuis 1974 à l'hebdomadaire d'extrême droite Minute, d'où il partira l'année suivante.

La tentative de meurtre a lieu au fond d'une cave à champignons de Verneuil-en-Halatte, près de la base aérienne de Creil, où Tillier, Mesrine et son complice sont arrivés à bord d'une R 5 bleue, selon les déclarations de la victime lors de son sauvetage. Il a été laissé nu, attaché, percé de trois balles, dans un noir complet, sans eau ni nourriture et s'en sort « par miracle »Femmes hors-la-loi. Le banditisme au féminin par Maria Poblete et Frédéric Ploquin, 2016, éditions Fayard. mais restera paralysé d'un bras. La police dit aux médias que Mesrine n'avait pas intention de tuer, juste d'humilier et de torturer, afin de minimiser son mobile et le fait que le journaliste n'ait pas été protégé. Puis la presse révèle une intention de tuer, selon les médecins. La presse se demande comment la victime a pu couper ses liens, puis ramper sur six kilomètres jusqu'à la départementale 565.

Dès la révélation de l'affaire, le lien est fait entre le journaliste et l'ex-complice de Mesrine, Christian Kopf, que Tillier avait interviewé en Le Monde du 12 septembre 1979.. C'est lui qui a fait l'intermédiaire. Jacques Mesrine a fait semblant d'accepter une interview, sollicitée par le journaliste, qui aurait proposé . Le directeur de Minute, journal qui abhorre Mesrine, dit d'emblée qu'il n'était pas au courant puis les enquêteurs confient que les articles de Tillier ne constituaient pas un mobile suffisant de vengeance. Certains laissent même entendre qu'il aurait, à plusieurs reprises, dépassé son rôle d'enquêteur. Très proche du commissaire Lucien Aimé-Blanc, lui-même proche du Service d'action civique, le jeune journaliste avait bénéficié de fuites intéressées dans les affaires Jean de Broglie, Pierre Goldman et Henri Curiel, puis des coordonnées de Christian Kopf, sous filature.

Mesrine soupçonnait Tillier d'être « une balance »Les Incroyables Énigmes policières et faits divers par Christian-Louis Eclimont, 2021, éditions Prisma.. Le journaliste, qui dès 1979 espérait quitter Minute, ne révèlera qu'en 1984 avoir promis à Kopf de partager l'argent de l'interview, censée être vendue à un autre journal, pour lui permettre de refaire sa vie à l'étranger. Mesrine savait la police au courant du projet de rendez-vous et s'est protégé par un enchaînement de trois rendez-vous successifs dans la même heure, empêchant de déployer une nasse policière.

Le complice n'ayant pas été identifié, l'affaire est restée non élucidée. Charlie Bauer, un temps suspecté, a été acquitté par le jury populaire de la cour d'assises. Mesrine l'a rétribué pour reconnaître Tillier lors du deuxième des trois rendez-vous intermédiaires, car Bauer avait, en , reconnu Tillier lors des intoxications du SAC, via Minute , accusant Pierre Goldman d'être responsable de l'assassinat de François Duprat.

Motivation de Jacques Tillier La motivation de Jacques Tillier a prendre des risques, allant jusqu'à monter dans une voiture conduite par Mesrine, a suscité des questionnements, car son journal était fondamentalement très critique de la délinquance et de Mesrine en particulier. Le truand avait donné plusieurs interview à Libération, alors un petit quotidien gauchiste à faible tirage, symbole de tout ce que détestait Minute, qui le dénonçait pour l'apologie de la pédophilie.

Confrontée à l'anomalie de cette demande d'interview, la presse estime qu'il s'agit plutôt d'une « affaire de filature » qui a mal tourné"Les Silences de Paul Biya. Analyse d'une communication de pouvoir. Préface du Pr. Sanda-Maria Ardeleanu" par François Marc Modzom en 2019 aux éditions Connaissances & Savoirs "Enquêtes au cœur de l’océan Indien" par André Daziano Le Lys Bleu Éditions en 2022 et Tillier lui-même reconnaitra qu'il prévoyait de vendre l'interview à un autre journal. L'année suivante, malgré son statut de martyr, il quittera Minute, dont les dirigeants n'avaient pas été prévenus.

