Les diasporas asiatiques en France sont l'ensemble des populations originaires d'Asie et installées en France. Cette origine peut se comprendre par un lieu de naissance en Asie, mais aussi, pour les descendants des personnes immigrées, d'un sentiment d'appartenance culturel et social.

Histoire

Début du : hypothèse de l'origine indienne d'une partie des populations Tsiganes

Origine et scénarios possibles La question de l'origine des populations Tsiganes, vivant en France depuis le , devient centrale au début du . Jusqu'alors, elles étaient vues et se présentaient comme venant de Petite Egypte, région comprise comme pouvant être la Grèce, l'Iran, les Indes, L'Éthiopie ou les Balkans et la question du point de départ de leur diaspora importait moins que de savoir s'ils étaient ou non chrétiens. Faisant l'objet d'études anthropologiques et linguistiques auxquelles ils ne prennent pas part, les Tsiganes se voient attribuer une origine du nord-ouest de l'Inde, hypothèse basée sur une proximité linguistique entre le romani et le sanskrit. Cette hypothèse est débattue, notamment en raison de la multiplicités des dialectes romanis et de leurs proximités avec d'autres langues : persan, grec, arménien, langues slaves, langues romanes. vignette|La marche des Bohémiens, estampe de Jacques Callot du début du conservée au musée des Beaux-Arts de la ville de Paris. À l'époque notamment de la guerre de Trente Ans, les compagnies bohémiennes négocient leur engagement militaire contre une protection politique et un droit de circulation Deux modèles de migration sont proposés concernant l'hypothèse indienne, qui ne concerne que la première vague des migrations Tsiganes, les suivantes étant intra-européennes. Dans le premier scénario, les Tsiganes sont à l'origine des nomades indiens originaires du Pendjab, où ils vivent entre 450 et 950. Puis, ils s'installent en Perse avant la fin du premier millénaire, pour ensuite s'installer dans l'Empire byzantin au début du et enfin rejoindre l'Europe occidentale dont la France au via les Balkans. Dans le second, il s'agit de populations originaires de la vallée du Gange esclavagisées par les sultans du Deccan, rejoignant l'Empire seldjoukide au premier millénaire avant de rejoindre la Perse au et , puis Constantinople au , le reste de l'Empire byzantin au et enfin l'Europe.

Motivations politiques gadjos Cette recherche des origines s'inscrit dans un double contexte politique. D'une part, la marginalisation croissante des Tziganes en France du au . Ceux-ci sont progressivement vus par les populations gadjos comme perturbateurs de l'ordre social et privés de leurs sources de revenu. Ainsi, la lecture de la bonne aventure, source d'argent pour des femmes tziganes, est condamnée par le concile de Trente et les Églises protestantes, tandis que la déclaration de par Colbert contre les guerres privées, déclaration qui vise à asseoir le pouvoir royal, prive les compagnies de « Bohémiens » de leur travail. Plus la répression augmente, plus les Tsiganes sont associés à la mendicité et, pour les femmes, à la prostitution. Cette marginalisation et cette répression, qui peuvent prendre des formes très violentes, tels que la menace des États de Navarre en 1713 d'esclavagiser et déporter les Tsiganes en Amérique, fait naître le désir de trouver un « pays d'origine » à ces populations afin de les y renvoyer. Ce lien entre origine indienne et marginalisation perdure jusqu'au , où la pensée d'extrême-droite va utiliser la possible origine indienne des Tsiganes comme la preuve de leur non-Européanité indépassable et donc de leur statut d'éternels étrangers à éliminer.

D'autre part, le est celui du racisme scientifique, qui vise à prouver l'existence de races humaines hiérarchisées : l'origine indienne vient ainsi appuyer, dans cette perspective, un statut racisé et donc inférieur.

Rapport des Tsiganes à une origine indienne Si une partie des Tsiganes, en particulier celle proche de l'élaboration d'une politique européenne de protection d'une « minorité Rom » en Europe unie par une langue et une culture commune, voit dans l'origine indienne un facteur appuyant l'unité sociale et culturelle des Roms d'Europe, une autre partie n'y accorde que peu d'importance.

Engagisme à la suite de l'abolition de l'esclavage en 1848

L'abolition de l'esclavage en 1848 amène la France à chercher de nouvelles sources de travail bon marché. Elle lance alors un grand recours à l'engagisme, une forme de migration sous-contrat de travailleurs, qui concerne à 85% des personnes venues d'Inde, celles venues de Chine et du Vietnam comprenant le reste. Ces personnes travaillent ensuite dans les plantations de l'empire colonial français : île de la Réunion, Nouvelle-Calédonie et Antilles françaises. Ce système concerne plus de trois millions de travailleurs au cours du .

Ces premières migrations, notamment à la Réunion, sont forcées et concernent des prisonniers ; elles font ensuite place à une migration choisie. En Indochine, près de de personnes chinoises travaillent grâce au .

Fin du à 1914 : délégations et étudiants sous contrôle en contexte colonial gauche|vignette|Réception des ambassadeurs siamois par l'Empereur Napoléon III au palais de Fontainebleau, 27 juin 1861, tableau de Jean-Léon Gérôme Si la première délégation asiatique reçue en France est une mission siamoise reçue par Louis XIV en 1684, c'est à partir des années 1860 et en réaction à la politique impérialiste de Napoléon III qu'une présence diplomatique asiatique, en particulier chinoise, japonaise et vietnamienne, s'installe en France. Celles-ci visent en particulier à aménager les politiques coloniales et impérialistes imposées aux souverains asiatiques.

