October est le deuxième album studio du groupe de rock irlandais U2, sorti le , sous le label Island Records. Produit par l'Anglais Steve Lillywhite, il est conçu principalement aux studios Windmill Lane à Dublin entre juillet et . Les deux 45 tours de l'album sont Fire, enregistré aux Bahamas et Gloria. L'enregistrement d'October a été perturbé par le vol des nouvelles chansons de Bono, la possibilité d'une scission du groupe suite à l'implication de trois membres de U2 dans la communauté de prière Shalom et la pression liée à la réalisation du deuxième album en raison du succès de Boy<ref>Hubert Allin, petit dico de U2, introduction dOctober, page 81, août 2010</ref>.
Parfois considéré comme un disque « chrétien »Roger de Clek, U2 Feu Irlandais, Le chemin vers la gloire, October, page 16 du fait de ses thèmes spirituels et religieux, October a reçu depuis sa publication des critiques mitigées de la presse qui lui reprochent son côté brouillonsite internet : http://www.u2achtung.com, discographie, histoire, analyse d’October. C'est généralement le disque de U2 que les fans aiment le moinsStan Cuesta, U2, chapitre 4 : Boy- October (1980-1982), passage sur October, page 32. L'album s'est correctement vendu en Grande-Bretagne, mais dans d'autres pays, il n'a pas aussi bien marché que Boypropos de The Edge dans U2 by U2, à Neil McCormick en 2006, page 120. L'''October Tour s'est déroulée du 16 août 1981 au 7 août 1982.
Contexte et enregistrement Depuis l'automne 1980, U2 n'a cessé de tourner pour promouvoir Boy. Pourtant, il est déjà temps de penser au fameux « toujours difficile deuxième album. ». En février 1981, U2 commence à écrire de nouvelles chansons. Malheureusement, le 22 mars après un concert à Portland, Bono se fait voler sa mallette dans les loges par trois groupiesHubert Allin, le petit dico de U2, October, page 83. Elle contient, en plus des papiers et de l'argent, les paroles du futur disque. La tension, déjà présente à cause des préoccupations religieuses de The Edge, Larry Mullen Junior et Bono (qui faisaient alors partie d'une formation chrétienne appelée Shalom FellowshipFlanagan (1995), p. 46-48), monte d'un cran alors que le groupe se rend à Nassau, chez Chris Blackwell, pour prendre dix jours de vacances. U2 en profite tout de même pour enregistrer avec Steve Lillywhite un nouveau 45 tours, Fire, au studio Compass Point..
En juin, l'ambiance est morose lorsque le groupe se retrouve aux studios Windmill Lane à Dublin pour terminer l'album avec Steve Lillywhite. Trois membres de U2 se torturent pour savoir s'ils doivent, en tant que chrétiens, continuer à faire partie d'un groupe de rock, le quatrième (le bassiste Adam Clayton), parce qu'il n'est pas croyant, craint de se faire virer et le chanteur a perdu tous ses textes. C'est l'angoisse totale. Dès lors, Bono est contraint d'improviser les paroles et le groupe doit enregistrer très vite, du fait d'un budget encore limité.. Comme le déclarera Steve Lillywhite à la BBC en 2018 à propos des sessions : « C'était complètement chaotique et fou en studio et, évidemment, la perte des paroles de Bono a contribué à l'atmosphère.. » Même si le groupe « a vraiment bossé dur » comme l'affirme Larry Mullen JuniorU2 by U2, déclaration de Larry Mullen Junior sur l'enregistrement d'October, page 117, le successeur de Boy n'est pas à sa sortie le 12 octobre 1981, « le grand » album qu'on attendaitHors-série collection rock'folk, introduction BP Fallon, U2, l'histoire complète, chapitre : October, phrase d'introduction de David Cavanagh, , page 16, éditions Larivière, 2e trimestre 2017.
