vignette|400px|Expansion territoriale de la Russie entre 1300 et 1945. vignette|400px|Carte physique de la Russie. La conquête de la Sibérie est le processus de colonisation, par des populations majoritairement d'origine russe européenne, et encouragé par le gouvernement du tsarat de Russie puis de l'empire russe, entre le et le , sur d'immenses territoires jusque-là habités par des peuples sibériens.
De la fondation de la grande-principauté de Moscou en 1328 à sa disparition en 1547 pour former le tsarat de Russie, Moscou conquiert les principautés slaves voisines, en établissant d'abord une protection à l'Ouest. À partir du règne d'Ivan IV le Terrible, les attentions se dirigent désormais vers l'Est, où aucun pays européen ne peut se dresser face au nouvellement formé tsarat de Russie (1547-1721), proclamé par Ivan IV. Ce dernier reste d'abord en Europe, soumettant tour à tour le khanat de Kazan avec la prise de Kazan en 1552, le territoire des Maris en 1585 avec l'achèvement de la troisième guerre des Maris. En parallèle, Ivan IV pousse vers le sud, en annexant le khanat d'Astrakhan en 1556. La Russie se résume alors à la Russie européenne, confinée entre le Caucase au sud, la mer Blanche au nord et la chaîne de l'Oural à l'est.
Histoire
Contexte C'est seulement aux , à l'époque des grandes migrations qu'apparaissent, sur les territoires actuels de la Russie, de la Biélorussie, et de l'Ukraine, les Slaves orientaux, parlant des langues slaves orientales, sans que l'on connaisse avec certitude le sort des populations antérieures non-slaves (chassées, asservies, assimilées).
La Rus' de Kiev (882-1240), la plus ancienne entité politique commune à l'histoire des trois États slaves orientaux modernes (Biélorussie, Russie et Ukraine), christianisée (christianisme orthodoxe) entre 900 et 1000, prospère en partie grâce à l'optimum climatique médiéval, puis se désagrège en une multitude de principautés avant de disparaître formellement du fait de l’invasion mongole des principautés russes (1223-1240). Les principautés slaves de l'Est issues de cet éclatement parlent le slave oriental commun, dit vieux russe, celui de la Chronique des temps passés, compilée vers 1111-1118, et qui évoque aussi Varègues, Tchoudes, Mériens, et autres peuples finno-ougriens.
Dès avant l'arrivée des civilisations turco-mongoles, la Rus' de Kiev accorde progressivement certaine autonomie aux boyards de la principauté de Polotsk (987–1504), de la principauté de Smolensk (1054–1404), de la principauté de Riazan (1097-1521), de la république de Novgorod (1136–1478), ou de la principauté de Vladimir-Souzdal (1168–1389), pour la partie Nord-Est.
Parmi les principautés slaves médiévales, la république de Novgorod est une des plus performantes dans la colonisation slave du nord-est de la Russie (500-1400), en compagnie des peuples baltes (ou germano-baltes), caréliens, puis varègues, avec le développement de routes commerciales (seigle, lin, houblon, poissons, bétail, fourrures, minerais) par voies d’eau (Volga, Neva, Don), et à l'international avec la Hanse grâce à l'accès à la mer Baltique.
En Russie européenne, l'accès à la mer Blanche est réalisé par les Pomors (d’ascendance norvégienne, éventuellement viking), qui continuent l'exploration viking (qui s'accompagnait de tribut en peaux de bêtes) : Dvina septentrionale, Biarmie, Arkhangelsk. Plus tard, dès le , les Pomors découvrent et maintiennent la route maritime entre Arkhangelsk et la Sibérie. Grâce à leurs navires, les kotches, les Pomors pénètrent les régions de l'Oural du Nord et de la Sibérie, où ils fondent le poste de Mangazeïa (1600-1601, incendié en 1662, interdit en 1672), à l'est de la péninsule de Yamal, le plus extrême de leurs établissements marchands (postes d’échange ou de traite). Ces comptoirs permettent d'explorer les . Cette route commerciale (fourrures et ivoire (défenses de morses)) est interdite en 1619 (pour non-paiement de taxes, et risque d’intrusions commerciales étrangères non contrôlables), pour l'océan arctique. Par les fleuves, les Pomors commercent avec la Transbaïkalie et la Chine.