Jacques Tillier a ainsi manipulé Kopf, pour obtenir un rendez-vous mais proposé aussi un marché à Lucien Amie-Blanc: « lorsque j'aurai vendu l'interview à « Minute », ou à un autre magazine, je reprendrai contact avec Mesrine pour lui remettre l'argent. A ce moment-là, il sera en confiance et je te le balancerai : tu auras tous les renseignements pour intervenir. ».

Motivation de Lucien Aimé-Blanc Le rôle du commissaire Lucien Aimé-Blanc dans cette affaire a été d'inciter Tillier, qui était son ami et qu'il informait depuis des années, à prendre le risque d'approcher jusqu'à Mesrine en lui faisant comprendre que les policiers veilleront sur lui tout au long de l'opération, comme ils l'avaient fait lors de l'enlèvement Lelièvre.

L'analyse de ce rôle et sa conséquence sur la carrière du commissaire, brutalement stoppée en 1981, est au cœur du premier chapitre du best-seller Dossier P… comme Police, publié en 1983 par Alain Hamon, grand reporter à RTL, et Jean-Charles Marchand, reporter à VSD et RMC.

Selon leur enquête, Lucien Aimé-Blanc travaillait surtout avec l'inspecteur Pierre Langlois, beau-frère de Pierre DebizetDossier P… comme Police, par Alain Hamon et Jean-Charles Marchand, aux Editions Alain Moreau en 1983, patron du Service d'action civique. , souligne le livre, consacré à la guerre des polices de l'époque, et Aimé-Blanc souhaitait devenir l'homme par qui Jacques Mesrine a été arrêté.

, soulignent Hamon et Lemarchand. Au lendemain de la rencontre entre ce dernier et Tillier, , ont conclu en 1983 Hamon et Lemarchand.

Les deux reporters estimaient ainsi en 1983, avec des précautions de langage, que le commissaire à sciemment abandonné son ami au danger, pour des raisons de carrière.

Mobile de Jacques Mesrine Soupçonnant que Tillier "soit une balance" et pas un simple journaliste voulant une interview, Mesrine a plusieurs raisons de vouloir l'éliminer. En décembre-, puis en mars, juillet et , Jacques Tillier rédige dans Minute une série d'articles qui perturbent Jacques Mesrine : le truand découvre qu'un de ses très anciens amis n'est plus dans son camp, car Tillier lui fait miroiter la possibilité de quitter la France avec un gros pécule, alors que Kopf est amer de s'être fait entraîner dans l'attaque du juge Petit, pour laquelle il sera lourdement condamné. Le "plan du journaliste" est de "faire protéger Kopf qui a peut-être une piste pour remonter jusqu'à Mesrine et le rémunérer pour services rendus""Mesrine, fragments d'un mythe" ,ar Philippe Roizès et Anne-Claire Préfol en 2009.

Le commissaire Lucien Aimé-Blanc écrira dans l'un de ses livres avoir fourni des armes à Jacques Tillier qui se sentait menacé par Mesrine. Il reconnaitra avoir été parfaitement informé des manœuvres de ce dernier, dont il est un ami, pour obtenir l'interview de Mesrine""Mémoires" par Philippe Broussard et Robert Broussard, aux Editions Stock en 2005 .

Mesrine soupçonne Jacques Tillier d'être suivi par la police car ce dernier a régulièrement des infos de sa part sur des grosses affaires. Ses articles de décembre- font suite à la visite de Tillier au domicile de Christian Kopf, dont il a obtenu les coordonnées par la police et qu'il interviewe pour Minute. Christian Kopf, ami proche de Mesrine depuis l'adolescence, resté sous son emprise, avait en accepté de l'accompagner dans la tentative d'assassinat du juge Petit, aux contours d'abord mal définis, alors qu'il n'a aucune expérience du banditisme. Il est depuis recherché par toutes les polices lui aussi, et sait beaucoup de choses sur Mesrine. Ce dernier n'accepte plus de le revoir que dans des conditions de sécurité maximum et parce que Kopf l'apitoie en lui expliquant qu'il est terrorisé par le chantage à l'extorsion de fonds d'un détenu lui envoyant des missives. Mesrine le rencontre après plusieurs rendez-vous intermédiaires dans des cafés et lui promet de régler le problème.

