Giovanni Testori, né le à Novate Milanese et mort le à Milan, est un écrivain, journaliste, poète, critique d’art et critique littéraire, dramaturge, scénariste, metteur en scène et peintre italien. Il est un représentant de la quatrième génération de la Ligne lombarde.

Biographie

L'enfance et la jeunesse Giovanni Testori est né à Novate Milanese, dans la périphérie de Milan. Il est le fils de Edoardo et de Lina Paracchi, tous deux originaires de la haute Brianza (Sormano pour le père et Lasnigo pour la mère). Ces lieux nourrissent l’imaginaire et la création de Testori. Ses souvenirs remontent souvent à l’époque de son enfance et à sa famille, à laquelle il est très lié.. Giovanni est le troisième enfant d’une fratrie de six : il a une sœur, Piera, un frère, Giuseppe, et trois autres sœurs, Marisa, Lucia et Gabriella.

Edoardo Testori avait quitté Sormano pour ouvrir une usine textile, le long des chemins de fer au Nord de Milan, et y construire à côté l’habitation familiale. Cette maison, où Giovanni a grandi et où il a passé une grande partie de son existence, abrite aujourd’hui l'Association Giovanni Testori..

Après un parcours d’études marqué par certaines irrégularités, étant donné sa prédisposition pour les matières littéraires et artistiques, Testori s’inscrit au lycée classique en 1939 et obtient son bac en 1942Anna Lena reconstruit les années de jeunesse de Testori dans son mémoire de maîtrise Giovanni Testori. Il caso critico della sua tesi di laurea, Università Cattolica del Sacro Cuore, 2017-2018, sous la direction de Davide Dall’Ombra..

Au lycée, il cultive sa passion pour l’art et le théâtre. Alors qu’il n’est pas encore majeur, il publie une série d’articles sur « Via Consolare », la revue du GUF (Gruppo Universitari Fascisti) de Forlì. Son premier écrit, datant de 1941, se consacre à Giovanni Segantini.

Testori intervient également dans d’autres revues liées aux GUF en écrivant des articles consacrés surtout à des artistes contemporains (de Scipione à Manzù en passant par Carlo Carrà)..

En , il s’inscrit à la faculté d’architecture de l’École polytechnique de Milan, où il passe une année.

Les années 1940 En 1943, au cours de sa deuxième année à l’École Polytechnique, Testori est contraint de se réfugier pendant quelques mois avec sa famille dans la maison de Sormano, dans la vallée de la Valassina. C’est là qu’il s’aménage un espace pour cultiver l’autre passion qui l’accompagne depuis quelques années, sa passion pour la peinture, à laquelle il se livre en tant qu’autodidacteSecondo i ricordi autobiografici di Testori, una prima infarinatura di tecniche artistiche la riceve da una cugina, Mariuccia Paracchi, più grande di lui di sedici anni, che «faceva nature morte, paesaggi e anche alcuni bellissimi ritratti» (L. Doninelli, Conversazioni con Testori , nuova edizione a cura di D. Dall’Ombra, Cinisello Balsamo 2012, ). A lei dedica anche una piccola mostra retrospettiva all’Oratorio dei Santi Nazaro e Celso di Novate, nel 1982, con un catalogo: Mariuccia Testori Paracchi. 29 Marzo 1911-9 Agosto 1962. Per l’attività pittorica di Testori negli anni Quaranta: R. Pastore, Giovanni Testori. La prima attività pittorica e critica (1941 - 1949), tesi di laurea, Università Cattolica del Sacro Cuore di Milano, a. a. 1999-2000, relatore L. Caramel. Il catalogo completo di disegni e dipinti di Testori è stato curato da Camilla Mastrota e disponibile sul sito archiviotestori.it..

Testori publie pendant ces années-là des articles et des monographies sur l’art contemporain (Manzù. Erbe, 1942 ; Henri Matisse. 25 disegni, 1943), mais aussi ses premiers écrits sur les artistes de la renaissance : Debiti e crediti di Dosso Dossi (« Architrave », Bologne, II, 4-5, février-mars, p. 3), Discorso sulle mani di Leonardo (« Pattuglia », I, 7, ), Introduzione a Grünewald (« Architrave », II, 7, ). Grünewald fait partie de ses peintres de prédilection et il s’y intéressera à nouveau en 1972 en signant le texte de présentation de L’œuvre complète de Grünewald dans la collection « Classici dell’arte » aux éditions Rizzoli.

