Le métabolisme de l'information, parfois appelé métabolisme informationnel ou métabolisme énergétique-informationnel, est une théorie psychologique de l'interaction entre les organismes biologiques et leur environnement, développée par le psychiatre polonais Antoni Kępiński.

Aperçu Kępiński a décrit sa théorie psychologique dans plusieurs livres mais sa description la plus détaillée est donnée dans son livre de 1974, Mélancolie (en polonais : « Melancholia »). Afin d'expliquer les phénomènes psychologiques rencontrés chez l'homme, il a emprunté de nombreux concepts au domaine de la cybernétique qui gagnait alors en popularité en Pologne, grâce aux travaux de Marian Mazur (père de l'école polonaise de cybernétique). Kępiński commence par considérer la plupart des organismes fondamentaux et la manière dont ils diffèrent de la matière inanimée. Tout d'abord, tout organisme peut être traité comme un système autonome mais ouvert, séparé de son environnement par une frontière (peau ou membrane cellulaire). En tant que système ouvert, il donc est engagé dans un échange continu avec son environnement. Cet échange peut être considéré comme double, à savoir énergique et informatif. Par souci d’analyse, on peut considérer le métabolisme énergétique et le métabolisme de l’information comme deux processus distincts. Kępiński postule que la vie est maintenue si les deux métabolismes se produisent, et qu'elle s'arrête par contre si l'un d'eux s'arrête. Le concept du métabolisme énergétique est relativement simple à comprendre. Les molécules du corps sont continuellement remplacées. Des processus cataboliques et anabolisants se produisent dans les cellules. Le métabolisme de l'information est l'autre aspect du même processus, mais il concerne l'aspect structurel (c'est-à-dire la manière dont la matière et l'énergie sont organisées) et la manière dont le contrôle est exécuté. Lors de l'échange d'énergie, l'organisme s'efforce de maintenir son ordre caractéristique (négentropie) et projette cet ordre sur l'environnement. De ce fait, l’ordre des environs est détruit. Par contre, la matière inanimée n'a pas la capacité d'augmenter ou même de maintenir sa néguentropie, cela est dû au fait que les processus naturels spontanés s'accompagnent toujours d'une génération d'entropie.

Deux lois biologiques Le métabolisme de l'information peut être généralement vu comme l'échange de signaux entre l'organisme et son environnement, mais aussi comme le traitement de signaux provenant de l'organisme. Ces signaux doivent être interprétés par rapport à certains objectifs. Pour tous les organismes, ces objectifs reposent sur deux lois biologiques : la première loi indique qu'un organisme doit être orienté vers sa propre survie. La deuxième loi précise que la préservation de l’espèce est tout aussi importante. Kępiński a remarqué que ces deux objectifs sont contradictoires. Le conflit entre les deux lois biologiques est souvent source de dilemmes éthiques. Il y a des moments où l’organisme doit sacrifier sa vie pour sauver sa progéniture. Parfois aussi, il est obligé de se battre avec les représentants de sa propre espèce pour se protéger. La première loi biologique est égoïste et liée au retrait de la réalité (fuite, destruction de la réalité, etc.). La deuxième loi biologique est altruiste et amène à se tourner vers la réalité (la reproduction sexuée nécessite l'union avec le partenaire).

Dans le cas des humains, le lien entre les objectifs de diverses actions quotidiennes et les deux lois biologiques est moins direct, mais ces lois nous motivent toujours. L'humain est capable de se projeter dans le futur, de penser de manière abstraite et consciente et son objectif peut donc posséder un caractère transcendant et symbolique. Ce fait s'exprime généralement par la croyance en un bien supérieur ou en une vie après la mort.

La hiérarchie des valeurs Il est impossible de suivre toutes les informations générées par divers processus se déroulant dans la réalité. Alors que les organismes s’efforcent de respecter les deux lois biologiques mentionnées précédemment, la sélection appropriée des signaux devient un problème central. Selon Kępiński, une hiérarchie de valeurs est nécessaire pour intégrer l'information. Chez l'humain, cette hiérarchie comprend trois niveaux : biologique, émotionnel et socioculturel. Les deux premiers niveaux sont gérés inconsciemment. Le troisième niveau, cependant, est associé à la conscience. Du point de vue biologique, le nombre de processus se produisant simultanément dans l’organisme et dans son environnement physique est pratiquement infini. Il existe également une infinité de façons de cadrer ces processus. Cette complexité doit être réduite, car seuls des signaux sélectionnés peuvent être détectés et traités dans le système nerveux. De plus, les signaux doivent être classés en fonction de leur pertinence présente et future. La structure du corps et l'emplacement des divers récepteurs sont adaptés au cours de l'évolution pour assurer l'isolement des signaux les plus pertinents du milieu environnant. La structure interne du corps est ajustée pour assurer une bonne intégration des informations. De tous les signaux captés par les récepteurs, seuls les plus importants atteignent le niveau de l'expérience subjective . Au niveau des signaux atteignant le champ de l'expérience subjective, l'attention est activement dirigée (avec l'aide des émotions) vers ceux liés à deux lois biologiques. La perception n’est pas passive et inclusive, mais anticipée et sélective. Au-dessus des niveaux biologiques et émotionnels d’interprétation des signaux se trouve le cadre des normes sociales et culturelles de la communauté, qui sert de référence aux décisions conscientes. Le milieu socioculturel joue un rôle important dans la vie des gens. Deux phases du métabolisme de l'information La division du métabolisme de l'information en deux phases est vaguement basée sur l'analyse de la réponse d'orientation. Le métabolisme de l'information est initié par la perception d'un changement dans l'environnement interne ou externe de l'organisme. Dans la première phase, l'organisme cherche à obtenir des informations directes sur le phénomène perçu. C'est pour cette raison qu'elle doit tourner son attention « vers l'extérieur », vers la réalité. Le phénomène perçu est alors évalué inconsciemment et le résultat de cette évaluation se manifeste sous la forme d'une émotion. Le signe de l’émotion invoquée peut être positif ou négatif. Cette émotion, survenant rapidement et automatiquement, sert de toile de fond à la deuxième phase du métabolisme de l'information.

