L'extrême droite en Allemagne (en ) se réorganise après 1945, date de la chute de l'Allemagne nazie et de la dissolution du parti nazi. Si un processus de dénazification a été mené de 1945 à 1949 dans le pays par les forces alliées de la Seconde Guerre mondiale, divers partis d'extrême droite émergent rapidement dans la période d'après-guerre, avec plus ou moins de succès.

À compter de 2017, l'AfD, le plus important de ces partis, est présent de manière massive au Bundestag.

En 1949, un parti se réclamant ouvertement du nazisme et du NSDAP, le SRP, Parti socialiste du Reich, se crée ; il compte jusqu'à 10 000 membres, obtient aux élections régionales de 1951 11% des voix en Basse-Saxe, 7,7% à Brême. Il est dissout en 1952 par décision de la Cour Constitutionnelle.

En 1964 est fondé le NPD, Parti national-démocrate d'Allemagne, parti néo-nazi et « revanchard », connu dès 2023 sous le nom La Patrie ; élu dans des parlements régionaux dès les années 1960, il obtient un siège au Bundestag en 2014. Il est le seul parti politique national néo-nazi subsistant en Allemagne.

En 2013 est créé le parti populiste d'extrême-droite AfD (Alternative pour l'Allemagne) ; il obtient 94 sièges au Bundestag en 2017 (pour 12,6 % des voix) et 83 députés lors des élections de 2021 (10,3 % des voix). Il s'inscrit en partie dans le sillage des partis d'extrême-droite apparus avant la réunification de l'Allemagne en 1989-1990. Toutefois, il ne s'est pas formé initialement à partir de ces anciens partis mais provient plutôt des milieux chrétiens-démocrates de la CDU opposés à la politique d'Angela Merkel : il est à l'origine un mouvement antieuropéen, anti-Euro, pour qui l'Allemagne n'a pas à porter le poids de la dette d'autres pays européens. Il bénéficie du ralliement de formations d'extrême-droite nationalistes, opposées à l'immigration et « revanchistes ».

Définition « Extrême droite » est le terme utilisé par l'Office fédéral allemand pour la protection de la Constitution, selon lequel le néonazisme est une sous-classe de l'extrême droite.

Allemagne de l'Ouest (1945-1990) Dès 1945 En 1946 est fondé le Deutsche Rechtspartei ; lui succède en 1950 le Deutsche Reichspartei. Dès que l'occupation alliée de l'Allemagne prend fin en 1949, un certain nombre de nouveaux partis d'extrême droite émergent : le Parti socialiste du Reich, créé en 1949,qui attire d'anciens nazis, et remporte 5 sièges aux élections fédérales ouest-allemandes de 1949, avant de les perdre aux élections fédérales ouest-allemandes de 1953 ; l'Union sociale allemande (Allemagne de l'Ouest) ; le Parti ouvrier allemand libre ; le Front nationaliste ; l'Offensive nationale.

En 1964 est créé le Parti national-démocrate d'Allemagne, qui existe encore aujourd'hui.

Les années 1980 voient une augmentation des organisations et des activités de droite dans toute l’Europe occidentale. En 1984-1985, le Parlement européen organise une commission d'enquête sur la montée du racisme et du fascisme en Europe, puis une autre en 1989. Dans le rapport de la deuxième commission, remis au Parlement en , le social-démocrate ouest-allemand soutient que les changements économiques et sociaux résultant de la « modernisation de la société » expliquent la récente montée de l'extrémisme de droite, et une « réceptivité croissante aux programmes politiques offrant la sécurité en mettant l'accent sur l'aspect national ou en fournissant des boucs émissaires (les étrangers) ».

L'ascension "fulgurante" du Republikaner Partei (REP) en 1989, dont le chef Franz Schönhuber avait été membre de la Waffen-SS et qui "admet fièrement son passé nazi", est soulignée dans ce même rapport. Le parti a remporté deux millions de voix aux élections du Parlement européen de 1989 sur un programme qui « prône ouvertement l'abolition des syndicats, la destruction de la protection sociale, la censure et la « décriminalisation » totale de l'histoire allemande.