Dès 1223-1240, le monde slave oriental devient dans son ensemble une puissance secondaire, vassale, soumise à tribut, de l'empire mongol (1206-1243/1294), puis de la Horde d'or (1243-1502), dirigée par des descendants de Djötchi (1182-1227), fils aîné de Gengis Khan. La principauté de Vladimir-Souzdal (1168-1389, Suzdalia, Vladimir / Suzdalian Rus), qui fonde vers 1200 Gleden et Veliki Oustioug, éclate en plusieurs principautés dont la plus importante, la Principauté de Moscou (1263-1328), qui devient la grande-principauté de Moscou (1328-1547). Alexandre Nevski (1220-1263), prince de Novgorod, est le dernier prince russe à recevoir l’investiture du khan Batu de la Horde d'or pour la principauté de Kiev en 1249, et premier prince des Riourikides à ordonner à ses peuples de se soumettre à la Horde d'or, inaugurant trois siècles de domination de la Horde d’or sur la Moscovie, avec paiement d’un tribut et de taxes commerciales.
À l'Ouest et au Sud-Ouest, le grand-duché de Lituanie (~1236–1253, 1263–1569), en pleine expansion, se fait pressant, motivant la campagne lituanienne d'Alexandre Nevski (1245), puis les guerres lituano-moscovites (1487-1537). Au Nord-Ouest, les pressions scandinaves, surtout suédoises, puis baltes et finnoises, suscitent des conflits durables : guerres novgorodo-suédoises (997-1411), (1241), (~1042-~1240), guerre de Livonie (1558-1583).
À l'Est et au Sud-Est, se mettent en place des khanats post-mongols, héritiers du khanat couman-kiptchak (~850-1240) : khanat de Kazan (1438-1552), khanat d'Astrakhan (1466-1556), khanat de Sibir (Sibérie occidentale), khanat de Crimée (1441-1783).
Vassili II (1415-1462), grand-prince de Moscou, pris dans la guerre de Succession moscovite (1425-1463), est fait prisonnier à la bataille de Souzdal (1445), et libéré seulement contre une énorme rançon. Novgorod devient, sous Ivan III (1462-1505), vassal de la Grande-principauté de Moscou (1328-1547), qui annexe définitivement la république de Novgorod en 1478, et le grand-duché de Tver en 1485. Dès 1480, la dépendance de la Moscovie à la Horde d’or prend fin.
La Moscovie cherche à développer l’accès maritime (Dvina, Arkhangelsk) à la Mer Blanche, à l’Océan Arctique, à la route maritime du Nord (passage du Nord-Est). Ainsi, la Compagnie de Moscovie (1555-1917), britannique, obtient d’Ivan le Terrible, faute de débouché maritime sur la mer Baltique, le monopole du commerce Angleterre-Moscovie jusqu’en 1698, par le port d’Arkhangelsk.
Le khanat de Kazan (1438-1552), dirigé par Yadiger Mohammed, prince tatar, dernier khan de Kazan (quelques mois en 1552), est pris en 1552, et annexé par Ivan IV, Ivan le Terrible (1530-1584). Le khanat d'Astrakhan (1466-1556), sur le cours inférieur et le delta de la Volga, est réduit à son tour. Les Cosaques du Don sont, à partir de ces succès, reconnus comme "cosaquerie", troupe militaire officielle : musée des cosaques du Don (1886).
Le cas du khanat de Crimée (1441-1783) est plus compliqué, jusqu'à la défaite russe dans la guerre de Crimée (1853-1856).
Conquête du khanat de Sibir Le khanat de Sibir (1405/1428-1598, Sibérie), actuel oblast de Tioumen (capitale administrative : Tioumen), dans la région économique de Sibérie occidentale, est un État turcique musulman, héritier de la Horde d'or, multiethnique (, Khantys, Mansis, Nénètses, Selkoupes), situé à l'Est des montagnes moyennes de l'Oural. La capitale est Qashliq, forteresse tatare ; une autre ville est (Tumen, Tioumen). Une partie du bassin de l'Irtych (affluent de l’Ob) dépend du khanat de Sibir.
