Elvire Choureau dite , née Marie Louise Françoise Émilienne Choureau le à Vanvey et morte le à Paris, est une libraire et éditrice française.

Elle fonde et dirige la librairie « L'Artisan du livre » au 22, rue Guynemer à Paris de 1922 à 1976. Elle est également présidente de la Chambre syndicale des libraires de France et la première femme à exercer ce poste.

Biographie

Jeunes années François Choureau naît le à Saint-Brisson dans la Nièvre. À la date de son service militaire, il est domestique résidant à Nuits-sous-Ravière dans l’Yonne. Ses parents Dominique et Catherine Auxerre sont domiciliés à Saint-BrissonArchives départementales de la Nièvre, cote R140, numéro matricule 1018, registre matricule de François Choureau.

Anne Marie Bordot naît le à Belleneuve en Côte-d'Or. Elle est la fille de Joseph André Bordot, manouvrier âgé de 29 ans et d'Anne Brocard, son épouse âgée de 21 ans.

François Choureau épouse Anne Marie Bordot le à Beire-le-Chatel. Fils de cultivateurs, il est facteur des postes domicilié à Beire-le-Chatel après avoir été domicilié à Dijon. Les parents d'Anne Marie Bordot sont dits domestiques domiciliés à Beire-le-Chatel. Le père de la libraire-éditrice Adrienne Monnier est également employé des postesArchives départementales de Paris (Paris 3), cote V4E 5527, acte 610, Acte de naissance d'Adrienne Monnier.

Marie Louise Françoise Émilienne Choureau naît le à Vanvey. Son père est alors âgé de 26 ans et est facteur des postes. Sa mère est dite sans profession et a 19 ansActe de naissance , , Vanvey, Archives départementales de la Côte-d'Or (vue 143/152).

Elvire Choureau est l'aînée d'une fratrie d'au moins six enfants :

Berthe Laurentine, née le à Vanvey et morte le à Vanvey. Germaine Eugénie, née le à Vanvey. Berthe Florentine, née le à Vanvey et morte le à Vanvey. Élise Irène, née le à Vanvey. Edmond Gabriel, né le à Beaune et mort le à Maradi en République du Niger.

Élève de l'école communale de filles de Beaune, Elvire Choureau obtient son certificat d'études primaires à l'issue de l'année scolaire 1902-1903.

Libraire à « L'Artisan du livre » vignette|Marque-page publicitaire de la librairie L’Artisan du Livre (recto). En 1922, Elvire Choureau fonde avec Georges Duhamel, directeur du Mercure de France, la librairie « L'Artisan du livre » au 22, rue Guynemer à Paris, derrière le jardin du Luxembourg. Sa librairie est, entre autres, fréquentée par Paul Valéry et Colette et se situe à proximité de la célèbre librairie « La Maison des Amis des Livres » tenue par Adrienne Monnier au 7, rue de l’Odéon dans le même 6ème arrondissement. Une autre consœur libraire-éditrice, Marcelle Lesage, tient boutique non loin de là, au 37, quai de l'Horloge et 24, place Dauphine. vignette|Marque-page publicitaire de la librairie L’Artisan du Livre (verso). Par décret en date du , Elvire Françoise Choureau est élevée au grade de chevalier de la Légion d'honneur pour 25 ans de pratique professionnelle.

Le , Elvire Choureau est par ailleurs admise membre de la Société française d'archéologie, présentée par Marc Thibout et Paul Gélis.

Elvire Choureau tient boutique jusqu'en 1976. Claude Guérin, successeur de Louis Giraud (1876-1960) de la librairie Giraud-Badin installée au 128, boulevard Saint-Germain, rachète la librairie en 1978 et y transfère l'intégralité de ses activités en 1980. Les locaux sur deux niveaux lui permettent d'exposer des reliures. Avec Dominique Courvoisier, Claude Guérin dirige la librairie jusqu'à sa mort le . La librairie Giraud-Badin est aujourd'hui encore située à l'emplacement de « L'Artisan du livre ».