En 1942, Testori fait ses débuts de dramaturge avec La morte et Un quadro. Les deux textes sont publiés séparément sur « Via Consolare ». En 1943, Testori publie aussi sur « Posizione » son premier récit, Morte di Andrea.

Dès les débuts, il apparaît clairement que l’activité créative de Testori se déploie sur plusieurs fronts : c’est une caractéristique propre à toute sa carrièreEntre 1943 et 1944 on situe également l’écriture du drame Cristo e la donna, jamais représenté, publié après sa mort..

Pour un nouveau Réalisme Dans les années de la Seconde Guerre mondiale, la peinture prend pour Testori une place déterminante, tant au niveau pratique que théorique. L’auteur prend ouvertement position dans les débats entre réalisme et abstraction qui animent la scène artistique italienne, très influencée par le picassismeMarco Lorandi, Guernica in Italia. Gli artisti italiani ed il picassismo 1943-1948, in Nel segno di Picasso. Linguaggio della modernità: dal mito di Guernica agli epistolari dell'avanguardia spagnola, sous la direction de Gabriele Morelli et Margherita Bernard, Bergamo 2005, .. Les peintures réalisées par Testori sont elles aussi sensibles à la leçon de Picasso.

On retrouve ses prises de position sur la réalité de la peinture dans un article publié en , sur le premier numéro du périodique milanais « Argine Numero » (puis « Numero Pittura »), fondé avec ses amis de « Corrente » dont Ernesto Treccani et Renato Guttuso. L’année suivante, sur la même revue dirigée par Testori, sort Oltre Guernica. Manifesto del Realismo di pittori e scultori, signé par lui-même et par Giuseppe Ajmone, Rinaldo Bergolii, Egidio Bonfante, Gianni Dova, Ennio Morlotti, Giovanni Pagani, Cesare Peverelli, Vittorio Tavernari ed Emilio Vedova.

Le manifeste vient clarifier l’idée de réalité « en art » mise en avant par les signataires : une réalité qui « n’est pas le réel, ni la visibilité, mais la consciente émotion du réel devenue organisme. Le réalisme ne veut donc pas dire naturalisme, vérisme ou expressionnisme, mais le réel concrétisé de l’un, lorsqu’il détermine, participe, coïncide et équivaut au réel des autres, lorsqu’il devient, en somme, une mesure commune par rapport à la réalité elle-même. » Le tout à partir des « prémisses formelles » fournies « en peinture, par le procédé qui depuis Cézanne va jusqu’au fauvisme (où on retrouve l’origine de la couleur) et au cubisme (où on retrouve l’origine structurale)Manifesto del Realismo di pittori e scultori, in «Argine Numero. Periodico mensile di arte e letteratura», Milano, II, marzo, ..

Selon Testori, l’idée de réalité dans l’art est à l’opposé de celle que soutient son ami le peintre Renato Guttuso : il ne s’agit pas d’atteindre la réalité à travers la peinture, mais de « pouvoir partir de la réalité », au travers des moyens de la peinture. « Et d’avoir confiance en le fait que ce point de départ est permis. » Pour peindre, écrit Testori, « tout autant que pour vivre»Giovanni Testori, Lettera a Guttuso, in « Numero Pittura. Mensile di arti figurative », Milano, III, 5-5, mars-avril, .. Une approche pleine de l’art, et avant cela de la vie, n’est possible qu’en partant toujours d’une immersion totale dans la réalité.

Selon Testori, ce concept s’illustre en pratique dans l’évolution qui marque la peinture d’Ennio Morlotti (artiste qu’il soutiendra pendant longtemps en présentant ses œuvres dans diverses expositions) entre l’après-guerre et les années 1950. Si l’idée de réalisme de Guttuso est « l’illustration de la réalité », pour Morlotti, écrit Testori, elle est plus exactement « l’expression de la réalité»Filippo Milani, Una triangolazione ‘informale’: Morlotti, Testori, Arcangeli, in "Arabeschi", 9, 2017, ..