La famille Stroganoff est à la tête du plus puissant empire commercial de la Russie d'alors, bâti sur le commerce du sel (de saunerie) et des fourrures. Un ancêtre Stroganoff aurait versé la rançon de roubles destinée au rachat du grand-duc de Moscou Vassili II retenu prisonnier par les Tatars (1445). Le , Anika et Grigori Stroganovo obtiennent d'Ivan le Terrible, Ivan IV (1530-1584), d'importantes concessions de terres sur la Kama et à l'ouest de l'Oural, avec pour mission d'y installer des colons, d'y aménager des établissements, et de lever une armée privée pour les protéger des incursions des Tatars de Sibérie, ou Turco-Tatars : région de Perm, vallée de la Kama. Diverses manufactures des Stroganoff sont attaquées et détruites par le khan Koutchoum (?-1600).
L’ataman cosaque Ermak Timofeïévitch (1532/1542-1585), profitant des dissensions internes au khanat, en quelques années, le démantèle, et repousse la frontière de la Russie de l'Oural à l'Irtych, avec sa troupe de Cosaques (entre et guerriers, Slaves de la steppe pontique à l'origine) : conquête du Khanat de Sibir, (1582).
Tobolsk est fondée en 1585-1586 par les Cosaques, première capitale historique de la Sibérie russe : cathédrale Sainte-Sophie de Tobolsk (1683-1686), kremlin de Tobolsk (1699-1712/1717), Gouvernement de Tobolsk (1799-1919), Oblast de Tioumen.
Parmi les ostrogs : Obdorsk (1595, actuelle Salekhard, Iamalie), Sourgout (1594, Khantys-Mansis).
District fédéral de l'Oural (Iekaterinbourg), région économique de Sibérie occidentale Extrême-Nord : Iamalie (capitale Salekhard, district autonome de Iamalo-Nénétsie) Nord : district autonome des Khantys-Mansis (capitale Khanty-Mansiïsk) Sud : oblast de Sverdlovsk oblast de Tioumen Extrême-Sud : oblast de Kourgan, oblast de Tcheliabinsk
Expansion vers la Léna
Création des Cosaques de Sibérie vignette|Asie centrale, 1636 La troupe d'Ermak Timofeïévitch est reconnue comme Cosaques de Sibérie (1582-1917), troisième plus ancienne armée cosaque, désormais fer de lance de l'expansion russe en Sibérie : langue, église orthodoxe, commerce, colonie.
Ce qui va devenir la route de Sibérie réinvestit les voies empruntées en sens inverse par la plupart des migrations turco-mongoles. La Vladimirka est son premier tronçon médiéval (190 km) de Moscou à Vladimir et Nijni Novgorod (foire de Nijni Novgorod).
La construction d'ostrogs pour le Iassak Un ostrog est un fort cosaque, en bois, servant de caserne, de relais de l'administration, d'entrepôt d'État, de lieu d'étape, de poste frontalier. Il remplace généralement un premier campement d'hiver.
Chaque fortification est supposée comprendre à terme un comptoir commercial (intermédiaire entre producteurs-vendeurs et clientèle), et motiver la constitution d'une agglomération, susceptible de devenir une ville.
Le iassak est un impôt légal, ou tribut, d'origine turco-mongole (mais également viking sous un autre nom), essentiellement en fourrures animales. Son établissement impérial, dès la Conquête par les Cosaques jusqu'aux princes, administrateurs, gouverneurs et autres relais locaux, est le levier qui permet à l'État russe de prendre pied dans les territoires à l'Est de l'Oural : principalement la Sibérie et l'Extrême-Orient russe, mais aussi le Nord de l'Asie centrale. Le paiement est versé selon une table de valeurs selon les pelisses ou fourrures déposées par les tributaires auprès des collecteurs. Le travail de collecte du tribut auprès des populations (villages, campements) est du ressort des troupes militaires, ici cosaques.
La russification contribue à la construction d'un Empire russe, empire colonial.
Bassins de l'Iénisséï et de la Léna