Le suicide de Doona est le suicide d'une étudiante française le à Montpellier (Hérault), suivi d'une mobilisation étudiante. Femme trans, précaire, Doona Jué avait été menacée d'expulsion de sa résidence universitaire, au sein de laquelle elle subissait du harcèlement transphobe, et souffrait aussi de violences médicales.

La responsabilité du CROUS (œuvres universitaires) et du CHU est dénoncée. Doona Jué s'était plainte de menaces d'expulsion si elle tentait à nouveau de mettre fin à ses jours ainsi que de violences reçues au service psychiatrique de l'hôpital. Les deux services démentent, le CROUS parle d'.

Après le drame s'ensuit une importante mobilisation menée par les syndicats étudiants contre la transphobie et la précarité dans l'Enseignement supérieur. À l'appel de Solidaires étudiant-e-s, une trentaine de rassemblements sont organisés devant des résidences du CROUS dans toute la France, sous le mot d'ordre .

Faits Situation Doona Jué naît le à Ambérieu-en-Bugey (Ain). Originaire de Limoux (Aude), elle grandit dans une famille conservatrice. En 2020, elle entame une troisième année de licence de psychologie à l'université Paul-Valéry-Montpellier-III. Elle est logée dans une chambre de la résidence universitaire du Vert-Bois louée par le CROUS. Une amie à elle la décrit comme ayant des idéaux queer, anarchistes et révolutionnaires.

Vivant dans de mauvaises conditions au CROUS, mégenrée régulièrement et ne pouvant plus vivre dans les communs, elle ne souhaitait pas y retourner, affirmant même à une amie ne pas pouvoir y une troisième année. Toutefois, boursière et en situation de précarité, elle n'a pas une situation financière qui lui permette de changer de logement.

Plusieurs de ses proches témoignent après sa mort qu'elle subissait régulièrement de la transphobie de la part du système médical et de l'administration, du harcèlement de rue et du cyberharcèlement, un grand nombre de micro-agressions et du mégenrage régulier.. Lesbienne, elle craignait aussi d'être rejetée parce que trans.

Suicide Doona Jué commet deux tentatives de suicide au cours de l'été 2020. Le , à la suite d'une nouvelle tentative, elle passe la nuit au service des urgences psychiatriques du CHU de Montpellier. Elle s'enfuit des urgences le lendemain, selon le témoignage d'une amie rapporté par la presse. Elle récidive le . Déjà suivie, le CROUS la convoque le auprès d'une assistante sociale et d'un médecin du service universitaire afin de renforcer sa prise en charge médicale. Elle affirme alors, dans une conversation privée avec une amie, avoir été menacée d'expulsion : , ce qu'elle tweete ensuite publiquement.

L'après-midi du , après avoir envoyé un dernier message à ses amis, Doona Jué se jette sous un train en gare de Montpellier-Saint-Roch. Elle avait .

Responsabilité du CROUS et du CHU Témoignages Dès le jour de sa mort, une amie de Doona Jué témoigne sur Twitter. Elle met en cause la responsabilité du CROUS comme des urgences psychiatriques du CHU de Montpellier : Les syndicats Solidaires étudiant-e-s Montpellier, SUD Recherche EPST et SCUM (rattaché à L'Alternative), ainsi que plusieurs organisations parmi lesquelles l'UEC Montpellier, reprennent ce témoignage, avec d'autres, dans un communiqué unitaire publié le . Ils dénoncent une émanant des services du CROUS et du CHU et appellent à une première mobilisation locale. Dans un courrier adressé à la direction du CROUS de Montpellier-Occitanie, le SCUM dénonce du et de l' dans la gestion de son cas.

Sur les réseaux sociaux, les hashtags #SoutienDoona et #CROUSAssassin sont dès lors largement relayés. Les propos du personnel du CROUS, quelques heures avant son suicide, sont particulièrement mis en avant et dénoncés.

Dénégations Le CROUS Montpellier-Occitanie, tout en adressant ses condoléances, confirme par un communiqué le suivi psychologique de Doona Jué, mais nie les faits reprochés. Il évoque des . Le CHU de Montpellier dément à son tour. Le CROUS mentionne dans sa réponse qu', sans évoquer ni la précarité ni la transphobie qu'elle subissait.. Après ces déclarations, les syndicats ne retranchent pas leur position..

