Le prince Khâemouaset (Ḫˁ-m-wȝs.t) est le quatrième fils de et le deuxième de la seconde grande épouse royale Isis-Néféret. Il est inhumé au sérapéum de Saqqarah. Célèbre pour sa passion des monuments et des écrits anciens, Khâemouaset inspire le personnage de Setné-Khâemouaset qui apparaît dans la littérature démotique, dans les récits du cycle de Setné.
Généalogie
Du fait de son rang parmi les princes, il est certain que Khâemouaset est né sous le règne de son grand-père (soit vers 1284), peut-être à Memphis, et meurt à l'âge d'environ soixante ans en l'an 55 du règne de son père. Il est le quatrième fils de et le deuxième fils de la reine Isis-Néféret. Il est donc le frère de la première fille et grande épouse royale Bentanat, du deuxième prince Ramessou, à qui revient par ailleurs du titre de « prince héritier » à la mort du fils aîné du roi Amonherkhépeshef avant de laisser ce titre à Khâemouaset, et du treizième prince Mérenptah, ce dernier étant finalement le successeur du roi, ayant lui aussi hérité du titre de « prince héritier » à la mort de Khâemouaset.
Khâemouaset laisse au moins trois enfants qu'il a eu d'une épouse restée pour le moment anonyme : Ramsès, l'aîné, qui le seconde dans ses fonctions de grand pontife de Ptah ; Hori qui suit la carrière religieuse de son père et devient à son tour grand prêtre de Ptah à la fin du règne de son grand-père ; Isis-Néféret , qui a peut-être épousé Mérenptah son oncle, le de Ramsès et qui succède à ce dernier.
Carrière
Khâemouaset comme tous les fils royaux de Ramsès reçoit une éducation militaireNé avant le couronnement de son père, comme lui il est issu d'une famille de militaires dont l'aïeul, le vizir Paramessou, est le fondateur de la ..
Sur un relief du temple de Beit el-Ouali, on le voit assister son père lors d'une campagne de pacification de la Basse-Nubie. Cette campagne est datée de la dernière partie du règne de son grand-père , au temps où Ramsès héritier du trône était corégent. Le prince Khâemouaset devait alors avoir quatre ans. Il est donc peu probable que le prince y ait participé.
Plus tard au début du règne autonome de son père, il l'accompagne également lors de ses campagnes asiatiques dont notamment la célèbre bataille de Qadesh en l'an 5. Puis en l'an 8, il participe à la prise de Dapour, cité syrienne, devant laquelle l'armée de Pharaon met le siège et prend d'assaut ses murailles. Khâemouaset devait être âgé à ce moment d'un peu plus de quinze années. Ici aussi, la réalité du commandement militaire par les princes est peu probable.
En parallèle à cette carrière militaire précoce, il reçoit aussi une éducation princière, probablement dans l'école du Kep, institution traditionnellement réservée à l'éducation des enfants royaux. Khâemouaset, maîtrisant parfaitement l'écriture, appréciant les textes et ayant acquis de grandes connaissances en théologie, se fait une réputation d'érudit.
Vers l'âge de vingt ans, il est nommé prêtre sem de Ptah, chargé du culte des taureaux sacrés. Il décide très vite de modifier et codifier le principe de la mise au tombeau des Apis, dont celle de l'an 30 qu'il organise. Il fait creuser la petite galerie du Sérapéum à Saqqarah donnant accès à plusieurs salles, afin que chaque taureau ait son propre caveau, et crée un temple destiné à la célébration des rites funéraires de tous les Apis morts.
Il s'intéresse également aux édifices érigés par ses ancêtres. Il entreprend des recherches sur les sites de Gizeh, Saqqarah et Abousir, s'occupant ainsi des pyramides de Djéser, Chepseskaf, Ounas, Sahourê et du temple solaire de Niouserrê. Il est attristé par l'état déplorable de certains monuments envahis par les sables et s'emploie à les sauvegarder et à les restaurer, faisant graver sur chaque monument le nom de son propriétaire, celui du pharaon , ainsi qu'un texte ordonnant leur sauvegarde. Il fait inscrire dans la pyramide d'Ounas : Sa Majesté décréta une proclamation : « C'est le grand prêtre sem, le prince Khâ-em-ouas, qui a perpétué le nom du roi […]. Le prêtre sem, le prince Khâ-em-ouas, agit noblement, désirant restaurer les monuments des rois de la Haute et de la Basse-Égypte qui tombaient en ruine. » Lui décréta des offrandes sacrées [provenant] d'une tenure ainsi que du personnel.
