La bataille de Lützen, aussi appelée par les historiens allemands bataille de Großgörschen, a lieu le , lors de la Campagne d'Allemagne (1813). Wittgenstein attaque une colonne avancée de Napoléon près de Lützen, afin de reprendre la ville de Leipzig. Après une journée de combats intenses, les forces prussiennes et russes battent en retraite. L’absence de cavalerie empêche les Français de les poursuivre.

Contexte

Après le désastre de l'invasion française de la Russie en 1812, le tsar Alexandre 1er, influencé par une partie de l'émigration allemande, en particulier par son conseiller l'ancien ministre réformateur du roi de Prusse le baron Stein, voit l'occasion de débarrasser l'Allemagne de Napoléon. Dès décembre 1812, il décide de faire passer le Niémen à ses troupes. Au cours des semaines suivantes, celles-ci repoussent les forces sous commandement français et polonais, obligées d'évacuer le duché de Varsovie et de se replier successivement derrière l'Oder, puis derrière l'Elbe au cours du mois de février 1813.

Dès le 6 janvier 1813, le gouvernement de Vienne écrit à Schwarzenberg, commandant les troupes autrichiennes alliées à Napoléon pendant la campagne de Russie, pour lui ordonner de ne plus tenir compte des ordres de Murat, à qui Napoléon a confié le soin de coordonner toutes les forces militaires qui subsistent de la retraite de Russie, et de se préoccuper uniquement de couvrir la Galicie autrichienne. Le , un armistice austro-russe est signé, actant un repli des troupes de Schwarzenberg derrière la Pilica à partir du 13 février. Présentes encore à Varsovie début février, les forces autrichiennes se replient ainsi sans combattre à l'arrivée des Russes, qui entrent dans la ville le 8 février. Elles se retireront totalement du duché de Varsovie en avril, après l'annonce officielle de l'Autriche de ne plus prendre part à la guerre.

Après plusieurs semaines d'hésitation, le roi de Prusse, qui dans un premier temps a désavoué l'armistice de Tauroggen conclu par le général Yorck, a secrètement accepté de signer, le , le traité d'alliance que lui propose le tsar Alexandre par l'intermédiaire du baron Stein. Le , Frédéric-Guillaume III a dissous officiellement l'alliance avec Napoléon et, quelques jours après l'entrée de l'armée russe de Wittgenstein à Berlin, le chancelier prussien a remis le 16 mars à l'ambassadeur de France la déclaration de guerre de la Prusse. Le lendemain, 17 mars, le roi a fait paraître la déclaration An Mein Volk, où il proclame une guerre de libération.

En mars 1813, les troupes françaises en Allemagne, sous les ordres du prince Eugène de Beauharnais, qui a remplacé Murat fin janvier après la défection de ce dernier, se regroupent derrière l'Elbe, de la Saxe jusqu'à l'embouchure, et tentent de consolider leurs positions, confiantes dans les hautes eaux printanières du fleuve pour en faire une barrière infranchissable. Pendant ce temps, Napoléon, conscient de la fragilité de ses forces en Allemagne, travaille fébrilement à la reconstruction de son armée. En France, il met en place la conscription de masse, levant une nouvelle armée d'environ 200 000 hommes, bien que les recrues soient en grande partie inexpérimentées et n'aient pas la discipline aguerrie des vétérans perdus en Russie. À la fin du mois de mars, ces renforts commencent à arriver en Allemagne pour soutenir le reste des forces françaises, qui subissent la pression de l'avancée des armées de la coalition: au centre, entre Magdebourg et Torgau, 25 000 Prusso-russes sous les ordres de Wittgenstein et Yorck ; au nord, les commandos de Tettenborn, Dorenberg et Czernitcheff (6 000 à 7 000 hommes) sont répandus sur les deux rives de l’Elbe ; au sud, les coalisés contrôlent Dresde à partir du 26 mars avec 28 000 combattants.