Caractéristiques artistiques
Analyse du contenu Ce disque, l'un des moins accessibles de U2, est produit par l'anglais Steve Lillywhite. Il est composé de 11 titres et sa durée d'écoute dépasse légèrement les 41 minutes. C'est l'album studio de U2 qui dure le moins longtemps. Le groupe a consacré trois mois à son enregistrementLe nouveau dictionnaire du rock, sous la direction de Michka Assayas, notice U2, page 2946, volume 2, 2014. Le disque devait s'appeler à l'origine Scarlet mais Bono finit par choisir October (le mois de la sortie de l'album)U2, les secrets de toutes leurs chansons, Niall Stokes, page 22, 2013.
October reprend les mêmes genres de sonorités que Boy, ancrées dans le post-punk de l'époque. Bono dira que U2 était à ce moment-là influencé par des groupes tels que The Invisible Girls et Joy Division dans l'élaboration de cet album"Bono, Rolling Stone Magazine, janvier 2006. Grâce au premier single Fire, un reggae rock enregistré à Nassau, U2 entra pour la première fois dans le top 40 des singles britanniques en se classant à la place "EveryHit.com search results: U2 Fire www.everyhits.com..
Ce disque laisse une grande place à l'improvisation, la spontanéité et l'énergie rock, au détriment de textes travaillés ou d'arrangements sophistiqués. L'ambiance de l'album prend une tournure plus spirituelle et mélancolique que son prédécesseur Boy, comme l'illustre les chansons marquées par la présence du piano telles que Scarlet, le spectral morceau-titreU2, Vibrations collector, discographie sélective, par Christophe Geudin, critique d'October, page 76, 2010, aux éditions Consart SA ou Stranger In a Strange Land. L’anecdote veut que cette chanson ait été inspiré d’un moment vécu par les Irlandais alors qu’ils passaient la frontière entre Berlin-Ouest et Berlin-Est, endormis à l’arrière d’un van durant le Boy Tour..
October se caractérise notamment par ses textes ouvertement chrétiens, perceptibles sur des chansons telles que Rejoice, With A Shout (Jérusalem)Les paroles font référence à La crucifixion du Christ (U2, les secrets de toutes leurs chansons, Niall Stokes, page 30) - U2 est accompagné sur cette chanson par les trompettistes du groupe dublinois Some Kind Of Wonderful - et surtout Gloria, second 45 tours de l'album. Dans ce titre en effet, on voit Bono interpréter certains passages en latin : pour le refrain. U2 exprime dans Gloria le désir de trouver la bonne attitude () pour communiquer leur foi auprès d'un public pas forcément disposé à les suivre sur ce terrain-làLes Inrockuptibles 2, U2 40 ans au sommet, par Francis Dordor, 1976-1982 : les débuts, Best of Songs, page 18, novembre 2017.
On retrouve aussi dans October certains thèmes de Boy. L'anxiété et la confiance en soi refont surface dans I Threw a Brick Through a Window qui, d'après Bono, parle du fait de briser son propre reflet dans le miroirBradley Morgan, U2 Until The End Of the World, chapitre : Another time Another place, page 46, 2025, . Et dans Tomorrow, où l'on entend des cornemuses irlandaises jouées par Vinnie Kilduff, Bono décrit en détail les funérailles de sa mère. Ce morceau mixe habilement le folklore de la verte Erin et la ballade rockLes Inrockuptibles 2, U2 40 ans au sommet, Morceaux choisis, par Emmanuelle Delsol, analyse de Tomorrow, page 91, 30 novembre 2017. Une nouvelle version méconnue a été retravaillée et interprétée par Bono et Adam Clayton en 1996.
Par ailleurs, le second morceau du disque I Fall Down (« je tombe ») est un titre expérimental. L'utilisation d'une guitare électro-acoustique par The Edge, le piano, l'accompagnement vocal très serré et la production efficace de Steve Lillywhite font de cette chanson pop l'une des meilleures de l'album. Dans le texte, il est question d'une certaine Julie. Mais, Bono est encore incapable aujourd'hui de nous dire qui lui a inspiré ce personnage : U2, les secrets de toutes leurs chansons, Niall Stokes, I Fall Down, page 24, éditions Hors Collection, mars 2013.