Éditrice Elvire Choureau édite des ouvrages d'érudition, des premières éditions de François Mauriac et d'André Maurois ainsi que des éditions bibliophiliques illustrées de François Villon, Pierre Mac Orlan et Maurice Maeterlinck.

En 1928, Elvire Choureau édite l’ouvrage Le Bar de la fourche d'Auguste Gilbert de Voisins, illustré de gravures sur bois par Pierre Falké et imprimé par Jean-Gabriel Daragnès. Il s'agit de sa première édition illustrée.

En 1935, Elvire Choureau édite Rédaction païenne de Pierre de Labriolle. Cette édition s'inscrit dans la continuité de ses publications historiques au sujet de l'« humanisme » : elle est alors déjà l'éditrice de Mystère de la Quatrième Églogue de Jérôme Carcopino et d'Alexandre le Grand de Georges Radet. Le , l'hebdomadaire L'Européen l'encourage à publier une édition classique de l'Imitation de Jésus-Christ de Thomas a Kempis.

En 1941, Elvire Choureau commande à Paul Valéry un ouvrage sur Stéphane Mallarmé, dont il rédige une trentaine de pages l'année suivante mais qu'il ne termine pas.

En 1942, Elvire Choureau édite Le Roman de Renart, dans une version de Paul Tuffrau, illustré de gravures sur bois de Lucien Boucher. Georges Duhamel commente le format et la solidité du papier, la taille de la marge, la mesure de la justification, la régularité de l'encrage et la précision du tirage dans un article du Figaro littéraire faisant la promotion de l'édition.

En 1952, Elvire Choureau établit une édition nouvelle des poésies d'Arthur Rimbaud. Elle justifie ainsi ses choix de variantes d'une œuvre maintes fois éditée : .

Fondatrice de « L'Alliance nationale du livre » vignette|Affiche « Saint-Nicolas aux enfants sages apporte les beaux livres d'images » par Pierre Falké sur commande d'Elvire Choureau et Georges Duhamel de « L'Alliance du livre », publiée dans le numéro 843 des Nouvelles littéraires le 10 décembre 1938 pour illustrer l'article « Pour les enfants... » de Yette Jeandet. Source Gallica / BnF.

Objectifs En , Elvire Choureau et Georges Duhamel fondent l'association de l'Alliance (nationale) du livre pour répondre aux difficultés que rencontrent les maisons d'édition à cause, entre autres, de l'augmentation du prix du papier, des travaux d'impression et des travaux de brochage. Georges Duhamel compare le projet au National Book Council anglais. La première réunion, qui réunit auteurs, éditeurs, libraires et lecteurs à la Société des Gens de Lettres, a lieu le .

En , Elvire Choureau évoque à la radio le goût de la lecture chez les jeunes filles de l'époque. Selon elle, les jeunes filles de toutes classes sociales lisent autant et seuls leurs choix de livres diffèreraient. Font exception les « jeunes filles du monde » qui liraient moins, mais pour lesquelles elle estime qu'il n'a sans doute pas encore été fait assez pour les encourager à la lecture. La jeunesse stimulerait le goût de la lecture au sein du foyer.

Dans une chronique au Figaro en date du , Georges Duhamel explicite le projet : .

Actions L'Alliance se compose d'un comité directeur comprenant des auteurs, éditeurs, libraires, imprimeurs, ainsi que de personnalités faisant la liaison avec les ministères. Son objectif est de redonner goût aux livres et à la lecture. Edouard Daladier est président d'honneur de l'association. Georges Duhamel rappelle qu'il s'agit cependant d'une entreprise privée, qui vit de cotisations et de dons.

Lors de la première réunion de l'association organisée à l'hôtel de Massa le , le président de la Société des Gens de Lettres Jean Vignaud appelle à doter les usines, les prisons, les casernes et les villages de bibliothèques. À cette occasion, Elvire Choureau prend la parole pour expliquer l'organisation de L'Alliance du livre. Le a lieu l'assemblée générale de l'association dans les locaux de l'Alliance française, en présence notamment de Julien Cain, administrateur de la Bibliothèque nationale de France, Gaston Rageot, ancien président de la Société des Gens de Lettres et de René Philippon, président du Syndicat des Éditeurs et du Cercle de la Librairie.