Jean-François Brun résume ainsi l'objectif des coalisés : "pendant que Wittgenstein contiendra les Français à hauteur de Magdebourg, l’armée principale progressera sur l’axe Leipzig-Mersebourg afin d’empêcher la jonction entre l’armée de l’Elbe (58 000 hommes dirigés par Eugène de Beauharnais) et l’armée du Main nouvellement réunie (111 000 soldats sous le commandement de Napoléon)"

À partir de la mi-avril, l'armée alliée est confrontée à une incertitude croissante quant aux mouvements français. Bien que les généraux de première ligne soupçonnent une activité française dès la mi-mars, les conseillers du tsar estiment qu'aucune action d'envergure ne se produira avant le mois de juin. Les généraux Blücher et Wittgenstein, peu convaincus par cette prudence, font avancer prudemment les forces alliées vers l'ouest, en direction de la rivière Saale. S'attendant à être dépassés en nombre par les forces napoléoniennes, ils débattent de deux stratégies possibles : battre en retraite derrière l'Elbe ou concentrer leurs forces pour attaquer l'armée napoléonienne lorsqu'elle traversera la Saale. La retraite est jugée peu judicieuse, car les Français contrôlent déjà les têtes de pont de l'Elbe à Magdebourg et à Wittenberg, et un tel mouvement risque d'entamer le moral des troupes. Au lieu de cela, les généraux ont choisi une option plus audacieuse, s'appuyant sur la supériorité de leur cavalerie et sur l'habileté des vétérans russes pour contrer les conscrits moins expérimentés de Napoléon. Cette approche est approuvée par les dirigeants alliés.

Entre le 19 et le , des renforts russes, dont le corps de Miloradovitch et la Garde russe, se rendent sur le front près de Dresde, accompagnés par le tsar et le roi de Prusse. Le maréchal Koutouzov étant gravement malade, le tsar nomme Wittgenstein commandant en chef, une décision soutenue par les Prussiens. Au même moment, des rapports font état d'affrontements avec les forces françaises à Merseburg, Halle et Weissenfels, signalant l'avancée de Napoléon. Les Alliés concentrent rapidement leurs forces - 48 000 fantassins, 25 000 cavaliers et plus de 500 canons - entre Leipzig et Altenburg, se préparant à frapper le flanc droit de Napoléon près de Lützen s'il continue à traverser la Saale.

Prélude gauche|vignette|Campagne d'Allemagne, avril-mai 1813 Napoléon, ayant enfin terminé ses préparatifs, quitte Mayence le et reprend le commandement des opérations. Visitant successivement Wurzbourg et Fulda, il se rend à Weimar, où le maréchal Ney l'a précédé avec ses jeunes et vaillantes divisions. Son plan est de repasser l'Elbe et de marcher sur Berlin pour rejeter les Alliés entre l'Elbe et la Saale, et d'établir le siège de la guerre entre l'Elbe et l'Oder, en se plaçant sous la protection des forteresses de Torgau, de Wittenberg, de Magdebourg et de Hambourg ; si les circonstances le permettaient, il relèverait ensuite les forteresses assiégées sur la Vistule, Dantzig, Thorn et Modlin. Dans ce but, il a envoyé le maréchal Ney occuper les passages de la Saale avant que l'ennemi n'ait eu le temps de s'en emparer, mais il lui a ordonné de garder la Saale uniquement et de ne pas la traverser. Il a également ordonné au général Bertrand, suivi à courte distance par le maréchal Oudinot, de le rejoindre à Saalfeld. En même temps, il ordonne au prince Eugène d'avancer en masse dans la direction de Dessau, à peu de distance du confluent de la Saale et de l'Elbe, et de remonter le cours de la Saale jusqu'à Weiβenfels.