Khâemouaset est considéré comme le « premier égyptologue » en raison de ses efforts de préservation des monuments anciens, des temples et, surtout, des noms de ceux qui les avaient construitsSite exhibitionsinternational.be, page "Khaemouaset, Le Prince Archéologue".Vidéo Youtube de l'égyptologue Charlotte Lejeune, égyptologue : "Trois choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur Ramsès !"..
Hormis ses activités de grand prêtre et en quelque sorte d'archéologue, Khâemouaset assume de hautes fonctions administratives à Memphis alors que son père était à Pi-Ramsès. Il est également chargé des Fête-Sed du pharaon ; pour les cinq premiers jubilés, Khâemouaset parcourt l'Égypte, annonçant au peuple l'évènement. En l'an 30, Khâemouaset est promu directeur. En l'an 32 du règne de , il est promu « Grand qui dirige les Artisans » (c'est-à-dire grand prêtre de Ptah) de Memphis et succède ainsi à Didia dans cette haute fonction religieuse. C'est à ce titre qu'il organise cinq des jubilés de son père (ceux des ans 30, 33/34, 36/37, 40 et 42) et préside au culte du dieu des artisans.
Il devient prince héritier à la mort de son frère aîné, Ramessou, vers l'an 50 ou 52, la date exacte étant encore sujette à débats. Il n'accède finalement jamais au trône, car il décède vers l'âge de soixante ans, soit en l'an 55 du règne de son père. Il s'était fait aménager un caveau dans le Sérapéum de Saqqarah ainsi qu'une chapelle richement décorée. Son corps est enseveli dans un sarcophage en bois, le visage protégé par un masque en feuille d'or marteléSon masque en or ainsi qu'une partie de son mobilier funéraire (ouchebtis notamment) sont exposés au Musée du Louvre.. Le tombeau a été découvert, tout à fait par hasard, par Mariette en 1852. Son frère cadet Mérenptah lui succède en tant que « prince héritier », titre qu'il conservera jusqu'en l'an 67, c'est-à-dire lors de la mort de Ramsès à qui il succédera pour devenir le quatrième roi de la .
Attestations
Khâemouaset est de loin le prince le plus mentionné, avec près de 150 attestations suivant le relevé de Fisher en 2001. Hormis sa tombe et les théories princières, Khâemouaset est attesté entre autres par les éléments suivants : deux scènes, exécutées par lui-même après l'an 20 (déduction de la graphie de graphie des cartouches royaux), montrent la famille de sa mère Isis-Néféret : la première scène, gravée sur un rocher proche d'Assouan, montre au registre supérieur le roi Ramsès , Isis-Néféret (coiffée de deux hautes plumes et qualifiée d'épouse royale) et Khâemouaset (prêtre Iounmoutef et prêtre-sem) devant le dieu Khnoum, et au registre inférieur les princes Ramessou (qualifié de prince héritier), la Bentanat (qualifiée de grande épouse royale) et Mérenptah ; la seconde scène, figurée sur une stèle gravée sur l'un des piliers du spéos d'Horemheb au Gebel Silsileh, montre au registre supérieur Ramsès , Isis-Néféret (coiffée de deux hautes plumes à cornes lyriformes et qualifée de grande épouse royale) et Bentanat (qualifiée également de grande épouse royale) avec une figure de Khâemouaset beaucoup plus petite devant les dieux Ptah et Néfertoum ; le registre inférieur montre le prince Ramessou et le prince (futur pharaon) Mérenptah ; le groupe en grès rose d'origine memphite (Louvre 2272) que Khâemouaset composa lors de l'enterrement de leur mère Isis-Néféret et qui mentionne :
Puisse le roi faire que soit satisfait Sokar-Osiris, maître d'Ânkh-Taouy, dans le repos de la nécropole du bel Occident en Hout-ka-khénem-nétjérou, qui dissimule le cadavre dans le temps de vie et rassemble les membres pour l'éternité. Le fils royal, le prêtre-sem de Ptah Khâemouaset, juste de voix, dit : "Puisses-tu vivre en tant que Sothis, grande épouse royale Isis-Néféret. Puisses-tu être élue (?) au ciel parmi les astres. Puisses-tu compléter Orion en face de Khépri comme un astre unique aux cuisses de Nout, Osiris Isis-Néféret, vivante (soit-elle) en tant que manifestation de Celui qui est protégé dans Busiris." Le scribe royal et grand général, le fils royal Ramessou, juste de voix.