L'abandon de la peinture En 1947, Testori obtient sa maîtrise de Lettres à l’Université Catholique de Milan. Dans son mémoire, La forme dans la peinture moderne, il s’intéresse à l’évolution de l’idée de forme dans la peinture européenne du début du . Dans le chapitre conclusif, il déclare la nécessité d’un renouvellement de l’art dans les espaces sacrés.

Les dessins et les peintures de Testori dans ces années-là naissent de la tentative de dépasser Picasso en établissant un rapport plus direct avec la réalité, et notamment avec la réalité historique des lieux où l’on vit et travaille. Sa première saison en tant que peintre se termine par la réalisation en 1948 et en 1949 de fresques, perdues, représentant la Crucifixion et les Quatre évangélistes sur les panaches qui soutiennent la coupole du presbytère de l’église San Carlo al Corso de Milan. Ce cycle de fresques représente la seule et unique intervention publique de Testori en tant que peintre. Les peintures ne plairont pas à la « Commission des Beaux-Arts et de l’Art religieux » et seront recouvertes par un vernis. Des photographies des fresques à peine terminées ainsi que de quelques dessins préparatoires témoignent aujourd’hui de ce travailGiovanni Testori. Crocifissione ’49. I disegni ritrovati, catalogue d’exposition, sous la direction de Davide Dall’Ombra, Trento, 2015, , 64-67..

À partir de là, Testori abandonne la peinture et détruit une grande partie de ses travaux, pour se consacrer exclusivement à l’écriture.

L'engagement pour le théâtre Dès la fin des années 1940, en parallèle de ses travaux de recherche en peinture, Testori laisse croître sa passion pour le théâtre. Il devient l’ami de Paolo Grassi et fréquente le Piccolo Teatro. Entre 1947 et 1948, il écrit des critiques théâtrales dans une rubrique hebdomadaire du journal « Democrazia ».

En 1948, le premier drame de Testori, La Caterina di Dio (dont le texte n’a jamais été retrouvé), est mis en scène au théâtre de la Basilique de Milan, dans l’église désacralisée de San Paolo Converso.

Entre 1949 et 1950, Testori écrit le texte d’un autre drame, Tentazione nel convento, qui ne sera jamais représenté de son vivant.

En , au Teatro Verdi de Padoue, la Compagnie du Théâtre de l’Université, dirigée par Gianfranco De Bosio met en scène une autre création de Testori : Le lombarde.

Les années 1950 En 1951, au palais royal de Milan, a lieu l’exposition sur Caravage et l’école caravagesque. C’est à cette occasion que Testori rencontre le grand historien de l’art Roberto Longhi qu’il admire depuis longtemps pour son engagement critique et la qualité de sa prose. De cette rencontre vont naître une amitié de longue date et une collaboration dans la toute nouvelle revue « Paragone », dirigée par Longhi lui-même. En 1952, Testori y publie son premier essai Sur Francesco del Cairo, peintre qui aujourd’hui est reconnu comme l’un des représentants majeurs de la peinture milanaise du . Il s’agit d’un texte extrêmement travaillé et complexe, tant sur le fond que sur la forme, dans lequel Testori parvient à transposer sur le versant de la critique d’art ses réflexions portant sur le réalisme et le naturalisme dans la peinture. Le texte est traversé par une tension narrative et théâtrale qui en fait un texte « à la limite de la critique, de la littérature et de la psychanalyseDoninelli, Conversazione con Testori 2012, p. 133..

En 1953, Testori rédige, en collaboration avec Renata Cipriani, le catalogue de I pittori della realtà in Lombardia. Cette exposition est la deuxième qu’organise Roberto Longhi au palais royal de Milan. Il y en aura une troisième, Arte lombarda des Visconti aux Sforza en 1958. La même année, Testori publie sur « Paragone » un article sur le portraitiste du Carlo Ceresa, tout en continuant à soutenir l’activité du contemporain Ennio Morlotti, présenté à la Galleria del Milione (1953), aux Biennales de Venise (1952, 1956) et à la Quadriennale romaine de 1959.