De son côté, Tillier a fait miroiter à Kopf la concrétisation de son rêve : ouvrir une librairie, tout en échappant à la police, en le faisant à l'étranger. Il lui dit que s'il parvient à interviewer Mesrine en échange d'une grosse somme, pour Minute ou pour tout autre journal, cette somme lui reviendra car il aura été l'intermédiaire permettant d'organiser l'interview. Mesrine en a probablement eu vent par Kopf, car lors de la détention de Tillier dans la grotte, il le soupçonne de vouloir vendre l'interview à un autre journal que Minute, afin de quitter cet hebdomadaire, et le mentionne dans une lettre envoyée à la presse.

Parmi les articles de Jacques Tillier dans Minute, l'un d'eux avait attiré l'attention en Le Monde le 12 septembre 1979 , car il révèle l'adresse de Kopf, ce qui compromet sa filature par les hommes du commissaire Robert BroussardArticle par Michel Bole-Richard, dans Le Monde le 13 février 1981 .

L'affaire choque magistrats et policiers : le sur Europe 1, Jean Ducret, directeur de la police judiciaire, dénonce "les médias qui entrent littéralement" dans le "délire" de MesrineArticle le 16 janvier dans Le Monde et "certains journalistes et certains personnages qui nous créent volontairement des difficultés". Il désigne Tillier sans le nommer "une personne qui joue les policiers, qui va voir les témoins, qui obtient ainsi des renseignements sur des individus que nous surveillons et qui va prévenir ces derniers que nous les filons". Jacques Mesrine ne reste plus qu'en contacts rares et très discrets avec Christian Kopf car la police peut désormais remonter jusqu'à lui, via Tillier.

Préparation de la tentative de meurtre Mesrine sait qu'il risque d'être encerclé par les policiers et utilise donc la même méthode pour l'éviter que lors de la remise de rançon d'Henri Lelièvre : trois rendez-vous intermédiaires successifs sont annoncés à Tillier dans la matinée, seul le premier étant négocié les jours précédents l'interview: le premier à la brasserie le Chat noir, avenue de Saussure à Paris (), à 11 heures. Il est suivi de deux autres, donnés par téléphone via un intermédiaire. Le second alieu ainsi peu après, Porte de Champerret"L'Histoire vraie de l'ennemi public numéro un" par Michel Laentz, chez IS Editions en 2012 , puis un troisième est donné à l'église Saint-Vincent-de-Paul, à Clichy (Hauts-de-Seine), où Tillier monte dans une R5 blanche que conduit Jacques Mesrine, arme au pied, avec le complice sur la banquette arrière et un magnétophone qui enregistre.

Mesrine a un problème : il n'a jamais vu Tillier et a besoin de quelqu'un pour authentifier que c'est bien lui qui est là. Il demande ainsi à Charlie Bauer de se placer à un des rendez-vous intermédiaires pour "Charlie Bauer : Révolution, Infraction, Prison" par Mariana Grépinet le 13/09/2010 dans Paris-Match .

Charlie Bauer avait en effet aperçu Jacques Tillier en dans "l'affaire François Duprat". "Mesrine savait que j'étais capable d'identifier Tillier, car je le connaissais de vue. En effet, je faisais partie d'un groupe antifasciste et nous avions travaillé sur l'extrême droite. Nous avions surveillé le journal Minute", indiquera Charlie Bauer à son procès en 1982, où il sera acquitté du soupçon de complicité dans cette affaire. Mesrine lui a annoncé, 48 heures à l'avance le rendez-vous avec Tillier et lui a demandé de l'amener d'un lieu à un autreLe Monde du 13 février 1982 .

Tillier monte ensuite dans une R5, avec Mesrine et un autre complice, sous les yeux d', puis prend la direction d'une cave à champignons de Mont-la-Ville, à Verneuil-en-Halatte.

Tentative de meurtre