Le , Napoléon franchit la Saale à Weiβenfels. Il n'a cependant pas achevé la concentration de son armée, car le XIIe corps et la division Wurtemberg sont encore à deux jours de marche, et il ne peut donc rassembler que 145 000 hommes. Après avoir établi sa liaison avec le prince Eugène sur la basse Saale, il entend déployer ses forces en masse dans les plaines de Lützen, marcher vers Leipzig, puis exécuter une manœuvre stratégique, mais faute de cavaliers et d'une mauvaise reconnaissance, il pense que les forces de l'armée russo-prussienne sont dispersées de Dessau à Zwickau, leur corps principal se trouvant aux environs d'Altenburg.

Napoléon planifie une avancée stratégique de Weissenfels à Lützen, suivie d'une marche vers Leipzig en formation compacte, dans le but ultime de franchir la Lister. Conscient que son armée ne peut avancer simultanément sur une seule route, il divise ses forces en plusieurs colonnes afin d'assurer la coordination et le soutien des flancs. Le maréchal Ney, avec la Garde impériale et le maréchal Marmont, reçoit l'ordre de prendre la route principale de Lützen à Leipzig. Pour sécuriser le flanc droit, le général Bertrand et le maréchal Oudinot reçoivent l'ordre de se déplacer de Naumburg vers Stössen. Pendant ce temps, le prince Eugène reçoit l'ordre de conduire ses forces de Merseburg le long de la route de Markranstädt jusqu'à Leipzig, assurant ainsi la couverture du flanc gauche. Cette approche sur plusieurs fronts vise à assurer un mouvement sûr et coordonné des forces de Napoléon vers leurs objectifs.

Au soir du , le IIIe corps du maréchal Ney, qui doit tenir le flanc droit autour de Lützen pour soutenir les forces en marche vers Leipzig et qui est composé de cinq divisions d'infanterie (45 000 hommes) et d'une brigade de cavalerie (Kellermann), se trouve ainsi positionné : deux divisions (Ricard et Brenier) autour de Lützen, la division Souham dans les quatre villages au sud-est (Kaja, Kleingörschen, Großgörschen et Rahna), la division Girard à un kilomètre à l'ouest de ceux-ci, à Starsiedel, et la division Marchand en réserve autour de Meuchen. Un peu en arrière sur la route de Weiβenfels à Lützen, le VIe corps français du maréchal Marmont est à Rippach. Le IVe corps de Bertrand est au sud de Weißenfels où se trouve également la Garde impériale. Enfin, le XIe corps de Macdonald et le Ier corps de cavalerie se trouvent au nord de Lützen.

De leur côté, les troupes russes et prussiennes se sont regroupées à l'est de la Weiße Elster, qui serpente à 15 km environ à l'est de Lützen.

Au quartier général allié, Wittgenstein, supposant que les corps de Napoléon sont répartis en une longue colonne marchant de Weiβenfels à Leipzig en passant par Lützen, et que son flanc droit n'est gardé que par un faible détachement à Kaja, décide d'attaquer par surprise cette longue colonne sur son flanc droit, afin de détruire le détachement de Kaja, d'avancer de là sur Lützen, de rompre la ligne de Napoléon et de repousser tous ceux qui avaient passé Lützen vers le nord de leur ligne d'opérations jusqu'aux marais de l'Elster en aval de Leipzig.

Ainsi, les ordres de Wittgenstein pour le sont les suivants :

Blücher doit atteindre l'Elster à 5 heures en deux colonnes, la droite à Döhlen, à l'est de Werben, la gauche à Karsdorf, juste au nord de Pegau. À 6 heures, sa colonne de droite doit traverser le Flossgraben, près de Werben, sa colonne de gauche l'ayant déjà traversé une demi-heure plus tôt. Yorck et Berg doivent suivre respectivement les colonnes gauche et droite de Blücher. Winzingerode doit laisser trois bataillons et une compagnie d'artillerie légère pour garder le défilé de Zwenkau et surveiller l'Elster entre cet endroit et Leipzig ; le reste de son corps doit couvrir la droite de Blücher. La garde russe doit être à 7 heures à Pegau et à Storkwitz, comme réserve, et tenir les défilés de Stontzsch, de Karsdorf et de Storkwitz.

Bataille