L'Alliance lance des campagnes de presse et négocie la détaxe du livre et la généralisation des distributions de livres de prix pour les adolescents. Elle souhaite également importer en France les « bons du livre » anglais, formes de chèques-cadeaux uniquement valables en librairie.

Dans son numéro du , Les Nouvelles littéraires souligne de la part de l'Alliance du livre pour les étrennes des enfants. L'Alliance du livre commande à cette occasion à Pierre Falké, collaborateur du même hebdomadaire, des affiches.

Soutien aux soldats Le , Georges Duhamel lance un appel radiodiffusé : il demande à ce qu'on dépose aux dépôts de l'Alliance du Livre situés au 90, boulevard Malesherbes et au 27, rue Grégoire-de-Tours, des livres pour que l'association les transmette aux soldats français.

C'est Elvire Choureau qui dirige cet envoi de livres, comme l'explique Georges Duhamel : . Il insiste encore auprès du Figaro : .

Au mois d', Georges Poupet décrit l'action d'Elvire Choureau dans le Jour-Écho de Paris. Son témoignage est repris en décembre dans le Mercure de France :« Un jeune aumônier a quitté pour quelques heures le cantonnement de sa division. [...] Il est venu à Louveciennes, au château de Voisins où s'est installée "l'Alliance du Livre", chercher de quoi donner à lire à ses soldats. Il repartira chargé d'une centaine de volumes dont il a pu faire le choix dans le stock déjà si important qui est rassemblé là [...]. Il a été, comme moi, étonné en parcourant cette belle demeure mise à la disposition de l'oeuvre par H[ilda] Gélis-Didot, de voir qu'en si peu de temps une entreprise aussi importante a pu être mise au point et fonctionner. C'est l'ancienne présidente du Syndicat des libraires de France, Elvire Choureau, qui en est l'âme, et si son organisation est parfaite, c'est que, depuis l'alerte de septembre 1938, elle n'a cessé d'y penser et de prévoir. [...] Des rayonnages ont été installés dans les salons où sont rangés par catégorie les livres reçus. Aucun désordre. Le billard recouvert de planches sert de table de tri et d'emballage. À côté, un secrétariat a été installé. Il est pris note sur des fiches du nom du destinataire et de la composition de chaque envoi, ceci afin d'éviter qu'un même soldat reçoive deux fois les mêmes livres. Les envois sont faits avec le plus grand soin et l'on tient compte, pour le choix des livres, des désirs et de la qualité du demandeur. Un personnel bénévole et retenu depuis un an assure dans les meilleures conditions ce travail de librairie. Choureau me dit combien elle est heureuse de ce succès. Elle voudrait augmenter le nombre de ses envois, pouvoir faire des dons massifs aux hôpitaux, aux foyers du soldat. Elle le pourra lorsqu'elle aura obtenu, comme le lui a promis M. de Monzie, la gratuité du transport de ses colis ».

Responsable syndicale

Avant-guerre Le , Elvire Choureau est élue présidente de la Chambre syndicale des libraires de France pour l'exercice 1933-1934. Elle est la première femme à exercer cette fonction selon le quotidien La Liberté. En , Charles Venot succède à . À partir de cette date, Elvire Choureau partage la vice-présidence avec Adolphe Le Goaziou de Quimper. Elle dirige le Cercle de la Librairie.

Une photographie d'Elvire Choureau est publiée dans le journal Comœdia le , à l'occasion de son élection à la présidence de la Chambre syndicale des Libraires de France. Elle est également photographiée dans les années 1930 par Henri Martinie.

Au mois d', Elvire Choureau participe au congrès des libraires de France organisé à Nuits-Saint-Georges et Dijon en Côte d'Or.

Sous l'Occupation Le , les Allemands entrent dans Paris. Le de la Propaganda-Abteilung Frankreich dirigé par l'Arbeitsführer Walther Schulz ainsi que l'ambassade d'Allemagne régentent pendant deux ans le monde de l'édition française.