le prince est figuré gisant avec son frère Ramessou dans une pièce originale appartenant à une collection privée ; une statue (Bruxelles E.7500), dont n'est conservée que la partie inférieure sauf les pieds, représente la reine Isis-Néféret avec une figure en relief de son fils Khâemouaset dans sa fonction de « prêtre Iounmoutef bénéfique à Ptah » et de « prêtre-sem de Ptah » ; est écrit sur le pilier dorsal : [...] l'Horus, maître du palais, celle qui remplit la salle d'audience, de son seul parfum. Ses effluves sont semblables à celles de Pount quand ses membres sont fardés (?), l'épouse royale [...].[...] le sanctuaire néséret, sa perfection enveloppe les appartements privés, la salle d'audience est sous l'effet de ses effluves agréables et parfum, auprès de son père qui se réjouit de la voir, l'épouse royale [...]. au Sérapeum, parmi de nombreux blocs mentionnant les noms de Ramsès , un certain nombre mentionne celui de Khâemouaset ; le titre de « fils royal aîné », qu'il a obtenu après la mort de son frère aîné Ramessou, se retrouve sur un petit graffito du Gebel Silsileh et sur la base d'une statue porte-enseigne originaire d'Abydos et conservé à Londres ; son titre de prince héritier est attesté sur deux statues également : une statue agenouillée de provenance inconnue et conservée à Brooklyn, elle porte l'inscription « le prince héritier, le fils royal, le Grand qui dirige les Artisans, le prêtre-sem Khâ[emouaset] » ; une grande statue trouvée près du Sérapéum de Saqqarah qui montre le prince présentant un naos contenant une figure d'Apis, dont les inscriptions mentionnent, entre autres, le texte suivant : « le prince héritier chef des Deux Terres, le fils royal et contrôleur de toutes les personnes portant la chendjyt, le prêtre-sem Khâemouaset » et « le prince héritier successeur de Geb, le prêtre-sem Khâemouaset » ; dans le journal de bord d'un bateau ayant accosté à Pi-Ramsès et daté de l'an 52, Khâemouaset est cité mais est titré uniquement de « prêtre-sem de Ptah » et de « fils royal », pas de « prince héritier », ce qui pourrait faire penser que le prince Ramessou était encore vivant, le personnel du « domaine du fils royal Ramessou », étant également mentionné dans ce journal de bord ; le date de l'an 55 a été lue par Mariette sur l'un des murs de la chambre K du Sérapéum de Saqqarah où sont enterrés les deux derniers taureaux Apis du règne de Ramsès , mais rien ne permet de s'assurer qu'elle a été écrite sur l'ordre de Khâemouaset, bien que ce soit l'avis généralement partagé par les chercheurs.
L'énigme d'une sépulture princière
vignette|gauche|Tête d'une statue de Khâemouaset. vignette|Chaouabti de Khaemouaset - Louvre, N461
C'est en effet au cours de la fouille du Sérapéum de Saqqarah nouvellement découvert par Mariette que furent mises au jour les premières galeries souterraines qui distribuaient les tombeaux des taureaux sacrés. La découverte fit sensation et attira bientôt les pilleurs d'antiquités à la solde des collectionneurs qui œuvraient pour le compte des grands musées d'Europe.