Le , le CROUS annonce une réunion de travail avec les représentants étudiants dans le but d'. Elle aboutit à la création d'un groupe de travail qui doit mettre en œuvre des commissions sur les discriminations au sein du CROUS.

Mobilisation Rassemblements vignette|alt=Sur un mur en extérieur, sont collés des feuilles avec des lettres noires peintes. Elles forment les phrases « Transfemmage à Doona » et « Justice pour Doona ».| Collage féministe à Paris, en 2020.

Deux jours après les faits, la fédération syndicale Solidaires étudiant-e-s appelle à se rassembler à partir du lundi devant tous les CROUS de France., derrière le mot d'ordre .

Des rassemblements sont organisés dans une trentaine de villes.. À Montpellier, 200 à sont réunies selon la presse.. De nombreuses personnes trans prennent la parole pour témoigner de violences transphobes puis la manifestation se rend auprès de l'hôpital et de sa résidence. Des tags en sa mémoire demeurent aux alentours du site universitaire. L'association LGBTI Fiertés Montpellier Pride préfère appeler à son propre rassemblement, sur le lieu de la mort de Doona Jué, mais n'y est pas présente. Une trentaine de personnes s'y rassemblent tout de même.

Entre autres, à Paris, le rassemblement compte cent-cinquante personnes., à Lyon plus de deux cents personnes., à Grenoble une centaine., à Clermont-Ferrand une quarantaine..

Mise en lumière de la précarité étudiante Le suicide de Doona Jué met en lumière la situation de la précarité étudiante, à l'instar de la tentative de suicide d'Anas Kournif en 2019.. Un an plus tôt, la tentative d'auto-immolation de cet étudiant devant le CROUS de Lyon, qui souhaitait dénoncer la précarité étudiante, avait été le point de départ d'une première mobilisation... La précarité étudiante est désignée comme en partie responsable du suicide de Doona Jué par la mobilisation étudiante qui suit les évènements. Selon une étude de 2019, 20 % des étudiants vivent sous le seuil de pauvreté. C'est cette précarité qui a empêché Doona Jué de quitter la résidence du CROUS, et, en cas d'une expulsion, elle s'exposait à des discriminations à l'accès au logement. Le bail en logement CROUS n'étant pas un bail de droit commun, l'établissement dispose de possibilités d'expulsions plus aisées..

Dans le communiqué unitaire local, les organisations dénoncent Ils revendiquent des mesures contre la transphobie et la précarité, parmi lesquelles :

Réception médiatique

La couverture médiatique des premiers jours mégenre la victime (c'est-à-dire présente Doona Jué comme un homme), avant de corriger les titres et les articles sous la pression de nombreux messages de personnes trans sur les réseaux sociaux. .

Trois mois après l'affaire du suicide de Doona Jué, à Lille, Avril Mabchour (aussi connue sous le prénom de Fouad), se suicide quelques jours après avoir été exclue d'un cours de son lycée pour le port d'une jupe. Ce nouveau suicide, aux circonstances similaires, provoque un émoi plus important, avec des réactions politiques et une médiatisation nationale conséquente. Interrogée par l'Association des journalistes LGBT, la militante trans Jena Selle de réaction. Si ce n'est, probablement, qu'après les suicides de deux amies, Mathilde et Laura, en , puis celui de Doona Jué, déjà mieux médiatisé, en septembre, ...

Notes et références

Annexes

Articles connexes Suicide chez les personnes trans, chez les jeunes LGBTI Transidentité en France Suicide d'Avril, suicide d'Aimée Flegeau-Kihal, suicide de Lucas, suicides d'écoliers et étudiants trans et homosexuels en 2023 Affaire Mylène, mort de Vanesa Campos, affaire Jessyca Sarmiento, plusieurs assassinats de femmes trans médiatisés

Bibliographie .

Doona Jué Catégorie:Transphobie en France Doona Jué Catégorie:Transidentité et enfance Catégorie:Féminicide en France Catégorie:Septembre 2020 en France Catégorie:Enseignement supérieur à Montpellier Catégorie:Syndicalisme étudiant en France Catégorie:Manifestation en 2020 Catégorie:Manifestation en France Catégorie:Militantisme LGBT en France Catégorie:Précarité Catégorie:Histoire des personnes trans en France Catégorie:2020 dans l'Hérault