Changements liés à la réunification en 1989 Le réunification effective de l'Allemagne de l'Ouest et de l'Est dès 1990 provoque toutefois un effondrement de la base électorale du Republikaner Partei, en permettant la réunification de l'Allemagne en deçà des frontières de 1937. En 1990, l'Allemagne réunifiée reconnaît le tracé de sa frontière avec la Pologne, ce qui n'avait été le cas auparavant (en 1945 la Pologne avait reçu une large partie du territoire allemand, réduisant la superficie de l'Allemagne de 25 % par rapport à 1937).

L'Office d'État pour la protection de la Constitution fait état à la date de 1989 de 38 500 adhérents à l'« extrême-droite » en Allemagne de l'Ouest ; toutefois ce nombre n'incluait pas 1 à 2 millions de membres du Republikaner Partei(REP) ; l'alliance NDP/DVU était incluse dans le décompte, bien qu'ayant seulement 27 000 membres, et remporté 455 000 voix aux élections européennes de .

Après la réunification, l'activité de droite semble s'être déplacée principalement vers les États de l'ex-Allemagne de l'Est. Ces États ont connu de violents incidents frontaliers après l'ouverture aux voyages sans visa entre l'Allemagne et la Pologne en Ford (1992), pp.xiv-xvii..

Partis éphémères Deutsche Rechtspartei (1946-1950) Parti socialiste du Reich (1949-1952) interdit Deutsche Reichspartei (1950-1964) Union sociale allemande (1956-1962) Parti ouvrier allemand libre (1979-1995) Front nationaliste (1985-1992) interdit Alternative allemande (1989-1992) interdite Offensive nationale (1990-1992) interdite

Allemagne de l'Est (1945-1990) L’Allemagne de l’Est (RDA) en tant qu'État socialiste, reposait sur l'idée que le fascisme était une forme extrême du capitalisme. Ainsi, elle se considérait comme un État antifasciste (article 6 de la constitution de la RDA) et l'éducation antifasciste et anticolonialiste jouait un rôle important dans les écoles et dans la formation idéologique dans les universités. Contrairement à l’Allemagne de l’Ouest, les organisations du régime nazi y ont toujours été condamnées et leurs crimes ouvertement discutés dans le cadre de la doctrine officielle de l’État en RDA. Ainsi, en RDA, il n'y avait pas de place pour un mouvement similaire à celui de 1968 en Allemagne de l'Ouest, et les groupes d'opposition de la RDA ne considéraient pas ce sujet comme une question majeure. Le radicalisme à droite était relativement faible jusque dans les années 1980. Plus tard, de petits groupes extrémistes se sont formés (par exemple ceux associés aux violences dans le milieu du football). Le gouvernement a tenté de résoudre ce problème, mais avait des raisons idéologiques de ne pas le faire ouvertement, car cela allait à l’encontre de l’image qu’il souhaitait donner d’une société socialiste.

Allemagne réunifiée depuis 1990 Années 2000 EN 1998 le parti d'extrême droite Union populaire allemande (DVU) se forme en Saxe-Anhalt et dans le Brandebourg dès 1999. En 2009, le parti a perdu sa représentation au Landtag de Brandebourg.

En 2004, le Parti national-démocrate d'Allemagne (NPD) remporte 9,2 % des voix aux élections régionales de Saxe de 2004, obtenant ainsi le droit de siéger au parlement du Land ; il demeure représenté au Parlement du Land de Saxe de 2004 à 2014. Il obitient 1,6 % des voix aux élections fédérales allemandes de 2005. En 2006, lors des élections régionales de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le NPD obtient 7,3 % des voix et six sièges au parlement du Land. Il perd sa représentation au Parlement de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale après les élections régionales de 2016. En 2004, le NPD comptait 5300 membres inscrits. Au cours de l'année 2006, le NPD a traité environ 1 000 candidatures, ce qui porte le nombre total de membres à 7 000. Le DVU compte 8 500 membres.

En 2007, le Verfassungsschutz (renseignement fédéral allemand) estime le nombre d'individus potentiellement extrémistes de droite en Allemagne à 31 000, dont environ 10 000 sont classés comme potentiellement violents (gewaltbereit). Le National Socialist Underground est à l'origine des meurtres de 10 personnes d’origine turque entre 2000 et 2007 selon les résultats d'une enquête en 2011.