Ces missions, en particulier en raison de l'engouement populaire qu'elles suscitent, sont sous le contrôle des autorités françaises : ainsi, quand le prince cambodgien critique lors de sa venue à Marseille en 1893 la politique du protectorat du Cambodge, il est arrêté et déporté en Algérie coloniale. Cinq années plus tôt, c'était l'empereur du Vietnam Hàm Nghi qui avait subi le même sort. vignette|Hayashi Tadamasa en 1904 à Paris Les délégations ne sont pas uniquement diplomatiques mais aussi culturelles, en particulier liées aux expositions universelles de 1867 et 1878 ; à partir des années 1870, des personnes japonaises et chinoises, venues via ces expositions et issues de diverses classes sociales, commencent à s'installer durablement en France, en particulier à Paris. Parmi eux, Hayashi Tadamasa, marchand d'art, qui aura une influence considérable sur le japonisme en France.

Dès 1885, d'abord de manière informelle, puis au sein de l'École cambodgienne, qui devient en 1889 l'École coloniale, sont formés des administrateurs coloniaux, dont une partie issue des colonies asiatiques. À la même époque, les études en France sont un marqueur social des élites asiatiques, en particulier japonaises mais aussi vietnamiennes. Paris bénéficie d'une image très méliorative sans être l'unique destination : nombreux sont les étudiants à aller ainsi dans d'autres villes de la métropole mais aussi en Algérie, où un réseau autour d'Hàm Nghi se met en place.

À partir de 1897, une nouvelle forme de migration asiatique émerge : il s'agit des domestiques des colons, forcés à s'installer dans la métropole au moment où leurs maîtres y retournent.

Des organisations politiques de petites tailles commencent à se former au début du : l'anarchiste chinois Li Shizeng établit à La Garenne-Colombes une petite usine de production de tofu, la première en France, qui assure leurs revenus à une trentaine d'étudiants chinois. Dix ans plus tard, en 1912-1913, c'est à Montargis qu'une centaine d'étudiants établit une communauté de travail-études. Ces organisations sont les prémices à la fois des mouvements anticoloniaux et du parti communiste chinois.

1914 à 1945 1914 à 1930 gauche|vignette|Soldats annamites sur le front de la Marne en 1916, Médiathèque du patrimoine et de la photographie La Première Guerre mondiale et la mobilisation qu'elle provoque déclenche la première migration massive d'Asiatiques en France métropolitaine avec , tirailleurs et travailleurs, et mobilisés. Si certains sont mobilisés au front, ils sont aussi très nombreux à travailler à l'arrière-front, en particulier dans les usines et l'agriculture. Le rapatriement en Asie se fait progressivement jusqu'en 1922, afin de garder de la main-d'œuvre pour la reconstruction et le nettoyage des champs de bataille.

Après la guerre, plusieurs milliers de travailleurs décident de rester en France métropolitaine, diversifiant ainsi les profils socio-économiques de la diaspora est et sud-est asiatique.

À partir de 1920 et à la suite de la révolution russe s'organise une émigration de Russes blancs vers l'Europe. Cette migration comporte une petite minorité asiatique, notamment de Kalmouks à Joinville-le-Pont.

La population chinoise en France croît jusqu'à atteindre environ dans les années 1930 avant de diminuer, mais plusieurs chercheurs estiment ce chiffre sous-estimé. La population indochinoise, essentiellement vietnamienne, s'élève quant à elle à , avec relativement peu d'enracinement : le mode d'installation correspond plutôt à des séjours en métropole de moins de . L'occupation de la Chine et de la Corée par le Japon ainsi que les grosses divergences sociales, font que la diaspora est-asiatique en France de l'entre-deux-guerres ne fait pas communauté mais est fortement divisée.

La diaspora chinoise, l'une des rares à avoir une forte présence en métropole en-dehors de Paris, est politiquement divisée dans les années 1920 : d'une part, le mouvement Travail-Études, politisé au contact d'ouvriers et d'inspiration anarchiste, héritier du groupe de Montargis. Ce groupe comporte notamment Ba Jin ainsi que de nombreux étudiants chinois étudiants à l'école des Beaux-Arts de Paris. De l'autre, le mouvement marxiste-léniniste, structuré autour de la branche française du parti communiste chinois, créée en 1922 et comprenant Deng Xiaoping et Zhou Enlai. Lorsque les autorités chinoises arrêtent de financer les étudiants installés en France, en 1921, une centaine d'entre eux marchent sur Lyon pour réclamer leur intégration à l'Institut franco-chinois, créé la même année. Ceux-ci sont expulsés vers la Chine et rejoignent alors les mouvements anti-communistes autour de Tchang Kaï-chek. vignette|Nguyên An Ninh et Nguyễn Thế Truyền en 1927 en France La diaspora vietnamienne, peu nombreuse, est particulièrement active politiquement, avec des intellectuels et militants tels que Ho Chi Minh, , Phan Châu Trinh, Nguyễn An Ninh et Nguyên The Truyen, surnommés « les Cinq Dragons ». Le choix de Paris est stratégique pour organiser la lutte politique anticoloniale.

Une même dynamique existe dans la diaspora coréenne, composée essentiellement de proches de Kim Kyu-sik auxquels s'ajoutent quelques dizaines d'étudiants et d'ouvriers qui luttent contre l'occupation de la Corée par le Japon et publient, de 1919 à 1921, La Corée libre. Cet espace de liberté politique, permettant de critiquer à la fois l'ordre colonial, l'ordre capitaliste et l'organisation sociale des sociétés asiatiques traditionnelles, se fait toutefois sous une étroite surveillance policière française.