En clôture d'album, le morceau Is That All? emprunte le riff de The Cry, une ancienne chanson que le groupe a utilisée comme introduction à The Electric Co. en livehttps://www.u2songs.com/demos/the_cry.
Pochette du disque Le site choisi pour la couverture de l'album est le quartier des docks de Dublin. On y voit les 4 membres du groupe, devant le port, sous un ciel gris, avec de drôles de coupes de cheveux. La photo a été réalisée par Ian Finlaycouverture de l'album October, photographie de Ian Finlay, réédition en 2008. Dans l'autobiographie U2 by U2 publié en 2006, Bono à l'origine du choix du site portuaire, avouera que pour la photo du disque c'est : U2 by U2, déclaration de Bono sur la pochette du disque, page 20. Larry Mullen Junior complètera en disant que : « ce n'est pas une pochette particulièrement subtile ou intelligente, elle est sans prétention. ».
Anecdotes Pendant l'enregistrement de l'album, le nom de code du disque était Scarlet (« écarlate »), qui se trouve en sur October.
La chanson October se trouve sur le Best of 1980-1990 paru en 1998, mais cachée en une minute derrière All I Want Is You.
Une vingtaine d'années après la sortie d’October, on demanda à The Edge s'il y a des chansons de U2 qu'il n'aime pas trop. Il répondit qu'il serait content de ne plus jamais entendre With A Shout (Jérusalem)U2, Stan Cuesta, chapitre 4 (page 34), Librio Musique, 96 pages.
La mallette remplie des textes des chansons volées par des groupies en 1981, a été retrouvée dans un grenier à Tacoma en : pour BonoRTL2 Pop Rock Station by Zégut : 20 octobre 2004 : « Bono annonce qu’une valise contenant des notes et des paroles, qui lui avait été volée en 1981, vient de lui être rendue, elle a été retrouvée dans un grenier à Tacoma » ; information sur le site internet U2 Achtung, 20/10/2017.
October vu par Bono dans le magazine Rolling Stone « Une tentative de nous frayer un chemin en chantant vers le royaume du paradis. Les paroles : pas mal. La musique : bizarrement, toujours aussi fascinante. Les influences : principalement Joy Division et Invisible Girls. Un bel exemple du fait qu'on peut écrire une chanson sans avoir la moindre idée de ce dont elle parle. La chanson Tomorrow est un compte rendu détaillé des funérailles de ma mère, mais je n'en savais rien quand je l'ai écrite. »https://www.rollingstone.com/music/news/bono-the-rolling-stone-interview-20051103, analyse d'October, propos de Bono
Réception critique
À sa sortie, October reçoit des critiques plus mitigées que son prédécesseur. En Angleterre, Adam Sweeting, dans un article pour le Melody Maker, estime que « ce n'est pas un disque à la mode parce qu'il lui faut du temps pour se faire aimer. Et si l'émotivité de U2 est parfois effrayante dans sa nudité, tant pis pour ses détracteurs, le groupe n'est pas près de partir. »Hors-série collection rock'folk, introduction BP Fallon, U2, l'histoire complète, chapitre : October par David Cavanagh, , page 16, éditions Larivière, trimestre 2017 De son côté, Barney Hoskyns pour le NME, a publié un avis plutôt contrasté sur October comme on peut le lire : « Qu'est-ce que le côté excessivement plaintif de la voix de Bono et la puissance forcée du son de U2 tentent de cacher ? Pourtant sa musique décolle - elle survole avec sérénité des zones de danger comme The Fall ou The Birthday Party. » Cette même revue plaça October comme quatrième album de l'année et U2 comme cinquième meilleur groupeRoger de Clek, U2 Feu Irlandais, Le chemin vers la gloire, October, page 18. Seul Dave McCullough du magazine Sounds a fait l'éloge de l'album en parlant de « pop zénithale » et a conclu sa chronique en disant que « cet October durera pour toujours »Dave McCullough, critique d'October, "Bono Fide", pour le magazine Sounds, 24 octobre 1981.