Années 2010 Parti national-démocrate d'Allemagne (NPD) thumb|250px|NPD : Élections européennes de 2014 en Allemagne. Lors des élections au Parlement européen de 2014, le NPD remporte son tout premier siège au Parlement européen avec 1 % des voix. Le village de Jamel, en Allemagne, attire l'attention des médias, ayant la réputation d'abriter un nombre important de néo-nazis.

Le Parti national-démocrate (NPD) allemand s'est efforcé selon une source de 2012 de s'intégrer au mouvement environnemental afin d'attirer de nouveaux membres parmi les jeunes générations. Il publie des magazines sur la conservation de la nature, notamment Umwelt und Aktiv (Environnement et Actif). Ce magazine et d'autres du genre intègrent à la fois l'environnementalisme et des conseils ainsi que de la propagande et de la rhétorique d'extrême droite.

Alternative pour l'Allemagne (AfD) L'Alternative pour l'Allemagne ( Alternative für Deutschland ; AfD) obtient le plus de voix dans les nouveaux Länder d'Allemagne lors des élections fédérales allemandes de 2013, puis en 2017 et aux élections de 2021. Le parti est considéré comme ayant des opinions anti-immigration.

En 2016, l'AfD a atteint au moins 17 % en Saxe-Anhalt, en Mecklembourg-Poméranie occidentale (où le NPD a perdu tous ses sièges) et à Berlin.

Lors des élections fédérales de 2017, l'AfD a obtenu environ 22 % des voix à l'Est et environ 11 % à l'Ouest.

Lors des élections fédérales de 2021, l'AFD est devenue la plus grande dans les Länder de Saxe et de Thuringe et a enregistré de bons résultats en Allemagne de l'Est.

Evolution du nombre de personnes d'extrême droite En 2011, les renseignements fédéraux allemands recensent 25 000 extrémistes de droite, dont 5 600 néo-nazis. Dans le même rapport, 15 905 crimes commis en 2010 ont été classés comme étant motivés par l'extrême droite, contre 18 750 en 2009 ; ces crimes sont au nombre de 762 en 2010, contre 891 en 2009 Même si le nombre global a diminué, le Verfassungsschutz indique que le nombre de néo-nazis et le risque d'actes de violence ont augmenté, en particulier parmi le nombre croissant d'adhérents Autonome Nationalisten (« Nationalistes indépendants ») qui remplacent progressivement ceux, en nombre décroissant, des Skinheads nazis.

Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur publiés en , sur environ 24 000 extrémistes d'extrême droite que compte le pays, 12 700 Allemands sont enclins à la violence. Des extrémistes appartenant à Der Dritte Weg (la Troisième voie) défilent dans une ville de Saxe le , la veille de la commémoration juive de l'Holocauste, brandissant des drapeaux et une banderole disant "Pour la justice sociale, non aux étrangers criminels". En 2020, de la bière Deutsches Reichsbräu avec des images néo-nazies a été vendue à Bad Bibra le jour de la Journée commémorative de l'Holocauste".

En 2018 à Chemnitz, dans l'État est-allemand de Saxe, ont eu lieu les manifestations de Chemnitz 2018 contre l'immigration.

En , le conseil municipal de Dresde adopte une motion déclarant une « urgence nazie », signalant qu'il existe un grave problème avec l'extrême droite dans la ville.

En , à la suite de l'observation d'une réunion conspiratrice d'une douzaine d'extrémistes de droite, les personnes impliquées ont été arrêtées après avoir accepté de lancer des attaques contre des mosquées en Allemagne pour déclencher une guerre civile.

Rôle des États de l’Est vignette|gauche|Deuxième pourcentage de voix pour l'AfD aux élections fédérales de 2013 en Allemagne, résultats finaux. vignette|Deuxième pourcentage de voix pour l'AfD aux élections fédérales de 2017 en Allemagne, résultats définitifs. thumb|350px|Élections européennes de 2024 en Allemagne : AfD.