Dans cette deuxième phase, l’organisme exécute une réaction locomotrice face au phénomène. Un mouvement vers la source du stimulus, ce qui le génère, est effectué si le stimulus signifie une possibilité positive. Si le stimulus a été évalué négativement au cours de la première phase, il est alors probable que la réaction exécutée prendra la forme d'une fuite, d'un combat ou d'une immobilisation. Durant cette deuxième phase, l’organisme est principalement occupé par ses propres actions. Il observe leur effet et effectue des ajustements (ce qui forme une boucle de rétroaction). Malgré les retours relatifs à ses observations, son lien avec la réalité est moins intense que lors de la première phase. La séparation de la réalité dans la deuxième phase du métabolisme de l'information est plus grande chez les animaux complexes et atteint son maximum chez l'homme.

Structures fonctionnelles Le terme structure fonctionnelle a été utilisé par Kępiński pour désigner deux phénomènes. Premièrement, le terme était utilisé pour désigner la réaction d’un organisme à un stimulus. Deuxièmement, il désignait le modèle de réalité généré dans l’esprit au cours de la deuxième phase du métabolisme de l’information. Dans le cas des humains, le nombre de structures fonctionnelles possibles associées à la première phase du métabolisme de l’information est limité. Il s’agit par exemple des réactions endocriniennes du système nerveux autonome et des schémas locomoteurs de base.

La gamme et la complexité des structures fonctionnelles générées au cours de la deuxième phase sont beaucoup plus larges. Les humains possèdent la capacité de générer de nombreux modèles possibles de réalité en réponse à un phénomène nouvellement perçu. Les structures fonctionnelles peuvent être relativement complexes. Ils comprennent des prédictions concernant le comportement des objets dans l'environnement ainsi que la séquence d'actions planifiée de l'individu. En règle générale, plusieurs structures fonctionnelles sont générées au cours de la deuxième phase du métabolisme de l’information, mais une seule est incarnée (exécutée). Ceux qui ont été générés mais rejetés tombent progressivement dans l’inconscient et forment l’ombre jungienne. Si une structure particulière est incarnée, la probabilité qu'elle soit sélectionnée dans le futur augmente. Les structures oubliées peuvent se manifester au moment le plus inattendu. Cette situation est connue sous le nom de « possession par l’Ombre ». Kępiński a mentionné que la réaction incarnée est un signal adressé aux autres organismes. Cela prend toujours la forme d’un mouvement (ou d’une absence de mouvement). Chez l'humain, il peut s'agir de la parole (selon Kępiński, la parole est la forme de mouvement la plus élevée

Coloration émotionnelle La coloration émotionnelle se manifeste dans la première phase du métabolisme de l'information. Cela signifie l'attitude générale de l'organisme envers le stimulus. Cette attitude peut être positive ou négative. Cela dépend de la nature du stimulus et de la condition physique de l'organisme au moment de la perception. L’individu a très peu de contrôle conscient sur le sentiment qui surgit. Il est sélectionné à des niveaux inférieurs de fonctionnement neurophysiologique. La sélection d'une attitude dans la première phase (positive ou négative) limite le caractère des structures fonctionnelles générées dans la deuxième phase. Bien qu’il existe généralement de nombreuses façons de réagir, elles sont limitées par le contexte émotionnel qui apparaît dans la première phase.

La réalité n'est pas statique mais elle évolue toujours, même si certaines régularités et lois peuvent être identifiées. Pour cette raison, l’effort d'association adéquate entre l’organisation du monde et nos propres besoins se poursuit tout au long de la vie. On ne peut pas l'arrêter à cause de la deuxième loi de la thermodynamique. Afin de diminuer sa propre entropie et celle de son environnement immédiat, l’organisme doit dépenser de l’énergie. Ceci est vécu subjectivement comme un sentiment de difficulté, d’effort ou de fardeau. L’effort d’intégration est inhérent à la vie. Cet effort est récompensé par un état émotionnel positif – le sentiment de satisfaction associé au dépassement des obstacles et à la progression vers des objectifs importants. Par contre, les sentiments négatifs, comme l’anxiété ou la peur, signifient un danger. En cas d’anxiété, ce danger est généralement lointain dans le temps et dans l'espace et n’est pas connu avec précision. La peur, à l'inverse, signifie une menace proche et précise pour l'intégrité de l'organisme.